Comment faire découvrir la littérature à des élèves de troisième

La littérature française est riche d’auteurs prestigieux. Tous les découvrir dans l’année de troisième est impossible. Mais comme il parait vraiment indispensable que les élèves de troisième acquièrent une culture humaniste ou au moins l’apparence de la culture, le professeur de mon enfant leurs fait apprendre par cœur des listes d’auteurs et d’œuvres majeures, du XVIIième siècle au XX ième siècle. Ainsi apprend-t-on en une phrase que le XVIII est le siècle des lumières et le XIX siècle celui du romantisme, sans comprendre vraiment ce que cela signifie. Pour pouvoir passer l’épreuve de l’évaluation sanction, certains auront recours à la traditionnelle antisèche et d’autres se bourreront tant bien que mal le cerveau pour oublier tout de suite après. Voici une méthode mnémotechnique originale mise en place par l’un d’entre eux : SANG / IVG / PSG …

SANG
– S : Saint Exupéry
– A : Anouilh
– N : Nothomb
– G : Giono
 
PSG
– P : Proust
– S : Sartre
– G : Giono

(…). Convenons qu’il s’agit d’une méthode efficace pour obtenir une bonne note. Parions cependant que tout sera oublié deux semaines après l’évaluation. Sans être un grand expert en pédagogie, on peut supposer qu’il n’est pas certain que cela soit la bonne manière pour donner envie à des adolescents de découvrir toute cette littérature. En tout cas, le professeur de français peut dormir tranquille, il a atteint ses objectifs et il va boucler son programme pour la fin de l’année !

Celui-ci a mis en place une seconde méthode pour faire découvrir des auteurs de la littérature française. Plutôt que d’aborder un auteur en particulier pendant les cours, ce qui prend trop de temps, on utilise les vacances de printemps pour demander aux élèves d’écrire une bibliographie complète sur l’un d’entre eux, avec des instructions précises. Sauf pour ceux qui se sont contenté d’une copie de Wikipédia (et ils ont bien fait), ce travail qui devait être ramassé à la rentrée, a représenté 3 à 4 heures de travail. De retour de vacances, l’enseignant a dû se rendre compte que ramasser les copies lui demanderait un travail conséquent de correction. Il a donc opté pour une évaluation type QCM, plus rapide à corriger. Objectif atteint : un grand auteur du XIX siècle a été abordé. Ceux qui ont effectué le travail sérieusement ont cependant l’impression de s’être fait avoir et n’ont pas le sentiment que leur travail ait été respecté.

Au travers de ces méthodes pédagogiques inadaptées, inspirées peut être des classes préparatoires, il est impossible de faire aimer la littérature française et donner envie aux élèves les plus travailleurs de la découvrir. Si certains d’entre eux la découvriront tout de même, cela sera grâce à leur milieu familial et non grâce à au collège. Ne parlons pas de tous les autres élèves, tous ceux qui surnagent ou ceux qui ont décrochés depuis longtemps.

Les exposés, le rôle des parents, PISA

Dans le collège fréquenté par mes enfants, il semble y avoir une sorte de projet d’établissement ayant attrait au travail des élèves en petits groupes. Face aux mauvais résultats réitérés en décembre 2013 de la France aux tests internationaux PISA de l’OCDE, certains ont pensé avec raison que pour construire une société moderne, il était nécessaire de développer des compétences sociales et de travail en groupe. Ces types de compétences se retrouvent relativement rarement chez les adultes qui aujourd’hui sont plus intéressés par la défense de leurs intérêts privés et leurs propre valorisation au sein de l’entreprise que de parvenir ensemble à réaliser un projet commun, chose que j’ai moi-même observé, alors que je travaillais en mode projet. J’ai pu observer combien d’énergie (surtout mon énergie) pouvait être dépensée en pure perte quand la motivation n’est pas au rendez vous ou que chacun travaille en fonction de ses propres intérêts.

En parents censés, nous attendrions donc que cette apprentissage se fasse au sein du collège, sous la supervision du personnel du collège et qu’éventuellement une partie de la mise en application soit effectuée au domicile. Tel n’est pas le cas, de la classe de sixième à la classe de troisième. Les enseignants se contentent de fournir les sujets, de donner des directives et  de fournir une date à laquelle le travail doit être rendu et éventuellement exposé devant la classe.

Les jeunes sont livrés à eux même et ne bénéficient d’aucun soutien de leurs professeurs. Ceux-ci interviennent, selon leurs habitudes, qu’en toute fin de processus, pour sanctionner le travail par une note.

Mon ainé s’est retrouvé dans un groupe dans lequel ses deux autres partenaires n’avait pas l’intention de porter leur part du travail et qui se sont largement reposés. A chaque fois que mon ainé cherchait à les réunir, ceux-ci se défilaient. Difficile de rendre un travail censé être collectif qu’avec son nom ! Mon enfant a tiré une expérience très négative du travail en groupe : aucune émulation, aucun plaisir partagé, que du stress face à travail qui n’avançait pas. Les enseignants ne peuvent intervenir face à une telle situation, puisque ayant tout sous traité sur la sphère privée, ils ne pouvaient rien voir, rien entendre, rien dire.

Mon deuxième enfant a eu dans un premier temps un poster à réaliser à domicile. Ne pensez pas que les enseignants aient expliqués comment réaliser un poster. Un bon poster ne s’improvise pas. Des techniques permettent de le rendre  attrayant pour le regard et susciter l’intérêt du public. Là encore, aucun enseignant n’était présent pour expliquer quoi que cela soit. Pas même l’enseignant d’art plastique à qui pourrait revenir cet enseignement. La tache nous est revenue tout entière à nous parents. Depuis, le poster a été rendu, les enfants n’ont pas présenté leurs travaux devant leurs camarades. Pour le moment, nous n’avons plus eu de nouvelle de ce travail, vieux de 2 mois.

Pour un de mes enfants, nous avons également eu droit à la réalisation d’un diaporama en groupe, encore une fois chez nous et pas au collège. Je suppose que les enseignants pensent qu’à l’aire du tout numérique, du téléphone portable des tablettes et des i-machins, tout le monde est à l’aise avec ces technologies, enfants compris, puisqu’il y a des ordinateurs à l’école primaires et que donc tous les parents sans exception sont en mesure d’aider leurs enfants à réaliser un diaporama !

Lors d’une dernière expérience de travail en groupe conséquent à réaliser dans un délai de 2 semaines, nous avions à tort un peu trop pris les choses en charge, paniqués que nous étions sur la possibilité pour notre enfant à tout gérer en si peu de temps en plus du travail habituel demandé. Les partenaires de notre enfant n’étaient pas cette fois ci des tires au flan, bien au contraire. Ils ne savaient pas pour autant travailler en groupe, deux d’entre eux passaient leur temps à se chamailler. Ils ont tous apportés leurs problèmes d’égos, voulant imprimer leur marque au projet.

Cela fini par faire tout de même beaucoup de choses qui reposent sur nous parents et je dois dire que nous ressentons un véritable ras-le-bol face à cette avalanche de travail à réaliser au domicile en groupe. On assiste là à un véritable transfert de tâches des enseignants vers nous les parents, sans que nous ayons pour autant le droit de nous exprimer. En matière de pédagogie, les parents d’élèves n’ont pas leur mot à dire, même au travers leurs délégués.

Dans cette avalanche, nous voyons surtout une immense injustice faite à 90 % des élèves dont les parents ne maitrisent pas toute cette culture. En déléguant ainsi sur les parents cet apprentissage qui devrait être effectué à l’école, les enseignants rendent l’école encore plus élitiste. Ce mode de fonctionnement permet de très bien former 5 à 10 % des élèves, de les pousser vers l’excellence, mais revient à jeter tous les autres, tous ceux qui, tout aussi intelligents, n’ont pas la chance d’avoir des parents disponibles et capables de les aider.

Le système méritocratique français ne sélectionne pas les élèves les plus intelligents, comme voudraient le faire croire tous ses défenseurs. Il sélectionne les élèves dont les parents sont les mieux formés et les plus à même d’aider leur progéniture.

Tous les experts du monde pourront déblatérer autant qu’ils veulent sur les mauvais résultats aux tests PISA de la France. On pourra parler de rythme scolaire, du mode de notation, de formation des enseignants, de pédagogie, de tous ces sujets importants. Aussi longtemps que tant sera demandé aux parents, on ne rétablira jamais un minimum d’équité entre les élèves.

Tous les élèves n’ont pas les mêmes chances de réussir, parce que l’école de la république en demande trop aux parents.

Prévention contre le tabagisme

Deux élèves pris en flagrant délit entrain de rouler une cigarette dans les toilettes par un surveillant ont écopé de 3 heures de colle et d’un signalement aux parents. Précisons qu’aucun collégien n’a été pris en flagrant délit de fumer dans l’enceinte du collège depuis longtemps.

Voilà les bonnes vielles méthodes pédagogiques mises en œuvre pour effectuer de la prévention contre le tabagisme ! Un bon coup de matraque, pas de dialogue et illico presto renvoie de la patate chaude aux parents défaillants.

Comme-ci la sanction allait dissuader ces jeunes de commencer à fumer. Les apparences sont sauves, l’autorité du collège restaurée.

Heureusement que la refondation de l’école est en cours !

Désarroi

On trouve des enseignants motivés par l’amour de leur métier et des enfants, n’ayant d’autres objectifs que de les faire tous progresser. Hélas, certains de ces enseignants se trouvent débordés par leurs élèves. Que penser de cet enseignant, qui dans le soucis de faire réussir les élèves, leurs fait faire des exercices qui préparent l’évaluation à venir et après l’évaluation, a à cœur de procéder à une correction approfondie afin que chacun puisse comprendre et progresser ? Ne faisant pas preuve d’autoritarisme, la cacophonie règne dans son cours. Les uns et les autres passent leurs temps à se lancer des bouts de gomme. Et cet autre enseignante qui cherche à motiver et faire participer ses élèves en langue avec des supports adaptés à leur niveau, mais  refusant d’utiliser l’arme de la sanction, n’obtient d’eux que du brouhaha.

Nous sommes face à une génération d’élèves qui ont été, hélas, habitué au rapport de force et n’ont jamais découvert le plaisir d’apprendre. Dés que celui-ci est en leur faveur, ceux-ci en profitent. N’ayant d’autres préoccupations que l’affirmation de leur petite personnalité et n’ayant pas compris l’intérêt de l’école, ils passent leur temps à bavarder, à vouloir se valoriser face à leurs pairs et à s’amuser.

Tout aussi excellent que soient ces enseignants, ils ne peuvent finalement pas grand chose, si seuls eux tentent d’enseigner autrement. Les élèves ne retrouveront pas la motivation d’apprendre.

Tant que le collège voudra former une élite au détriment de sa vocation première de faire réussir le plus grand nombre d’élèves et tant que les méthode d’enseignement de l’ensemble du corps enseignant ne change pas (il faut sortir du schéma standard de transmission verticale des savoirs), ces quelques enseignants qui tentent une approche originale ne connaîtrons qu’un profond désarroi.

Cas d’un professeur tire au flanc

Mon enfant  est cette année soumis à un cas exceptionnel de professeur  « tire au flanc ». Cet enseignant n’a pour ainsi dire  assuré qu’un cours sur deux depuis le début de l’année. Il est régulièrement en retard de 10 minutes et les cours paraissent improvisés. D’une fois sur l’autre, les élèves ont l’impression de revoir tout le temps la même chose,  de faire du sur place. Le cours est sans structure, aucune progression n’est mise en place. Et pourtant, un professeur pourrait donner le change en se contentant de suivre le livre. Au moins les élèves apprendraient quelque chose ! Dans le cas présent, ce n’est même pas le cas.

On peut s’interroger sur les moyens que l’éducation national a à sa disposition pour mettre fin aux dégâts que ce type d’enseignants, heureusement ultra minoritaires, infligent aux élèves. Pour la direction de l’établissement, les absences sont injustifiées et à part demander des sanctions financières, elle semble démunie face au cas. Les délégués de parents d’élèves finiront pas protester auprès de l’inspection d’académie, mais pour quel résultat ? On enverra l’enseignant continuer ses dégâts ailleurs ?

On peut s’interroger également sur la manière de recruter de l’éducation nationale, tellement axée sur la réussite à des concours qu’elle en oublie de vérifier que les candidats disposent d’une véritable aptitude à enseigner et surtout l’envie de transmettre. Concernant notre enseignant, il ne fait donc pas de doutes qu’il possède les connaissances académiques requises, mais pour une raison inconnue, il prend son travail pour une occupation et ne se soucie aucunement des élèves.

La gestion des émotions

Les formations en entreprise autour de la communication m’ont maintes fois démontré à quel point le métier d’enseignant ne s’improvise pas et ne saurait se suffire de connaissances académiques et une aptitude à faire de brillants exposés, aspects que les concours de recrutement des enseignants mesurent parfaitement.

Il n’y a pas seulement, dans une salle de classe, un enseignant face à ses élèves. Il y a également un objet relation à bâtir, dans lequel tous sont coauteurs. Une relation fonctionnera si un accord équitable est accepté par tous sur le mode de fonctionnement, y compris la manière d’exprimer les émotions. Celles-ci, celles de l’enseignant ou celles des élèves qui se traduisent par des comportements de désintérêts ou perturbateurs, minent cette relation.

L’enseignant doit bien se connaître et se reconnaître par la connaissance de ses forces et faiblesses pour ne pas être dépendant du regard des autres. Il doit s’accepter avec ses qualités et défauts, ne pas ambitionner de cours parfait afin de ne pas se créer des enjeux démesurés et doit savoir lâcher prise. La prise de distance lui permettra d’éviter la remontée de pensées négatives (« je n’y arrive pas« , « je suis nul« , « ils se moquent de moi« , « cela ne les intéresse pas » …) qui le conduisent dans une attitude défensive et de non ouverture. Il doit se mettre dans l’état d’esprit que le temps d’une classe n’est qu’un vaste jeu où chacun veut sa part de valorisation pour se sentir exister. Face à ce jeu permanent, le problème de l’enseignant est de parvenir à recentrer la classe sur son objectif de transmission de savoir, alors que les élèves, pour être réceptifs, doivent avoir leurs cerveaux libre de toute émotion. Le cerveau est incapable de raisonner et de recevoir le message de l’enseignant, si celui-ci est encombré d’émotions. Le rôle de l’enseignant est donc aussi d’aider les élèves de se libérer de ses émotions et enfin pouvoir recevoir les enseignements.

Les élèves se sentant dévalués et humiliés de ne pas comprendre ou réussir vont chercher à se valoriser autrement, au détriment du professeur de de la quiétude de la classe. Si l’enseignant ne sait pas recevoir cette émotion et ne sait pas distribuer encouragements et valorisation aux élèves les moins talentueux (le système des notes n’y aide pas particulièrement) et ceux souffrant d’un déficit de reconnaissance (la classe n’est pas seule en cause, l’environnement joue également un rôle), sa classe peut vite devenir un enfer.

D’autres élèves connaissent les tourments de la peur de se tromper et craignent plus que tout le regard des autres élèves et celui du professeur. Ceux-ci peuvent être tentés de se replier sur eux-même en réaction de protection. Ces élèves doivent être rassurés et protégés des moqueries. Leur droit à l’erreur doit être reconnu, ils doivent savoir qu’ils ne risquent pas de réprimandes. Alors seulement ils tenteront de raisonner et pourront constater qu’eux aussi peuvent réussir.

Le catalogue des émotions est un vaste champ d’exploration nécessitant des avis plus experts. Ce rapide exposé permet de comprendre qu’il est impossible de chercher à solliciter des cerveaux dont la capacité de raisonner n’est pas disponible pour cause d’émotions diverses et variées. Enseigner nécessite donc beaucoup de tact, de bienveillance, de capacité d’écoute, mais aussi de connaissance de soi même pour ne pas être victime de son propre conditionnement émotionnel, prendre le temps de répondre aux différentes attitudes des élèves et éviter les réactions épidermiques. Ce métier nécessite de l’empathie, une vraie ouverture aux élèves pour comprendre leurs émotions et les aider à s’en libérer afin que leurs capacités de raisonnement soient libres de toute autre interférence. Prendre le temps n’est pas une perte de temps. Mieux vaut pour un enseignant réduire ses objectifs afin que l’essentiel soit reçu dans de bonnes conditions plutôt que de vouloir être trop exhaustif dans des connaissances que les élèves ne seront pas en mesure de recevoir.

A quel moment le cursus de formation des enseignants les prépare-t-ils à gérer les émotions ?

 

Jeunes turbulents dans les trains

L’usage des transports en commun fini par confronter chacun de nous à des groupes de jeunes extrêmement bruyants, chahutant, éventuellement fumant dans la wagon de tête ou de queue, essentiellement.

C’est ce qui nous est arrivé ce dimanche, alors que nous étions en famille. Le groupe en question n’avait aucune intention agressive à l’égard des autres voyageurs. Il se comportait juste en maître du territoire, comme si les autres voyageurs n’existaient pas. Leur attitude maintenait sans cesse notre attention en éveille, suscitant en nous une tension relative à l’éventualité d’une agression physique que ceux-ci n’avait pourtant pas l’intention de commettre. Les cris, les invectives qu’ils poussaient et ce chahut constituait un manque de respect vis à vis des autres voyageurs.

Il était cependant intéressant de noter que ceux-ci utilisaient un langage très pauvre et qui à ne pas en douter, ne peut que constituer un frein puissant à leur future intégration dans le monde du travail, en plus de leurs non maîtrise des codes comportementaux élémentaires de la vie en société. Ils avaient leurs propres codes lesquels leurs permettant de se valoriser entre eux.

Un des jeunes de ce groupe était connu de vue  de mon enfant qui est collège. En effet, celui-ci était l’année précédente en classe de troisième et réputé pour mettre le bazar. On peut donc dire que le collège a échoué à apprendre à ce jeune en question à respecter autrui, à lui donner la possibilité de s’exprimer correctement. Sans doute que les cours de morale laïque voulues par notre ministre de l’éducation nationale sont censés répondre à cette problématique comportementale. On peut fortement douter de l’efficacité d’une telle politique (voir l’article « Morale laïque : un populisme petit bourgeois de gauche »).

Ce jeune n’est que le fruit d’un système scolaire qui ne sait  faire autre chose que trier les élèves, séparer le bon grain de l’ivraie, qui matraque les élèves d’évaluations et basé sur un système de transmission vertical du savoir. Un tel système produit beaucoup d’échec et de découragement. En l’absence de valorisation par l’école et des parents, un jeune recherchera une valorisation auprès de ses pairs en développant de tels comportements que nous avons subis dans le train. Si de plus, la seule régulation dont sont capable les adultes au sein du collège est l’usage de ce que l’on nomme « l’autorité », mais que l’on confond avec la force pure, alors le jeune en question agira toujours en fonction des rapports de force. Si lui et ses camarades peut établir un rapport de force qui lui est favorable, il en profitera et cela se fera au détriment des autres voyageurs dans le train.

Quant au respect, il estime certainement ne pas en devoir aux autres, puisque le collège l’a amené à l’échec et l’a jeté.

 

 

 

Narcissisme exaspéré, un effet délétère sur la classe

On lira avec beaucoup d’intérêt l’article publié dans Le Monde du 22 mars 2013  : Marcel Gauchet : « Une pédagogie vraiment éclairée est à inventer » qui liste un ensemble de qualités qu’un professeur doit avoir pour exercer son métier : « Un professeur, idéalement, doit être à la fois meneur de groupe, comédien, psychologue, avec en plus des connaissances approfondies sur ce qu’il enseigne. En même temps, c’est le métier de l’humain par excellence. Le métier qui permet à chaque enfant de développer son humanité« . On se rapportera également aux articles publiés sur le sujet sur ce blog (catégories : pédagogie/savoir être).

Au delà des qualités dont un professeur doit aujourd’hui disposer pour pouvoir enseigner dans de bonnes conditions, il doit pouvoir comprendre la dynamique de groupe qui anime une classe. Les années se suivant et ne se ressemblant pas nécessairement, les professeurs font face à des classes avec lesquelles il est agréable de travailler, lesquelles ne sont pas nécessairement des classes excellentes et d’autres années, sont confrontées à des classes impossible à gérer, dans lesquelles une partie conséquente de la classe, sous l’impulsion de quelques meneurs, rendent la vie du reste de la classe et des enseignants infernale.

Si les limites fixées au moyen de sanctions sont à un moment donné nécessaires, il est tout aussi important de chercher à comprendre les interactions entre les élèves conduisant à de tels débordements. Les problèmes extérieurs à l’école(familiaux, violence …) portés par certains élèves, la perte de motivation, les difficultés scolaires conduisant au décrochage sont autant de causes qui peuvent amener des élèves à devenir perturbateurs. Mais on ne peut comprendre les mécanismes qui conduisent des élèves à devenir des perturbateurs actifs sans s’intéresser à leurs recherches effrénées de valorisation.

Un bon élève se trouve valorisé par ses bonnes notes et le regard positif que portent sur lui ses enseignants et ses parents. D’autres éléments de valorisation peuvent être recherchés dans le sport ou dans la reconnaissance par les pairs.  Un certain nombre d’élèves ne trouvent cependant pas des éléments de valorisation dans leurs résultats scolaires et peut-être ne trouvent-ils pas des éléments de valorisation dans leurs familles. Ils rechercheront alors à être valorisés face à leurs pairs.

Pour se sentir être, et pour ne pas se retrouver seul, l’appartenance à un groupe devient pour beaucoup d’élèves une nécessité. Elle passe alors par l’acceptation de contraintes imposées par les leaders du groupe. Ainsi un élève ordinairement doux peut être amené à donner une gifle à un élève n’appartenant pas au groupe pour prouver son allégeance. De manière classique, on identifiera de préférence un élève en situation de faiblesse et on le persécutera. Cela passera par des railleries, des moqueries et l’exclusion. Un jeu particulièrement pervers est d’intégrer dans le groupe le camarade ordinairement exclu à un moment donné, puis de l’exclure à nouveau, dans le but de le faire souffrir. L’exclu peut être amené à s’excuser de ne pas être comme les autres et à s’humilier. Ce type de jeu de persécution d’autrui est très courant et ne devient visible aux yeux des adultes que lorsqu’il prend la forme de violences physiques. Il commence néanmoins bien avant les premiers coups  et produit des effets délétères avant de se traduire par des violences physiques.

Un groupe d’élèves  se fréquentant tout au long de sa scolarité finit ainsi  par contaminer un ensemble suffisamment important d’élèves pour que les rapports entre élèves soient essentiellement guidés par le besoin narcissique de reconnaissance et que règne une mauvaise ambiance d’ensemble, avec des groupes opposés, des souffres douleurs et des élèves qui perturberont pour se faire valoir.

De fait, la communauté éducative ferait bien de s’intéresser aux interactions entre élèves dans les cours de récréation en vue de pacifier les rapports entre les élèves. Cela doit nécessairement passer par la mise en place d’un système de médiation pour résoudre les conflits entre élèves et favoriser un processus de réparation face aux fautes commises plutôt que des sanctions systématiques. Les élèves doivent apprendre à mettre des mots sur leurs émotions et à écouter leurs camarades. Ce qu’on appelle instruction civique devrait être axé sur l’apprentissage du vivre ensemble. Celui-ci ne peut pas  se résumer qu’à l’apprentissage de règles de conduite, mais nécessite aussi d’apprendre à prendre en compte l’autre et de comprendre la souffrance que l’on peut lui infliger. Il existe des techniques tel que le théâtre de rue ou encore les jeux de rôles qui permettent de mettre en scène des situations de la vie quotidienne afin que les élèves parviennent à comprendre comment par leurs paroles, leurs gestes et attitudes, ils peuvent blesser leurs camarades et ce que l’on ressent lorsque l’on se retrouve à son tour exclu. Ensuite, le  vivre ensemble passe par la réalisation de projets communs valorisant pour le groupe.

Nous pouvons tous constater au quotidien qu’un certain nombre de parents sont défaillants dans l’éducation de leurs enfants. L’institution scolaire est cependant bien impuissante pour faire évoluer ces parents et les moyens de pression sont très limités. Il faut donc bien admettre que ce cantonner à un discours sur la responsabilité des parents ne permet pas d’éviter qu’il devienne difficile d’enseigner même dans certaines classes de CP ! Le discours traditionnel qui consiste à renvoyer la responsabilité sur les parents a démontré son échec.

L’enseignant ne peut certes pas tout. C’est une véritable équipe éducative composée aussi d’éducateurs  qui au travers d’un projet de vie de l’établissement parviendra  à redresser, au travers d’une éducation citoyenne, les défaillances éducatives de certains parents et permettra aux élèves à dépasser leur recherche de reconnaissance narcissique.

Cela ne sera qu’au prix d’une totale remise en cause des objectifs et moyens de l’école qu’il sera possible de pacifier les rapports entre élèves, reconstruire du lien, instaurer une ambiance chaleureuse et restaurer pour les professeurs de bonnes conditions d’enseignement.

Pédagogie de la terreur

Comment rendre une matière aussi passionnante telle que les sciences de la vie et de la terre rébarbative, inintéressantes, tout en parvenant à obtenir des enfants qu’ils apprennent tout de même leurs leçons ?

Tout commence par l’institution d’un règlement spécifique remis à l’élève en début d’année spécifiant toutes leurs obligations et formulant la menace de sanctions en gros et gras, pour tout manquement à ces obligations.

Les enseignements sont de nature magistrale, sans interactions avec la classe, autres que celles à sens unique du professeur qui interroge l’élève pour évaluer ses connaissances et éventuellement le réprimander. Le calme règne dans la classe, mais l’enthousiasme est absent, car prime la peur d’être puni pour un écart de conduite ou d’être réprimandé pour  une question inappropriée, ou de ne pas savoir.

Les leçons sont une suite de définitions ou de propriétés à apprendre par cœur, en vue d’une restitution quasi textuelle ou d’une mise en application de connaissances selon les méthodes de l’enseignant lors des évaluations. Le sens de l’observation, de l’analyse et de la déduction, l’esprit critique par rapport aux documents utilisés n’est pas développé. La primauté est donnée à l’acquisition brute et rapide de connaissances, en vue de boucler le programme.

L’ordre est maintenu en utilisant l’arbitraire des retenues données pour n’importe quel motif. Même du matériel oublié est un motif à retenue. Pour cultiver sa personnalité intransigeante, rien de tel que se vanter devant les élèves d’avoir battu son record d’heures de retenues distribuées dans la journée !

Pour maintenir un sentiment généralisé d’un travail personnel jamais suffisant, la notation est plus sévère. Cela est particulièrement visible sur une classe de niveau globale plutôt bon dont la moyenne générale en SVT est bien en dessous de celle des autres matières.

Afin que la pression exercée sur les élèves soit constante, des évaluations surprises sont organisées régulièrement. Celles-ci peuvent porter sur des leçons de début d’année et ne portent pas forcément sur les leçons du moment. Si les élèves ont une obligation forte de connaître la totalité de leur cours, celle que l’enseignant se fixe est bien peu exigeante, puisque le délai moyen qu’il s’attribue pour restituer les corrections est d’un mois.

Si les heures de vie scolaire permettent aux élèves de formuler ce qui ne va pas devant leur professeur principal, aucune suite n’est donnée, aucune médiation n’est possible. Les délégués des parents d’élèves, sans légitimité reconnue par l’institution scolaire et trop effrayés de s’aventurer sur le champ mouvant de la remise en cause des méthodes pédagogique d’un professeur, préfèrent concentrer leurs actions sur le cas d’un surveillant se prenant pour un caporal. Les parents des élèves les plus en souffrance préfèrent rencontrer l’enseignant directement lors des rencontres parents professeur, plutôt que de faire appel à leurs délégués élus. Ce professeur était celui dont la file d’attente était la plus importante de tous les enseignants.

Difficile dans ses conditions de faire aimer cette matière à nos enfants, quant ceux-ci redoutent les cours avec ce professeur. Si notre pays a besoins de réactiver les vocations scientifiques parmi nos jeunes, je doute que l’emploi d’une pédagogie de la terreur soit le moyen le plus approprié.

 

Enseignement de la musique au collège

Ouvrir les horizons culturels des élèves, conforter la dimension artistique de la culture humaniste en enseignant la musique au collège est en soit une intention louable. Leur faire découvrir d’autres musiques que celles qu’ils écoutent, les enrichis. Acquérir quelques notions musicales au travers du chant peut leur faire découvrir le sens de l’harmonie.

Il est cependant illusoire de vouloir faire des collégiens des musiciens. Une heure par semaine est insuffisant et la musique n’est pas une vocation pour la majeur partie des élèves. Il existe des écoles de musique pour ceux qui ont une vocation.

Pourquoi vouloir alors à tout prix enseigner au collégiens la lecture des notes de musiques, le rythme et la flute ? Quel est l’objectif recherché ? Un tel enseignement nécessitant de la part des élèves non musiciens des efforts disproportionnés pour répondre aux exigences des professeurs de musique ne fait que provoquer un rejet de cet enseignement. Ce type de discipline ne peut intéresser les élèves que si les cours de musiques sont un moment de plaisir partagé. Sans quoi, tout sera rapidement oublié dés la fin du collège par les élèves non musiciens.

Le site de l’éducation nationale mentionne dans ses objectifs : « Développer sa capacité à observer des œuvres, pratiquer une activité artistique. Les élèves découvrent, par l’analyse d’œuvres d’art, la diversité des genres, des styles et des périodes. Ils acquièrent progressivement le goût de l’expression personnelle et de la création, les moyens de comprendre le phénomène de la création en musique, en arts plastiques, en architecture, dans le domaine des images. »

Dans le chapitre des moyens, est écrit : « Les élèves écoutent des œuvres musicales variées : chansons, pièces instrumentales, œuvres classiques. Ils apprennent à les analyser, à interpréter certains de leurs éléments, approfondissent leur culture musicale et acquièrent des connaissances techniques (solfège, chant ou pratique d’un instrument). »

Autant on ne peut que souscrire aux objectifs poursuivis, autant on peut contester les moyens employés : l’acquisition de connaissances techniques, solfège, pratique d’un instrument. Avec les pédagogie centrée sur l’apprentissage par la contrainte, les évaluations et les réprimandes à l’égard des élèves non doués pour la musique, les objectifs louables annoncés ne seront jamais atteins pour la majorité des élèves. Ils ne feront que rejeter plus tard cette forme de culture que l’on a voulu leur faire découvrir au collège. Ainsi enseigné, la musique est une perte de temps pour les élèves.

Si l’objectif du collège est de classer les élèves afin de les orienter, quelle est la nécessité de l’apprentissage de la musique ? Les autres matières enseignées qui elles serviront dans la suite de la scolarité y pourvoient déjà suffisamment.

Si l’objectif du collège est de former les citoyens de demain, alors oui, la musique a un intérêt dans la mesure où seulement elle contribue à la culture humaniste des élèves. Malheureusement, cela fait longtemps que cet objectif, bien que affirmé haut et fort est bafoué quotidiennement au collège.