L’affluence de jeunes bacheliers est cette année telle que de nombreuses licences universitaires non sélectives, réputées ne pas être en tension l’année précédente et donc classées en pastille verte dans le système informatique Admission Post Bac (APB), ont connu pour la première fois un tirage au sort. Au 19 juillet, 87 000 candidats étaient encore en attente d’une place (LeMonde.fr) et attendaient le résultat de la procédure complémentaire. Ce chiffre serait en baisse par rapport à l’année précédente, mais témoigne de l’absence de places auquel un système informatique ne peut palier.
Ce manque de places introduit un niveau de compétition entre les jeunes bacheliers qui n’existait pas lorsqu’il y 30 ans je passais mon baccalauréat. Si je n’avais pas obtenu une filière sélective, j’avais une place assurée dans une des universités parisienne. APB présente un gros progrès par rapport au passé. Inutile d’avoir à monter une multitude de dossiers papier qu’il fallait alors envoyer par courrier. De nombreuses formations supérieures sont maintenant accessibles via ce système informatique et il suffit de classer correctement ses vœux. Cependant, même si l’information est accessible, toutes les familles ne s’impliquent pas de la même manière dans l’avenir de ses enfants, ni n’est capable de trouver cette information ou de la comprendre correctement. Cette inégalité lié à la famille devrait pouvoir facilement être gommée par une implication plus forte des conseillers d’orientation au sein des lycées. Hélas, ceux-ci n’ont pas toujours un rôle très actif (manque de temps, manque d’implication du lycée ? …), conduisant les mieux informés à mieux classer leurs choix et donc à mieux assurer leur avenir. Car contrairement à il y a 30 ans, l’affluence de jeunes bachelier est telle que la compétition ne se limite plus aux filière sélectives, mais finalement s’est étendu, malgré les apparences à l’ensemble des formations universitaires, malgré le refus de la sélection dans les filières non sélectives. C’est cette compétition qui a pour résultat 87 000 jeunes en attente d’affectation et on n’imagine pas le niveau d’angoisse de ces jeunes et de leurs familles, que nous ne connaissions pas il y a 30 ans.
Mon aîné n’a pas connu ce niveau d’angoisse, car chanceux, il a su dés le premier tour du système APB qu’il avait une place assurée en médecine après un tirage au sort qui n’avait jamais eu lieu les années précédentes. Apparemment les recalés du tirage au sort du premier tour auraient été repêchés, à cause de l’émotion suscitée dans l’opinion par ce premier tirage au sort. Peut-être que dans les universités où il n’y a que trois amphithéâtres pour suivre par visioconférence le cours d’un professeur, il y en aura désormais un quatrième d’ouvert ?
La procédure d’inscription effective a débuté le 20 juillet, car malgré un système informatique qui en théorie pourrait nous permettre de connaître l’affectation bien plus tôt, les facultés de médecine de l’Île de France se répartissent les bacheliers à mention, pour éviter que ceux-ci ne se concentrent dans les facultés Parisiennes. Attendre cependant le 20 juillet pour s’inquiéter du logement de son jeune lorsque celui-ci aura à faire face à des durées de transport en commun rendant impossible sa réussite dans ce type d’études qui nécessitent un très fort niveau d’engagement compte tenu du concours de fin de première année, conduit à risquer ne pas trouver du tout de logement. Car si les universités sont prises d’assaut, les logements le sont aussi. Nous avions largement anticipé et effectué nos recherches dés le mois d’avril. Mais après avoir trouvé la classe préparatoire qui sera suivit en parallèle de l’année universitaire (encore une belle hypocrisie) et le logement, nous étions dans l’angoisse de voir le premier choix d’affectation invalidé.
Quant à la procédure d’inscription, malgré ou grâce à sa digitalisation, elle est devenue d’une telle complexité, qu’elle nous a nécessité pas moins de cinq heures, pour tout d’abord comprendre ce qu’il y avait à faire dans les différents extranets de l’université, puis effectuer l’inscription et la création des différents comptes. On peut se demander comment font les familles qui ne sont pas suffisamment familiarisées avec les arcanes d’une telle bureaucratie et avec les procédures internet. Après s’être donné jusqu’au 20 juillet, les facultés de médecines ne laissent quant à elles qu’une semaine aux étudiants pour effectuer l’inscription, sans quoi elle est perdue. On peut légitimement se demander si les universités n’espèrent pas secrètement perdre quelques candidats mal armés face à une telle bureaucratie.
Si vous aviez le malheur de vouloir (ou devoir) partir en vacances en juillet, il vous fallait pour cela récupérer sous forme numérisée tous les documents nécessaires à l’inscription. Mais impossible de connaître à l’avance cette liste. Aucune université ne publie sur son portail internet une telle liste et même sur le tchat de l’université, il était impossible d’obtenir la réponse. Sans doute que l’université considère que nous parents sommes à sa disposition pour l’alimenter en paperasse, alors que l’éducation nationale connaît déjà tout de nos enfants.
Ces procédures d’affectation et d’inscription à l’université nous donnent l’impression que nos enfants ne sont que de la viande. Même brillants bacheliers, ils peuvent être aisément remplacés par beaucoup d’autres brillants bacheliers, tant il y a de jeunes aujourd’hui qui veulent poursuivre des études supérieures. Et nous parents, nous sommes que les esclaves de ce système éducatif hypocrite, qui veut faire croire à la réussite au mérite quant tout n’est qu’affaire de connaissance de la complexité des rouages et d’argent.
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