Fin du concours de première année de PACES vendredi 04 mai. Fin de l’enfer connu pendant une année entière. Des étudiants qui sortent épuisés, certains blancs, certains avec une crise de larmes. Enfin les tensions vont pouvoir s’évacuer et les vies mises entre parenthèses pendant une année entière vont pouvoir reprendre, avec l’angoisse pour les primants de devoir redoubler et pour les redoublants, l’idée de ne pas être reçus. Il faudra cependant plusieurs jours pour récupérer.
Retour sur une année de vie particulière, pas seulement pour l’étudiant, mais aussi pour toute sa famille qui s’est organisée en fonction.
Pour avoir des chances de réussir ce type d’épreuve, le futur étudiant doit déjà être en classe de terminale un très bon élève (avec une mention très bien). Mais avoir des facilités ne suffit pas. L’élève doit s’être, dés la terminale formaté pour devenir une machine à travailler, c’est à dire apte à absorber pendant plusieurs mois une très grosse charge de travail.
Mais cela ne suffit pas. Il faut également à la famille disposer de quelques moyens financiers pour payer une prépa privée pendant l’année (680 €/mois) et un stage de pré-rentrée à la fin de l’été. Cette prépa est indispensable, car les cours sont revus, et les étudiants sont préparés aux concours. On leur explique les stratégies à suivre, les pièges à éviter, on leurs donne des méthodes et on les soutiens moralement … Pour lutter contre cette inégalité par l’argent, les étudiants des années supérieures organisent un tutorat de très bonne qualité avec des cours que l’on peut photocopier des concours blancs. Mais le tutorat ne peut surpasser les cours présentiels et en nombre réduit d’élèves des prépas privées, lesquelles donnent donc un avantage compétitif à ceux qui ont les moyens financiers de les suivre. Il faut également payer un appartement proche du lieu d’études, car il est impossible de réussir si l’étudiant doit perdre plusieurs heures par semaine dans les transports.
Mais cela ne suffit pas. La famille se doit d’assurer une présence affective, réconfortante et éviter à l’étudiant une solitude néfaste où les idées noires (je ne vais jamais y arriver, je suis nul …) ne manquent jamais de surgir. Il lui faut savoir gérer les coups de blues, ne pas mettre la pression, faire accepter l’éventualité de l’échec, même après deux tentatives. La vie ne s’arrête pas en cas d’échec et un étudiant qui s’est beaucoup investi a acquis des méthodes de travail, une volonté et une endurance qui lui permettront de réussir ailleurs. L’échec ne doit pas être vécu comme une fin, mais comme un nouveau départ. La famille a donc un rôle important à jouer dans la préparation mentale de l’étudiant.
Mais cela ne suffit pas. L’étudiant, en dépits de la mauvaise conscience que lui occasionne d’avoir des loisirs, doit s’aménager des moments de respiration. Le cerveau doit pouvoir décompresser. Cela peut être lire, pour d’autres faire ou écouter de la musique, du sport, une sortie entre amis … Le cerveau est comme un muscle et l’étudiant de PACES est comme un sportif de haut niveau qui se prépare à une compétition. Chez le sportif, le surentraînement conduit à la contre performance et dans le pire des cas, à la blessure. Chez l’étudiant de PACES, le burn-out et pire, la dépression ne sont jamais très loin et fatigué, le cerveau n’est plus capable d’apprendre. Il convient donc de l’oxygéner et de lui permettre de se reposer. En cela, les nuits passées à réviser sont une très mauvaise idée et il convient de se coucher à une heure raisonnable (pas après 23h).
Après avoir vécu un rythme effréné de la mi août à début mai, on pourrait espérer que la réussite soit au rendez vous. Mais rien n’est moins certain.
Pour permettre à l’étudiant d’aborder le concours dans de bonnes conditions, il faut s’occuper de toute la logistique. Le mieux étant de réserver un hôtel pour la durée du concours. Pour aborder l’épreuve dans de bonnes conditions et gérer les risques de découragement et de stress, une présence parentale est requise pendant toute la durée du concours (matin, midi et soir) et il faut éviter toute conversation génératrice de stress. Pour cela, les camarades, mêmes bons ne sont pas forcément de bonne compagnie car il faut éviter de parler des épreuves passées et toujours regarder devant soi.
Mais cela peut ne pas suffire car ce concours est et reste une affreuse loterie. L’étudiant doit bien lire les questions et être sensible aux subtilités et autres pièges que l’on peut trouver dans les QCM (Questions à Choix Multiple). Il lui faut éviter de sauter un QCM pour y revenir ensuite, car il n’y a rien de pire que cocher les cases avec un décalage entre questions et réponses (cela veut dire avoir tout faux, cela arrive). La chance joue également son rôle, dans certaines matières comme « Santé Social et Humanité », où l’étudiant doit restituer par cœur du cours (17 cours à apprendre par cœur) ou dans le domaine du médicament où il faut être capable de régurgiter des noms de médicaments et des chiffres. Cela s’appelle de la chance si juste avant l’épreuve, l’étudiant a pu relire sa fiche pendant la pause, celle qui portera sur le sujet retenu au concours.
Vous l’aurez compris. Pour réussir, avoir de bonnes dispositions ne suffit pas. Il faut également une famille ayant la possibilité de payer, bien informée, remplissant son rôle de soutien moral et logistique. Ce concours ne sélectionne pas seulement des étudiants pour leurs aptitudes au travail de forçat et à apprendre des masses d’information par cœur, mais également la famille dont ils sont issus. Voilà un principe républicain méritocratique bien mis à mal !
Il ne reste plus qu’à attendre la 3ème semaine de juin le verdict de cette loterie. Beaucoup de ceux qui échoueront et qui sont passés par toutes ces épreuves mériteraient de pouvoir poursuivre. Ils se retrouveront jetés par la faculté de médecine. Ce concours est un véritable gâchis humain. On ne comprend pas qu’alors les besoins en médecins ne sont plus pourvus, même en zone urbaine, qu’il manque tant de praticiens dans les différentes spécialités médicales et paramédicales, au point que les hôpitaux doivent faire appel à des médecins étrangers (qui n’exerceront pas dans leurs pays où les besoins sont encore plus mal couverts, bravo la France pour l’aide au développement), tant d’étudiants méritant soient irrémédiablement jetés. Conservatisme du corps médical ? Volonté de maîtriser la dépense de santé de la part de la Sécurité Sociale ? Le processus de fixation du numerus clausus est totalement opaque et antidémocratique. Une aberration en tout cas qui ne risque pas de disparaître de sitôt.
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