La présence de l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle, 15 ans après le traumatisme qu’a été pour moi le choc l’élection présidentielle de 2002 génère des questions sur l’éducation. Sans être tous des racistes, xénophobes et anti immigrés, une fraction de plus en plus croissante de la population française est prête à accorder à ce parti son suffrage, par simple expression de son mécontentement et dans la croyance que ses remèdes simplistes apporteront des solutions à leurs problèmes. Que ce parti s’en prenne à ce point violemment aux journalistes, contre pouvoir essentiel dans toute démocratie grâce aux investigations qu’ils mènent, et au pouvoir judiciaire à la base de tout état de droit, ne leurs pose aucune question, ni les tentations négationnistes récurrentes. Que ce parti soit dirigé par une dynastie affairiste ne les éclaire pas plus sur les véritables intentions des dirigeants du FN. Les postures de sa dirigeante, son aptitude à siphonner le discours traditionnel de dénonciation de l’économie de marché et des inégalités de l’extrême gauche suffisent à convaincre de nouveaux électeurs.
Est-ce le rôle de l’école républicaine de former les citoyens de demain en leur donnant les éléments de compréhension du monde d’aujourd’hui et en les formant à l’esprit critique ? Il arrive à certains ministres de penser que l’école doit former des citoyens (voir Morale laïque : un populisme petit bourgeois de gauche, un article de blog du 24 avril 2013). Malheureusement, au gré des réformes, l’école en reste toujours à son objectif initial, celui de former un homme savant en transmettant toujours plus de connaissances et en lui faisant acquérir des nouvelles compétences qu’elle s’empressera d’évaluer pour les classer, sélectionner, orienter en fonction des mérites mesurés.
Il serait peut-être temps de changer de priorité, renoncer à cette course à l’excellence génératrice d’échec. Comprendre plutôt qu’apprendre dans certaines disciplines. Comprendre comment dans certaines périodes de tension, certains groupes parviennent au pouvoir en utilisant des arguments simplistes et ensuite installent des régimes autoritaires. Comprendre quels sont les fondements de toute démocratie, d’un état de droit avec des pouvoirs et contre-pouvoirs, ce que nous apportent les droits de l’homme. Comprendre aussi le fonctionnement de cette économie de marché, ses avantages et inconvénients, ses mécanismes de concentration des richesses, pour comprendre la nécessité d’une régulation qui ne peut se faire au niveau franco-français. Il faudrait surtout que les élèves puisse vivre leur citoyenneté. Cela impose de reconnaître aux élèves de véritables droits et pas seulement des devoirs sous une forme de charte des droits et devoirs de chacun, élèves, parents, professeurs. Les possibilités dont dispose les élèves de s’élever contre une injustice ou un abus sont pour ainsi dire nulles. Ne parlons pas de celles des délégués de parents d’élèves trop souvent utilisés comme secrétaires des conseils de classe. Le fonctionnement de l’école n’a que peu de chose à voir avec une démocratie. Au mieux peut-on qualifié le régime scolaire de despotisme éclairé.
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