Le plan Chatel pour redonner goût aux sciences : un plan pour rien

Le plan du ministre de l’Éducation National, Luc Chatel, visant à redonner le goût des sciences et réconcilier les jeunes Français avec les mathématiques (voir Le Monde du dimanche  30 – lundi 31 janvier) est bien vain. Encore un plan pour démontrer à son président et à l’opinion que l’on a mis en œuvre un plan d’action. Pour ceux qui ne sont pas habitués à cette subtile langue de bois que j’ai appris dans le monde de l’entreprise, on met en oeuvre un plan d’action lorsqu’un risque est détecté ou que celui-ci est avéré afin de réduire ce risque. Le plus important est de montrer que l’on a mis en œuvre un plan d’action et non de mettre en place un plan d’action efficace. Ainsi, on pourra toujours dire que l’on a tout essayé.

Tout sauf d’essayer d’apprendre les sciences différemment dès le collège. La prépondérance des apprentissages par cœur et la bonne exécution d’exercices est trop importante, alors que ce qui compte avant tout, c’est de développer chez l’enfant la curiosité, le plaisir de découvrir, l’esprit critique, la capacité à rechercher.

Rien d’étonnant à ce que les jeunes s’en détournent si la méthode d’apprentissage est le matraquage.

Rien d’étonnant à ce que les parents des mêmes jeunes les détournent des études scientifiques, si eux-même après avoir effectué des études scientifiques (hors écoles d’ingénieurs) se sont retrouvés sur le marché de l’emploi à un moment donné sans emploi, leurs illusions perdues. Rappelons à ce qui n’ont pas de mémoire qu’à la fin des années 1980, les études scientifiques étaient une bonne garantie de trouver un emploi à l’issue des études, choses qui a changé au début des années 1990 où l’on a découvert le chômage des diplômés.

Que peut-on penser des études scientifiques lorsque l’emploi que nous avons la chance d’avoir n’a rien à voir avec les études scientifiques que nous avons effectuées, ni avec nos rêves d’étudiant ?

Rien d’étonnant, si en dehors de l’excellence il n’y ait pas de salut (tout le monde ne peut pas être premier de la classe), que l’on ait pas envie que nos enfants suivent ce type de voie.

A quoi sert le brevet des collèges ?

Quelle est l’utilité du brevet des collèges ? S’agit-il d’un diplôme permettant à un jeune sorti prématurément du système scolaire de trouver du travail ?

Certainement pas, puisque s’il s’est trouvé en situation d’échec, il n’aura pas le brevet des collèges.  Peut-être aura-t-il tout de même réussi une voie professionnalisante, type CAP ou BEP.

Il ne s’agit pas non plus d’un diplôme permettant le passage en seconde. Quelle est donc son utilité ?

Il s’agit en fait de préparer les jeunes à passer le baccalauréat et une fraction d’entre eux à passer toutes les étapes de la méritocratie à la française basée sur les concours : concours d’entrée dans les petites et grandes écoles, concours d’entrée dans les administrations et pour l’élite de l’élite, l’ENA.

Le brevet des collèges n’est que la première étape qui permettra de figer dans le marbre le mérite de nos enfants, lequel mérite leurs attribuera une position sociale plus ou moins enviée.

Nos enfants doivent donc bien s’adapter à ce moule.

Le poids des cartables

Pourquoi, malgré l’action des syndicats de parents d’élèves depuis plusieurs années sur le thème du poids des cartables, pourquoi, malgré les recommandations du ministère de l’éducation nationale, les élèves des collèges doivent porter un cartable si lourd ? Le cartable de mon enfant pèse au minimum 10 kg, soit un tiers de son poids corporel.

  • Il faut observer le contenu du cartable pour comprendre.  Les exigences de chaque enseignant s’additionnent : des cahiers de 24x32cm de 192 pages là où des cahiers plus petits feraient l’affaire ou bien des classeurs
  • des livres, dont on ne comprend pas pourquoi ils doivent systématiquement être amenés en classe

A noter que les cartables à roulette qui pourraient soulager l’enfant sont interdits !

Je ne comprends pas que ce problème de santé ne mobilise pas plus les enseignants. Ce problème nous les montrent bien trop centrés sur l’enseignement de leur matière.

Avoir froid à l’heure du midi

Il faisait vraiment froid mardi 1 ier février, – 1°C. La pause méridienne de ce jour était de 2h30, temps que certains ont passé dehors, frigorifiés. Par temps de pluie, certains s’abritent sous les arbres.

Les enfants peuvent se rendre au CDI, mais il n’y a pas de place pour tout le monde. Ceux qui n’ont pas de place peuvent prendre l’air, tant pis pour eux s’ils tombent malades, ils n’avaient qu’à arriver les premiers.

Un bel exemple du manque de bienveillance de la part du personnel du collège. Ou faut’il qualifier cela de manque de respect ?

Justice au collège

On peut convenir que tenir un collège d’une certaine taille ne soit pas une chose aisée et qu’un minimum de discipline est nécessaire.

Je constate cependant qu’à une époque où on entend surtout parler de problèmes d’irrespects de violence et du nécessaire retour de l’autorité, on a tendance à confondre autorité et autoritarisme. Un certain nombre de principes élémentaires de justice me semblent bafoués.

Des sanctions abusives.  De quel droit sanctionne-t-on un élève qui n’a pas effectué son travail, soit qu’il ait oublié, soit qu’il n’ait pas été motivé de le faire ? En quoi un manque d’assiduité perturbe-t-il le bon fonctionnement de la classe ? L’élève qui n’est pas assidu se sanctionne lui-même et hypothèque ses chances de réussite scolaire.

De quel droit inflige-t-on une heure de colle à un élève qui n’a pas obtenu la moyenne lors d’une évaluation ? L’élève est ainsi mis en demeure d’avoir toujours compris et d’être toujours performant.

Même question concernant les affaires oubliées : l’élève se doit-il d’être infaillible ?

Pourquoi impose-t-on aux élèves de travailler pendant les heures de permanence ?  En quoi un coloriage ou un pliage est susceptible de perturber ceux qui veulent travailler ?

Des sanctions disproportionnées.  En quoi l’oubli du cahier de texte de la classe est une faute à ce point grave pour qu’elle justifie une sanction automatique d’une heure de colle ? Un élève pris en flagrant délit de bavardage mérite-t-il sans pré-avis une heure de colle ? Et un bouchon qui tombe malencontreusement par terre doit-il valoir à l’élève responsable une punition ?

Non respect du droit à la défense.  L’automaticité de certaines sanctions (cas du cahier de texte oublié) retire à l’élève toute possibilité de s’expliquer et de bénéficier de circonstances atténuantes. De même, l’application de sanctions collectives (cas d’une classe bruyante) conduit à punir des élèves innocents qui vivront la situation comme une injustice.

Je doute que l’on prenne le temps d’entendre les fautifs et d’essayer de les comprendre, et qu’ensuite on prenne le temps de lui faire comprendre le sens de la sanction.

L’arbitraire dans les sanctions. L’enseignant semble le seul maitre du barême de la sanction (punition, une ou plusieurs heures de colles). Le Conseiller Principal d’Education (CPE) ne parait pas jouer son rôle de modérateur dans les sanctions infligées. Il n’existe aucun barême des sanctions dans les réglements, ni aucune précision sur le droit à la défense et au recours. S’agissant d’enfants et non d’adultes, on peut même se demander si ces droits existent vraiement pour eux.

Ces bonnes vieilles méthodes de l’école d’autrefois ressemblent à la méthode d’apprentissage par le stress. Face à la contrainte permanente, les réactions des élèves peuvent être soit une réaction de stress, soit une réaction de démotivation et de laisser aller qui mènera à l’échec scolaire. Ce n’est pas ainsi que l’on formera les citoyens de demain, en leur apprenant à se soumettre en permanence, en lui apprenant que le plus fort a forcément raison, qu’il suffit de devenir le plus fort pour imposer ensuite sa volonté.

Le bon vieil apprentissage par coeur d’antan

L’apprentissage de poèmes, chants en classe de primaire renforce les capacités de mémorisation des enfants. Je ne vois cependant pas l’intérêt d’apprendre des leçons d’histoire géographie, sciences de la vie et de la terre, musique, arts plastiques, technologie, par cœur. Ne vaut-il pas mieux que l’enfant apprenne à reformuler avec ses propres mots ?

L’acquisition de connaissances et l’entrainement à la résolution des exercices me paraissent privilégiés par rapport à la compréhension, la manipulation de concepts, l’éveil de leur curiosité et de leur esprit critique. Dans des matières comme les arts plastiques, la musique, on stérilise leur créativité.

Ce n’est pas étonnant que les leçons soient ennuyeuses. Ces modes d’apprentissage favorisent les élèves ayant soit des facilités de mémorisation, soit une grosse capacité de travail, au détriment des autres élèves qui disposent d’une autre forme d’intelligence. Le seule forme d’intelligence qui vaille à l’école, c’est la mémorisation.

Des apprentissages à la charge des parents

J’ai été stupéfait lorsque mon enfant a eu pour devoirs à effectuer à la maison des travaux sur notre ordinateur (traitement de texte, tableur, présentation). Les enfants n’avaient pas été formés par leur enseignant au maniement de ces logiciels en salle informatique (ceux-ci n’avaient eu droit qu’à des présentations en cours par rétro-projection).

A nous parents ensuite d’expliquer le maniement de l’ordinateur et de ces logiciels à nos enfants.

Ainsi, tous les parents sont-ils censés être équipés d’un ordinateur à l’entrée de leur enfant en classe de 6ième ? Tous les parents sont-ils censés avoir un accès internet ? Tous sont-ils censés être compétents sur ces logiciels, ce qui n’est évidemment pas le cas ?

Une fois de plus, les enfants qui n’ont pas la chance d’avoir des parents disponibles et multi-compétents sont sacrifiés. On crée ainsi chez un certain nombre d’enfants un sentiment d’échec face à l’outil informatique et des blocages, alors que la maîtrise des technologies de l’information est un enjeu majeur pour cette génération.

Il est tout à fait inouï que l’école tolère une telle franche rupture dans le principe d’égalité des chances.

Une mise sous tension permanente

Au premier jour de collège à la rentrée de septembre 2010, les enfants fraichement arrivés de CM2 furent bien accueillis.

Mais au deuxième jour, le désenchantement était au rendez-vous avec une avalanche de règlements :

  • règlement du collège
  • règlement du carnet de correspondance
  • règlements spécifiques à certaines matières …

Tous ces règlements sont très instructifs pour comprendre que l’école primaire est bien finie et que dorénavant on ne badine plus avec la discipline. Malheureusement, mis à part des interdits et des obligations pour les élèves, les multiples règlements ne sont pas très précis sur les droits des élèves .

Puis est rapidement arrivée l’avalanche de devoirs et d’évaluations sans coordination aucune entre les enseignants, les menaces si le travail n’est pas satisfaisant (une heure de colle dans certaines matières si le travail n’est pas à la hauteur), les risques de sanction pour des motifs futiles (pour une minute de retard, quant les enfants doivent traverser tout le collège pour se rendre d’une salle de classe à l’autre).

Enfin, certains élèves, les plus âgés du collège, profitent de leur position d’aînés pour écraser les plus jeunes (invitation à manger par terre à la cantine).

Tous ces faits ont conduit à une mise sous tension rapide de mon enfant dans les deux premières semaines qui ont suivi la rentrée scolaire. Il mangeait moins aux repas, était pâle et au bord des larmes le soir, se réveillait tôt le matin, était en permanence fatigué.

Le personnel du collège oublie que les élèves arrivant de CM2 n’ont que 11 ans, qu’ils sont des enfants qui entrent brutalement dans un monde d’adolescents et qu’ils ont besoin d’être accompagnés. Les rapports distants qu’entretiennent la plupart des enseignants ne les aident pas. A 11 ans, les enfants ne savent pas encore organiser leur travail et ne sont donc pas efficaces. On ne peut avoir vis à vis d’eux les mêmes exigences qu’avec des élèves de 3ième.

Nous avons rapidement essayé à aider notre enfant à prendre du recul, à mieux s’organiser, à acquérir des méthodes de travail. Petit à petit, celui-ci apprend à s’adapter. Nous lui avons appris à rédiger des fiches (chose que personnellement je n’ai commencé à faire qu’au lycée), lorsque les informations à retenir étaient dispersées sur plusieurs supports. Nous avons même été obligés de ré écrire certains cours sous forme de fiches synthétiques lorsque ceux-ci étaient mal structurés, voir incompréhensibles.

Mais qu’en est-il des autres enfants qui n’ont pas la même chance que le mien, d’avoir des parents disponibles et capables de l’aider ? Que sont-ils devenus pendant cette période cruciale ? Ont-ils décrochés ?