Les débats sur l’actuelle réforme du collège dont le décret et l’arrêté ont été publiés au Journal Officiel ce mercredi 20 mai ont au moins eu le mérite de faire apparaître clairement que le collège dans sa forme actuelle est inégalitaire, creuse l’écart entre les élèves, n’est bon qu’à faire émerger une élite, mais échoue à donner un avenir aux 150 000 jeunes qui sortent chaque année sans qualification du système scolaire. Voilà enfin une réforme qui va limiter les possibilités données aux parents, au travers des classes européennes, les classes bilangues anglais/allemand dès la classe de 6ième, des options telles que le latin et le grec, d’orienter leurs enfants dans les classes élites du collège, où l’on cultivera un précieux entre-soi. Il existe hélas bien un risque de désaffection des élèves pour la pratique de l’allemand, bien dommageable pour les jeunes, vu l’importance économique de ce partenaire économique qu’est l’Allemagne. Est avant tout en cause l’obligation pour les élèves de poursuivre l’anglais qu’ils ont commencé à l’école primaire, alors que l’école ne leur donnaient pas la possibilité d’opter pour l’allemand et l’impossibilité de choisir cette langue comme première langue vivante en classe de 6ième, sans l’obligation de pratiquer en même temps l’anglais.
Cette réforme affirme la nécessité de l’acquisition d’un socle commun de compétences pour tous à la fin du collège et intègre encore mieux la nécessité pour les élèves d’acquérir une attitude réflexive, apprendre à résoudre des problèmes complexes faisant appel à diverses disciplines, nécessitant de leur part d’apprendre à travailler en groupe, à s’organiser et faire preuve de créativité. Les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) doivent permettre aux élèves d’acquérir ces nouvelles compétences. Chaque collège, au travers du surcroît d’autonomie acquis avec la réforme, devrait pouvoir construire des projets en fonction des spécificités locales.
Mais alors, d’où provient ce frein au changement exprimé par les défenseurs des « humanités », académiciens, intellectuels, autres anciens élèves des grandes écoles, agrégés et enseignants ? Quand on entend des jeunes faire valoir que les humanités leurs ont été utiles pour faire la différence avec les autres candidats aux concours et parvenir à être sélectionnés dans les grandes écoles, on comprend bien que le principal objectif de ces enseignements n’est pas d’élever l’esprit, mais de permettre à une minorité de se distinguer dans la compétition pour la bonne place. Si le niveau général augmente, comment faire la différence dans un système élitiste ? Les enseignants qui ne pourront plus continuer à s’occuper de classes élites ont quant à eux une blessure narcissique à soigner. Il doit être moins valorisant de s’occuper d’élèves ordinaires. Ceux qui expriment des réticences face à l’autonomie accrue des établissements en craignant qu’un pouvoir supplémentaire soit donné au chef d’établissement sont sans doute des enseignants habitués à une transmission verticale du savoir qui n’ont pas l’habitude de travailler en groupe.
Les débats télévisés enflammés entrevus donnait la part belle aux syndicats d’enseignants, spécialistes de l’éducation et académiciens, mais avait tendance à oublier un peu les représentants des parents d’élèves et ceux du monde économique. C’est oublier que l’éducation de nos enfants ne doit pas seulement tendre à former une élite, mais aussi fournir la main d’œuvre qualifiée qui ira irriguer nos entreprises. De ce fait, il n’est pas illégitime que ceux-ci puissent donner leur avis sur les formations pour que nos jeunes aient collectivement un avenir qui ne soit pas que réservé à une élite.
Si cette réforme va dans le bon sens, beaucoup reste à faire. Les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, séduisants en théorie, n’auront de fruits que si les enseignants sont correctement formés, entre autre, à apprendre aux élèves à travailler ensemble. Les inégalités ne seront pas gommées d’un coup de baguette magique. Encore faudrait-il revoir la place des évaluations, arrêter avec cette pédagogie de la terreur consistant à faire apprendre à coup d’évaluations et stopper cette inflation du travail personnel au cours de la scolarité. La plus grande source d’inégalité entre les élèves provient de la capacité des parents à les suivre et leurs donner des méthodes de travail. Il faudra également revaloriser les filières techniques, les voies professionnelles, l’apprentissage, en ayant soin d’aménager des passerelles avec l’enseignement général à tout niveau, jusqu’aux grandes écoles, afin de garantir un brassage humain et des idées.
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