Quel exemple déplorable ont pu avoir les plus radicaux des gilets jaunes sur les jeunes lycéens, qui par mimétisme ont reproduit les comportements violents de leurs aînés !
Jamais la violence physique ni les dégradations ne peuvent être considérés comme des modes d’action légitimes dans une société démocratique. Le conflit doit s’exprimer dans le respect de l’autre et dans le débat d’idées contradictoire. Si une pression à l’encontre des décideurs est nécessaire, les rapports de force ne doivent pas dégénérer en actes de vandalisme et de violence. Cette expression doit rester dans le cadre de la loi. Exiger la démission d’un président démocratiquement élu, ayant certes bénéficié d’un vote républicain contre l’extrême droite, mais confirmé par le raz de marée électoral des élections législatives obtenus par son parti, Les Républicains en Marche, revient à espérer un putsch et à remettre en cause les fondements de notre société démocratique.
Les jeunes apprennent bien en éducation civique le fonctionnement de nos diverses institutions, mais il est à craindre que tout comme leurs aînés, ils ne sachent faire le lien entre leur vote ou leur non vote (57,36% d’abstention au second tour des législatives de 2017) et la politique menée ensuite par le gouvernement qui tire sa légitimité de ces élections. On ne vote pas selon une humeur ou mode et ceux qui choisissent de s’abstenir choisissent de laisser les autres décider à leur place. Un électeur qui se respecte étudie les programmes électoraux, cherchent à s’informer auprès de médias sérieux qui organisent le débat contradictoire plutôt que de chercher son inspiration sur les réseaux sociaux et enfin se prononce ensuite en son âme et conscience.
Que demandent les lycéens ? Une abrogation de Parcoursup et de la réforme des lycées généraux, revendications relativement vagues. Ils expriment une crainte diffuse d’un bac n’ayant pas la même valeur selon l’établissement d’origine (réputé ou non). C’est malheureusement oublier que le bac ne sert pas à sélectionner. Depuis Parcoursup, se sont les notes de classe de première et terminales qui servent à la sélection. Rien n’empêchent les établissements du supérieurs à mettre en œuvre une pondération des notes en fonction du classement des lycées. Hélas, vouloir l’abrogation de Parcoursup revient à vouloir le rétablissement du système Admission Post Bac, encore plus mauvais, car il conduisait à une généralisation du tirage au sort, face à la massification des accès aux supérieur d’une classe d’âge plus nombreuse. Derrière la réforme du lycée avec le choix d’options à la fin de la seconde générale se cache un projet de rationaliser l’offre de formation sur un périmètre géographique donné (périmètre qui peut être étendu en zone rural). Afin de faire face à la pénurie d’enseignants dans certaine disciplines, celles-ci ne pourront toutes être proposée dans tous les établissements, même s’agissant des disciplines classiques (lire la chronique de Philippe Askenazy « Réforme du bac et «territoires périphériques» » dans Le Monde du 14/12/2014). Le choix des options reviendra à faire éclater la carte scolaire et risque de renforcer la concurrence entre établissements. Certains élèves auront ainsi droit à des lycées élite et d’autre se retrouveront dans des établissements de relégation, selon un soit disant mérite. M. Blanquet, ministre de l’éducation nationale s’est bien abstenu d’expliquer la philosophie de son projet.
Mais quand avons nous entendus les lycéens bloqueur critiquer tous ces aspects de ces réformes autrement qu’en les rejetant en bloc ? A quel moment ont ils demandés à ce que les algorithmes de sélection soient rendus publics et auditables et demandés l’interdiction de l’utilisation du classement des lycées dans les algorithmes ? A quel moment ont-ils dénoncé la volonté du gouvernement de ne pas offrir toutes les options « classiques » dans tous les lycées risquant de conduire à une concurrence entre établissements pour recruter les meilleurs élèves ?
Ce vendredi 14 décembre, le lycée de ma fille a été bloqué. Des élèves ont cru pouvoir faire s’enflammer un arbre, d’autre ont réussi à brûler une poubelle. Des fumigènes ont été lancés à l’intérieur de l’établissement et l’alarme incendie a été déclenchée. Et cela s’appelle une mobilisation. Une semaine s’est écoulée, sans que le moindre débat avec les enseignants ne soit engagé. Une bonne occasion manquée de vivre en condition réelle l’éducation civique ! Et pourtant c’est possible, puisque au lycée Stéphane-Hessel à Toulouse (cf Le Monde du 14/12/2018, « à Toulouse, le lycée Stéphane-Hessel s’indigne collectivement« ), la direction a ouvert ses portes aux contestataires, une AG a été organisée, les élèves mobilisés ont pu expliquer les raisons de leur mobilisation. Puis le blocage a été voté à bulletin secret et aucune violence n’y a été commise ! Que souhaite-t-on finalement : des futurs citoyens bons moutons qui se révolteront épisodiquement et ne sachant exprimer leurs attentes et basculeront dans la violence, comme des enfants qui ne sachant exprimer les raisons de leur colère se mettent à taper, ou des citoyens responsables capable de raison qui sauront s’opposer tout en faisant progresser leurs idées ?
