Le stress du projet de technologie à trouver

Terminale Sciences et Techniques Sanitaire et Social – ST2S. Le projet de technologie compte pour une part prépondérante dans le bac (coefficient 7). Il consiste en l’étude et l’analyse d’un projet d’action de préférence réel mené par une association dans le domaine sanitaire ou social, comme la mise en place d’une banque alimentaire, une sortie pour les enfants les plus démunis. Ce projet est mené en groupe de 3 ou 4 élèves. Les élèves doivent analyser comment un structure/association met en place un plan d’action pour améliorer la santé ou le bien être social des populations. Ils doivent situer le projet dans une politique sanitaire et/ou sociale et présenter le besoin. Ils doivent montrer leur compréhension de la démarche projet.

Hélas, c’est aux élèves de trouver l’association qui a mené un projet intéressant, pour ensuite tenter de trouver un interlocuteur qui leurs expliquera la démarche projet suivie pour ensuite travailler le sujet en classe.

Les professeurs n’aident en rien à trouver une association. Tout le travail de recherche s’effectue en dehors du temps scolaire.

A moins d’avoir des relations que l’on peut solliciter, il faut alors courir les forums d’associations, questionner son entourage, effectuer des recherches sur internet, tenter de trouver le bon contact, contacter via facebook, email, téléphone. En gros partir à la pêche à la ligne. Trouver un sujet intéressant déjà traité par une association s’avère un véritable parcours du combattant et si possible original par rapports aux sujets traités les années précédentes. On se demande comment les élèves peuvent parvenir à s’en sortir seuls, sans parents bien informés, très investis et sans doute issus de catégories socio-professionnelles favorisées. C’est comme une recherche d’emploi avant l’heure !

Certains groupes imaginent pouvoir reprendre le travail d’un groupe de l’année précédente croyant naïvement que les professeurs seront dupes. Mais même sans chercher à reprendre les travaux de leurs prédécesseurs, beaucoup traiteront des sujets bateau.

Mais pourquoi faut-il même dans une filière technologique demander à des élèves de se comporter en futurs chef de projet ? Est-ce là vraiment leur vocation à tous ? Et pourquoi avant le bac ? Pourquoi imposer aux élèves de trouver eux même des cas pratiques intéressants à étudier ? Ne serait-il pas plus motivant pour eux de leurs faire découvrir dans les divers domaines qui les intéressent des cas pratiques, avec visite de terrain, rencontre de professionnels ? Tout le monde sait très bien que les premiers de cordées ne se trouvent pas dans ces classes. Alors pourquoi leur imposer un tel programme ? Pourquoi encore une fois de plus introduire une telle injustice entre élèves bien nés (avec parents qui peuvent les aider) et les autres ? Ne manque-t-on pas de vocation dans les métiers d’infirmiers, du social … A quoi cela rime-t-il ?

Réforme du bac : le monde selon La République en Marche

26 juin 2019

Le grand oral du bac prévu dans la réforme du bac du ministre Jean-Michel Blanquer comptera pour 10 % dans la note finale du baccalauréat et fera partie des épreuves terminales du nouveau bac, à compter de 2021. Il vise d’après ses concepteurs à développer chez les jeunes les aptitudes à l’oral et à en faire une compétence partagée. L’oral, d’une vingtaine de minutes sera découpé en deux parties, la première au cours de laquelle le candidat présentera un projet faisant appel à une ou deux disciplines et devra expliquer le choix de son sujet et de sa problématique. « En quoi le sujet constitue constitue-t-il une question vive ? Avec quelles implications dans le monde ?« . Ensuite, le jury devra « aider la candidat à approfondir sa pensée, le sens de sa démarche, sa motivation« . Enfin, le jury devra à partir d’une question en rapport avec la présentation du candidat ou de son dialogue avec jury, évaluer son aptitude à la réflexion.

Si vous êtes parents d’élèves et n’avez pas bien compris comment se passera ce grand oral, rassurez vous car l’auteur de ces lignes est également dans l’interrogation.

Ce qui est par contre certain, c’est que le rapporteur, professeur d’art oratoire, Cyril Delhay, à Sciences Po Paris, veut développer un enseignement de l’art de la parole dés le début de la scolarité alors que Sciences Po Paris vient d’annoncer la fin des épreuves écrites et veut effectuer sa sélection sur dossier suivie d’un oral. L’objectif de Sciences Po Paris serait d’amener plus de diversité dans la haute fonction publique et éviter des recrutements socialement trop homogènes.

Pour que cette réforme de Sciences Po Paris fonctionne, il devient nécessaire d’élargir la base sur laquelle cette sélection est effectuée et donc développer cette culture de l’art oratoire tout au long de la scolarité.

Cela peut paraître bien louable de vouloir développer l’art oratoire chez tous les jeunes, car il s’agit aujourd’hui d’un marqueur social fort des enfants des catégories sociales CSP+. Mais cette réforme pose clairement la question des moyens et de la formation des enseignants. Les langues vivantes étrangères sont également un fort marqueur social malgré les nombreuses années des élèves à les apprendre de plus en plus tôt, à cause de pédagogies inadaptées. Hors des CSP+, les français ont un niveau déplorable en langues étrangères dont l’anglais. Les Travaux Pratique Encadrés en première, était censé développer cette compétence, mais face à des professeurs peu engagés et se comportant en censeurs lors de l’examen final, les jeunes qui s’en sortent le mieux sont ceux des familles qui leurs ont donné les bons codes et ont pu les accompagner.

Alors certes, certains jeunes de milieux moins favorisés particulièrement doués et motivés parviendront mieux à développer cette compétence qui leur permettra de postuler plus facilement à Science Po Paris ou autre formation prestigieuse. Mais la plus part des jeunes risquent de connaître une année de terminale difficile. On demande aux jeunes d’aujourd’hui d’avoir une maturité que nous n’avions pas il y a 30 ans. Il faudrait que leur personnalité soit bien affirmée alors qu’elle est encore en construction. On leurs demande d’avoir des compétences en communication à 18 ans, alors que cette compétence peut s’acquérir des années plus tard.

Finalement, cette réforme sert sans doute l’objectif de ses concepteurs, à savoir élargir la base de recrutement de la haute fonction publique. Mais un pays n’a pas besoin que de beaux parleurs, il a également besoin de gens avec des compétences diverses et variées. Pourquoi donc donner un tel poids à ce grand oral ?

A moins que le véritable objectif de cette réforme est de distinguer les premiers de cordée des autres. Il s’agit de faire intérioriser à ceux qui maîtriseront l’art oratoire qu’ils font partie de l’élite digne de diriger et à tous les autres qu’ils font partie de la classe des dominés, même s’ils sont d’excellents spécialistes.

C’est bien une refondation complète de l’école que La République en Marche est entrain de réussir, mais elle n’aboutit pas à plus d’égalité, plutôt à une segmentation de la société selon son mérite. La nouveauté apporté par cette réforme est qu’elle tente de donner des chances à des élèves d’origine sociale plus diverses. Mais cela reste une réforme élitiste qui cherche à justifier les inégalités sociales par le mérite des individus dans certaines épreuves, entre autre d’art oratoire. C’est un véritable projet de société.