L’oral des TPE, un jeu de massacre

L’oral des travaux pratiques encadrés (TPE) qui ont tant mobilisé les élèves de première de septembre à mars, est enfin passé. Ces travaux ont représenté une masse de travail considérable (voir l’article « TPE : travaux pénibles encadrés ou pas« ). Avec un travail de qualité, original, ayant investigué différents aspects, mis en place une véritable démarche expérimentale, une présentation orale prévue comme une interview et bien préparée, tous les atouts étaient réunis pour réussir la présentation orale.

Sauf que, le sujet n’intéressait pas un des examinateurs. Pendant la présentation, il a exprimé son désintérêt en adoptant des attitudes manifestant son profond ennui. Il est vrai qu’il avait déjà subit une matinée complète de présentations. Cet oral intervenait après la pause déjeuné, au moment de la sieste digestive. Ces circonstances atténuantes ne justifient cependant pas une telle attitude irrespectueuse vis à vis des élèves et de leur travail.

Lorsque ce fut le tour des examinateurs de poser des questions, celui ayant manifesté son ennui s’est déchaîné sur des questions de cours. Cours que les élèves n’avaient pas encore eu et qu’apparemment, ils étaient censés avoir découverts tous seuls pour devenir des experts. Avant l’épreuve de l’oral et après relecture d’une version de travail de leur rapport, un de leur professeur leurs avait demandé de retirer tous les aspects qui justement faisaient trop cours, afin que soit surtout mis en évidence le travail expérimental. Et voilà que les question de l’oral du TPE ne portent que sur des aspects de cours. Ce qui nous conduit à la question suivante : la liberté pédagogique des examinateurs leur permet-elle d’interroger les élèves sur n’importe quoi, alors que le sujet du TPE était très précisément cadré et ne portait pas sur les aspects de cours ?

L’autre examinateur, bien plus bienveillant, n’osa pas intervenir, car le sujet du TPE ne portait pas sur sa discipline scientifique. Ce qui introduit une seconde question. Alors qu’on demande aux élèves d’effectuer un travail original interdisciplinaire, les examinateurs doivent donc impérativement restés cloisonnés dans leur discipline ? Étrange paradoxe !

Aucune des questions ne porta sur le sujet du TPE en lui même. C’était pourtant à des questions sur leur travail que les élèves s’étaient préparés. Il fut alors facile pour cet examinateur de déstabiliser les élèves avec ses questions de cours en leurs donnant l’impression que leur travail était de mauvaise qualité. En réalité, cet examinateur a montré sa profonde médiocrité en ne s’intéressant pas au travail des élèves. Il s’est rabattu sur la solution de facilité qui consiste à poser des questions sur ce que soi-même on connaît bien et éviter de s’avancer sur les champs de la connaissance que l’on ne maîtrise pas. Cherche-t-on à former des encyclopédies sur pattes ou bien des futurs scientifiques ?

D’autres groupes d’élèves passés avec le même jury ne connurent pas le même sort, car leurs sujets intéressa plus le jury. Serait-on donc face à une génération d’examinateurs Facebook qui s’amusent à « liker » ou pas les sujets ? Des personnes qui s’attendent de passer un bon moment face à un groupe d’élèves, comme lorsque l’on va au cinéma ?

Un jury consciencieux ne devrait pas juger en fonction de ses affinités et de ses propres goûts, mais évaluer de manière impartiale le travail effectué et son sérieux. Cela ne fut pas le cas. On ne mesure pas les dégâts de telles expériences négatives sur les élèves qui en sont sortis profondément découragés, avec un sentiment de dévalorisation.

A nous parents, il a fallu beaucoup de dialogue pour rétablir la vérité. Mais tous les parents ne peuvent ou ne savent pas rattraper les dégâts occasionnés par l’institution scolaire !