Election présidentielle : une occasion de stopper le saccage de l’éducation

Avant le premier tour des élections présidentielles qui nous attend ce week-end, les français peuvent déciller les yeux s’ils s’en donnent la peine et prendre conscience du sens du projet éducatif de l’UMP. Suffisamment d’articles ont été publiés ces jours ci.

Dans « École, les moyens attribués renforcent les inégalités » (Le Monde 12/04/2012), on peut constater grâce à la Cours des Comptes comment l’État alloue les moyens, non pas en fonction des résultats aux très utiles évaluations nationales, ni en fonction d’un taux de réussite ou d’échec, mais de manière à donner plus à ceux qui ont toujours reçu, les Parisiens et quelques autres. Nous avons vu apparaitre ces dernières années les indicateurs mesurables dans l’éducation nationale, mais bizarrement, ceux-ci ne servent pas à établir des critères partagés de répartition des moyens.

Alors que 80 000 postes ont été supprimés dans l’éducation national, nous découvrons un brin amusés comment les enseignants sont devenus une marchandise (voir l’article du 18/04/2012 « cherche prof sur leboncoin.fr : la FCPE stupéfaite« ). Afin de palier à l’absence d’enseignants remplaçants, deux collèges Lorrains ont eu la malheureuse initiative  de tenter d’en trouver sur leboncoin.fr. Officiellement, la méthode est désapprouvée. Ce genre d’initiative va cependant dans le sens d’une augmentation de l’autonomie des établissements et la transformation des chefs d’établissements en chefs d’entreprise qui pourront à leur guise recruter. Ce qui revient à permettre bons établissements à recruter les bons professeurs pour les meilleurs élèves, induisant ainsi une augmentation de la fracture entre élèves de milieux socio-culturels favorisés au détriment des autres.

Que penser de la proposition n° 17 du candidat Nicolas Sarkozy « pour une France forte » de «ne plus accepter qu’un seul enfant rentre au collège sans savoir lire, écrire et  compter, en prenant systématiquement en charge les élèves de maternelle ou de CP  en grande difficulté» ? Comment compte-t-il s’y prendre, alors que le même Nicolas Sarkozy, président, s’est employé pendant son mandat à réduire les effectifs du RASED (réseau d’aide aux enfants en difficultés, voir l’article Faire et défaire le soutien scolaire du 29/03/2012) ? S’agit-il tout simplement d’écarter du collège les enfants en difficultés pour ne pas gêner la réussite des meilleurs élèves ?

Ajoutons à cette mixture l’assouplissement de la carte scolaire et la possibilité donnée aux parents de choisir leur établissement (voir l’article de Le Monde du 14/02/2012, « La carte scolaire, une réforme en trompe-l’œil ») pour éviter les mauvais élèves.

L’ensemble constitue un véritable projet de société censé répondre à l’angoisse des parents du socle électoral de l’UMP. Dans une société où il est de plus en plus difficile de se faire une place, en témoigne les taux records de chômage des jeunes, la peur du déclassement social touche toutes les couches sociales. Les parents angoissés par la possibilité que leurs enfants n’aient pas le même statut social qu’eux-même veulent avoir la possibilité de mettre en œuvre toutes les stratégies pour garantir le maintient de leurs enfants dans la même caste sociale qu’eux même. Comme les bonnes places sont rares, le processus de sélection se doit de commencer le plus tôt possible, dés l’entrée au collège. Pour sortir gagnant de la compétition scolaire, l’enfant doit être affecté dans le bon établissement et dans la bonne classe en choisissant les bonnes options. Les bons établissements doivent pour cela avoir la liberté de proposer des projets pédagogiques séduisants et de recruter les meilleurs enseignants. Il faut également que l’ensemble des élèves en mesure de disputer les épreuves ultimes ne soient pas trop nombreux et donc organiser un mode de sélection reposant sur la capacité des parents à s’investir dans la scolarité de leurs enfants. Tous admettront ainsi que les heureux gagnants ne doivent leur réussite qu’à leur mérite.

Nous avons là le projet sur le long terme de transformation d’une école déjà pas très républicaine en une école ségrégative, reproductrice des statuts sociaux des parents. En générant la frustration, l’école générera toujours plus de violence dans la société. En misant tout sur la sélection et le supposé mérité de celui qui travaille plus, l’école générera des comportements toujours plus individualistes, contre productifs quant-il s’agit de travailler ensemble. En formatant les élèves et évitant le brassage des personnes, le système scolaire empêchera l’émergence d’idées novatrices.

En rejetant maintenant le projet présidentiel de l’UMP, il est encore temps d’éviter notre dérive vers une société se délitant.

2 jours d’exclusion pour un crépage de chignion

Deux élèves de la classe de 5ième de mon enfant, habituellement bonnes copines se sont battues. La sanction a été immédiate, elles ont été exclues deux jours de l’établissement.

Je suis choqué par la disproportion entre les faits et la sanction, l’absence de dialogue avec les enfants, la négation du droit à la défense et à la représentation : pas de délégués de parents d’élèves, pas de délégués des élèves. Une sanction vite prise et qui se veut exemplaire: l’ordre et bonne marche de l’établissement avant tout. Apprenons nous à nos enfants les règles de fonctionnement d’une démocratie ou d’une dictature ?

Ces deux filles se regardent actuellement en chien de faïence,  ce qui indique clairement un ressentiment important entre elles, qu’un dialogue initié par un adulte aurait permis de faire diminuer. Espérons pour elles que l’amitié reprendra le dessus et que le désir de vengeance s’estompera avec le temps.

J’ai moi aussi été collégien et je n’ai jamais eu connaissance de telles sanctions d’exclusion. Je me suis moi-même déjà battu contre un ami et également une fois contre un persécuteur qui par la suite m’a respecté. Nous avions juste eu droit à quelques remontrances ! Il me semble que l’âge du collège correspond à un âge où les personnalités se construisent, où l’égo a quelques soucis pour s’affirmer, où l’on ne sait pas encore très bien dialoguer et faire attention à l’autre. Cela peut provoquer quelques étincelles, il n’y a là rien de nouveau.

A quelle époque vivions nous pour les rapports entre enfants et adultes soient à ce point dégradés ?