Pourquoi les enseignants tiennent-ils à ce point à l’évaluation des élèves par la note ? Note qui peut être vécue non comme une mesure de la progression, ni un encouragement, mais comme source de stress pour les élèves qui courent après la reconnaissance ou de démotivation pour ce qui se sentent sanctionnés par une mauvaise note.
A cette question, il me sera difficile de répondre. Par contre, à l’aide de l’exemple du sport au collège, il me sera aisé de montrer l’aberration auxquelles nous arrivons aujourd’hui.
Lorsque moi-même j’étais collégien, le sport était la matière favorite de la majeure partie des élèves, car la seule note qui nous était délivrée était celle qui figurait dans le bulletin trimestriel. Cette note prenait en compte notre attitude en sport, nos efforts, notre progression et nos performances. Même en n’ayant aucune qualité sportive, ce qui peut arriver pour certains élèves, il était impossible d’avoir en dessous de la moyenne à partir du moment où l’élève faisait des efforts. N’ayant pas le sentiment d’être évalué en permanence, nous apprécions ce moment.
Aujourd’hui, la folie de la notation a atteint les professeurs de sports du collège de mes enfants qui comme les autres tiennent à évaluer chaque activité sportive. Certains vont même jusqu’à présenter des critères de notation pour démontrer la rigueur de leurs processus de notation et délivrer une note qui situera un élève parmi ses camarades.
Deux de mes enfants sont au collège. L’un à qui tout réussit, même le sport, mais qui fini par éprouver du stress à cause des notes, la peur de ne pas être à la hauteur et l’idée que se feront les autres ou le professeur.
L’autre présente des difficultés de coordination motrice. Les activités sportives sont pour celui-ci une excellente manière d’améliorer sa coordination motrice. Des activités de raquette, telle que le ping-pong, qui au premier abord, peuvent paraître insurmontable, quant la plupart des élèves n’ont pas de difficultés particulières à taper dans une balle mis à part leur inexpérience, lui a apporté une grande satisfaction, quand après beaucoup d’efforts, nous sommes parvenus en jouant ensemble régulièrement à effectuer plusieurs échanges prolongés. Le professeur de sport a bien remarqué sa progression et son envie de réussir. Mais ses efforts se sont soldés par un malheureux 9,65 (notez la précision), tempéré par des encouragements sur le bulletin trimestriel et la reconnaissance que la note ne traduisait pas sa progression.
Mais si la note ne traduit pas les efforts, l’attitude, la progression de l’élève, que traduit-elle ? Sa place dans la classe ! Ce brave professeur de sport effectue la même confusion que de trop nombreux de ses collègues. Il confond compétition et évaluation. La compétition est présente dans le sport et conduit l’individu ou le groupe au dépassement de soi. Dans une course, il y a un premier et un dernier. Mais le dernier d’une course aux jeux olympiques est-il mauvais parce qu’il est arrivé dernier ? On peut très bien effectuer une performance personnelle et arriver le dernier ! Par une évaluation, le professeur est censé mesurer le niveau atteint par l’élève par rapport rapport à(des) objectif(s) clairement expliqués et pouvant être raisonnablement atteint par les élèves (cela suppose peut-être une individualisation des objectifs, ce que fait d’ailleurs un bon entraîneur sportif). Tout le monde peut atteindre ses objectifs, certains les dépasser plus que d’autres. Malheureusement, la note devient trop souvent une mesure de la performance comparée à celle des autres élèves de la classe. Quant un élève part d’en bas et ne dispose pas de dons particuliers, une note médiocre ne l’encouragera pas à poursuivre ses efforts.
Mon enfant m’a d’ailleurs exprimé sa révolte en demandant à quoi servait alors tout ses efforts ?
(A toi bien sûr, car tu te construis)
