Pédagogie de la terreur

Comment rendre une matière aussi passionnante telle que les sciences de la vie et de la terre rébarbative, inintéressantes, tout en parvenant à obtenir des enfants qu’ils apprennent tout de même leurs leçons ?

Tout commence par l’institution d’un règlement spécifique remis à l’élève en début d’année spécifiant toutes leurs obligations et formulant la menace de sanctions en gros et gras, pour tout manquement à ces obligations.

Les enseignements sont de nature magistrale, sans interactions avec la classe, autres que celles à sens unique du professeur qui interroge l’élève pour évaluer ses connaissances et éventuellement le réprimander. Le calme règne dans la classe, mais l’enthousiasme est absent, car prime la peur d’être puni pour un écart de conduite ou d’être réprimandé pour  une question inappropriée, ou de ne pas savoir.

Les leçons sont une suite de définitions ou de propriétés à apprendre par cœur, en vue d’une restitution quasi textuelle ou d’une mise en application de connaissances selon les méthodes de l’enseignant lors des évaluations. Le sens de l’observation, de l’analyse et de la déduction, l’esprit critique par rapport aux documents utilisés n’est pas développé. La primauté est donnée à l’acquisition brute et rapide de connaissances, en vue de boucler le programme.

L’ordre est maintenu en utilisant l’arbitraire des retenues données pour n’importe quel motif. Même du matériel oublié est un motif à retenue. Pour cultiver sa personnalité intransigeante, rien de tel que se vanter devant les élèves d’avoir battu son record d’heures de retenues distribuées dans la journée !

Pour maintenir un sentiment généralisé d’un travail personnel jamais suffisant, la notation est plus sévère. Cela est particulièrement visible sur une classe de niveau globale plutôt bon dont la moyenne générale en SVT est bien en dessous de celle des autres matières.

Afin que la pression exercée sur les élèves soit constante, des évaluations surprises sont organisées régulièrement. Celles-ci peuvent porter sur des leçons de début d’année et ne portent pas forcément sur les leçons du moment. Si les élèves ont une obligation forte de connaître la totalité de leur cours, celle que l’enseignant se fixe est bien peu exigeante, puisque le délai moyen qu’il s’attribue pour restituer les corrections est d’un mois.

Si les heures de vie scolaire permettent aux élèves de formuler ce qui ne va pas devant leur professeur principal, aucune suite n’est donnée, aucune médiation n’est possible. Les délégués des parents d’élèves, sans légitimité reconnue par l’institution scolaire et trop effrayés de s’aventurer sur le champ mouvant de la remise en cause des méthodes pédagogique d’un professeur, préfèrent concentrer leurs actions sur le cas d’un surveillant se prenant pour un caporal. Les parents des élèves les plus en souffrance préfèrent rencontrer l’enseignant directement lors des rencontres parents professeur, plutôt que de faire appel à leurs délégués élus. Ce professeur était celui dont la file d’attente était la plus importante de tous les enseignants.

Difficile dans ses conditions de faire aimer cette matière à nos enfants, quant ceux-ci redoutent les cours avec ce professeur. Si notre pays a besoins de réactiver les vocations scientifiques parmi nos jeunes, je doute que l’emploi d’une pédagogie de la terreur soit le moyen le plus approprié.