Bonnes vacances (reposez-vous bien)

« Enfin !

Brevet blanc, diapos, oral de stage et autres contrôles…

On va bien s’amuser et se reposer avec tous ces devoirs.

Merci les professeurs ! (chacun rajoute sa couche) » (citation d’un élève de troisième au début des vacances de février).

Les dites vacances ont commencé pour l’élève en question par des poussées d’angoisse et des maux de ventre, devant la quantité de travail exigée. Il a fallu, en bons parents apprendre à l’élève en question à établir un planning des travaux à mener et à essayer de lui expliquer la nécessité de prioriser ses efforts. Quelle nécessité y-a-t-il de s’enfoncer dans le crâne les dates du programme d’histoire, à réviser pour le prochain brevet blanc, trop tôt, sachant d’expérience que notre cerveau trie les informations et oublie naturellement celles qui ne servent à rien ? Comme les élèves ne lisent pas suffisamment, c’est bien connu, il leurs faut lire en plus un livre de 300 pages, en vue d’une rédaction à la rentrée. A 14 ans, lorsque l’on a appris à toujours tout faire pour le mieux, il est difficile de faire la part des choses et de se fixer des limites. Difficile d’admettre qu’il n’est pas possible de répondre à toutes les exigences des professeurs, dont un certain nombre doivent considérer comme un gage de sérieux le fait d’inonder leurs élèves de travail pendant les vacances pendant qu’eux tranquillement profiterons des leurs.

Objecter que les enseignants ont du travail de préparation pendant leurs congés ne tient pas. D’une part, ceux-ci sont des adultes ayant choisi leur métier, alors que les élèves subissent une forte contrainte. D’autre part, demander à cet âge un travail scolaire de l’ordre d’1,5 à 2 h par jour, reviens à demander aux élèves à consacrer 3 jours à 4 jours de congés pour les devoirs, ce qui est excessif à 14 ans. C’est également méconnaitre le besoin humain des élèves d’avoir une véritable coupure, permettant de décompresser pour plus d’efficacité ensuite (la réforme des rythmes scolaire ne semble pas être passée par là). Rappelons que le droit du travail interdit à un employeur de demander à ses salariés de se rendre disponible ou de travailler pendant les vacances. Pourquoi alors nos enfants n’auraient-ils alors un droit équivalent ?

C’est aussi faire porter sur les parents des obligations excessives, risquer de générer des tensions dans certaines familles sur le thème des devoirs. Nous aussi, en tant que parents, nous en avons marre des devoirs tous les jours.

Le cas de cet élève n’est certes pas celui de la majorité des élèves qui insouciants comme on peut l’être à cet âge auront tendance à reporter le travail scolaire pour le dernier week-end des vacances et le bâclerons dans le peu de temps qu’il leur restera. Il leurs en coutera quelques mauvaises notes et une série de reproches qui achèveront de les démotiver.

Pour quels élèves travaillent donc ces enseignants ? Ne travaillent-ils que pour cette extrême minorité d’élèves qui a pris goût à la valorisation par les notes et qui ayant acquis un esprit de compétition, vont se préparer, tels des champions sous l’impulsions de leurs entraineurs de parents, aux futurs concours de sélection qui forment la base du système méritocratique français ? Mon élève de troisième, déjà trop stressé a tendance à brider ses choix d’orientation en fonction de la masse de travail qui lui sera demandé et ce malgré l’excellence de ses résultats scolaires.

Ce mode de fonctionnement de l’école, qui cherche à sélectionner les meilleurs et à les formater pour répondre toujours présent aux sollicitations de leurs futurs employeurs est dommageable pour toute la société. D’une part, il décourage beaucoup d’élèves, d’autre part, il favorise ceux dont les parents peuvent s’investir fortement. Enfin, il sélectionne les individus ayant une certaine forme d’intelligence (gros bachoteurs) à l’heure où une économie innovante aurait plutôt besoin de voir des personnes ayant avec des formes d’intelligences variées, collaborer ensemble pour innover.

 

PS : nous arrivons au dernier WE des vacances et les devoirs ne sont toujours pas terminés.

Les exposés, le rôle des parents, PISA

Dans le collège fréquenté par mes enfants, il semble y avoir une sorte de projet d’établissement ayant attrait au travail des élèves en petits groupes. Face aux mauvais résultats réitérés en décembre 2013 de la France aux tests internationaux PISA de l’OCDE, certains ont pensé avec raison que pour construire une société moderne, il était nécessaire de développer des compétences sociales et de travail en groupe. Ces types de compétences se retrouvent relativement rarement chez les adultes qui aujourd’hui sont plus intéressés par la défense de leurs intérêts privés et leurs propre valorisation au sein de l’entreprise que de parvenir ensemble à réaliser un projet commun, chose que j’ai moi-même observé, alors que je travaillais en mode projet. J’ai pu observer combien d’énergie (surtout mon énergie) pouvait être dépensée en pure perte quand la motivation n’est pas au rendez vous ou que chacun travaille en fonction de ses propres intérêts.

En parents censés, nous attendrions donc que cette apprentissage se fasse au sein du collège, sous la supervision du personnel du collège et qu’éventuellement une partie de la mise en application soit effectuée au domicile. Tel n’est pas le cas, de la classe de sixième à la classe de troisième. Les enseignants se contentent de fournir les sujets, de donner des directives et  de fournir une date à laquelle le travail doit être rendu et éventuellement exposé devant la classe.

Les jeunes sont livrés à eux même et ne bénéficient d’aucun soutien de leurs professeurs. Ceux-ci interviennent, selon leurs habitudes, qu’en toute fin de processus, pour sanctionner le travail par une note.

Mon ainé s’est retrouvé dans un groupe dans lequel ses deux autres partenaires n’avait pas l’intention de porter leur part du travail et qui se sont largement reposés. A chaque fois que mon ainé cherchait à les réunir, ceux-ci se défilaient. Difficile de rendre un travail censé être collectif qu’avec son nom ! Mon enfant a tiré une expérience très négative du travail en groupe : aucune émulation, aucun plaisir partagé, que du stress face à travail qui n’avançait pas. Les enseignants ne peuvent intervenir face à une telle situation, puisque ayant tout sous traité sur la sphère privée, ils ne pouvaient rien voir, rien entendre, rien dire.

Mon deuxième enfant a eu dans un premier temps un poster à réaliser à domicile. Ne pensez pas que les enseignants aient expliqués comment réaliser un poster. Un bon poster ne s’improvise pas. Des techniques permettent de le rendre  attrayant pour le regard et susciter l’intérêt du public. Là encore, aucun enseignant n’était présent pour expliquer quoi que cela soit. Pas même l’enseignant d’art plastique à qui pourrait revenir cet enseignement. La tache nous est revenue tout entière à nous parents. Depuis, le poster a été rendu, les enfants n’ont pas présenté leurs travaux devant leurs camarades. Pour le moment, nous n’avons plus eu de nouvelle de ce travail, vieux de 2 mois.

Pour un de mes enfants, nous avons également eu droit à la réalisation d’un diaporama en groupe, encore une fois chez nous et pas au collège. Je suppose que les enseignants pensent qu’à l’aire du tout numérique, du téléphone portable des tablettes et des i-machins, tout le monde est à l’aise avec ces technologies, enfants compris, puisqu’il y a des ordinateurs à l’école primaires et que donc tous les parents sans exception sont en mesure d’aider leurs enfants à réaliser un diaporama !

Lors d’une dernière expérience de travail en groupe conséquent à réaliser dans un délai de 2 semaines, nous avions à tort un peu trop pris les choses en charge, paniqués que nous étions sur la possibilité pour notre enfant à tout gérer en si peu de temps en plus du travail habituel demandé. Les partenaires de notre enfant n’étaient pas cette fois ci des tires au flan, bien au contraire. Ils ne savaient pas pour autant travailler en groupe, deux d’entre eux passaient leur temps à se chamailler. Ils ont tous apportés leurs problèmes d’égos, voulant imprimer leur marque au projet.

Cela fini par faire tout de même beaucoup de choses qui reposent sur nous parents et je dois dire que nous ressentons un véritable ras-le-bol face à cette avalanche de travail à réaliser au domicile en groupe. On assiste là à un véritable transfert de tâches des enseignants vers nous les parents, sans que nous ayons pour autant le droit de nous exprimer. En matière de pédagogie, les parents d’élèves n’ont pas leur mot à dire, même au travers leurs délégués.

Dans cette avalanche, nous voyons surtout une immense injustice faite à 90 % des élèves dont les parents ne maitrisent pas toute cette culture. En déléguant ainsi sur les parents cet apprentissage qui devrait être effectué à l’école, les enseignants rendent l’école encore plus élitiste. Ce mode de fonctionnement permet de très bien former 5 à 10 % des élèves, de les pousser vers l’excellence, mais revient à jeter tous les autres, tous ceux qui, tout aussi intelligents, n’ont pas la chance d’avoir des parents disponibles et capables de les aider.

Le système méritocratique français ne sélectionne pas les élèves les plus intelligents, comme voudraient le faire croire tous ses défenseurs. Il sélectionne les élèves dont les parents sont les mieux formés et les plus à même d’aider leur progéniture.

Tous les experts du monde pourront déblatérer autant qu’ils veulent sur les mauvais résultats aux tests PISA de la France. On pourra parler de rythme scolaire, du mode de notation, de formation des enseignants, de pédagogie, de tous ces sujets importants. Aussi longtemps que tant sera demandé aux parents, on ne rétablira jamais un minimum d’équité entre les élèves.

Tous les élèves n’ont pas les mêmes chances de réussir, parce que l’école de la république en demande trop aux parents.

La place des délégués de parents d’élèves au conseil d’adminsitration

Le cas d’un professeur « tire au flanc » (voir article du 16/10/2013) a été soumis lors du premier conseil d’administration du collège par les délégués de parents d’élèves.

La réponse du principal de l’établissement, rapportée par les délégués a été lapidaire. Celui-ci a évoqué le droit de réserve pour ne pas s’exprimer. Face à une question embarrassante, les délégués de parents d’élèves et donc les parents n’ont pas le droit à avoir une explication ? C’est une solution bien commode que d’évoquer un soi disant droit de réserve. Cela ressemble plutôt à une solidarité mal placée du corps enseignant vis à vis d’un des leurs mis en cause. Bien que parents de nos enfants et donc co-éducateurs, cette attitude du principal de l’établissement montre une fois de plus, que bien qu’ayant une place dans les conseils d’administration, les délégués de parents d’élèves y sont présents pour la forme et ne sont pas considérés comme partenaires.

Après les vacances d’automne, le principal est passé dans certaines des classes dans lesquels enseigne cet enseignant pour expliquer que ce dernier est tombé gravement malade et donc était en arrêt maladie jusqu’à nouvel ordre. Pour ne pas pénaliser les élèves, il fournirait les cours manqués par internet (attendons de voir).

Nous avons eu là droit à une opération de communication directement dirigée vers les classes des élèves dont les parents s’étaient plaints de la situation. Le principal finit par expliquer les absences répétées par des problèmes de santé. Il est bien sûr impossible de savoir si ces problèmes de santé sont avérés. Ce qui est cependant avérés, c’est que les problèmes de santé n’expliquent pas les retards répétés (par exemple pour cause de conversation prolongée avec un autre enseignant) ni les cours non préparés, sans structures ou répétés sur plusieurs séances.

Circulez, il n’y a rien à voir !

La place des parents dans la réusssite de leurs enfants

En ces temps de réflexion sur la « refondation de l’école » lancée par le gouvernement Ayrault, et espérons le, sur la formation des enseignants, les méthodes pédagogiques d’enseignement, l’aide personnalisée aux élèves en difficulté, l’augmentation des  moyens (…), il convient d’aborder le sujet de la place des parents afin de bien mesurer l’importance de ceux-ci dans la réussite ou le décrochage de leurs enfants et en conséquence prendre conscience d’un facteur essentiel d’inégalité entre les élèves.

Si nous tentions de lister les facteurs qui contribuent à la réussite d’un élève, nous pourrions évoquer les capacités propres de chaque élève, sa motivation, le milieu familial, les fréquentations de l’élève, le contexte scolaire (travailleur, paresseux ou dissipé), la capacité des enseignants à animer une classe et à transmettre leur savoir. Cependant, ne pas aborder un moment la place des parents nous ferait passer à côté d’un facteur essentiel de réussite des élèves.

En effet, des parents sachant accompagner leur enfant en difficulté l’aideront à se maintenir. Si cet élève se trouve dans un contexte scolaire difficile, des parents à l’écoute l’aideront à surnager. Si un enseignant est défaillant, soit qu’il ne parvient pas à tenir sa classe, soit qu’il ne parvient pas à rendre son enseignement intéressant et motivant, l’assistance des parents l’aidera à acquérir le minimum requis.

Dans un système scolaire demandant un fort investissement aux élèves en terme de masse importante de travail personnel dès la classe de sixième, sans transition aucune avec l’école primaire, des parents s’intéressant à ce qu’apprend leur enfant et s’enquérant des devoirs, lui donnent une chance supplémentaire de réussir, même si ceux-ci n’ont pas la capacité à aider aux devoirs.  Si les parents ont le temps, la pédagogie, la culture nécessaire pour suivre la progression de leur enfant, si ceux-ci peuvent lui transmettre des méthodes de travail et d’organisation du travail, choses que le collège toujours crispé dans la transmission des savoirs n’apporte pas, ils démultiplient alors les chances de réussite de leur enfant comparées à celles des autres élèves.

A l’extrême, certains parents mettent en œuvre des stratégies d’évitement des populations les plus défavorisées : déménagement dans le bon quartier, choix des bonnes options …

Au contraire, des parents ne disposant pas suffisamment de temps (parent seul, parents à horaires de travail décalés, rentrant tard …) ou  ceux vivant une situation conflictuelle voire violente, ne pourront pas favoriser la réussite de leur enfant.

Il serait temps de mesurer l’importance de cette place par une étude scientifique afin de comparer des groupes d’élèves comparables (capacités identiques, méthodes d’enseignement mises en œuvre identiques, contexte scolaire normal) et de faire évoluer le facteur parent. Une telle étude contribuerait à souligner l’importance des parents comme facteur d’inégalité dans les chances de chaque élève à réussir à l’école. Le raccourci communément employé est de considérer l’origine sociale comme facteur d’inégalité. Si la corrélation est exacte, le véritable facteur de causalité masqué par l’origine sociale est bien la capacité d’investissement des parents dans l’éducation de leurs enfants.

A partir du moment où ce facteur d’inégalité aura été mis en évidence de manière indiscutable, le débat pourra alors s’engager sur les moyens à mettre en œuvre afin de le réduire et de faire mériter à l’école l’appellation d' »École de la République ».