Certains enseignants sont des sélectionneurs

La vocation de certains enseignants de collège est-elle d’enseigner ou de sélectionner les meilleurs élèves ? C’est la question que je me suis posée lorsque mon enfant m’a raconté comment se déroulait une évaluation de sciences et vie de la terre.

A la fin de la dite évaluation, l’enseignant engage un compte à rebours de 10 à 0. A zéro, les élèves doivent avoir posé leur stylo et avoir levé les mains en l’air. Un des élèves faisant remarquer qu’il avait omis de noter son nom sur sa copie s’est vu répondre qu’il aurait dû y penser auparavant et qu’il était maintenant trop tard.

Ce récit m’a rappelé la fin des concours que j’ai pu passer, il y a un bon nombre d’années. L’objet d’un concours n’est pas de vérifier le niveau des candidats, mais de distinguer ceux que le système considère les meilleurs au vu des critères communément acceptés, à savoir absence d’émotivité, capacité à bachoter, rapidité dans la mise en œuvre des techniques ou la restitution des savoirs ingurgitées pendant deux à trois années de bourrage de crane intensif.

Mais là, les élèves en question sont des élèves de classe de quatrième âgés de 13 ans  et non pas des élèves de classe préparatoire de 19-20 ans. Ils ne sont pas censé être en classe pour savoir qui ira à polytechnique ou à HEC ou sciences po … Cette enseignante semble oublier que son rôle premier est d’enseigner une matière passionnante et non pas de chercher à établir une hiérarchie dans les élèves.

L’important n’est-il pas que tous les élèves acquièrent des connaissances, aient du plaisir à apprendre et réussissent ? Où est le problème si certains élèves prennent quelques minutes de plus pour terminer une phrase ou même une question ? Pourquoi considère-t-on que cela créera une distorsion entre les élèves, entre ceux qui se sont arrêtés à l’heure et ceux ayant poursuivi quelques minutes ? Quelle importance cela a-t-il donc de savoir qui est le premier, le deuxième, le dixième et le dernier ? Pourquoi ce besoin d’avoir une répartition des notes qui doit impérativement s’effectuer selon une courbe de gauss avec une moyenne de la classe au dessus de 10, mais pas trop tout de même ?

La vrai raison de tel comportement est qu’un premier cap de sélection s’opère en fin de classe de troisième et que  les élèves sont orientés non pas en fonction de leurs désirs et projets professionnels mais en fonction des performances ou non performances mesurées au cours des années de collège. Au plus méritant, les lycées d’enseignement général et la voie royale, aux autres les filières de relégation. L’orientation ne s’effectue pas en fonction d’un projet de vie mais en fonction d’un classement et se justifie en fonction de ce dernier. Si un élève va dans l’enseignement professionnelle, il doit savoir qu’il doit cette orientation à une mauvaise position dans le classement inofficiel que la comparaison des graphiques de profils d’élèves établis par ce fantastique logiciel de l’éducation national qu’est PRONOTE, permet d’établir d’un simple coup d’œil.

Le comportement de cet enseignant révèle donc un détournement de objectif affiché de de réussite de tous les élèves au collège vers une compétition en vue des sélections à venir.