Un gâchis humain

Pour la première fois, cette année, face à l’afflux toujours plus important de jeunes à l’université, conséquence d’une classe d’âge plus nombreuse (boom des naissances de l’an 2000) et d’une politique de massification de l’accès des jeunes aux bac, un tirage au sort a été opéré par le système informatique Admission Post bac (APB) pour l’entrée en première année de médecine. Face au tollé provoqué par cette première, le gouvernement fît pression sur les facultés de médecine pour repêcher un certain nombre de candidats malheureux.Il fallait, face à l’opinion publique continuer à faire croire que tous pouvaient accéder à l’université sans sélection, tout en masquant les diverses stratégies mises en oeuvres par les facultés de médecine pour décourager le plus rapidement possible le plus d’étudiants possibles et alléger des amphithéâtres surchargé.

En guise de discours d’accueil, les professeurs encouragent tous ceux qui n’ont pas obtenus de mention bien ou très bien au bac à s’orienter au plus vite vers d’autres études qui hélas sont également prises d’assaut. Le rythme imposé est tellement intense que ceux qui n’ont pas préparé les cours à l’avance ne peuvent pas suivre. D’après certains professeurs, c’est depuis la mi-juillet que les étudiants devraient être entrain de travailler. Certaines notions sont considérées déjà abordées lors des stages de pré-rentrée privés ou celui du tutorat. Les travaux dirigés doivent être préparés avant, car au cours de la séance, c’est une correction en mode accéléré qui est délivrée. Ce système est bien éloigné de celui des classes préparatoires, pourtant exigeantes et élitistes, mais au moins les savoirs sont transmis en cours par des professeurs et n’ont pas à être acquis avant le cours et une place plus importante y est accordée au raisonnement, tandis qu’en faculté de médecine, il s’agit avant tout d’apprendre par cœur une quantité phénoménale de savoirs et petits détails qui varient d’un professeur à l’autre.

Ainsi, dans un tel système, il ne suffit plus d’être un étudiant brillant pour réussir, mais il faut également avoir été averti des différents écueils, avoir suivi un stage de pré-rentré et passé une partie des vacances à travailler par soi-même et être un bourreau de travail. Sans quoi, même en ayant des capacité, un étudiant peut vite se retrouvé dépassé et découragé.

D’ici quelques semaines, sur les trois amphithéâtres, l’un sera fermé suites aux découragements, épuisements et abandons. On ne peut qu’être révolté par cet immense gâchis humain, et nous n’avons pas abordé dans cet article le cas des 70 % d’étudiants qui s’inscrivant pour la première fois à l’université (toutes disciplines confondues) n’obtiendront pas de licence. Si nos gouvernement sont trop cyniques pour pour ne pas prendre en compte les aspects humain, ils pourraient au moins chiffrer la perte financière d’une telle politique du découragement pour la collectivité. Former des jeunes jusqu’au bac et au delà, pour les envoyer dans des impasses, au lieu d’être un investissement fructueux pour la collectivité qui devrait normalement se traduire par du développement économique, des points de croissance du PIB, devient une perte financière et donc une aberration.