Cela fait plusieurs années que l’on demande aux élèves de collège d’effectuer des travaux avec des outils numériques (travaux de recherche sur internet, exposés, exercices de programmation avec le logiciel éducatif scratch, réalisation de petites vidéos), sans que ces travaux ne soient vraiment encadrés en milieu scolaire. C’est alors installé une nouvelle inégalité entre les élèves, entre ceux bénéficiant d’un bon équipement familial et les autres, ceux dont les parents sont familiarisés avec les outils numériques et les autres.
Trop longtemps, le corps enseignant s’est réfugié derrière l’idée que cette génération était née avec un portable entre les mains et qu’elle savait très bien utiliser tous les outils numériques. Effectivement, si beaucoup d’élèves sont bel et bien équipé d’un téléphone portable et sont relativement à l’aise avec, ce n’est pas pour autant qu’ils sont correctement équipés à domicile (fibre, abonnement internet, ordinateur récent, logiciels bureautiques).
Et soudain vint l’épidémie du COVID-19 et le confinement de toute la population. Et soudain, on découvrit que de nombreux élèves n’étaient pas si bien équipés et qu’ils devaient suivre les cours à l’école avec leur téléphone portable pour se connecter en visioconférence, ou devaient faire des photos de leur travail écrit pour l’envoyer ensuite à leurs professeurs.
Il y a bien eu une prise de conscience tardive, car une solidarité s’est installée au travers de syndicats de parents d’élèves et d’établissements qui ont chercher à équiper ces élèves de tablettes.
Néanmoins, cette épidémie va créer de gros dégâts chez les élèves défavorisés sur le plan numérique. Ne pouvant correctement suivre l’enseignement à distance, certains élèves auront baissés les bras. A la reprise d’un rythme normal, on peut présager qu’ils sera difficile de ne pas les perdre alors que d’autres élèves bien équipés et dans un environnement familial favorable auront continué à progresser. Alors que le système d’orientation dans les études supérieures est devenu sélectifs avec Parcoursup, il serait étonnant qu’à la reprise d’un enseignement « normal », les professeurs ne tentent pas de rattraper le retard, pour répondre à la pression des familles, ce qui aura pour effet de conduire à l’échec scolaire et à une orientation non choisie un nombre croissant d’élèves.
Alors que les parents sont plus inquiets d’une contamination de leurs enfants en cas d’un retour à l’école et que les médias sont exclusivement focalisés sur cette question, la question de cette fracture numérique qui entraîne une fracture scolaire et qui amplifiera la fracture sociale n’a pas l’air de préoccuper grand monde. Il faudrait enfin s’occuper de l’équipement informatique des familles défavorisées et surtout que les travaux sur ordinateurs soient d’abord effectué en classe, sous la supervision d’enseignants qui ont aujourd’hui trop tendance à sous-traiter cette tâche aux parents.
Hélas, le jour d’après risque de ressembler au jour d’avant. Cette fracture numérique n’étant pas suffisamment dénoncée, notre système scolaire ne va pas se métamorphoser après l’épidémie d’un système élitiste à un système plus égalitaire. La compétition pour les bonnes places va continuer.

