Que plusieurs centaines de jeunes français soient à un moment ou un autre partis en Syrie, Irak ou ailleurs pour prendre part au djihad interroge. Tout comme le fait que des français et non des agents de l’étranger aient commis les attentats contre Charlie Hebdo et le supermarché Cacher.
La simple dénonciation du terrorisme, comme quelque-chose d’affreux, ne suffit pas. Il s’est trouvé des enfants pour estimer que le journal Charlie Hebdo l’avait bien cherché en ayant blasphémé contre le prophète Mahomet. Les médias nous ont montré des réactions intelligentes dans quelques établissements scolaires, où des débats ont été organisés afin de faire exprimer cette parole et surtout pour rappeler nos principes laïcs. Le blasphème n’existe pas en droit français, on ne saurait interdire ou limiter la critique sous des motifs de respect des religions, les préceptes religieux peuvent servir de fil conducteur aux individus à titre privé, mais aucune loi divine ne peut s’imposer à tous. Enfin, un enseignant montré en exemple effectuait une lecture d’image des fameuses caricatures, chose que beaucoup de jeunes ne savent faire, pour faire prendre conscience qu’en l’occurrence était critiqué les extrémistes qui récupéraient la religion musulmane. La preuve est donc apportée que l’instruction civique peut avoir à l’école une vrai consistance et qu’il suffit de s’en donner les moyens et ne pas se limiter comme souvent à l’apprentissage des institutions et des règles. Les cours d’histoire pourraient également être un lieu de réflexion. Les élèves apprennent qu’il y a eu une reconquista en Espagne, des croisades (nos guerres saintes), l’inquisition, les guerres de religion. Mais nos professeurs d’histoire se donnent-ils les moyens de faire prendre conscience aux élèves du résultat de la récupération d’une religion (en l’occurrence le catholicisme) à des fins politiques ? Toute récupération politique d’une quelconque religion se traduit par la mise en place d’un projet totalitaire. La récupération de la religion musulmane n’échappe pas à la règle.
La première réponse que peut donc apporter l’école se situe dans la manière d’enseigner. Il faut arrêter de considérer les élèves comme des pages blanches d’un cahier de connaissances à remplir, transformer certaines matières telles que l’instruction civique, l’histoire géographie et privilégier la compréhension des faits, aiguiser l’esprit critique.
La quantité de jeunes s’étant à moment radicalisés et qui ont été tentés par les sirènes du djihadisme pose la question du profil de ceux-ci. De nombreux témoignages nous ont montré des familles chez lesquelles rien de prédisposaient leurs jeunes à la radicalisation. Ces jeunes ont effectué des rencontres qui les ont influencés ou l’ont été par internet. Mais cette influence porte ses fruits chez certains à cause de leur fragilité particulière. Incapacité à maîtriser leurs émotions, image négative de soi, sentiment d’être exclu, mal être.
L’école républicaine, toute axée qu’elle est sur la méritocratie et la sélection de nos élites joue un rôle majeur dans cette fragilisation. Dans un système hypercompétitif, où les élèves apprennent à coup d’évaluations, sont matraqués de devoirs et sont orientés en fonction de leurs notes, on favorise les élèves bien nés, dont les parents ont la capacité matérielle et intellectuelle d’aider leurs enfants. La ségrégation géographique et sociale est une réalité, mais dans une école qui se targue de respecter le principe d’égalité des chances, le principal facteur d’inégalité entre les élèves provient de cette capacité des parents à leurs apporter un soutien scolaire au bon moment. Finalement, les élèves se retrouvent sélectionnés en fonctions des capacités de leurs parents. Un jeune qui se retrouve dans une voie de garage et qui adulte n’aura pas d’autres horizons que des petits boulots peut en concevoir une certaine amertume. N’ayant pas réussi, il vivra avec une blessure à son amour propre. De tels jeunes, l’école en produit malheureusement de grande quantité.
Il n’est donc pas étonnant, qu’en présence de points de fixation sur la scène internationale telle que la Syrie et l’Irak aujourd’hui, certains jeunes à la recherche d’un sens à leur vie et rêvant d’un système de valorisation échouent dans les sectes djihadistes. Cette porte est plus honorable pour eux que la délinquance dans laquelle certains tombaient auparavant.
L’école de la république, en ne renonçant pas à son système méritocratique et en ne cherchant pas la réussite de tous les élèves offre malheureusement à ces sectes nombre de candidats potentiels. La refondation de l’école (pas celle en cours hélas) doit donc être l’axe majeur pour que l’on ne vive plus de tels attentats qui nous ont endeuillés.
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