ParcourSup, une réforme de premier de la classe pour les premiers de la classe

APB est mort, vive ParcourSup !

Pendant de trop nombreuses années, le système informatique  Admission Post Bac (APB) a permis aux gouvernement successifs de se masquer le besoin d’une réforme du système d’orientation des lycéens sortant du bac, puisqu’un système informatique pourvoyait à l’affectation des lycéens dans les différentes filières supérieures. Il a fallu l’arrivée d’une classe d’âge nombreuse en juin 2017 au bac pour que le système craque, avec de nombreux jeunes n’ayant pas d’affectation en septembre et surtout le recours au tirage au sort dans de nombreuses licences soudainement en tension.

Adieu donc APB et ses 24 choix que les lycéens se devaient de hiérarchiser en cours d’année de terminal. Plus de critères géographiques pour demander une filière supérieure. Avec le nouveau système ParcourSup, les élèves de terminal devront déterminer 10 choix d’orientation qui seront tous classés au même niveau. On ne  comprend pas encore quel sera le poids des appréciations du conseil de classe portant sur chacun des 10 choix de chaque élève dans le processus d’orientation, quels seront les prérequis qui seront examinés par les universités pour décider quels candidats retenir et lesquels refuser. Il n’est non plus pas certain que les enseignants du secondaire aient réellement les moyens d’émettre un avis motivé pour chacun des souhaits émis, ou tout simplement le temps. La volonté d’impliquer plus les enseignants dans l’orientation est sans doute louable, mais faute de formation adéquate, il n’est pas certains que ceux-ci soient de bon conseil.

Beaucoup de modalités posent encore question. Mais dores et déjà émerge une certitude. Si chaque élève peut émettre 10 choix non hiérarchisés et qu’à partir de ces choix, les universités effectuent leurs courses (leur sélection ?), les meilleurs élèves de terminal seront reçus sur tous leurs choix, donc à plusieurs endroits en même temps. Après désistement sur les places non retenues, les élèves en attente pourront ensuite recevoir une ou plusieurs propositions. On ne sait aujourd’hui combien de vagues seront nécessaires pour remplir les universités, ni combien de temps sera nécessaire pour arriver au bout du processus.

Il est tout à fait possible à partir des données de la session 2017 d’effectuer des simulations informatiques. L’éducation nationale connaît précisément les 24 vœux de chaque candidat de la session 2017, qui plus est par ordre de préférence. A partir de ces données, il est possible de simuler le nouveau processus ParcourSup et estimer le nombre de vague qui seront nécessaires pour remplir les universités et avoir une idée du temps nécessaire pour arriver au bout. Si ces simulations ont été effectuées et n’ont pas été rendues publiques, le gouvernement anticipe des difficultés à la rentrée de septembre 2018, mais ne veut pas le reconnaître. Si ces simulations n’ont pas été effectuées, elles révèlent un grave amateurisme de ce gouvernement d’experts, car alors, il risque de découvrir en septembre 2018 des difficultés qu’il n’avait pas prévues.

Il est à craindre que beaucoup de jeunes passent avec leurs parents un été 2018 pleins d’angoisses. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des enfants premier de la classe qui pourront être les premiers à choisir et passer d’agréables vacances d’été. Les autres seront condamnés à attendre le déroulement des différentes vagues et ne pourront qu’ensuite préparer la rentrée (inscription, recherche de logement ….).

Compte tenu du fait que la classe d’âge arrivant au bac sera toujours aussi nombreuse, le nouveau système ne permettra pas plus que l’ancien de trouver une place pour tous. Si les mécontents sont trop nombreux, une explosion sociale des jeunes est possible à la rentrée 2018, quant deviendra clair pour tous que cette réforme ne vise finalement qu’une chose : corriger un système de tirage au sort, insupportable l’élite techno qui nous gouverne et permettre aux meilleurs de choisir. Ce n’est qu’une réforme ÉLITISTE.