fin d’APB, fin de la boucherie des études supérieures ?

La CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) vient de mettre en demeure le gouvernement le 28 septembre 2017 de revoir le mode de fonctionnement du logiciel d’affectation des bacheliers dans enseignement supérieur, ABP (Admission Post Bac) afin de « cesser de prendre des décisions concernant des personnes sur le seul fondement d’un algorithme ».
Cette mise en demeure ainsi que le scandale des milliers de bacheliers n’ayant pas obtenu d’affectation ou ayant été affectés dans des disciplines qui ne les intéressent pas, ou encore administrativement affectés dans des filières mais empêchés de suivre les cours à cause de l’absence de place, l’utilisation de plus en plus répandue du tirage au sort pour sélectionner les bacheliers  à l’entrée des licences sous tension, a conduit la ministre le l’éducation nationale à vouloir réformer par la loi la procédure d’admission post bac. La discussion avec les syndicats de lycéens et d’étudiants opposés à toute sélection et à priori réticents à l’idée de la mise en place de la vérification de pré-requis à l’entrée de l’université, risque d’être difficile.

Pourtant le système informatique d’Admission Post Bac ne peut être rendu responsable de tous les maux, qui ont pour origine une massification de l’accès au bac voulues par les politiques éducatives couplée à une absence de vision claire des besoins des bacheliers et jeunes étudiants qui se retrouvent à l’université faute de mieux, à cause de l’inadéquation de leur formation de lycéens au marché du travail, de formations post bac de courte durée permettant d’avoir une formation qualifiante trop sélectives et de la croyance répandue que pour réussir sa vie il faut avoir suivi des études supérieures.  Par ailleurs, comme le système de formation est très académique et n’offre que des passerelles insuffisantes vers les études supérieures pour ceux qui ont acquis des compétences professionnelles, la reprise d’études est très difficile pour ces personnes ayant quittées les rangs de l’école depuis plusieurs années et souhaitant se former à l’université pour acquérir un diplôme reconnu. Ce qui pose également le problème de la reconnaissance excessive du diplôme sur le marché du travail au détriment des compétences et aptitudes professionnelles à partir d’un certain niveau de qualification. Mais qui a pour conséquence directe d’inciter toute une génération à vouloir s’inscrire à l’université pour obtenir ce niveau avant de débuter une carrière professionnelle. C’est ainsi que toute une classe d’âge se retrouve à encombrer les universités. Même si celles-ci accueillaient plus d’étudiants en licence, beaucoup se retrouvent éliminés des masters 3 ans plus tard et donc toujours avec un problème de devenir professionnel.

Ce n’est pas en s’attaquant uniquement à la réforme d’APB et introduisant peut-être des pré-requis à l’entrée des licences universitaires que l’on résoudra les problèmes de sur-affluence des étudiants dans les études supérieures. Une réforme qui ne répond pas aux véritables besoins des  jeunes bacheliers et étudiants, à savoir à terme avoir un métier qui leur permette de s’insérer dans le monde du travail sera une réforme cosmétique, comme toutes celles qui ont précédé.