La grande révélation de la fracture numérique par Covid-19

Cela fait plusieurs années que l’on demande aux élèves de collège d’effectuer des travaux avec des outils numériques (travaux de recherche sur internet, exposés, exercices de programmation avec le logiciel éducatif scratch, réalisation de petites vidéos), sans que ces travaux ne soient vraiment encadrés en milieu scolaire. C’est alors installé une nouvelle inégalité entre les élèves, entre ceux bénéficiant d’un bon équipement familial et les autres, ceux dont les parents sont familiarisés avec les outils numériques et les autres.

Trop longtemps, le corps enseignant s’est réfugié derrière l’idée que cette génération était née avec un portable entre les mains et qu’elle savait très bien utiliser tous les outils numériques. Effectivement, si beaucoup d’élèves sont bel et bien équipé d’un téléphone portable et sont relativement à l’aise avec, ce n’est pas pour autant qu’ils sont correctement équipés à domicile (fibre, abonnement internet, ordinateur récent, logiciels bureautiques).

Et soudain vint l’épidémie du COVID-19 et le confinement de toute la population. Et soudain, on découvrit que de nombreux élèves n’étaient pas si bien équipés et qu’ils devaient suivre les cours à l’école avec leur téléphone portable pour se connecter en visioconférence, ou devaient faire des photos de leur travail écrit pour l’envoyer ensuite à leurs professeurs.

Il y a bien eu une prise de conscience tardive, car une solidarité s’est installée au travers de syndicats de parents d’élèves et d’établissements qui ont chercher à équiper ces élèves de tablettes.

Néanmoins, cette épidémie va créer de gros dégâts chez les élèves défavorisés sur le plan numérique. Ne pouvant correctement suivre l’enseignement à distance, certains élèves auront baissés les bras. A la reprise d’un rythme normal, on peut présager qu’ils sera difficile de ne pas les perdre alors que d’autres élèves bien équipés et dans un environnement familial favorable auront continué à progresser. Alors que le système d’orientation dans les études supérieures est devenu sélectifs avec Parcoursup, il serait étonnant qu’à la reprise d’un enseignement « normal », les professeurs ne tentent pas de rattraper le retard, pour répondre à la pression des familles, ce qui aura pour effet de conduire à l’échec scolaire et à une orientation non choisie un nombre croissant d’élèves.

Alors que les parents sont plus inquiets d’une contamination de leurs enfants en cas d’un retour à l’école et que les médias sont exclusivement focalisés sur cette question, la question de cette fracture numérique qui entraîne une fracture scolaire et qui amplifiera la fracture sociale n’a pas l’air de préoccuper grand monde. Il faudrait enfin s’occuper de l’équipement informatique des familles défavorisées et surtout que les travaux sur ordinateurs soient d’abord effectué en classe, sous la supervision d’enseignants qui ont aujourd’hui trop tendance à sous-traiter cette tâche aux parents.

Hélas, le jour d’après risque de ressembler au jour d’avant. Cette fracture numérique n’étant pas suffisamment dénoncée, notre système scolaire ne va pas se métamorphoser après l’épidémie d’un système élitiste à un système plus égalitaire. La compétition pour les bonnes places va continuer.

Nouveau Bac, les E3C, des nouveaux partiels

Les élèves de première expérimentent depuis peu les Épreuves Communes de Contrôle Continu (E3C) du nouveau baccalauréat institué par la réforme Blanquer.

Cette réforme a été justifiée par la lourdeur de l’ancien bac aux épreuves toujours plus nombreuses et qui mobilisait dans les lycées l’ensemble du mois de juin au détriment des enseignements pour les élèves de la seconde à la terminale. L’ancien bac mobilisait beaucoup de ressources et d’argent pour une finalité contestable, puisque l’orientation des élèves était décidée avant le baccalauréat et finalement le bac n’était alors plus qu’un sésame venant valider une orientation décidée sur la base des résultats scolaire des élèves.

La réforme Blanquer était censée poursuivre un objectif de simplification. Sur ce point, les premiers retours des lycées devant organiser ses épreuves semblent montrer le contraire. Chaque établissement est libre d’organiser dans la période actuelle les épreuves quant il le souhaite, favorisant la diffusion des sujets par ceux ayant déjà passé les épreuves sur Instagram et introduisant une rupture d’égalité. Les sujets sont choisis dans une banque numérique, les copies doivent être numérisées avant d’être corrigées et les professeurs corrigeant les copies n’ont pas le temps d’annoter les copies, ce qui ne permettra pas aux élèves de progresser à partir de leurs erreurs.

De plus, ces épreuves introduisent un stress important chez les élèves qui reçoivent comme pour le bac des convocations et y sont préparés comme pour le bac. On peut alors se demander pourquoi ces épreuves sont considérées comme des épreuves de contrôle continu plutôt que nommées partiels comme à l’université ? Probablement, le terme de « partiels » ne passerait pas si bien dans la communication gouvernementale.

Ces épreuves poursuivent également la finalité de revaloriser le bac, puisque les notes de ces épreuves seront dans Parcoursup avant le début du processus de sélection. En conséquence, l’élève de première n’a plus droit à l’erreur. Dorénavant, ce n’est plus au moment du bac que le lycéen doit être prêt, mais dés la fin de la seconde !

Il devra savoir faire les bons choix, choisir les bonnes options pour la première et dés son année de première, il se doit de réussir pour avoir un bon dossier dans Parcoursup. Il n’a plus le droit d’être jeune, de se tromper, trébucher, chercher son chemin.

Quelle monde préparons nous à nos jeunes ?

Sport à l’école, erreur sur les objectifs

Quel objectif poursuit-on exactement avec le sport à l’école, ou plus exactement, l’éducation physique et sportive (EPS) ? Est-il nécessaire à chaque séance de noter les élèves, d’établir des grilles de notation complexes avec une grande variété de critères ? Pourquoi noter les matchs ? Quelle est la raison d’être de l’épreuve de sport au baccalauréat ?

Peu de jeunes poursuivent une activité sportive régulière après les années collège et lycée. Les jeunes générations sont trop sédentaires et souffrent plus de surpoids, non seulement à cause d’une alimentation déséquilibrée, mais aussi du fait du manque d’activité physique régulière. S’en suit des risques de maladie cardio vasculaires, diabète, obésité, hypertension artérielle, anxiété … Les bénéfices d’une activité sportive régulière sur la santé sont suffisamment prouvés et permettrait de diminuer les dépenses de l’assurance maladie.

Alors pourquoi le sport à l’école ne poursuit-il pas un objectif tout simple, celui de faire découvrir et aimer un activité sportive, de sentir son corps, prendre goût à l’effort ? Pourquoi l’école a-t-elle se besoin maladif de noter, classer, trier les élèves aussi dans les activités sportives ? Ce n’est pas à l’école de former des champions, ni de faire des élèves des compétiteurs. Il existe des clubs sportifs pour cela. L’école peut juste se contenter de détecter un jeune qui serait prédisposé dans un sport donné pour l’orienter vers un club.

Pour que les jeunes générations prennent de bonne voie, le sport à l’école doit avant tout être axée sur le plaisir de bouger, développer un comportement fairplay et donc proscrire les notes de performance. On peut noter l’implication de l’élève, sa participation, son attitude, sa recherche de progression. Mais surtout pas ses performances, ni s’il a progressé un peu ou beaucoup. Tout les élèves ne sont pas égaux, certains plus doués que d’autres et progresserons plus facilement. Il n’y a pas d’intérêt à les distinguer de leurs camarade. A partir du moment où l’on veut distinguer les élèves performants des autres, on décourage les élèves les moins doués ou pire on les écœure du sport.

Sans remise en cause profonde de l’enseignement du sport à l’école, on ne parviendra pas à diminuer la sédentarité croissante des jeunes générations impliquant des risques pour leur santé. Inutile de faire des plans et réformes pour le financement de l’assurance maladie ! Commençons par donner aux jeunes générations des habitudes de vie plus saine, pour leur bien et dans l’intérêt de la collectivité !

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Le stress du projet de technologie à trouver

Terminale Sciences et Techniques Sanitaire et Social – ST2S. Le projet de technologie compte pour une part prépondérante dans le bac (coefficient 7). Il consiste en l’étude et l’analyse d’un projet d’action de préférence réel mené par une association dans le domaine sanitaire ou social, comme la mise en place d’une banque alimentaire, une sortie pour les enfants les plus démunis. Ce projet est mené en groupe de 3 ou 4 élèves. Les élèves doivent analyser comment un structure/association met en place un plan d’action pour améliorer la santé ou le bien être social des populations. Ils doivent situer le projet dans une politique sanitaire et/ou sociale et présenter le besoin. Ils doivent montrer leur compréhension de la démarche projet.

Hélas, c’est aux élèves de trouver l’association qui a mené un projet intéressant, pour ensuite tenter de trouver un interlocuteur qui leurs expliquera la démarche projet suivie pour ensuite travailler le sujet en classe.

Les professeurs n’aident en rien à trouver une association. Tout le travail de recherche s’effectue en dehors du temps scolaire.

A moins d’avoir des relations que l’on peut solliciter, il faut alors courir les forums d’associations, questionner son entourage, effectuer des recherches sur internet, tenter de trouver le bon contact, contacter via facebook, email, téléphone. En gros partir à la pêche à la ligne. Trouver un sujet intéressant déjà traité par une association s’avère un véritable parcours du combattant et si possible original par rapports aux sujets traités les années précédentes. On se demande comment les élèves peuvent parvenir à s’en sortir seuls, sans parents bien informés, très investis et sans doute issus de catégories socio-professionnelles favorisées. C’est comme une recherche d’emploi avant l’heure !

Certains groupes imaginent pouvoir reprendre le travail d’un groupe de l’année précédente croyant naïvement que les professeurs seront dupes. Mais même sans chercher à reprendre les travaux de leurs prédécesseurs, beaucoup traiteront des sujets bateau.

Mais pourquoi faut-il même dans une filière technologique demander à des élèves de se comporter en futurs chef de projet ? Est-ce là vraiment leur vocation à tous ? Et pourquoi avant le bac ? Pourquoi imposer aux élèves de trouver eux même des cas pratiques intéressants à étudier ? Ne serait-il pas plus motivant pour eux de leurs faire découvrir dans les divers domaines qui les intéressent des cas pratiques, avec visite de terrain, rencontre de professionnels ? Tout le monde sait très bien que les premiers de cordées ne se trouvent pas dans ces classes. Alors pourquoi leur imposer un tel programme ? Pourquoi encore une fois de plus introduire une telle injustice entre élèves bien nés (avec parents qui peuvent les aider) et les autres ? Ne manque-t-on pas de vocation dans les métiers d’infirmiers, du social … A quoi cela rime-t-il ?

Comment en est-on arrivé là ?

Classe de première d’une filière technologique sanitaire et social d’un lycée de banlieue. Une filière très intéressante avec de vrais débouchés professionnels (infirmière, les métiers du social). Mais des élèves qui n’ont aucune motivation. Orientés par défaut ? N’ayant pas pris conscience de l’intérêt des métiers qu’ils peuvent exercer et de leur utilité sociale ? Certains croient pouvoir suivre des études universitaires type psychologue. D’autres se projettent même pas dans l’avenir. Ils ont pour le moment un statut, lycéen, mais ne se figurent pas que tout à une fin. Sans doute ont-ils l’idée que par défaut, ils se retrouveront dans les rangs de la fac, où après un statut de lycéen, ils auront un statut d’étudiant, sans avoir compris que la réforme parcourSup avait instauré une sélection. Quant bien même ils parviendraient dans une université quelconque, quel sera leurs projets ? Ils poursuivront une chimère inatteignable, vu que dés la classe de première ils ne travaillent plus. Une grande majorité passe son temps à discuter, tente de négocier un report des évaluations, préfère ne pas rattraper des cours dans leur matière principale dans laquelle ils ont subit une absence prolongée de professeur … Ils arriveront au bac et auront malgré tout leur bac, car l’institution scolaire le leur donnera pour se débarrasser d’eux. Mais ils n’auront pas les prérequis pour suivre des études supérieures, ou même tout simplement des études, car ils n’auront pas mis à profit leurs années de lycée pour apprendre à travailler, apprendre à apprendre, apprendre les bons  codes comportementaux … Certains se retrouveront bien dans des filières supérieures mais seront ces élèves qui tenteront chaque année une filière différente, pour finalement abandonner pour de bon et se retrouver sur le marché du travail à enchaîner les petits boulots précaires.

Mais qu’ont donc ces élèves et leurs parents dans la cervelle ? Ils ne s’agit pourtant pas de jeunes qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche et dont papa grand directeur pourra toujours trouver un boulot bien payé grâce à ses relations. Non les familles en question ne vivent pas dans l’opulence et certains travaillent dur pour y arriver. Mais pourquoi ne savent-elles pas transmettre la valeur du travail à leurs jeunes ? Pourquoi ces jeunes ne comprennent-ils pas que l’école est leur seule et unique chance d’avoir un avenir intéressant et un métier décent  ?

Comment en est on arrivé là, à cet échec flagrant de l’école républicaine ? Cet école, à force de trop vouloir former correctement une élite a oublié tout ces jeunes qui ne rentrent pas dans le moule. Elle n’a pas su leur donner une motivation à apprendre car sa pédagogie a été basée sur l’apprentissage par la peur des notes, entraînant une démotivation de ceux qui n’avait pas le stimulus de la satisfaction de la bonne note pour vouloir rechercher des satisfactions du même ordre par un investissement personnel. Le plaisir à l’école est l’apanage des bons élèves. Ceux qui se sentent en échec trouvent d’autres sources de satisfaction en perturbant la classe. L’école républicaine en survalorisant les filières générales et les métiers « intellectuels » a détourné une masse d’élèves d’autres métiers passionnants et utiles à la société car mal valorisés. Du coup, quant ces élèves se retrouvent orientés dans ces filières, ils ne se rendent pas compte de leur chance et restent sur des rêves de réussite sociale inspirés du modèle dominant ou sur leur amertume de s’être retrouvés là où ils ne souhaitaient pas être. Et pourtant, aucun chemin de vie n’est droit quant on est pas un héritier de grande famille. La vie est faites d’opportunités qu’il faut savoir saisir. Mais pour cela, ce qui importe c’est savoir apprendre et se former au cours de la vie, ce qui n’est pas le cas de tous ces élèves qui choisissent le chemin de la paresse.

Toutes les réformes éducatives échouent à donner une motivation, un sens aux années d’école, une envie d’apprendre et surtout du plaisir.

Apprend-t-on travailler en groupe dans les TPE/AI de première ?

Autre établissement, autre filière, 3 ans après mon article « L’oral de TPE, un jeu de massacre« , force est de constater le manque d’intérêt des professeurs pour les travaux de groupe touchant à plusieurs disciplines et nécessitant donc une concertation entre professeurs.

Que cela s’appelle TPE (Travaux Personnels Encadrés) ou AI (Activité Interdisciplinaire), l’objectif recherché est le même. Il s’agit pour les élèves, sur un thème pluridisciplinaire d’effectuer un travail en groupe sur plusieurs mois qui se conclut par une soutenance devant un jury. Ce type de travaux présente de nombreuses vertus. Les élèves apprennent à travailler en groupe, à organiser leur travail sur une période longue, à décloisonner leurs connaissances, à rechercher des informations, à prendre contact avec des professionnels, à élaborer une présentation powerpoint et à exposer devant un jury …

Hélas, dans la réalité, certains enseignants trop habitués à fonctionner de manière cloisonnée et ne souhaitant effectuer autre chose que de la transmission verticale de savoirs, ne voient pas la multitude d’objectifs pédagogique des TPE ou AI. Lorsque vient leur tour d’encadrer les séances de travaux en classe, ils ne s’intéressent pas aux différents groupes, passent leur temps derrière leur bureau à corriger des copies ou autre, plutôt que d’aider les élèves à s’organiser, les guider dans leur travail, vérifier la bonne implication de l’ensemble du groupe ou encore les guider dans l’utilisation de l’ordinateur, domaine où les inégalités entre les élèves dues au milieu familial sont énormes.

Et lorsque vient l’épreuve de l’oral, certains, peu intéressés par les exposés chuchotent entre eux,  rient de leurs plaisanteries plutôt que d’adopter une attitude neutre et impartiale. Et lorsque leur attitude est irréprochable, les questions de certains montrent leur absence d’intérêt pour les sujets présentés. Ainsi, demander la définition d’une notion de mathématique se justifie dans une évaluation de mathématiques, mais n’a rie à faire dans un oral de ce type ou toute autre question cherchant à évaluer des connaissances générales.

En instituant les TPE ou AI, les concepteurs des programmes scolaires ont visé un objectif louable, cependant inatteignable et générant au contraire encore plus d’inégalités entre les élèves, entre ceux qui accompagnés de leurs parents vont acquérir des compétences comportementales et des savoirs faire et ceux qui ne bénéficieront que d’un soutien lointain de professeurs peu motivés. La cause est à rechercher dans leur formation universitaire trop académique, au cours de laquelle ils ont engrangés des connaissances, mais n’ont pas eux même appris à travailler en groupe et à décloisonner leurs connaissances. Ainsi, si l’on souhaite former les jeunes à travail collaboratif et leur permettre de s’intégrer dans le monde du travail, il faudrait tout d’abord penser à revoir en profondeur le mode de formation des enseignants.

Fracture numérique

Génération Y, Digital Natives sont des concepts faisant croire que les jeunes d’aujourd’hui, étant suffisamment jeunes lors de l’essor de l’informatique grand public, des tablettes  et autres smartphones, ont une maîtrise suffisante des outils informatiques. Bien des jeunes maîtrisant le smartphone et présent sur un ou plusieurs réseau social ne connaissant pas les outils bureautiques, sont incapable de rédiger un document word ou de manier un tableur type excel ou encore d’effectuer une présentation dans powerpoint ou encore apte à rechercher des informations pertinentes sur internet, bien qu’ils y soient insisté par l’éducation nationale à partir du collège. C’est ainsi que des élèves de première demandent que leur soit transmis dans le cadre d’un travail commun des photos de chaque page d’un document numérique, plutôt que le document numérique lui-même !

L’école échoue à initier correctement les jeunes aux outils informatiques. Est-ce par manque de formation des professeurs ou plutôt d’une incapacité à s’auto former ? Au collège, les professeurs de technologie pourraient être référent en la matière, mais force est de constater que ceux qui ont enseigné à mes enfants n’étaient pas à la hauteur. Quant des travaux de groupe sont entrepris en classe et que l’outil informatique est utilisé, les professeurs encadrant se placent aussi bien souvent dans une position de spectateur plutôt que de formateur. Sans doute que professeur est un métier plus noble que formateur. C’est à notre contact que mes enfants ont acquis une bonne maîtrise des outils informatiques et pas à l’école. Le plus jeune utilise un réseau social (discord) avec quelques camarade de classes avec qui il travaille. Il échange avec eux  pour des loisirs ou des besoins de coordination dans le cadre d’un travail. En entreprise, nous utilisons Skype, Planner et autres Teams … (et oui, le changement dans les méthodes de travail est très rapide). Ces quelques élèves-ci sauront utiliser plus tard tous les outils informatiques, mais il ne s’agit que d’une minorité favorisée.

Nous n’allons pas tarder à découvrir surpris qu’au milieu des Digital Natives, nous avons une nouvelle forme d’analphabétisme numérique qui s’est développé installant une fracture supplémentaire dans la société, cette fois-ci numérique entre ceux qui savent et ceux qui, trop honteux pour l’admettre, cacheront leur ignorance. L’école se retrouve une fois de plus incapable de rétablir un minimum d’égalité entre les élèves, à la fois à cause du préjugés que les jeunes Digital Natives connaissent forcément tout et à cause du fait qu’aucun enseignant se sente réellement investi à former les élèves.

Des quotas de punis pour remplir les colles ?

En cas d’absence d’un professeur, trou dans l’emploi du temps, ou réorganisation  de dernière minute de celui-ci, la permanence est le lieu de tout les dangers. Mieux vaut éviter ce lieu et se rendre au CDI (centre de documentation de d’information) du collège, plutôt que de se retrouver sous la coupe d’un surveillant, entassé dans une salle trop petite, obligé de travailler et avec interdiction de dessiner et surtout de communiquer avec son voisin. On peut comprendre le soucis des surveillants d’éviter que la permanence ne se transforme en foire. Cependant, distribuer des heures de colle comme sanctions à tour de bras à chaque fois qu’il y a suspicion d’un écart d’un élève est vécu comme une  injustice, permise par le rapport de force dont profite l’adulte. Le sentiment d’injustice est renforcée par le fait que la parole de l’élève n’est  pas même écoutée et donc prise en compte. S’il ose tenter une explication, il est sitôt menacé d’une heure de colle supplémentaire car se rend coupable de crime de lèse majesté vis à vis de l’autorité. Pire est la situation lorsque la sanction tombe sans que l’adulte n’ait la preuve du délit. Par exemple, communiquer avec son voisin par gestes n’est pas la preuve d’une communication orale. L’élève se sent alors soumis à l’arbitraire de l’autorité.

Cet arbitraire introduit un insupportable soupçon. Puisque les colles sont encadrés par les mêmes surveillants, ne cherchent-ils pas à les remplir en distribuant des sanctions ?

Ce n’est pas ainsi que l’école formera les futurs citoyens et fera partager aux élèves les valeurs de la république. Rien ne sert de vouloir mettre en place un nouveau service national si l’école ne devient pas le lieu où cette citoyenneté s’apprend et se vit, ce qui suppose aussi que les élèves puissent faire valoir leurs droits.

 

La filière technologique, le grand absent de la réforme du lycée ?

La génération d’élèves actuellement seconde va connaitre la réforme du lycée général et devra choisir pour la rentrée de septembre 2019, 3 enseignements de spécialité et plus que deux l’année suivante en terminal. Ces choix conditionneront la suite de leurs études, car les établissements d’enseignement supérieur sélectionneront en fonction des options choisies. Les jeunes auront intérêt à avoir dés 15 ans une idée plus précise du métier qu’ils souhaitent exercer plus tard. Il est à craindre qu’un jeune puisse moins chercher sa voie dans les années à venir qu’aujourd’hui.

Cette réforme des lycées s’articulera avec la réforme engagée l’année dernière de l’accès à l’enseignement supérieur, Parcousup. Cependant, les filière technologiques n’étant pas concernées par cette réforme des lycées, on peut craindre que les critères de sélection des établissements d’enseignement supérieur laissent de côté les enseignements de spécialité suivis dans ces filières. Si les établissements supérieurs privilégient maths, physique, chimie pour les sciences et des « têtes bien faites », avec capacité d’analyse, rédactionnelles, esprit logique pour les filières généralistes, on peut craindre que les bacheliers technologiques  qui auront développés d’autres compétences ne trouvent pas leur place et se trouvent de plus concurrencés sur leur propre terrain par des élèves supposés avoir un avantage grâce à leurs connaissances académique et aptitudes au travail scolaire. On a été, à titre d’exemple, extrêmement surpris lors d’une journée portes ouvertes dans une école d’infirmière proche de Paris d’entendre la responsable vanter les qualités des bacheliers littéraires, alors que  la filière sanitaire et sociale est censée le mieux préparer à ce métier.

Il est à craindre qu’avec les réformes engagées, la valorisation des autres voies que la filière générale comme voie de réussite n’attende encore et que persiste dans l’opinion qu’en dehors de la filière générale, il n’y ait point de salut.

Blocage des lycées, un problème d’éducation

Quel exemple déplorable ont pu avoir les plus radicaux des gilets jaunes sur les jeunes lycéens, qui par mimétisme ont reproduit les comportements violents de leurs aînés !

Jamais la violence physique ni les dégradations ne peuvent être considérés comme des modes d’action légitimes dans une société démocratique. Le conflit doit s’exprimer dans le respect de l’autre et dans le débat d’idées contradictoire. Si une pression à l’encontre des décideurs est nécessaire, les rapports de force ne doivent pas dégénérer en actes de vandalisme et de violence. Cette expression doit rester dans le cadre de la loi. Exiger la démission d’un président démocratiquement élu, ayant certes bénéficié d’un vote républicain contre l’extrême droite, mais confirmé par le raz de marée électoral des élections législatives obtenus par son parti, Les Républicains en Marche, revient à espérer un putsch et à remettre en cause les fondements de notre société démocratique.

Les jeunes apprennent bien en éducation civique le fonctionnement de nos diverses institutions, mais il est à craindre que tout comme leurs aînés, ils ne sachent faire le lien entre leur vote ou leur non vote (57,36% d’abstention au second tour des législatives de 2017) et la politique menée ensuite par le gouvernement qui tire sa légitimité de ces élections.  On ne vote pas selon une humeur ou mode et ceux qui choisissent de s’abstenir choisissent de laisser les autres décider à leur place. Un électeur qui se respecte étudie les programmes électoraux, cherchent à s’informer auprès de médias sérieux qui organisent le débat contradictoire plutôt que de chercher son inspiration sur les réseaux sociaux et enfin se prononce ensuite en son âme et conscience.

Que demandent les lycéens ? Une abrogation de Parcoursup et de la réforme des lycées généraux, revendications relativement vagues. Ils expriment une crainte diffuse d’un bac n’ayant pas la même valeur selon l’établissement d’origine (réputé ou non). C’est malheureusement oublier que le bac ne sert pas à sélectionner. Depuis Parcoursup, se sont les notes de classe de première et terminales qui servent à la sélection. Rien n’empêchent les établissements du supérieurs à mettre en œuvre une pondération des notes en fonction du classement des lycées. Hélas, vouloir l’abrogation de Parcoursup revient à vouloir le rétablissement du système Admission Post Bac, encore plus mauvais, car il conduisait à une généralisation du tirage au sort, face à la massification des accès aux supérieur d’une classe d’âge plus nombreuse. Derrière la réforme du lycée avec le choix d’options à la fin de la seconde générale se cache un projet de rationaliser l’offre de formation sur un périmètre géographique donné (périmètre qui peut être étendu en zone rural). Afin de faire face à la pénurie d’enseignants dans certaine disciplines, celles-ci ne pourront toutes être proposée dans tous les établissements, même s’agissant des disciplines classiques (lire la chronique de Philippe Askenazy « Réforme du bac et «territoires périphériques» » dans Le Monde du 14/12/2014). Le choix des options reviendra à faire éclater la carte scolaire et  risque de renforcer la concurrence entre établissements. Certains élèves auront ainsi droit à des lycées élite et d’autre se retrouveront dans des établissements de relégation, selon un soit disant mérite. M. Blanquet, ministre de l’éducation nationale s’est bien abstenu d’expliquer la philosophie de son projet.

Mais quand avons nous entendus les lycéens bloqueur critiquer tous ces aspects de ces réformes autrement qu’en les rejetant en bloc ? A quel moment ont ils demandés à ce que les algorithmes de sélection soient rendus publics et auditables et demandés l’interdiction de l’utilisation du classement des lycées dans les algorithmes ? A quel moment ont-ils dénoncé la volonté du gouvernement de ne pas offrir toutes les options « classiques » dans tous les lycées  risquant de conduire à une concurrence entre établissements pour recruter les meilleurs élèves ?

Ce vendredi 14 décembre, le lycée de ma fille a été bloqué. Des élèves ont cru pouvoir faire s’enflammer un arbre, d’autre ont réussi à brûler une poubelle. Des fumigènes ont été lancés à l’intérieur de l’établissement et l’alarme incendie a été déclenchée. Et cela s’appelle une mobilisation. Une semaine s’est écoulée, sans que le moindre débat avec les enseignants ne soit engagé. Une bonne occasion manquée de vivre en condition réelle l’éducation civique ! Et pourtant c’est possible, puisque au lycée Stéphane-Hessel à Toulouse (cf Le Monde du 14/12/2018, « à Toulouse, le lycée Stéphane-Hessel s’indigne collectivement« ), la direction a ouvert ses portes aux contestataires, une AG a été organisée, les élèves mobilisés ont pu expliquer les raisons de leur mobilisation. Puis le blocage a été voté à bulletin secret et aucune violence n’y a été commise ! Que souhaite-t-on finalement : des futurs citoyens bons moutons qui se révolteront épisodiquement et ne sachant exprimer leurs attentes et basculeront dans la violence, comme des enfants qui ne sachant exprimer les raisons de leur colère se mettent à taper, ou des citoyens responsables capable de raison qui sauront s’opposer tout en faisant progresser leurs idées ?