L’objectif recherché par les enseignants donnant des travaux à effectuer en groupe est louable, puisqu’il s’agit d’apprendre aux élèves à travailler ensemble, à s’organiser, à rechercher de l’information, la trier … Cet objectif d’autant plus important que dans le monde du travail, nous dépendons tous de nos collègues pour la réalisation de notre travail, d’où la nécessité du « bien travailler ensemble » pour atteindre les objectifs communs de l’entreprise, être efficace, productif, innovateur. Nous vivons tous les jours les effets délétères d’un individualisme forcené qui conduit certains à privilégier leurs propres intérêts et conduisant d’autres à la démotivation sans que le management des entreprises élevé dans le même moule élitiste et individualiste n’y trouve à redire.
Cependant, comme le programme est suffisamment chargé et que le temps manque, ce travail en groupe est effectué exclusivement en dehors du temps scolaire, donc sans encadrement des enseignants ou sous l’encadrement des quelques parents d’élèves qui estiment nécessaire de s’y investir.
Comment les enfants parviendront-ils à apprendre à mieux travailler que nous même puisque cet apprentissage du travailler ensemble n’est pas pris en charge par l’école ?
A chaque fois que mon enfant a dû effectuer des travaux en groupe, nous avons pu constater que sur 4 élèves associés pour l’occasion, il s’en trouve à chaque fois un qui se sentira investi du projet, qui apportera les idées, tentera de répartir les rôles et fera finalement la plus grande partie du travail. Le second, sera de bonne volonté et fera ce qu’on lui demande, mais n’aura pas de rôle moteur. Enfin les deux derniers apporteront une contribution symbolique et ne feront finalement pas grand chose, mais bénéficieront du travail des autres.
Une expérience menée par Didier DESOR, professeur à Université Henri Poincaré, à Nancy et décrite sur le site de France 5 apporte matière à réflexion : 6 rats sont placés dans une cage et devront à un moment de l’expérience plonger pour pouvoir accéder à leur nourriture. Une hiérarchie va s’établir entre entre les six rats. Il se trouvera 3 rats qui ne plongerons jamais et récupérerons les croquettes recherchées par les 3 autres rats. Une répartition des rôles s’opère. Cependant, un rat ne nait pas dominant ou dominé. Il suffit en effet de changer un rat ravitailleur de groupe et de ravitailleur, celui-ci peut devenir voleur. Pour les rats, ce comportement permet la survie du groupe et permet d’exploiter les compétences de chacun.
Parions qu’un enfant actif dans un groupe est susceptible de devenir passif dans un autre groupe, tout comme les rats, si son éducation ne lui donnait pas un sens des responsabilités et l’envie de s’investir pour mener à bien un projet. Mais la plupart agirons comme les rats de l’expérience. De fait, dans les société humaines, les enfants devenus adultes se retrouveront dans des rôles passifs ou des rôles où se sentant trop investis ils porteront plus qu’ils ne doivent ou encore dans des rôles de domination. En fin de compte, ils n’auront pas appris à mettre en place une émulation créatrice entre eux, ils n’auront pas appris à effectuer des choix collectifs et raisonnés, ils n’auront pas appris à se répartir les rôles de manière équitable et en fonction des capacités de chacun. Enfin ils ne trouveront pas d’intérêt à ce qu’ils entreprennent, à part l’argent et la reconnaissance par le pouvoir.
Ces comportements rapportés à l’échelle de la société sont une catastrophe dans un pays qui pour rester compétitif veut miser sur l’innovation et l’économie de la connaissance.
Sans véritable apprentissage à l’école du « travailler ensemble », nous ne valons pas mieux que les rats en terme d’intelligence sociale.
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