Il faut faire le programme !

Y-a-t-il une cohérence, un objectif dans les enseignements scientifiques reçus par les élèves en terminale S ?

Chaque enseignant suit son propre programme, forcément très chargé, sans qu’il y ait la moindre coordination entre enseignants. Ainsi, le professeur de physique aborde la cinématique du solide qui nécessite d’avoir abordé les intégrales en mathématiques, sans que cela le soit. Le professeur de biologie aborde des méthodes de datation en considérant comme une évidence des notions de physique atomique. Chacun poursuit sa propre course et pour s’assurer que toutes les classes de l’établissement avancent au même rythme, des contrôles communs sont organisés en physique / chimie et tant pis pour les élèves qui auraient eu besoin de plus de temps pour comprendre. Le programme, le programme avant tout !

On demande aux élèves d’enchaîner tous les thèmes abordés dans les différentes matières scientifiques, comme si il fallait à la fin de la terminale ceux-ci possèdent un savoir encyclopédique. A titre de curiosité, les élèves doivent maintenant savoir déterminer des molécules chimiques grâce à la Résonance Magnétique Nucléaire (RMN). Ce domaine n’est même plus de la culture générale. Il s’agit là d’un savoir pointu qui ne servira pas à 99.9 % des élèves et que seuls ceux qui s’orienteront dans des études de chimie pourraient avoir besoin. Pourquoi ce thème est-il apparut dans le programme de terminale ? Tout comme on peut se demander pourquoi il est devenu nécessaire en classe de terminale de savoir utiliser un certain nombre de logiciels informatiques pour des expériences de science. Il est fort probable que les élèves qui s’orienteront vers les sciences expérimentales n’utiliseront pas les mêmes logiciels. La majorité n’en auront jamais besoin.

Ayant effectué mes études scientifiques voilà presque 30 ans, je suis sidéré par cette accumulation d’exigences. Certes les sciences ont progressé, certes les outils informatiques étaient alors balbutiants. Notre génération n’a cependant eu aucune difficulté à s’approprier les nouveaux outils et méthodes, car notre formation de base nous y préparait. La question est donc de savoir si la formation de base reçue aujourd’hui par les élèves des classes scientifiques les préparent correctement à la poursuite d’études supérieures. La réponse à la question semble être négative, d’après l’enquête internationale Timss (Trends in International Mathematics and Science Study , voir Le Monde du mercredi 30 novembre 2016). L’enquête pointe pour la France une baisse des performances en mathématiques et dans les sciences de plus mauvaise performances en comparaison aux autres pays participants à l’enquête, dans l’application des connaissances (-14 points) alors que le niveau de connaissance est quant à lui supérieur (+13 points). Les professeurs d’université interrogés par Le Monde sont atterrés par le niveau des étudiants en mathématiques, qui au lycée ont appris des recette de cuisine et ne savent plus raisonner.

Mon enfant actuellement en terminale S, option Science de la Vie et de la Terre, consacre beaucoup d’énergie aux mathématiques, car l’enseignant donne une quantité totalement déraisonnable d’exercices à effectuer chez soi. Le temps manquant en classe, ces exercices ne sont pas même corrigés en classe. L’enseignant fournit ensuite aux élèves une photocopie avec une correction succincte. En fait beaucoup de ces exercices sont semblables et l’objectif recherché par l’enseignant est de faire assimiler aux élèves quelques recettes de cuisines types et par la répétition de ces exercices, augmenter la vitesse d’exécution des élèves. Sans doute ainsi, les élèves seront bien préparés à passer leur baccalauréat. Mais on comprend mieux la remarque de ces professeurs d’université pointant l’absence de capacité des élèves à raisonner.

Serait-ce donc que cette génération est plus bête que la mienne ? Certainement pas. Il est cependant certain que les exigences se sont multipliées comme les petits pains et que face à cette accumulation, les élèves de la filière scientifique doivent travailler beaucoup plus que la mienne pour réussir, sans que cela ne leur garantissent d’acquérir cette fameuse aptitude à raisonner. La tâche est tout bonnement impossible avec l’énorme investissement demandé aux élèves pour acquérir cette diversité de connaissance. Le système scolaire s’est emballé.

Ouf, c’est la fin de notes

La fin de l’année approche. Les bulletins de notes devant être remplis avant une certaine date, la fin des notes a été décrétée pour le 06 juin.

Nous observons en conséquence une forte baisse de la pression reposant sur les élèves.

Dans certaines matières, le programme est terminé, alors qu’il reste encore trois semaines. Fallait-il pour autant que l’année scolaire fût une course contre le temps ? Il eut été plus judicieux de laisser le temps aux élèves de comprendre plutôt que de s’astreindre à vouloir à tout prix terminer le programme. Comme si « terminer le programme » devenait un objectif plus important que d’assurer par 100 % des élèves une bonne compréhension de 80% du programme. Cette volonté de terminer le programme à tout prix ne peut se comprendre que dans un système élitiste visant à assurer que les élèves les meilleurs ne prennent pas de retard.

Mon enfant  rapporté des propos d’enseignant insistant sur la nécessité de travailler jusqu’à la fin de l’année, comme si ceux-ci étaient inquiets des effets du relâchement de pression sur l’assiduité des élèves. Là où je suis surpris, c’est que certains de ce mêmes enseignants trouvent d’eux-même d’autres manières de faire travailler les élèves, comme en français où des activités de théâtre leurs sont proposées.

Ce qui prouve bien que l’on peut faire travailler les élèves et les motiver autrement qu’à coups de matraque.