Liberté pédagogique ou dictature pédagogique ?

La récente réforme du collège a mis en lumière l’attachement du corps enseignant à sa liberté pédagogique. Cette liberté pédagogique permet des initiatives qui donnent le plaisir d’apprendre aux élèves et/ou leurs donnent confiance en eux-même.

Mentionnons l’utilisation du théâtre à l’école primaire dans le cadre de l’apprentissage du français, permettant également aux élèves d’améliorer leur diction et leur expression corporelle, l’introduction d’une transversalité entre histoire/géographie et travail en français, l’utilisation du chant pour apprendre l’anglais.

D’autres, au lycée, mettent en place des séances spécifiques pour les élèves rencontrant des difficultés pour leur permettre de revenir sur des points particuliers ou de comprendre les nouvelles exigences et comment travailler.

Il arrive malheureusement que la liberté pédagogique conduise à des exigences supplémentaires pour les élèves qui ne peuvent être discutées.

Pour palier à l’absence de temps ou de moyens, un professeur de sciences demande aux élèves de collège de télécharger des logiciels pédagogiques et d’effectuer des  travaux pratiques à domicile ou encore demande à terminer le compte rendu non finalisé en classe. Cela pourrait s’envisager si les élèves n’étaient pas livrés à eux même pendant ces travaux et obtenaient tous le même niveau d’information. Merci aux parents qui peuvent aider et tant pis pour les autres élèves.

D’autres demandent d’apprendre des définitions par cœur, car pour certains, rien ne vaut le bon apprentissage par cœur comme méthode d’enseignement. Encore faudrait-il que les élèves parviennent au préalable à une compréhension globale, au moyen  de schémas ou d’une synthèse, que nous parents devons effectuer au domicile. Et encore en langue, faudrait-il que les élèves sachent utiliser à l’oral tous ces verbes irréguliers et ce vocabulaire appris par cœur dans la douleur. Mais ceux-ci, après avoir consacré toute leur d’énergie à cette apprentissage, n’ont plus de temps pour l’oral.

Que dire de cet enseignant de mathématique qui n’interroge que les meilleurs élèves et de préférence les garçons, réputés meilleurs d’après des préjugés anciens et s’énervant lorsque les élèves n’ayant pas compris demandent des explications complémentaires ? Inutile de parler des difficultés des élèves en conseils de classe pour s’entendre expliquer que les exigences sont plus élevés en première S qu’en seconde et que c’est tout à fait normal.

Pourquoi vouloir, pour le bac français d’élèves de filière scientifique, présenter une liste exagérément longue d’œuvres, leur demander non seulement de lire ces œuvres pas toujours intéressantes à leur âge, mais aussi de réaliser des travaux personnels pour établir la bibliographie, écrire un résumé … et en classe se contenter de dicter un commentaire à apprendre. Et sans doute parce que les élèves sont censés voir les méthodologies des commentaires littéraires et de dissertation en classe de seconde, estimer qu’il n’est pas nécessaire de revenir sur le sujet malgré la demande des élèves. Malheur au délégué des élèves qui a osé aborder la question, car il est maintenant dans le collimateur de l’enseignant.

Les conseils de classes ne servent malheureusement pas à aborder ce type de sujets, car ces enseignants particulièrement exigeants, tout puissant dans leurs classe pour juger nos élèves, ne supportent pas de voir les délégués de parents d’élèves ou des élèves aborder des questions d’ordre pédagogique. Ils ne rendent compte qu’à l’inspecteur d’académie qui ne les inspecte que rarement et ne doit pas être en mesure de voir réellement ce qui se passe. Il n’y a pas vraiment de contre pouvoir aux abus que nous pouvons constater. Cette liberté se transforme malheureusement certaines fois en dictature pédagogique.

Les cours privé de soutien ont de l’avenir avec l’éducation nationale, pour ceux dont les parents ont les moyens !

Faire la guerre pour un société plus juste

La politique des bombes menées par le président Hollande contre l’organisation terroriste EI ne parviendra pas à bout d’une crise de société que nous ne souhaitons pas voir. Vouloir tuer des terroristes français sur le sol Syrien et décréter un état d’urgence en France ne résoudra pas le problème que nous avons sur notre territoire : celui de jeunes qui a force de se sentir exclus se laissent happer par des groupes sectaires. En 2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, parlait de nettoyer les cités au Karcher de ses délinquants. C’était une autre époque, avant l’apparition de l’EI sur les décombres de l’Irak et la crise Syrienne. Les maux étaient déjà bien présents. La réponse sécuritaire de l’époque ne semble pas avoir porté ses fruits. Ce qui interroge aujourd’hui est de comprendre comment des individus qui sont nés et ont grandis en France ont pu développer une telle haine de la France et de sa démocratie.

Oui une guerre doit être menée, mais tout d’abord en France : contre l’échec scolaire, contre cette école qui se dit républicaine, mais qui ne sait pas faire le choix entre sélection et éducation, qui sait très bien former une élite, mais démotive, décourage, déconsidère tous ceux qui n’ont pas l’aptitude à mener des études générales. La crise financière et économique de 2008 nous a installé durablement dans une compétition féroce pour l’emploi. Cette compétition se ressent dans la multiplication des exigences qui pèse sur les jeunes dans le système scolaire. Or qui dit compétition dit perdants. Autrefois, les perdants du système scolaire pouvait se rattraper dans le monde du travail, dans des métiers nécessitant peu de formation. La mondialisation de l’économie étant passée par là, ces personnes se retrouvent hors course. Les individus les moins performants ou ceux qui n’ont pas su développer des compétences recherchées voient leur place se réduire dans notre société.

Une société fragilisant ainsi un certain nombre d’individus en fait des proies faciles pour les prédicateurs de l’islamisme radical type salafiste qui au travers de la religion édictent des règles de vie et exerce un contrôle sur la pensée, finissant par réduire l’aptitude des individus à penser par eux même. Il suffit ensuite à un prédicateur sectaire à visées djihadiste de passer ensuite pour promettre gloire et honneur pour que ces individus se transforment en machines à tuer leurs semblables.

Les priorités de l’école doivent être changées. La formation d’une élite ne doit plus être sa raison d’être. Les discours sur l’économie de la connaissance et de l’innovation, ne peuvent s’appliquer à l’ensemble des élèves. La première des priorités de l’école devrait être de se réformer pour que chacun, en fonction de ses aptitudes, puisse trouver une voie lui assurant un avenir et un vrai métier. Cela ne peut que passer par une revalorisation des voies professionnelles et une réduction de la valorisation des filières générales, en établissant des quotas de places dans certaines études supérieures pour ceux qui ont suivi des études techniques ou professionalisantes. La seconde priorité est d’éduquer les citoyens de demain. L’histoire devrait être étudiée de manière à comprendre le passé en vue d’acquérir des clés de compréhension du présent. Cherche-t-on suffisamment à comprendre comment au cours de l’histoire, les religions ont été utilisées pour contrôler les pensées et les comportements, à des fin  totalitaristes, de guerre et de pouvoir ? Une affirmation forte de la laïcité devrait être de replacer la religion dans la sphère privée et individuelle en démontrant exemples historiques à l’appui, le danger de confier le contrôle de sa conscience à un groupe religieux. Puisque un certain nombre de pratiquants de diverses religions ont du mal à placer les textes religieux dans un contexte historique et social d’une époque révolue, alors donnons à l’école la responsabilité d’enseigner l’histoire des religions (pas les textes, les faits), afin que nos jeunes apprennent à faire la différence entre les actes des hommes, souvent motivés par des considérations non religieuses (pouvoir absolu, domination, richesse) et la quête spirituelle que l’on trouve dans toutes religions. L’école laïque doit se positionner !

Avec 60% d’une classe d’âge dans l’enseignement supérieur, que veut le président Hollande ?

L’idée d’un basculement de la France vers une « société de la connaissance » comme facteur d’adaptation de notre économie à la compétition mondiale se diffuse dans la classe politique. En témoigne l’objectif affiché par le président Hollande de voir arriver à 60 % d’une classe d’âge dans l’enseignement supérieur  (lire l’article paru dans Le Monde du 17/09/2015,  « 60 % d’une classe d’âge, l’ambitieux objectif pour l’enseignement supérieur de Hollande ») et la satisfaction de son secrétaire d’état de voir l’université accueillir en cette rentrée 2015 65 000 étudiants en plus (lire l’article paru dans Le Monde du 24/09/2015 « Sur le marché de l’emploi, le diplôme protège un peu moins qu’avant »).

Les études supérieures protègent mieux du chômage qu’un bas niveau de qualification, la création d’emploi de cadre aurait été très forte entre 2004 et 2010. D’après l’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, Bertrand Martinot (cité dans le Monde du 24/09/2015), « les systèmes économiques s’adaptent aux qualifications des personnes. Si la France dispose de beaucoup de matière grise, elle développera des activités économiques de haut niveau : centres de recherches, technologies de pointe, finances, sièges sociaux… ».

Si toutes ces affirmations comportent une part de vérité, on peut tout de même s’inquiéter du sort de ces 65 000 nouveau étudiants et de leurs conditions d’accueils à moyens constants dans les universités. Leurs conditions d’études ne permettront pas un grand nombre d’entre eux de réussir leurs études supérieures, d’autant plus beaucoup ne possède pas la maturité nécessaire à l’issue du lycée pour savoir travailler par eux même. Beaucoup redoubleront plusieurs fois, essayeront plusieurs filière universitaires différentes, vivoteront de petits boulots et finiront peut-être tant bien que mal avec un diplôme qui ne pourront pas valoriser sur le marché du travail. Mais les économistes ont raison! Le système pédagogique permettra toujours de pourvoir aux besoins des entreprises en titulaires  de bac +5 et autres ingénieurs. Cela se fait déjà au prix d’un gâchis humain immense (lire Le Monde du 21/09/2015 « En première année de médecine, « c’est la fosse aux lions » ») et d’un coût important pour la collectivité.

Si la présence d’une matière grise importante est indéniablement un atout pour attirer des entreprises ou susciter la création d’entreprises, il ne s’agit pas de l’unique facteur. Dans une économie mondialisée, le coût de cette main d’œuvre qualifiée devient un facteur non négligeable. Les centres de recherche des grandes entreprise peuvent aussi fermer en France et aller là où la main d’œuvre est meilleure marché. Elles possèdent une telle puissance financière qu’elles peuvent absorber n’importe quelle start up se construisant sur une innovation prometteuse, tout s’achète.

Croire qu’après la crise financière de 2008, la France peut encore devenir un centre mondial de la finance relève du fantasme. Les restructuration touchent également les banques qui ont dues revoir pour certaines leur modèle économique. Il faudrait que la France devienne un paradis fiscal pour permettre de redévelopper l’industrie financière (prenons exemple sur la City de Londres, premier paradis fiscal, champion des dépôts offshore, puissante de ses centres de transit, ses trusts dont on ne connaît pas les bénéficiaires …).

Le développement de technologies de pointe ne nécessite pas que des ingénieurs mais aussi de techniciens  bien formés et expérimentés. Or la promotion d’un système éducatif qui donne la meilleur part à des formations généralistes conduit à une sur représentation dans les entreprises de cadres  dont la fonction n’est pas opérationnelle ou technique, mais managériale. On se retrouve avec des populations de cadres qui n’ont plus de prises avec la réalité de la technique, sans  aucun sens pratique, qui n’ont jamais mis les mains à la pâte ou  le cambouis, mais  doués pour la synthèse et la communication. Les personnes qui progressent dans la hiérarchie de l’entreprise en partant de la base et grâce à la reconnaissance de leurs mérites à chaque étape de leur carrière deviennent des exceptions, face à cet afflux de cadres sortant des meilleurs écoles et pouvant disposer pour certains d’entre eux de très efficaces réseaux d’anciens élèves pour préempter les meilleurs postes. De plus, en organisant dans le système éducatif supérieur une féroce compétition, en augmentant ainsi les effectifs, il n’est pas du tout avéré que l’on parvienne à détecter les plus créatifs et inventeurs, ceux qui sont capables de faire prendre à leurs esprits des chemin détournés et non conventionnels. Notre système est surtout très bon pour sélectionner les individus aptes à absorber une énorme masse de travail, doués d’esprit de synthèse et apte à appliquer les méthodes de travail qu’ils ont appris, mais pas à innover dans les domaines techniques. A titre d’exemple, la France ne brille pas particulièrement en informatique, malgré ses nombreuses écoles d’informatique. Les développeurs informatiques sont trop souvent considérés vulgairement comme des « pisseurs de code », ce qui ne contribue pas à valoriser l’expertise technique, contrairement aux États Unis où se trouvent les plus grandes réussites.

La société de la connaissance rêvée par le président Hollande et d’autres nous engage dans une belle compétition entre diplômés pour parvenir à préempter les postes intéressants et risque de générer pas mal de rebuts. Cette compétition commence de plus en plus tôt. Au lycée, il faut parvenir à intégrer les bonnes filières (la voie royale reste toujours la S). Les jeunes d’origine plus modeste parvenant à les intégrer peuvent être rapidement désemparés, à moins d’être des élèves vraiment exceptionnels, face à aux exigences des professeurs soudainement beaucoup plus élevées, de même que leurs parents qui se trouvent dans l’incapacité de les aider ou de leur payer des cours particuliers. Beaucoup finiront tout de même le bac en poche, puisque tel est l’objectif gouvernemental. L’actuel afflux record dans les études supérieurs et l’encombrement des universités s’explique par le manque d’anticipation des gouvernants face à des taux de réussite au bac plus élevés et l’arrivée de la génération babyboom de l’an 2000. Il s’en suit une compétition encore plus vive, d’abord pour pouvoir intégrer une filière, puis ensuite pour réussir. Diplôme en poche, le chemin de croix ne se terminera pas pour le jeune diplômé ne pouvant pas bénéficier du réseau de relations d’une école prestigieuse ou de papa/maman et devra courir après les vrais faux stages pas vraiment rémunérés mais permettant d’acquérir cette première expérience sans laquelle une embauche pour un premier poste devient difficile.

Toutes ces personnes qui nous gouvernent sont issues pour la majeure partie d’entre elles d’une filière sélective à très sélective (ex HEC + ENA pour notre président), ce qui explique qu’ils croient tous au mérite et à l’excellence. Mais ils oublient un peu rapidement les individus qui perdent la compétition, se retrouvant ensuite désabusées, déçues, découragées et dans le pire des cas en situation d’échec. Telle est donc le projet de société d’un président socialiste ? Une société de la compétition permettant à une élite d’aboutir à l’excellence ? Une excellence où la créativité et l’imagination n’ont plus leur place, car les heureux élus, en s’abrutissant de travail au cours de leurs études ont fini par stériliser cette forme d’intelligence, si seulement ils la possédaient à l’origine.

Des pays comme l’Allemagne réussissent mieux que la France grâce à des formations techniques de qualité et bien mieux valorisées qu’en France qui apportent à leurs PME des compétences de pointe. Il serait plus judicieux d’orienter dés la fin du collège plus d’élèves vers de telles formations techniques de qualité, de mettre en place des formations techniques supérieures desquelles ils n’y seraient pas chassés comme c’est le cas dans nos IUT et BTS par élèves venant des bacs généraux. 60 % d’une classe d’âge avec un diplôme de l’enseignement supérieur est une aberration, si l’expertise technique et l’enseignement technique ne sont pas valorisés en parallèle.

Un exemple déplorable de découverte des sciences

La découverte des sciences aux cours des séances de travaux pratiques permet aux élèves des  sections scientifiques de s’initier à la démarche expérimentale et par la même d’acquérir une nouvelle forme de raisonnement. Des séances bien préparé et un enseignant guidant et encourageant les élèves sont pour cela nécessaire. Cela n’a pas été le cas pour la première séance de travaux pratique de la nouvelle classe de première scientifique de mon enfant.

L’enseignant de sciences physique a fourni aux élèves un sujet d’optique sous la forme d’une photocopie de qualité médiocre avec un petit schéma du montage expérimental. Les élèves devaient ensuite réaliser les travaux, sans avoir de droit de solliciter l’enseignant pour des explications en cas d’incompréhension , alors que ceux-ci n’avaient pas encore suivi le cours et donc étaient des novices dans cette discipline. La réponse à toute question était censée se trouver dans l’énoncé. Les élèves devaient alors relire plusieurs fois celui-ci jusqu’à trouver la réponse cherchée. Encore eut-il fallu que l’énoncé ne comporte pas d’erreur, ce qui était le cas avec une définition erronée de la « focale ».

Découvrir une nouvelle discipline au travers d’expériences sans avoir reçu les cours peut avoir un intérêt pour initier les jeunes à la démarche expérimentale à partir du moment où ceux-ci disposent d’un support de qualité les guidant dans leurs démarches, ce qui n’était pas le cas, et d’un enseignant jouant son rôle en guidant les élèves, non pas en restant assis derrière son bureau. Si ces conditions ne sont pas remplies, des élèves 16 ans qui sont encore novices en sciences, seront nécessairement perdus et feront face au découragement. Ils ne prendront alors pas goût à la discipline qu’ils étaient censés découvrir.

A ne pas en douter, certains auront su rechercher l’information dans leur livre à défaut des explications du professeur et auront su mener à bout leurs travaux pratiques. L’objectif serait-il donc de distinguer cette minorité et de la sélectionner ? Le reste de la classe serait alors sans intérêt ?

7500 bacheliers sans place pour la rentrée, une réussite d’APB

« Des milliers de bacheliers toujours sans université » (Le Monde du vendredi 14 août 2015). Mais pas d’inquiétude, le ministère rappelle qu’après les 3 tours du système informatique d’affectation Admission Post Bac (APB), un quatrième tour est prévu, pour que chacun puisse trouver une place dans son académie d’ici le 15 septembre.

7500 bacheliers qui n’ont toujours pas de place représentent tout de même un sérieux problème. La véritable finalité d’APB est révélée par cet échec. Il s’agit plus de remplir les diverses formations supérieures pour qu’elles justifient de leur existence que d’assurer à tous ces bacheliers un avenir. On peut d’ailleurs parier que ces 7500 bacheliers se retrouveront dans des formations qu’ils n’ont pas choisies et qu’une proportion importante d’entre eux tenteront l’année suivante une autre formation et sortiront du système sans diplôme. Mais, ce fait comme la quantité importante de bacheliers qui commencent des études supérieures à l’université sans aboutir à un diplôme leurs permettant de travailler, ne doivent pas intéresser le ministère de l’éducation nationale, puisque la solution à ce problème serait d’augmenter les moyens des université.

Augmenter les moyens  juste pour que les universités puissent absorber plus de bacheliers dans les premières années n’a aucun sens, si ceux-ci sont voués à l’échec après plusieurs redoublements. Ils auront beau avoir passés plusieurs années à l’université, ils ne vivront que de petits boulots type serveur chez Mc-Do. Il est inutile de former tant de jeunes dans les filières générales pour les envoyer ainsi à l’échec. Mais il y a une sorte de tropisme pour les études intellectuelles jugées plus nobles qui détourne beaucoup de jeunes de formations professionnelles  plus techniques où beaucoup aurait plus de chances de réussite et de bonne insertion sur le marché du travail.

Le système de formation de la Suisse ne conduit pas tant de jeunes vers l’université et la plupart n’hésitent pas à se diriger vers les formations professionnelles et les apprentissages leur donnant un haut degré de qualification dans leurs métiers respectifs, quitte à rejoindre les filières générales par la suite, car des passerelles existent. Ce système a fait ses preuves et fait de la Suisse un des pays les plus compétitifs du monde, malgré le coût de sa main d’œuvre et de sa devise.

Mais, bon, chez nous, c’est juste politiquement gênant d’avoir 7500 bacheliers qui ne savent pas quoi faire à la rentrée. Leur avenir sur le marché du travail nous intéressera plus tard. Cela révèle le haut degré de cynisme de notre ministère de l’éducation.

Un mois de scolarité perdu pour organiser le bac

Fin des cours pour les élèves de seconde, le lundi 08 juin. Pour d’autres encore, cette fin anticipée est survenue le 05 juin, soit une mois avant le début des vacances scolaires.

Cette fin anticipée est officiellement justifiée par l’organisation du baccalauréat. Elle survient bien plus tôt que pour ma génération ayant passé le bac, il y a une trentaine d’années. Ce rituel de fin des études secondaires occupe donc une place de plus en plus envahissante, alors même qu’elle n’a aucune utilité pour l’orientation des futurs bacheliers, puisque celle-ci est déterminée sur la base des résultats scolaires antérieurs au bac dans le système informatisé Admission Post Bac (APB), pour la plupart des élèves. La ministre de l’éducation a beau vouloir relancer le dispositif des « bacheliers méritants » afin de permettre à des élèves n’ayant pas pu entrer dans une filière sélective en premier choix, d’avoir une seconde chance en cas de belle réussite aux bac, le dispositif ne concerne qu’une minorité d’élèves : 219 sur 624 700 en 2014.

Ce premier grade universitaire qui ouvre l’accès aux études supérieures pourrait être organisé dans un format réduit puisque l’orientation est déterminée avant le bac. Alors que seuls 29 % des français sont encore attachés à l’organisation du bac dans son format actuel (sondage   BVA-Orange-I-Télé publié samedi 20 juin 2015), que 72% estiment qu’il est plus facile aujourd’hui d’avoir le bac, et que même l’ancien ministre de l’éducation national François Fillon, pourtant dans l’opposition, propose le 11 juin de remanier le bac en 4 épreuves, on ne comprend pas la réticence du gouvernement à engager une réforme du bac, puisque le contexte parait aussi favorable. Un tel attachement à cet examen en tant que rite républicain devrait avoir vécu, à moins que l’attachement ne soit pas lié au bac en tant que tel, mais au système des concours d’entrée dans les filières sélectives et ensuite dans la fonction publique et la haute administration.

A ce mois perdu par les lycéens, s’ajoute un intense travail de bachotage pour la préparation de l’examen, qui favorise les élèves ayant une forte capacité à ingurgiter des connaissances. L’existence même du bac instaure un esprit de compétition entre les élèves, au détriment de l’acquisition capitale pour notre société et notre économie de compétences en travail collaboratif.

Tant qu’une réforme du bac n’est pas engagée, l’évaluation continuera à avoir une place prédominante dans notre système de formation, au détriment de l’apprentissage de l’utilisation des connaissances, de la recherche d’informations, de la créativité, du travail en groupe et de l’interdisciplinarité.

Réforme du collège : pas d’inquiétude, la sélection continuera !

Les débats sur l’actuelle réforme du collège dont le décret et l’arrêté ont été publiés au Journal Officiel ce mercredi 20 mai ont au moins eu le mérite de faire apparaître clairement que le collège dans sa forme actuelle est inégalitaire, creuse l’écart entre les élèves, n’est bon qu’à faire émerger une élite, mais échoue à donner un avenir aux 150 000 jeunes qui sortent chaque année sans qualification du système scolaire. Voilà enfin une réforme qui va limiter les possibilités données aux parents, au travers des classes européennes, les classes bilangues anglais/allemand dès la classe de 6ième, des options telles que le latin et le grec, d’orienter leurs enfants dans les classes élites du collège, où l’on cultivera un précieux entre-soi. Il existe hélas bien un risque de désaffection des élèves pour la pratique de l’allemand, bien dommageable pour les jeunes, vu l’importance économique de ce partenaire économique qu’est l’Allemagne. Est avant tout en cause l’obligation pour les élèves de poursuivre l’anglais qu’ils ont commencé à l’école primaire, alors que l’école ne leur donnaient pas la possibilité d’opter pour l’allemand et l’impossibilité  de choisir cette langue comme première langue vivante en classe de 6ième, sans l’obligation de pratiquer en même temps l’anglais.

Cette réforme affirme la nécessité de l’acquisition d’un socle commun de compétences pour tous à la fin du collège et intègre encore mieux la nécessité pour les élèves d’acquérir une attitude réflexive, apprendre à résoudre des problèmes complexes faisant appel à diverses disciplines, nécessitant de leur part d’apprendre à travailler en groupe, à s’organiser et faire preuve de créativité. Les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) doivent permettre aux élèves d’acquérir ces nouvelles compétences. Chaque collège, au travers du surcroît d’autonomie acquis avec la réforme, devrait pouvoir construire des projets en fonction des spécificités locales.

Mais alors, d’où provient ce frein au changement exprimé par les  défenseurs des « humanités », académiciens, intellectuels, autres anciens élèves des grandes écoles,  agrégés et enseignants  ? Quand on entend des jeunes faire valoir que les humanités leurs ont été utiles pour faire la différence avec les autres candidats aux concours et parvenir à être sélectionnés dans les grandes écoles, on comprend bien que le principal objectif de ces enseignements n’est pas d’élever l’esprit, mais de permettre à une minorité de se distinguer dans la compétition pour la bonne place. Si le niveau général augmente, comment faire la différence dans un système élitiste ? Les enseignants qui ne pourront plus continuer à s’occuper de classes élites ont quant à eux une blessure narcissique à soigner. Il doit être moins valorisant de s’occuper d’élèves ordinaires. Ceux qui expriment des réticences face à l’autonomie accrue des établissements en craignant qu’un pouvoir supplémentaire soit donné au chef d’établissement sont sans doute des enseignants habitués à une transmission verticale du savoir qui n’ont pas l’habitude de travailler en groupe.

Les débats télévisés enflammés entrevus donnait la part belle aux syndicats d’enseignants, spécialistes de l’éducation et académiciens, mais avait tendance à oublier un peu les représentants des parents d’élèves et ceux du monde économique. C’est oublier que l’éducation de nos enfants ne doit pas seulement tendre à former une élite, mais aussi fournir la main d’œuvre qualifiée qui ira irriguer nos entreprises. De ce fait, il n’est pas illégitime que ceux-ci puissent donner leur avis sur les formations  pour que nos jeunes aient collectivement un avenir qui ne soit pas que réservé à une élite.

Si cette réforme va dans le bon sens, beaucoup reste à faire.  Les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, séduisants en théorie, n’auront de fruits que si les enseignants sont correctement formés, entre autre,  à apprendre aux élèves à travailler ensemble. Les inégalités ne seront pas gommées d’un coup de baguette magique. Encore faudrait-il revoir la place des évaluations, arrêter avec cette pédagogie de la terreur consistant à faire apprendre à coup d’évaluations et stopper cette inflation du travail personnel au cours de la scolarité. La plus grande source d’inégalité entre les élèves provient de la capacité des parents à les suivre et leurs donner des méthodes de travail. Il faudra également revaloriser les filières techniques, les voies professionnelles, l’apprentissage, en ayant soin d’aménager des passerelles avec l’enseignement général à tout niveau, jusqu’aux grandes écoles, afin de garantir un brassage humain et des idées.

Vive le pont de l’ascension : une superbe réforme des rythmes scolaires

Alors que le ministère de l’éducation nationale modifie le calendrier scolaire pour l’année 2015 – 2016 en accordant le pont de l’ascension, pour faire plaisir aux parents et professeurs adeptes des WE prolongés et des bouchons, les élèves risquent de voir leur charge de travail augmenter pendant ces fameux WE du mois de mai. Mon lycéen favoris a ainsi passé une bonne partie du jeudi de l’ascension à travailler, plutôt que de profiter de ce jour férié pour se reposer comme le font leurs parents et professeurs. Les collègues se retrouvant après un WE prolongé s’échangent les nouvelles mutuelles sur les bons moment passés. Mon enfant, lui me dit le vendredi soir qu’il en a marre, car il a encore plein de devoirs pour le WE, malgré un jeudi férié pas si férié.

Avec un jour supplémentaire, la charge de travail risque fort d’augmenter, avec quelques devoirs maisons complémentaires. On creusera une fois de plus l’écart entre les élèves désireux de bien faire et ayant suffisamment de conscience de l’intérêt de réussir, et la grande majorité qui préféra se reposer comme les adultes.

Cette journée supplémentaire ne viendra donc pas pallier à l’allongement du dernier trimestre pour cause de vacances de printemps plus précoces, en vue de faire plaisir à l’industrie des sports d’hiver. Avec un début des vacances de printemps au 2 avril 2016, le dernier trimestre durera 11 semaines pour la zone B, la plus malchanceuse l’année prochaine.

Pour compenser cette journée supplémentaire de congé, les têtes pensantes du ministère ont également eu la fameuse idée d’allonger l’année scolaire jusqu’au mardi 5 juillet 2016. On peut parier d’avance que les classes de primaires ne seront pas très remplies sur les deux dernières journées, contenu du fait de la forte démobilisation sur la dernière semaine de l’année scolaire (celle-ci s’étalera ensuite sur 1,5 semaine). Les collèges et lycées seront de toute façon fermés deux semaines avant au moins, pour cause de brevet des collèges et de baccalauréat.

En voilà une belle réforme des rythmes scolaires dans l’intérêt de nos enfants ! Ils arriveront épuisés et démotivés à la fin de l’année.

Classement par valeur ajoutée des lycées : une plaisanterie

A l’origine de la mise en place des classements annuels des lycées par valeur ajoutée (voir Commentaires sur la valeur ajoutée des établissements), on pouvait espérer que ces classements mettraient en valeur les établissements qui mettent en œuvre une politique pédagogique susceptible d’amener tous les jeunes dont elles ont la charge à la réussite.

J’ai dû réviser mon jugement lorsqu’avec surprise, j’ai constaté que l’établissement d’enseignement général du secteur, fréquenté par mon enfant lycéen, est  bien classé selon les critères « taux de réussite », « valeur ajoutée relatif aux taux de bacheliers parmi les sortants ». La simple lecture des résultats ne laissent pas entrevoir qu’il s’agit d’un établissement sélectif. La sélection commence lors de l’orientation en fin de troisième lorsque les élèves ne répondant pas aux exigences de cet établissement et voulant s’orienter vers l’enseignement général sont envoyés vers un autre lycée d’enseignement général de la ville voisine. Elle se poursuit par la constitution de classes qui auront de meilleurs professeurs. Avoir simplement de bons résultats au collège ne suffit pas. Pour pouvoir cultiver un entre-soi avec des élèves plus motivés, il faut avoir choisi l’option allemand + classe européenne, ou avoir choisi l’option musique ou encore latin.

On continue par l’organisation d’un concours de mathématique qui ne dit pas son nom, au mois d’avril, entre toutes les classes de secondes.  L’objectif non avoué est d’utiliser cet « examen » pour constituer les classes de première scientifique pour la rentrée prochaine.

Comme la seconde est une seconde de détermination, on en profite pour réorienter un certain nombre d’élèves qui se sont égarés dans cet établissement en fin d’année, en témoigne un nombre plus faible d’élèves de première que de seconde.

Toutes ces astuces permettent à l’établissement d’être considéré comme un des meilleurs des environs et donc recherché par la plupart des parents pour leurs enfants. Quant on regarde le classement des établissements sélectifs et réputés de Paris, on constate des taux de réussite de 100% ou en approchant et des valeurs ajoutées sur le taux de bacheliers qui peuvent dépasser les 20%. Concernant les établissements d’enseignement général, on peut donc douter que la lecture des classements selon la valeur ajoutée puisse permettre aux parents de distinguer l’établissement où leurs enfants pourront suivre leurs chemins sans stress et sans l’obligation permanente de se surpasser pour réussir. Ces classements ne font qu’entretenir une forme de concurrence entre établissements, mais pas sur le critère qui nous intéresse.

 

Méthode et Pratique Scientifique en seconde, une occasion ratée

Dans le cadre de la seconde de détermination, les élèves doivent choisir un enseignement d’exploration qui peut être de la musique, de la littérature, une langue vivante, de l’initiation à l’informatique, méthode et pratique scientifique … Il s’agit d’options qui doivent permettre à l’élève d’élargir son champ  et l’aider à se déterminer sur son propre avenir.

Concernant l’option Méthode et Pratique Scientifique choisie par mon jeune lycéen, les sujets abordés cette année ne manquaient pas d’intérêt, ni la démarche préparée par les enseignants en charge de l’option. Les séances sont constituées de travaux d’exploration qui doivent être effectués en groupe, ce qui devrait être une excellente occasion d’apprendre à travailler en équipe. Encore faut-il que les enseignants s’investissent, passent de groupe en groupe, jouent le rôle de coach, donnent des conseils et régulent les relations entre élèves. Des enseignants passant la totalité de la séance à leurs bureaux à pianoter sur leurs ordinateurs, voir pire, disparaissant de la circulation pendant une heure ne risquent pas de faire progresser les élèves dans le travail collaboratif. Ceux-ci avaient des séances préparées sur photocopie et devaient ensuite se débrouiller eux-même tout en pouvant solliciter l’enseignant pour des problèmes de compréhension. Malheureusement, dans de telles conditions, certains élèves passent leur temps à ne rien faire, d’autres ne s’intéressent qu’à la réalisation des manipulations et toujours les mêmes se voient dans l’obligation de chercher des informations et de rédiger le compte rendu. Dans les apparences tout fonctionne à merveille, car sous la contrainte d’une note pour le groupe pour chaque séance, les élèves travaillent tout de même. Mais quelle occasion manquée d’apprendre à travailler ensemble et créer une synergie de groupe. Quelques élèves en tirent toujours un bénéfice : apprentissage de la recherche d’information, esprit de synthèse, mais la démarche reste individualiste.

D’autres élèves doivent être certainement bien mieux lotis. Cependant, parvenir à faire travailler des élèves ensemble, leur donner une démarche pour qu’ils construisent eux-même leur propre savoir nécessite une formation que les enseignants ne reçoivent pas. Il n’est pas même certain qu’il s’agisse vraiment d’objectifs à atteindre pour les élèves au travers de ces enseignements, puisque ceux-ci s’arrêtent à la mi avril.