Vive la concertation, déluge d’évaluations en début de terminale

Un sujet récurrent est celui de l’organisation du temps de travail personnel des élèves. Quatre semaines après la rentrée en classe de terminal S, le rythme de croisière est pris dans toutes les disciplines. L’avancement est tel que les évaluations sont organisées par chaque enseignant dans sa propre matière, ce à quoi, il n’y a rien à redire. Sauf que celles-ci arrivant toutes en même temps, la charge de travail sur le week-end est devenue trop importante. L’équivalent de 16 heures de travail ont été nécessaires sur les samedi et dimanche, ce qui constitue en soit une négation du droit au repos et à la déconnexion, dont, nous adultes insérés dans le monde professionnel avons le droit.

Certes, les apprentissages nécessitent un investissement personnel impliquant de consacrer du temps le WE. Mais demander à un jeune de 17/18 ans de consacrer autant d’énergie et de temps revient à lui demander de sacrifier sa jeunesse pour mériter d’avoir demain un travail. Aux yeux de certains, ce fort investissement est certainement justifié par la filière, terminale scientifique, considérée hélas comme voie royale vers les classes préparatoires puis les écoles les plus prestigieuses. C’est une forme de chantage qui conduit à fabriquer une génération de stressés, alors que tous les élèves ne souhaitent pas forcement une orientation vers les filières de prestige. S veut dire Scientifique et non Sélection.

Il serait souhaitable qu’une concertation s’établissent entre enseignants pour mieux répartir dans le temps les évaluations et respecter le droit au repos des élèves (est-ce un droit ?).

Souhaitons qu’après ce passage difficile, les évaluations des différentes disciplines se répartirons d’elles-même dans le temps. Rien de totalement certains, puisque des vacances de Noël fort occupées ont été promises aux élèves, avant le bac blanc de début janvier 2017.

L’arbitraire de la notation au bac – suite de « L’oral de TPE, un jeu de massacre »

Avec l’été et les résultats du bac de français est également arrivé la note des Travaux Pratiques Encadrés (TPE), médiocre comme on pouvait le craindre (voir l’article « L’oral de TPE, un jeu de massacre« ), malgré un travail original, considérable et de qualité, mais qui n’avait pas intéressé les examinateurs. Le seul à poser des questions avait interrogé les élèves sur des notions de cours qui ne se voient qu’en classe de terminale.

La démarche entreprise par notre enfant vis à vis d’un des professeurs qui avait encadré les séances de TPE, dans l’espoir d’un arbitrage, a été sans effets. Aucun enseignant ne s’est posé la question de savoir comment un élève qui a par ailleurs d’excellents résultats dans toutes les matières pouvait en arriver à un tel résultat médiocre, sans doute parce que un jury est considéré comme souverain et tout puissant. Ainsi donc un examinateur mal luné a le pouvoir, à partir de sa tour d’ivoire, de démolir les élèves. Maintenant que la note a été officialisée et rendue publique, il n’est plus possible de faire valoir son bon droit.

Si l’objectif de ces TPE était de faire découvrir la démarche expérimentale et de susciter des vocations scientifiques, c’est raté. En démolissant le travail de plusieurs mois des élèves, on leurs fait croire qu’ils n’en sont pas capables et on les décourage.

Le principe de ces Travaux Pratiques Encadrés est pourtant bon, puisque il vise à conduire les élèves à travailler en groupe dans une démarche projet, à mettre en place une démarche expérimentale … Ce qui est mauvais, c’est de conclure ce travail par une épreuve de baccalauréat , devant un jury qui fait de l’abattage.

 

 

Une accusation sans preuves

Quelques enseignants classent leurs élèves, mauvais, médiocre, moyen, bon excellent. Pour peu qu’une évaluation soit réussite par un élève plutôt moyen fuse alors l’accusation de tricherie. L’évaluation en question n’était complexe et faisait appel plus à des connaissances qu’à du raisonnement. L’élève en question avait beaucoup travaillé et connaissait sa leçon. Les ingrédients de la réussite étaient donc réunis. Mais l’élève fut accusé de tricherie, car son résultat n’était pas en adéquation avec la perception de l’enseignant de son élève. N’ayant pu constater la triche et n’ayant pas de preuve, l’enseignant décida de ne pas compter l’évaluation, malgré les protestations de l’élève.

Deux semaines plus tard, sans préavis, l’élève en question dût à nouveau passer l’évaluation et le réussit une seconde fois. L’affaire aurait pu s’arrêter à ce point, car la preuve de la bonne foi de l’élève paraissait être apportée. Hélas non, l’enseignant jugea nécessaire d’accuser une nouvelle fois l’élève en conseil de classe. Précisons que l’ensemble des autres enseignants avait l’élève en estime, car bien qu’étant moyen, celui-ci a fourni de gros effort toute l’année, dans toutes les matières pour réussir. Ces efforts avaient déjà été gratifiés de félicitations lors de précédents conseils de classe.

Personne ne fut dupe, cependant ce fait divers souligne une distorsion dans les rapports entre professeurs et élèves et montre la difficulté pour un élève de faire valoir sa bonne foi dans une accusation où aucune preuve n’existe.

La présomption d’innocence ne semble pas un principe de notre démocratie partagé par tous.

Jours fériés, le repos n’est pas pour tous

Quel paradoxe que de constater que les français aspirent de plus en plus à profiter des week-ends de l’ascension et de la pentecôte et dans le même temps observer combien nos enfants sont surchargés de travail par les enseignants du collège et du lycée, pour ces fameux week-ends. Le droit au repos ne vaut que pour les adultes, et ne concernerait pas collégiens et lycéens.

Pourquoi fermer les établissements scolaires le vendredi de l’ascension qui n’est pas un jour férié, alors que nous parents devons travailler, si c’est pour sous-traiter à la maison le travail qui ne peut être effectué dans l’intervalle à l’école ? La fin de l’année approche, c’est bientôt l’arrêt des notes, la quantité de notes dans chaque matière n’est pas pas suffisante pour pouvoir établir un bulletin scolaire ? Alors vite, vite, donnons un travail noté à effectuer à la maison, un paquet de révisions pour quelques évaluations qui tomberont toutes la semaine après la pentecôte, surtout ne nous concertons pas avec nos collègues. Ainsi, nous aurons atteint nos objectifs en fin d’année : avoir bouclé le programme et avoir trié les élèves du meilleur au plus mauvais.

Et pendant ce temps là, pendant que nos élèves travaillent, profitons du soleil, partons en masse en week-ends. Il y a là une forme indécence.

Une fausse note dans la réforme des collèges : les classes bilangues

Voilà un an, je défendais sur ce blog la réforme des collèges qui devait rendre le collège moins élitiste grâce à la suppression des classes bilangues, permettre aux élèves de faire appels à diverses compétences et disciplines dans le cadre des travaux interdisciplinaires et pratiques (voir Réforme du collège : pas d’inquiétude, la sélection continuera !), tout en affirmant que cette réforme ne mettait pas fin à la pédagogie de la terreur de la note comme méthode d’apprentissage. Je rappelais que face à une masse de devoir croissante, l’aptitude des parents à apporter une aide était primordiale et constituait la principale source d’inégalités.

Cette réforme introduira de gros changements dans les manières de travailler des enseignants et l’organisation du collège. Nous verrons à la rentrée scolaire 2016-2017 ce qu’il en sera.

Mais dores et déjà, les classes bilangues anglais/allemand, anglais/espagnol …  ne disparaissent pas pour les classes de 6ième. Après la fronde des professeurs de langue, la ministre de l’éducation nationale a effectué une marche arrière, mais en instaurant une condition. Pour pouvoir maintenir de telles classes ouvertes, il faut que les élèves venant de l’école primaire aient pratiqué en première langue de l’allemand, de l’espagnol ou une autre langue. Dans ce cas, seulement, il est possible de proposer une classe bilangue à ces élèves. On peut féliciter la ministre de l’éducation nationale pour son sens de l’équité. Ainsi, si pour des raisons familiales, vous auriez souhaité que votre enfant puisse à l’école primaire apprendre une autre langue que l’anglais et que l’école ne le proposait pas, il ne peut en théorie intégrer cette fameuse classe bilangue. Mais comme certaines de ces classes ne feront pas le plein d’effectif, vous pourrez peut-être faire acte de candidature au moyen d’une lettre de motivation, pour faire inscrire votre enfant dans cette classe. On peut douter que beaucoup de parents qui feront acte de candidature le fasse pour des raisons familiales et culturelles (surtout dans le cas de l’allemand), mais surtout pour donner les meilleurs chances à leur enfant de se trouver dans une bonne classe.

Si ce biais peut-être à peu près évité dans certains collèges grâce à la constitution de classes mélangées, il faut savoir que ces élèves auront la possibilité de se retrouver plus tard regroupés au lycée en classe de seconde. C’est en tout cas ainsi que cela se pratique dans le lycée de notre secteur. Ainsi la ministre de l’éducation nationale a accepté de maintenir un moyen permettant aux parents les plus avertis d’orienter leurs enfants dans la voie la plus élitiste à terme et donc leurs donner de meilleures chances de réussite qu’aux autres.

Voilà un fameux raté pour une refondation de l’école voulue par le président de la république.

L’oral des TPE, un jeu de massacre

L’oral des travaux pratiques encadrés (TPE) qui ont tant mobilisé les élèves de première de septembre à mars, est enfin passé. Ces travaux ont représenté une masse de travail considérable (voir l’article « TPE : travaux pénibles encadrés ou pas« ). Avec un travail de qualité, original, ayant investigué différents aspects, mis en place une véritable démarche expérimentale, une présentation orale prévue comme une interview et bien préparée, tous les atouts étaient réunis pour réussir la présentation orale.

Sauf que, le sujet n’intéressait pas un des examinateurs. Pendant la présentation, il a exprimé son désintérêt en adoptant des attitudes manifestant son profond ennui. Il est vrai qu’il avait déjà subit une matinée complète de présentations. Cet oral intervenait après la pause déjeuné, au moment de la sieste digestive. Ces circonstances atténuantes ne justifient cependant pas une telle attitude irrespectueuse vis à vis des élèves et de leur travail.

Lorsque ce fut le tour des examinateurs de poser des questions, celui ayant manifesté son ennui s’est déchaîné sur des questions de cours. Cours que les élèves n’avaient pas encore eu et qu’apparemment, ils étaient censés avoir découverts tous seuls pour devenir des experts. Avant l’épreuve de l’oral et après relecture d’une version de travail de leur rapport, un de leur professeur leurs avait demandé de retirer tous les aspects qui justement faisaient trop cours, afin que soit surtout mis en évidence le travail expérimental. Et voilà que les question de l’oral du TPE ne portent que sur des aspects de cours. Ce qui nous conduit à la question suivante : la liberté pédagogique des examinateurs leur permet-elle d’interroger les élèves sur n’importe quoi, alors que le sujet du TPE était très précisément cadré et ne portait pas sur les aspects de cours ?

L’autre examinateur, bien plus bienveillant, n’osa pas intervenir, car le sujet du TPE ne portait pas sur sa discipline scientifique. Ce qui introduit une seconde question. Alors qu’on demande aux élèves d’effectuer un travail original interdisciplinaire, les examinateurs doivent donc impérativement restés cloisonnés dans leur discipline ? Étrange paradoxe !

Aucune des questions ne porta sur le sujet du TPE en lui même. C’était pourtant à des questions sur leur travail que les élèves s’étaient préparés. Il fut alors facile pour cet examinateur de déstabiliser les élèves avec ses questions de cours en leurs donnant l’impression que leur travail était de mauvaise qualité. En réalité, cet examinateur a montré sa profonde médiocrité en ne s’intéressant pas au travail des élèves. Il s’est rabattu sur la solution de facilité qui consiste à poser des questions sur ce que soi-même on connaît bien et éviter de s’avancer sur les champs de la connaissance que l’on ne maîtrise pas. Cherche-t-on à former des encyclopédies sur pattes ou bien des futurs scientifiques ?

D’autres groupes d’élèves passés avec le même jury ne connurent pas le même sort, car leurs sujets intéressa plus le jury. Serait-on donc face à une génération d’examinateurs Facebook qui s’amusent à « liker » ou pas les sujets ? Des personnes qui s’attendent de passer un bon moment face à un groupe d’élèves, comme lorsque l’on va au cinéma ?

Un jury consciencieux ne devrait pas juger en fonction de ses affinités et de ses propres goûts, mais évaluer de manière impartiale le travail effectué et son sérieux. Cela ne fut pas le cas. On ne mesure pas les dégâts de telles expériences négatives sur les élèves qui en sont sortis profondément découragés, avec un sentiment de dévalorisation.

A nous parents, il a fallu beaucoup de dialogue pour rétablir la vérité. Mais tous les parents ne peuvent ou ne savent pas rattraper les dégâts occasionnés par l’institution scolaire ! 

Devoirs ou œufs de Pâques à chercher ?

A quoi servent les jours fériés ?

Certains en profitent pour se reposer, d’autres, pour consacrer du temps à leurs familles. D’autres s’offriront de petites vacances, tandis que certains fêterons la fête religieuse associée au jour férié, comme ce week-end de Pâques.

Les élèves de certaines classes S (S comme sélective ou scientifique ?), n’auront eux pas de répits. Des devoirs, encore des devoirs. Car puisqu’ils ont un jour supplémentaire sans école, ils peuvent le consacrer à travailler. Entre le professeur de français qui a l’idée d’imposer un nouveau bac blanc écrit, à une semaine de l’oral du bac blanc organisé par le lycée, le professeur d’histoire/géographie qui trouve sympa les exposés et impose en plus une évaluation, trois autres enseignants qui ont la même idée d’imposer une évaluation dans la semaine à venir, cela fait vraiment beaucoup de professeurs qui n’ont aucune considération pour leurs élèves et à leurs droits à un espace privé.

Car après avoir colonisé les vacances, les soirées jusqu’à 22h, voilà que l’école républicaine élitiste envahit les espaces réservés à la pratique religieuse. Voilà la nouvelle conception de la laïcité !

Overdose de français pour les séries scientifiques

Le programme de français des séries scientifiques comprend quatre objets d’étude (les personnages de roman, théâtre et sa représentation, l’écriture poétique et la quête de sens, la question de l’homme dans les genres de l’argumentation) et implique l’étude d’au moins 3 œuvres et 3 groupements de textes. Chaque objet se découpe en séquences avec à chaque fois une problématique à approfondir, comme « comment le personnage intègre-t-il l’univers romanesque ? ». Dans chacune des séquences, on y trouve des groupements de textes qui sont normalement analysés en classe, mais aussi des lectures complémentaires qui ne sont pas abordées en classe, mais font bien partie de la liste des œuvres présentées lors de l’épreuve du bac.

Cela nous donne un programme d’environ 24 lectures analytiques (œuvres et textes étudiés en classe) auquel s’ajoute également 16 lectures complémentaires et donc une liste d’environ 40 références à présenter lors des épreuves du bac de français.

Le travail titanesque lié à la présentation d’autant de références ne pouvant être intégralement effectué en classe, un travail personnel considérable est requis de chaque élève. Il leurs faut à chaque fois établir une bibliographie de l’auteur, préciser le contexte historique et littéraire et trop de fois approfondir le commentaire de l’extrait vu en classe. Il leurs faut également trouver eux-même une unité dans chaque séquence et les thèmes qui se recoupent, afin de pouvoir répondre à la problématique de la séquence, chose qui n’est pas ou peu abordé en classe, faute de temps.

En effet, s’agissant de classes scientifiques et non littéraires, d’autres matières autrement plus importantes (les sciences) sont au programme et occupent une part du temps non négligeable. Mais les enseignants de lettres modernes (et non de français) passionnés par la littérature ne savent ou ne veulent pas s’abaisser au niveau d’élèves qui n’ont pour la plupart aucune appétence pour la littérature. L’échéance du bac de français à la fin de l’année de première leurs donne un pouvoir considérable et leurs permet d’exiger une masse de travail qui peut  facilement occuper 2 heures toutes les journées des vacances scolaires d’hiver, pour un résultat qui peut être plus qu’aléatoire. Ce n’est pas parce que l’élève aura beaucoup et sérieusement travaillé qu’il se verra récompensé de ses efforts, même par une note moyenne. Les notes peuvent fortement varier en fonction du correcteur. Pour justifier une notation sévère, la technique est simple, il suffit au correcteur d’utiliser de manière immodérée le stylo rouge dans une copie pour ensuite noter en fonction de la quantité de rouge qu’il constate. Une méthode imparable et incontestable !

L’épreuve écrite du bac de français comporte une question dite de corpus qui porte sur un ensemble de quatre textes, puis un travail d’écriture portant au choix sur un commentaire de texte, une dissertation ou un écrit d’invention.  Le travail de commentaire nécessite de savoir bien analyser les textes et repérer les figures de style ainsi que les procédés rhétoriques. La dissertation requiert beaucoup de connaissances littéraires (de la culture ?). Étant réputé le travail le plus difficile, il est peu choisi parmi les élèves. Il est  en conséquent noté de manière plus compréhensive, alors que le travail d’invention est noté sévèrement, car plus populaire.

L’épreuve d’oral est découpé en deux parties, avec un exposé portant sur un des textes étudiés en classe. La réponse doit être structurée et s’appuyer sur une observation précise du texte. Suit ensuite un entretien plus général avec des questions sur les diverses problématiques abordées dans les diverses séquences du programme. L’élève devra savoir piocher dans les divers textes étudiés, mais aussi les textes complémentaires (non vus en classe) pour étayer ses réponses.

Les thèmes abordés sont particulièrement peu intéressants pour des élèves censés être plus portés sur les sciences. Quel intérêt peut on avoir à bavarder à 16 ans de la manière des personnages de roman à intégrer un univers romanesque, ou de la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVI siècle à nos jours ? Il s’agit là peut-être de sujets adaptés pour des esprits littéraires. Mais pourquoi imposer cette torture à des élèves qui n’ont aucun intérêt pour ce genre de questions ?

Des exigences particulièrement élevées portent sur les élèves. On leurs demande d’avoir une culture encyclopédique et de maîtriser  des méthodes précises pour chacune des épreuves. L’accumulation est telle qu’on n’y perçoit plus le sens ni l’utilité pour la vie future des élèves et leur devenir professionnel. On ne peut avoir qu’une seule et unique certitude : face à cette overdose de littérature, la majeur partie des élèves s’empresseront de tout oublier et se désintéresseront le reste de leur vie de la grande littérature.  Il est regrettable que les défenseurs des humanités n’aient jamais eu l’idée d’évaluer sur une large population les résultats de ce mode d’enseignement. Sans doute car il s’agit de personnes constituant une aristocratie intellectuelle refermée sur elle même et imbue de son aptitude à disserter.

TPE : travaux pénibles encadrés (ou pas)

Les travaux pratiques encadrés (TPE) sont un travail d’équipe à effectuer en classe de première sur plusieurs mois, entre les mois de septembre et mars. Il s’agit d’une épreuve qui compte pour le baccalauréat. Les élèves doivent choisir un sujet pluridisciplinaire et le traiter pendant cette période. Ils ont toutes les semaines une séance d’une heure encadrée par deux enseignants. Dans l’absolu, ces travaux pratiques encadrés sont une bonne idée. Ils visent à apprendre aux élèves à travailler en groupe, à s’organiser ensemble, à effectuer des recherches documentaires, à monter des expériences, puis à développer un esprit critique sur les résultats obtenus. Ils apprennent à rédiger un rapport et ensuite à le présenter devant un jury. L’intérêt pédagogique est évident.

Sauf qu’avec une séance d’une heure par semaine à deux enseignants pour plus de trente élèves, il ne faut pas s’attendre à un niveau d’encadrement bien élevé. Les enseignants ne peuvent pas être sur tous les fronts simultanément. Le résultat est que ceux-ci priorisent logiquement sur les groupes qui avancent le moins et les moins organisés. La plupart des groupes sont donc livrés à eux même. Tout commence par le choix des sujets, que les élèves doivent trouver eux même, en début d’année. Mieux vaut alors choisir un sujet avec suffisamment de matière sur lequel une démarche expérimentale pourra être mise en œuvre, mais aussi éviter de choisir un sujet trop vaste. Car un trop sujet vaste conduit à un énorme travail de recherche bibliographique à effectuer sur le temps non scolaire. Effectuer de tels recherches sur des sujets pointus n’est pas évident pour des élèves de première.

L’idée de monter des expériences est bien sûr excellente, sauf que là encore, tout dépend de l’équipement du lycée, de la disponibilité des enseignants encadrants et de la bonne volonté (ou pas) du personnel technique. L’existence de certains équipements dans l’établissement ne peut néanmoins pas signifier que l’expérience pourra être mené facilement. En effet, il n’est pas donné à des lycéens de savoir utiliser, avant de l’avoir appris, des appareils de mesure physico-chimiques. Un minimum d’encadrement est nécessaire et on ne peut laisser des lycéens livrés à eux même devant une notice incompréhensible dans un délai trop court. Il est donc préférable de choisir un sujet avec des expériences que l’on peut monter soi même, sans l’aide d’un encadrant. Hélas, les élèves n’ont pas connaissance de ces contraintes en début d’année.

L’apprentissage du travail en groupe est un enjeu capital dans la formation humaine des lycéens. Malheureusement encore, les travaux pratiques encadrés n’atteignent pas cet objectif, une fois encore à cause d’une régulation du fonctionnement des groupes, de la part des encadrants insuffisant. Le laisser faire conduit à un ressenti de l’intérêt du travail en groupe négatif, entre les groupes où chacun part dans des directions différentes et produit des travaux non cadrés, ceux qui n’ont aucune conscience du temps qui passe et se réveillent au dernier moment (avant les vacances de février pour un rapport à rendre à la rentrée des vacances), ceux où certains se reposent et laissent l’un d’entre eux tout entreprendre, ceux où l’on se dispute le leadership… Certains auront trouvé du plaisir à diriger et dominer, d’autres auront appris les stratégies à mettre en œuvre pour ne rien faire et tout faire faire par leurs camarades, d’autres sur qui tout le travail effectif aura reposé se demanderont où est l’intérêt de travailler en groupe. Qui aura vécu dans ces conditions une synergie de groupe, avec un vrai partage du travail et une émulation d’équipe ?

Pour terminer, je crois que personne n’a sérieusement évalué le temps de travail personnel nécessaire aux élèves, sur plusieurs mois pour arriver au bout de cette épreuve du travaux pratique encadré. Car il s’agit bien d’une épreuve de longue haleine, qui nécessite au bas mot deux heures de travail personnel par semaine sur six mois s’ajoutant au travail scolaire déjà intense, aux révisions sans fin pour le bac de français. Tout additionné, les élèves travailleurs en arrivent à un emploi de temps de ministre. Ce n’est pas aux 35 heures que les élèves ont droit, mais aux 48 heures, sans jour de repos compensateur, même le dimanche.

Interrogation surprise

La méthode de l’interrogation surprise est habituellement utilisée pour contraindre les élèves à apprendre leurs leçons au fur à mesure. Il y a déjà un aveu d’échec pédagogique dans l’utilisation de cette méthode, car cela revient à admettre une incapacité à donner envie aux élèves d’apprendre. Aucun élève n’a besoin de contrainte pour apprendre lorsqu’il en a envie et qu’il est motivé. Ceux qui utilise cette méthode d’enseignement ont renoncé à chercher à comprendre pourquoi le plaisir d’apprendre est absent chez de nombreux élèves.

Si cette méthode peut présenter une certaine efficacité sur les élèves rentrant dans une certaine norme, à savoir ceux qui ont peur de se faire gronder et ceux qui veulent réussir, il n’en n’est pas de même des élèves qui accumulant les échecs finissent par lâcher prise.

L’interrogation surprise peut aussi être utilisée pour une toute autre finalité. Faites un cour de mathématique à des premières S (filière générale hélas élitiste), n’expliquez qu’approximativement une nouvelle notion, demander à effectuer des exercices au domicile, exercices que les élèves parviendront tant bien que mal à réaliser. A la séance suivante, à la place d’effectuer la correction, imposez une interrogation surprise à votre classe, pour détecter ceux qui ont été capable de comprendre par eux même (ou ceux dont papa/maman ont pu fournir une aide), distinguez les par une bonne note et sanctionnez les autres. Au passage, vous pourrez voir si cette deuxième catégorie d’élèves aura les nerfs suffisamment solide pour continuer à s’accrocher, ou si ceux-ci ne finiront pas par se décourager. Car dans votre conception de l’enseignement, vous êtes là pour détecter les meilleurs et leurs permettre d’accéder plus tard aux meilleurs formations. Cela doit être particulièrement gratifiant pour vous d’avoir un retour de Bidule qui a réussit son concours d’entrée à polytechnique. Les autres s’en remettront bien !

De toute façon, il n’y a personne pour vous rappeler que votre mission est de faire réussir tout le monde et non pas seulement une élite et pour vous expliquer qu’être intelligent, ce n’est pas forcément comprendre avant les autres.

Vous êtes tout puissant.