Détournement de la finalité du sport au lycée

Voilà que les épreuves de sport pour le bac sont maintenant terminées en cette quatrième semaine du mois de mai. Les cours de sport prennent fin, puisque les jeux sont fait ! A quoi bon poursuivre cette activité puisque les notes sont données ? Et pourquoi en cette période de révision intensive pour les élèves, le sport ne pourrait servir aux lycéens qu’à se défouler, décompresser, bouger, prendre un moment de plaisir ? Cette finalité du sport semble totalement gommée. Seule compte la note. Nous sommes dans la suite logique de la pratique du sport au collège, ou peut être est-ce la pratique du sport au collège qui s’est modifiée au cours des années pour tendre à un objectif final, la note du bac (voir la place du sport au collège).

J’ai également été collégien et lycéen et je peux témoigner ici que nos professeurs n’avaient pas tant à cœur de nous noter sans cesse selon des grilles d’évaluation complexes. Bien plus que les performances de chacun, ce qui comptait le plus étaient l’engagement personnel et la progression. Le sport étaient l’activité où le plaisir pouvait avoir sa place et où notre relation plus décontractée aux professeurs n’était pas polluée par des appréciations incessantes. Il y avait bien des grilles de notations pour la bac basées sur les performances, mais les professeurs avaient une marge de manœuvre.

Aujourd’hui, le système éducatif a fini par générer des aberrations. En athlétisme, l’épreuve de course de demi-fond étant jugée trop difficile a été remplacée par une épreuve dite de course en durée (ou endurance ?). Après avoir évalué la Vitesse Maximale Aérobie (VMA) des élèves (qui correspond à la vitesse maximale qu’un individu peut courir pendant 6 minutes), ceux-ci doivent imaginer une séance d’entraînement consistant en la succession de  courses / récupérations de une minute, avec 4 minutes à courir à 120 % de VMA et 10 minutes du total au dessus de 100% pour le « mobile » le plus dur. Sauf que courir à 120 % de VMA n’a absolument rien à voir avec de l’endurance ou même un entraînement au 10 km, car dans de véritables séances, on ne cours pas à cette vitesse (maximum 105 % de VMA). Pour satisfaire les exigences de l’épreuve, on arrive ainsi à un infâme mélange de courses à différentes vitesses qui n’a rien à voir avec une séance d’entraînement. Lors de l’épreuve du bac, les élèves doivent ensuite exécuter leur séance et respecter scrupuleusement les temps de passage. Trop d’avance ou de retard diminue la note du bac. L’épreuve se conclue par du « cirage de bottes », puisqu’on demande aux élèves d’exprimer ce que cet apprentissage leur a apporté.

On ne voit pas très bien comment, à l’aide de cette pédagogie révolutionnaire, les élèves prendront goût à courir et seront capable de construire une séance d’entraînement. De tels séances ne s’improvisent pas dans les clubs sportifs, quelque soit le niveau du coureur et nécessitent les compétences d’entraîneurs. De plus, pour qui veut courir seul, il n’y a rien de plus simple que de trouver des séances de préparation sur internet.

Il est dommage que la finalité du sport au lycée ne soit plus que le bac. J’ai choisi de détailler ici l’exemple de l' »endurance » qui est particulièrement significatif, mais j’aurais pu tout aussi parler des autres sports choisis par mon enfant pour cette année de bac.

Je crains que l’Éducation Physique et Sportive, telle qu’elle est aujourd’hui conçue n’apporte plus grand chose. Beaucoup d’élèves devenus adultes prennent distance avec toute activité sportive dés le bac passé, en témoigne l’absence criante de jeunes adultes dans la plupart des clubs de sport (hors foot). Ce n’est que des années  plus tard que les gens retrouvent une activité sportive. En tout cas, ce n’est pas cette pratique au lycée de l' »endurance » qui est à l’origine de l’essor sans précédent ces dernières années du jogging, course à pied, trail au sein de la population, puisque la plupart des pratiquants sont plus âgés et on redécouvert les plaisir et bienfait du sport bien des années après le lycée, à partir de la trentaine souvent.

Présidentielle 2017 : une défaillance de l’éducation

La présence de l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle, 15 ans après le traumatisme qu’a été pour moi le choc l’élection présidentielle de 2002 génère des questions sur l’éducation. Sans être tous des racistes, xénophobes et anti immigrés, une fraction de plus en plus croissante de la population française est prête à accorder à ce parti son suffrage, par simple expression de son mécontentement et dans la croyance que ses remèdes simplistes apporteront des solutions à leurs problèmes. Que ce parti s’en prenne à ce point violemment aux journalistes, contre pouvoir essentiel dans toute démocratie grâce aux investigations qu’ils mènent, et au pouvoir judiciaire à la base de tout état de droit, ne leurs pose aucune question, ni les tentations négationnistes récurrentes. Que ce parti soit dirigé par une dynastie affairiste ne les éclaire pas plus sur les véritables intentions des dirigeants du FN. Les postures de sa dirigeante, son aptitude à siphonner le discours traditionnel de dénonciation de l’économie de marché et des inégalités de l’extrême gauche suffisent à convaincre de nouveaux électeurs.

Est-ce le rôle de l’école républicaine de former les citoyens de demain en leur donnant les éléments de compréhension du monde d’aujourd’hui et en les formant à l’esprit critique ?  Il arrive à certains ministres de penser que l’école doit former des citoyens (voir Morale laïque : un populisme petit bourgeois de gauche, un article de blog du 24 avril 2013). Malheureusement, au gré des réformes, l’école en reste toujours à son objectif initial, celui de former un homme savant en transmettant toujours plus de connaissances et en lui faisant acquérir des nouvelles compétences  qu’elle s’empressera d’évaluer pour les classer, sélectionner, orienter en fonction des mérites mesurés.

Il serait peut-être temps de changer de priorité, renoncer à cette course à l’excellence génératrice d’échec. Comprendre plutôt qu’apprendre dans certaines disciplines. Comprendre comment dans certaines périodes de tension, certains groupes parviennent au pouvoir en utilisant des arguments simplistes et ensuite installent des régimes autoritaires. Comprendre quels sont les fondements de toute démocratie, d’un état de droit avec des pouvoirs et contre-pouvoirs, ce que nous apportent les droits de l’homme. Comprendre aussi le fonctionnement de cette économie de marché, ses avantages et inconvénients, ses mécanismes de concentration des richesses, pour comprendre la nécessité d’une régulation qui ne peut se faire au niveau franco-français. Il faudrait surtout que les élèves puisse vivre leur citoyenneté. Cela impose de reconnaître aux élèves de véritables droits et pas seulement des devoirs sous une forme de charte des droits et devoirs de chacun, élèves, parents, professeurs. Les possibilités dont dispose  les élèves de s’élever contre une injustice ou un abus sont pour ainsi dire nulles. Ne parlons pas de celles des délégués de parents d’élèves trop souvent utilisés comme secrétaires des conseils de classe. Le fonctionnement de l’école n’a que peu de chose à voir avec une démocratie. Au mieux peut-on qualifié le régime scolaire de despotisme éclairé.

Tromperie sur le nouveau brevet des collèges ?

Nous avions cru qu’avec la réforme du collège, le nouveau brevet des collèges allait être allégé, faisant une place plus importante au contrôle continu.

Si l’épreuve de présentation orale d’histoire de l’art est bien supprimée, elle est remplacée par une épreuve orale de présentation d’un des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI). Il y a trois ans, mon aîné avait eu un travail personnel considérable de préparation de cette épreuve. Cette année, mon cadet se retrouve dans la même situation avec l’épreuve d’EPI, à savoir devoir préparer une présentation orale. Le sujet de l’EPI était vraiment intéressant et l’EPI a été l’objet d’un travail entre plusieurs enseignants au cours de l’année. Il est cependant regrettable que cela doivent se conclure par une épreuve du même type que la précédente, génératrice d’une charge de travail importante, alors qu’une appréciation du travail sur l’année aurait pu suffire.

Si nous ne connaissons pas encore le contenu exact des futures épreuves, nous pouvons constater l’apparition des sciences de la vie et de la terre, de la physique et de la technologie, dans des épreuves distinctes ou combinées, sans que l’on sache très bien encore. Il est par contre certain que la charge de travail a brusquement augmentée. En effet, les vacances de printemps ont été agrémentées de révisions de l’ensemble des programmes de sciences de la vie et de la terre et de physique, depuis la classe de cinquième. Un brevet blanc attend les élèves au retour des vacances, pour leur rappeler de pas trop se reposer pendant leurs vacances.

Si cette réforme parait avoir du bon avec l’introduction d’une pluridisciplinarité, un peu plus de travail en groupe, on peut fortement regretter que tout doivent toujours se traduire par des notes et des épreuves de brevet des collèges.

Voyage scolaire ou bac blanc ?

Quoi de plus raisonnable que de proposer un voyage scolaire d’une semaine, des sorties tous les soirs avec retour au logement après minuit et une semaine après la fin du voyage, organiser un bac blanc d’une durée également une semaine ?

Les élèves sont revenus enchantés de leur voyage, mais fatigués. Après une semaine d’une parenthèse agréable, il leur fallait se replonger dans la réalité d’un travail soutenu. Mais la plupart, trop fatigués n’en n’ont pas été capables. Il s’en est suivit des résultats jugés décevants au bac blanc. Ceux-ci ont été mis sur le compte d’un manque de travail, mais personne ne semble avoir fait le lien avec le voyage scolaire qui rendait impossible la bonne préparation des élèves. Certaines épreuves étaient également d’une complexité supérieure à ce qui est habituellement demandé pour un bac. Est-ce dans une optique élitiste ou juste par plaisir de de concocter des épreuves complexes ?

Ce bac blanc, censé entraîner les élèves au vrai bac  est en fin de compte bien plus important que le bac lui-même, puisque ces les notes vont alimenter le système Admission Post Bac (APB). L’orientation des élèves sera déterminée avant l’épreuve du bac, même si les réponses ne seront connues des élèves qu’après.

Peu de temps avant le conseil de classe du second trimestre, l’enseignant de mathématique, voulant secouer ou réveiller ses élèves leurs a soumis une évaluation complexe deux jours après une nouvelle leçon insuffisamment assimilée par les élèves. Il s’agit apparemment d’une pratique que survient dans d’autres établissements qui se prennent pour des antichambre de sélection des élèves pour les classes préparatoires.

Voilà des élèves d’une terminale S, dans un lycée qui a un soucis particulier pour son classement, à qui l’on n’offre pas les meilleurs chances de succès. Ceux-ci doivent tout mener de front, un voyage scolaire, une cadence de travail élevée et obtenir de bons résultats pour pouvoir s’orienter dans filières sélectives qui augmenteront le prestige du lycée et de leurs enseignants. On ne comprend pas qu’au moment où les élèves doivent saisir leurs choix dans le système informatique ABP, leurs professeurs ne leurs offrent pas les meilleures conditions de réussite. Les notes de ce second trimestre seront déterminantes pour l’orientation des élèves souhaitant se diriger vers une filière sélective.

Des vacances pour avancer dans le programme de science

Cette année, les sciences de la vie et de la terre se retrouvent au brevet des collèges. Le programme est conséquent et devinez ce qui se passe lorsque l’avancement n’est pas celui attendu ? On profite des vacances pour demander aux élèves de rattraper le retard !

Or bon nombre d’enseignants du collège ou lycée utilisent une nouvelle méthode pédagogique, consistant à faire construire par les élèves leurs propres savoirs. A partir d’exercices, travaux dirigés ou travaux pratiques, avec l’assistance du professeur, les élèves construisent des bilans. La méthode est censée permettre une meilleur appropriation des savoirs par les élèves. Elle est utilisée aussi bien dans des matières scientifiques qu’en histoire/géographie, français, langues … . La méthode est intéressante lorsque les élèves ne sont pas livrés à eux même et que les enseignants effectuent des points d’étapes fréquents, pour éviter de perdre les élèves.

Mais, si dans une matière nouvellement au brevet des collèges, donc avec un enjeu nouveau, l’avancement n’est pas celui attendu, la tentation sera forte de tenter de rattraper le retard pendant les vacances. Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés en vacances d’hiver avec de nombreux exercices couvrant un chapitre pointu, les micro-organismes et l’immunologie. La nouvelle méthode pédagogique consiste normalement à construire les nouveaux savoirs avec l’assistance de l’enseignant et non des parents qui à 99,9 % ne sont pas expert en la matière ! Pendant ces vacances d’hiver, cette tâche nous a été sous traitée et a monopolisé un temps et une énergie disproportionnée.

Une telle demande génère une fois de plus une inégalité entre les élèves injustifiable, liée à la capacité des parents à aider ou non leurs enfants. Elle bafoue un droit, celui des élèves de se reposer et de déconnecter pendant leurs vacances sans devoir tous les jours passer 2 à 3 heures à travailler (toutes matières confondues), mais aussi celui de nous parents qui aimerions pouvoir vivre autre chose avec nos enfants que des devoirs et encore des devoirs et aimerions que ce sujet ne devienne pas un sujet de discorde au sein de notre famille.

La place du sport au collège

La découverte des activités sportives au collège est un enjeu de santé publique pour les enfants et adolescents, à l’heure où tant de jeunes n’ont que peu d’activités physiques et ont des problèmes de surpoids. Les bienfaits sur l’individu d’une pratique sportive tout au long de la vie sur la santé et le bien être ne sont pas à discuter. Du point de vue de la collectivité, une pratique régulière diminue les dépenses de santé.

Quelle est alors l’utilité de grilles de notation rigides pour évaluer les performances des élèves dans les différentes disciplines qu’ils découvrent ? Quelle utilité à multiplier les notes dans les différentes activités sportives que les élèves pratiquent au cous de l’année ? Chaque élève possède des aptitudes différentes et peut être doué au ping-pong mais n’avoir aucune aptitude à la course à pied ou vice versa. Certains s’épanouiront plus facilement dans des sports collectifs et d’autres dans les sports individuels. Chaque sport  cultive des  aptitudes différentes. Certains développent des capacités cardio-respiratoires d’autres une force physique, d’autres encore la souplesse, une importante coordination motrice quand les gestes techniques sont complexes, d’autres seront axés sur l’esprit collectif. Certains développement plus que d’autre un esprit d’engagement. La diversité est telle que chaque élève devrait pouvoir trouver une activité sportive dans laquelle il pourrait s’épanouir.

La mesure de la performance n’a de sens que lorsque l’individu s’engage dans la voie de la compétition et  cherche donc à se parfaire dans le sport qu’il a choisi. Au sein de l’école, le sport, encore justement appelé Éducation Sportive et Physique, doit concourir à la découverte de différents sports, ceux qu’il est possible de pratiquer sur dans le secteur géographique de l’établissement scolaire, afin que les élèves persistent dans une activité sportive à la fin de la scolarité obligatoire. L’objectif du sport au collège est  avant tout de découvrir et non de détecter et former de futurs champions. Ce rôle est dévolu aux clubs de sports. La mesure de la performance sportive des élèves n’a donc aucun sens dans le cadre de l’école. Les critères qui devraient compter pour évaluer les élèves sont leur niveau d’implication, le fair-play, la progression et pourquoi pas, pour une part mineure la performance.

On constate hélas une véritable dérive, à l’identique dans le sport que dans les autres matières régaliennes, avec une multiplications de notes , une propension à noter les élèves à dès la première occasion, à édicter des barèmes de notation rigides pour justifier les notes. Elles conduisent à des appréciations désastreuses sur les bulletins scolaires de la part de professeurs en mal de reconnaissance de la part de leurs pairs, qui au lieu de valoriser les élèves pour les aptitudes qu’ils ont, aptitudes forcément différentes de leurs camarades, peuvent les dévaloriser et les faire passer pour mauvais. Mauvais ne devrait pas exister en sport, compte tenu des critères qui devraient guider l’évaluation.

L’évaluation des résultats de l’Éducation Physique et Sportive à l’école ne semble avoir jamais été effectuée.  Il suffit pourtant d’observer l’évolution des effectifs en fonction de l’âge dans les clubs sportifs. L’affluence est importante à l’âge primaire, décroît à l’âge collège. A l’âge lycée, ne persistent dans les clubs que les jeunes les plus motivés. Après le bac, c’est le grand vide, même les sportifs prometteurs arrêtent leur sport. Les jeunes  donnent ensuite la priorité à leurs études, les amis, l’insertion professionnelle … et prennent du poids !

Un beau gâchis.

Il faut faire le programme !

Y-a-t-il une cohérence, un objectif dans les enseignements scientifiques reçus par les élèves en terminale S ?

Chaque enseignant suit son propre programme, forcément très chargé, sans qu’il y ait la moindre coordination entre enseignants. Ainsi, le professeur de physique aborde la cinématique du solide qui nécessite d’avoir abordé les intégrales en mathématiques, sans que cela le soit. Le professeur de biologie aborde des méthodes de datation en considérant comme une évidence des notions de physique atomique. Chacun poursuit sa propre course et pour s’assurer que toutes les classes de l’établissement avancent au même rythme, des contrôles communs sont organisés en physique / chimie et tant pis pour les élèves qui auraient eu besoin de plus de temps pour comprendre. Le programme, le programme avant tout !

On demande aux élèves d’enchaîner tous les thèmes abordés dans les différentes matières scientifiques, comme si il fallait à la fin de la terminale ceux-ci possèdent un savoir encyclopédique. A titre de curiosité, les élèves doivent maintenant savoir déterminer des molécules chimiques grâce à la Résonance Magnétique Nucléaire (RMN). Ce domaine n’est même plus de la culture générale. Il s’agit là d’un savoir pointu qui ne servira pas à 99.9 % des élèves et que seuls ceux qui s’orienteront dans des études de chimie pourraient avoir besoin. Pourquoi ce thème est-il apparut dans le programme de terminale ? Tout comme on peut se demander pourquoi il est devenu nécessaire en classe de terminale de savoir utiliser un certain nombre de logiciels informatiques pour des expériences de science. Il est fort probable que les élèves qui s’orienteront vers les sciences expérimentales n’utiliseront pas les mêmes logiciels. La majorité n’en auront jamais besoin.

Ayant effectué mes études scientifiques voilà presque 30 ans, je suis sidéré par cette accumulation d’exigences. Certes les sciences ont progressé, certes les outils informatiques étaient alors balbutiants. Notre génération n’a cependant eu aucune difficulté à s’approprier les nouveaux outils et méthodes, car notre formation de base nous y préparait. La question est donc de savoir si la formation de base reçue aujourd’hui par les élèves des classes scientifiques les préparent correctement à la poursuite d’études supérieures. La réponse à la question semble être négative, d’après l’enquête internationale Timss (Trends in International Mathematics and Science Study , voir Le Monde du mercredi 30 novembre 2016). L’enquête pointe pour la France une baisse des performances en mathématiques et dans les sciences de plus mauvaise performances en comparaison aux autres pays participants à l’enquête, dans l’application des connaissances (-14 points) alors que le niveau de connaissance est quant à lui supérieur (+13 points). Les professeurs d’université interrogés par Le Monde sont atterrés par le niveau des étudiants en mathématiques, qui au lycée ont appris des recette de cuisine et ne savent plus raisonner.

Mon enfant actuellement en terminale S, option Science de la Vie et de la Terre, consacre beaucoup d’énergie aux mathématiques, car l’enseignant donne une quantité totalement déraisonnable d’exercices à effectuer chez soi. Le temps manquant en classe, ces exercices ne sont pas même corrigés en classe. L’enseignant fournit ensuite aux élèves une photocopie avec une correction succincte. En fait beaucoup de ces exercices sont semblables et l’objectif recherché par l’enseignant est de faire assimiler aux élèves quelques recettes de cuisines types et par la répétition de ces exercices, augmenter la vitesse d’exécution des élèves. Sans doute ainsi, les élèves seront bien préparés à passer leur baccalauréat. Mais on comprend mieux la remarque de ces professeurs d’université pointant l’absence de capacité des élèves à raisonner.

Serait-ce donc que cette génération est plus bête que la mienne ? Certainement pas. Il est cependant certain que les exigences se sont multipliées comme les petits pains et que face à cette accumulation, les élèves de la filière scientifique doivent travailler beaucoup plus que la mienne pour réussir, sans que cela ne leur garantissent d’acquérir cette fameuse aptitude à raisonner. La tâche est tout bonnement impossible avec l’énorme investissement demandé aux élèves pour acquérir cette diversité de connaissance. Le système scolaire s’est emballé.

Faut-il devenir un parent professionnel pour avoir des enfants ?

Lors d’une réunion d’information en fin de classe de CM2 avant l’entrée au collège, il nous était expliqué qu’on ne nous demandait de devenir des parents professionnels. D’après le représentant du collège qui animait la réunion, suivre correctement son enfant consistait à s’intéresser continuellement à ces activités au collège, être à son écoute et vigilant sur ses difficultés, vérifier avec lui qu’il effectue bien son travail …. Au vu de cette définition, nous pouvions logiquement en conclure qu’il s’agissait là d’une mission accessible à n’importe quel parent suffisamment investi dans l’avenir de ses enfants, quelque soit son bagage culturel.

L’entrée en classe de sixième de notre enfant le plus jeune, ainsi que l’expérience vécue avec nos enfants plus âgés démontrent hélas qu’il n’en est rien.

Alors qu’une réforme scolaire d’ampleur est censée se mettre en place cette année avec la mise en place d’enseignements interdisciplinaires et la compréhension de la nécessité de faire apprendre aux enfants à travailler en groupe, la pratique des exposés à réaliser chez soi avec le copain continuent à avoir la vie dure. Avec seulement un délai d’une semaine (la date du conseil de classe approchant), les élèves de 6ièmes ont dû préparer un exposé portant sur un sujet en rapport à l’impact des activités humaine sur l’environnement. Il s’agit de sujets très intéressants en soi. Cependant, les recherches d’informations étaient à effectuer au domicile, ainsi que l’élaboration de l’exposé sur un support de type powerpoint. L’enseignant sous-traite ainsi sur les parents de manière quasiment explicite un certains nombre d’apprentissages qui devraient être effectués dans le cadre de ces nouveaux enseignements interdisciplinaires :

  • la recherche d’information sur internet. A 11 ans, à part consulter Wikipédia, je ne sais pas bien ce qu’un élève est capable de trouver
  • savoir synthétiser l’information et en retirer ce qui est pertinent avec le sujet de l’exposé
  • apprendre à utiliser les outils bureautique et à réaliser un powerpoint.
  • apprendre à se coordonner et à travailler ensemble. C’est aux parents de se contacter entre eux, d’organiser le travail de leurs enfants, les faire se rencontrer.
  • apprendre à présenter le sujet devant les camarades de classe.

La réalisation de fiches de lecture en français est une autre activité énergivore et coûteuse en temps. Nous devons aider notre enfant et lui apprendre comment réaliser ces fiches et à rédiger / argumenter et pas seulement corriger les fautes d’orthographe. L’enseignement se contente, lui de noter. Récemment, il a même fallu l’aider à remplir un tableau de synthèse sur une œuvre qu’il n’était pas capable de remplir seul.

Un sommet a été atteint en classe de 3ième avec la découverte d’un outil didacticiel d’apprentissage de la programmation informatique « Scratch » qu’il nous a fallu apprendre à utiliser pour pouvoir reprendre au domicile tout ce qui n’avait pas été compris en classe.

Ces quelques exemples montrent bien comment la charge de nouveaux apprentissages que nous n’avions pas autrefois à suivre au même âge, sont aujourd’hui reportés sur les parents. Notre monde s’est complexifié, de nouvelles compétences que nous avons acquis bien plus tardivement sont maintenant requises pour réussir dans la filière générale. Le temps scolaire n’étant pas extensible, les enseignants ont une fâcheuse tendance à sous traiter ces nouveaux apprentissages prévus par les programmes scolaires, sur les parents. En d’autres termes, il faudrait avoir soi-même de nombreuses compétences pour pouvoir accompagner correctement ses enfants. Il nous faut donc devenir des parents professionnels pour donner à nos enfants toutes les chances de réussite dans le système scolaire. Ceux ne pouvant bénéficier d’une telle aide se verront tôt ou tard relégués, quelque soit leurs aptitudes. Il suffit pour cela de les décourager devant l’ampleur de la tâche.

Ne pourrait-on pas proposer à nos futurs candidats à l’élection présidentielle de prévoir un examen à l’entrée de 6ième que devraient passer les parents, pour juger de leurs aptitudes à suivre le travail de leurs enfants et mettre une orientation précoce pour les enfants qui n’auront pas la chance d’avoir des parents professionnels performants ? En écartant ces enfants, nous pourrions cultiver de manière plus efficace l’excellence de nos enfants, les ambiances de classe seraient plus studieuses et on préparerait mieux dans un collège général réformé la future élite de la France.

Au fait, quel est le futur candidat qui prévoit dans son programme de remettre en place une orientation en cours de collège ?

Découverte de l’informatique au collège et lycée, comment se disperser

Lors de mes études supérieures à connotation scientifique, nous n’avions pas d’ordinateur. Ce n’est que vers la fin de celles-ci que nous commençâmes à utiliser des PC pour écrire nos rapports et à utiliser un tableur pour l’exploitation de résultats. Depuis, les temps ont changé, l’informatique est omniprésente dans nos vies privées et professionnelles. L’éducation nationale a logiquement suivi le mouvement pour introduire l’usage des outils informatiques à l’école. Les usages les plus courants étant la recherche d’information, l’élaboration d’une présentation ou l’écriture d’un rapport. J’ai déjà pu regretter sur ce blog que si l’objectif est louable, il est regrettable que ce travail d’initiation se passe trop au domicile et non à l’école, engendrant des inégalités supplémentaires entre les élèves.

Mais voilà qu’une quinzaine d’années après le bug de l’an 2000, le passage à l’euro qui impactaient fortement les banques, puis l’essor des technologies internet au début des années 2000, phénomènes qui ont ensemble contribué à embaucher en masse des non informaticiens, les politiques se sont mis à penser qu’étant un gisement d’emploi, il convenait de former les jeunes à la logique de la programmation informatique. Notons que si cela était vrai il y a 10 années, le fait que l’informatique soient un gisement d’emploi n’est plus aussi certain. La crise financière ayant conduit à chercher des réductions de coût, l’emploi informatique se délocalise de plus en plus dans des pays à coûts salariaux plus faibles, et ce malgré la complexification du métier.

Voilà donc, les élèves obligés, dés le collège à découvrir la logique de la programmation informatique en cours de technologie et de mathématique. Un logiciel éducatif très bien conçu nommé « Scratch » est utilisé. La découverte de ce logiciel n’a malheureusement pas été précédée d’une introduction aux principales notions nécessaire à a réalisation d’un programme, tel que « qu’est-ce une variable », comment l’utiliser, à quel moment l’utiliser, qu’est-ce un boucle, qu’est un bloc « si/sinon », le déclenchement d’actions sur un événement … En toute logique, une telle présentation aurait due être suivie d’exercices guidés avant les élèves, en groupe n’aient un programme a réaliser. Remarquons que cette pédagogie assez classique est mise en œuvre dans les formations professionnelles. Mais maintenant qu’il faut faire travailler les élèves en groupe (objectif louable en soit), on leur explique rapidement la tâche à réaliser puis on les laisses se débrouiller, sans bien sûr s’investir pour leur apprendre à travailler en groupe. Certains élèves prennent alors le dessus, monopolisent la souris, sans savoir forcement plus que les autres. Les individualités étant plus fortes, le niveau d’intelligence collective qui devrait permettre de réaliser le travail est proche de zéro. A la fin de l’exercice, les élèves ne reçoivent même pas un programme informatique en correction de l’enseignant qui  permettrait de comprendre ce qui ne marchait pas dans leur réalisation. Arrive ensuite l’évaluation sur papier et quelques mauvaises notes. Puis soudain, on passe au tableur Excel et cela recommence.

Au lycée, en filière scientifique, avec la découvertes des suites numériques, les élèves doivent apprendre à programmer leur calculatrice pour s’initier à cette logique informatique (par exemple pour faire la sommes des termes d’une suite). Malheureusement (ou heureusement) l’interface de la calculatrice est tellement réduite qu’il est vraiment mal-aisé de réaliser un programme simple. Mais il faut le faire, car c’est au programme du bac, malgré qu’après le bac, plus personne n’utilise une calculatrice pour réaliser ce type de programme. Par contre l’utilisation des tableurs type Excel ne sont apparemment pas au programme.

L’ajout de cette nouvelle exigence au tronc commun des connaissances à acquérir par les élèves est donc contestable à plusieurs titre :

  • Comme vu précédemment, la grande majeur partie d’entre eux n’en n’auront pas besoin au cours de leur vie. Tout le monde ne deviendra pas informaticien d’autant plus que ce n’est pas avéré que cela soit un métier d’avenir dans un contexte compétition économique croissante. S’il s’agit de former le cerveau des élèves à une forme de logique, les mathématiques devraient suffire. Ceux qui s’orientent vers l’informatique ont suffisamment d’aptitude acquise avec un socle de connaissance sans informatique.
  • On ne peut survoler aussi vite l’apprentissage de la programmation informatique. Il faut mettre en œuvre une véritable pédagogie et plus de temps est nécessaire, ce qui est impossible, compte tenu de l’ensemble des autres compétences à acquérir.
  • Le système scolaire étant très friand d’évaluations, on risque de décourager des élèves qui auraient la capacité de développer dans le futur des compétences dans ce domaine. On peut d’ailleurs se demander ce que veut dire une note dans une activité de découverte.
  • L’utilisation de ces outils est totalement déconnectée de la réalité. Les élèves ne peuvent  pas percevoir un quelconque intérêt pour eux. Pourtant le tableur type Excel pourrait être l’occasion de découvrir comment gérer son porte monnaie (mes dépenses, mes entrées d’argent), ou bien encore comment fonctionne un crédit, vu que la majeur partie des français ne savent pas ce qu’est un taux de crédit, comment un échéancier est calculé ainsi que le coût total d’un crédit.
  • La multiplication des exigences augmente la charge de travail des élèves et les détournent des véritables priorités, ne créant pas ainsi des conditions de réussite optimales.

L’ajout des compétences de programmation informatique, même de très bas niveau, au socle commun des connaissances, est donc un exemple malheureux illustrant la tendance à l’empilement des exigences pesant sur les élèves, sans véritable justification, ni d’utilité pour l’avenir de la majorité d’entre eux.

Mais pourquoi les français sont-ils nuls en langues ?

Tout bébé apprend sa langue maternelle au contact de ses parents, en cherchant à comprendre ce que ceux-ci lui disent et mû par l’envie d’apprendre. Les jeunes enfants ayant une plus grande capacité à  apprendre les langues, la tendance est de leurs faire débuter le plus tôt possible cet apprentissage.

En école maternelle, l’apprentissage peut prendre la forme d’une découverte par le chant, une activité ludique. A l’école primaire, trop souvent malheureusement, l’accent est mis sur l’apprentissage d’un vocabulaire de base, et pas suffisamment dans la pratique orale. Les chansons sont quelquefois utilisées, mais certaines paroles apprises par mes enfants étaient trop complexe pour leur âge. La tendance à l’apprentissage par cœur s’accentue au collège,  où les élèves doivent apprendre des listes de verbes irréguliers, de vocabulaire et même des définitions de mots. Il faut néanmoins reconnaître qu’animer une heure de cours de langue avec un effectif important d’élèves n’offre pas beaucoup de possibilités pédagogiques. Faire participer tous les élèves d’une classe pendant une heure de cours de langue relève de l’exploit.

Comme les programmes spécifient sans doute que l’oral a une place importante, une nouvelle forme d’évaluation a été inventée, la compréhension orale par écrit. Un extrait sonore est passé aux élèves plusieurs fois et ceux-ci doivent répondre à des questions par écrit. Ledit extrait sonore étant en langage courant avec une intonation propre à une région, souvent dans un parlé rapide et des expressions complexes à comprendre, les élèves ne peuvent réussir que médiocrement.

Enfin, à l’arrivée au lycée, la pratique orale consiste à préparer chez soi un sujet de type dissertation, comme de définir le bonheur au travers des extraits d’œuvres vus en classe, avant de l’exposer devant tout la classe.

Ainsi, en fin de parcours secondaire, même en travaillant de manière assidue et en ramenant de bon résultats scolaires, il est ainsi tout à fait possible d’avoir des élèves qui ne savent pas s’exprimer dans la langue qu’ils ont apprise, même pour les faits de la vie quotidienne.

C’est ainsi que malgré tous les plans d’actions gouvernementaux et la prise de conscience de l’importance des langues étrangères dans la vie professionnelle, les français restent médiocres. Ce n’est pas parce qu’ils ont le cerveau construit différemment de nos voisins européens, mais parce qu’on leur a rarement donné l’occasion d’avoir des échanges oraux sur des sujets simples et plaisants. Parce qu’avant de pouvoir faire un développement argumenté sur un sujet complexe, il faut pouvoir s’exprimer sur des choses simples. L’apprentissage des langues, à l’exception des petites classes, s’effectue d’une manière encore trop scolaire et ne fait pas appel à l’envie d’apprendre et le  plaisir d’échanger.