Voilà que les épreuves de sport pour le bac sont maintenant terminées en cette quatrième semaine du mois de mai. Les cours de sport prennent fin, puisque les jeux sont fait ! A quoi bon poursuivre cette activité puisque les notes sont données ? Et pourquoi en cette période de révision intensive pour les élèves, le sport ne pourrait servir aux lycéens qu’à se défouler, décompresser, bouger, prendre un moment de plaisir ? Cette finalité du sport semble totalement gommée. Seule compte la note. Nous sommes dans la suite logique de la pratique du sport au collège, ou peut être est-ce la pratique du sport au collège qui s’est modifiée au cours des années pour tendre à un objectif final, la note du bac (voir la place du sport au collège).
J’ai également été collégien et lycéen et je peux témoigner ici que nos professeurs n’avaient pas tant à cœur de nous noter sans cesse selon des grilles d’évaluation complexes. Bien plus que les performances de chacun, ce qui comptait le plus étaient l’engagement personnel et la progression. Le sport étaient l’activité où le plaisir pouvait avoir sa place et où notre relation plus décontractée aux professeurs n’était pas polluée par des appréciations incessantes. Il y avait bien des grilles de notations pour la bac basées sur les performances, mais les professeurs avaient une marge de manœuvre.
Aujourd’hui, le système éducatif a fini par générer des aberrations. En athlétisme, l’épreuve de course de demi-fond étant jugée trop difficile a été remplacée par une épreuve dite de course en durée (ou endurance ?). Après avoir évalué la Vitesse Maximale Aérobie (VMA) des élèves (qui correspond à la vitesse maximale qu’un individu peut courir pendant 6 minutes), ceux-ci doivent imaginer une séance d’entraînement consistant en la succession de courses / récupérations de une minute, avec 4 minutes à courir à 120 % de VMA et 10 minutes du total au dessus de 100% pour le « mobile » le plus dur. Sauf que courir à 120 % de VMA n’a absolument rien à voir avec de l’endurance ou même un entraînement au 10 km, car dans de véritables séances, on ne cours pas à cette vitesse (maximum 105 % de VMA). Pour satisfaire les exigences de l’épreuve, on arrive ainsi à un infâme mélange de courses à différentes vitesses qui n’a rien à voir avec une séance d’entraînement. Lors de l’épreuve du bac, les élèves doivent ensuite exécuter leur séance et respecter scrupuleusement les temps de passage. Trop d’avance ou de retard diminue la note du bac. L’épreuve se conclue par du « cirage de bottes », puisqu’on demande aux élèves d’exprimer ce que cet apprentissage leur a apporté.
On ne voit pas très bien comment, à l’aide de cette pédagogie révolutionnaire, les élèves prendront goût à courir et seront capable de construire une séance d’entraînement. De tels séances ne s’improvisent pas dans les clubs sportifs, quelque soit le niveau du coureur et nécessitent les compétences d’entraîneurs. De plus, pour qui veut courir seul, il n’y a rien de plus simple que de trouver des séances de préparation sur internet.
Il est dommage que la finalité du sport au lycée ne soit plus que le bac. J’ai choisi de détailler ici l’exemple de l' »endurance » qui est particulièrement significatif, mais j’aurais pu tout aussi parler des autres sports choisis par mon enfant pour cette année de bac.
Je crains que l’Éducation Physique et Sportive, telle qu’elle est aujourd’hui conçue n’apporte plus grand chose. Beaucoup d’élèves devenus adultes prennent distance avec toute activité sportive dés le bac passé, en témoigne l’absence criante de jeunes adultes dans la plupart des clubs de sport (hors foot). Ce n’est que des années plus tard que les gens retrouvent une activité sportive. En tout cas, ce n’est pas cette pratique au lycée de l' »endurance » qui est à l’origine de l’essor sans précédent ces dernières années du jogging, course à pied, trail au sein de la population, puisque la plupart des pratiquants sont plus âgés et on redécouvert les plaisir et bienfait du sport bien des années après le lycée, à partir de la trentaine souvent.
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