Blocage des lycées, un problème d’éducation

Quel exemple déplorable ont pu avoir les plus radicaux des gilets jaunes sur les jeunes lycéens, qui par mimétisme ont reproduit les comportements violents de leurs aînés !

Jamais la violence physique ni les dégradations ne peuvent être considérés comme des modes d’action légitimes dans une société démocratique. Le conflit doit s’exprimer dans le respect de l’autre et dans le débat d’idées contradictoire. Si une pression à l’encontre des décideurs est nécessaire, les rapports de force ne doivent pas dégénérer en actes de vandalisme et de violence. Cette expression doit rester dans le cadre de la loi. Exiger la démission d’un président démocratiquement élu, ayant certes bénéficié d’un vote républicain contre l’extrême droite, mais confirmé par le raz de marée électoral des élections législatives obtenus par son parti, Les Républicains en Marche, revient à espérer un putsch et à remettre en cause les fondements de notre société démocratique.

Les jeunes apprennent bien en éducation civique le fonctionnement de nos diverses institutions, mais il est à craindre que tout comme leurs aînés, ils ne sachent faire le lien entre leur vote ou leur non vote (57,36% d’abstention au second tour des législatives de 2017) et la politique menée ensuite par le gouvernement qui tire sa légitimité de ces élections.  On ne vote pas selon une humeur ou mode et ceux qui choisissent de s’abstenir choisissent de laisser les autres décider à leur place. Un électeur qui se respecte étudie les programmes électoraux, cherchent à s’informer auprès de médias sérieux qui organisent le débat contradictoire plutôt que de chercher son inspiration sur les réseaux sociaux et enfin se prononce ensuite en son âme et conscience.

Que demandent les lycéens ? Une abrogation de Parcoursup et de la réforme des lycées généraux, revendications relativement vagues. Ils expriment une crainte diffuse d’un bac n’ayant pas la même valeur selon l’établissement d’origine (réputé ou non). C’est malheureusement oublier que le bac ne sert pas à sélectionner. Depuis Parcoursup, se sont les notes de classe de première et terminales qui servent à la sélection. Rien n’empêchent les établissements du supérieurs à mettre en œuvre une pondération des notes en fonction du classement des lycées. Hélas, vouloir l’abrogation de Parcoursup revient à vouloir le rétablissement du système Admission Post Bac, encore plus mauvais, car il conduisait à une généralisation du tirage au sort, face à la massification des accès aux supérieur d’une classe d’âge plus nombreuse. Derrière la réforme du lycée avec le choix d’options à la fin de la seconde générale se cache un projet de rationaliser l’offre de formation sur un périmètre géographique donné (périmètre qui peut être étendu en zone rural). Afin de faire face à la pénurie d’enseignants dans certaine disciplines, celles-ci ne pourront toutes être proposée dans tous les établissements, même s’agissant des disciplines classiques (lire la chronique de Philippe Askenazy « Réforme du bac et «territoires périphériques» » dans Le Monde du 14/12/2014). Le choix des options reviendra à faire éclater la carte scolaire et  risque de renforcer la concurrence entre établissements. Certains élèves auront ainsi droit à des lycées élite et d’autre se retrouveront dans des établissements de relégation, selon un soit disant mérite. M. Blanquet, ministre de l’éducation nationale s’est bien abstenu d’expliquer la philosophie de son projet.

Mais quand avons nous entendus les lycéens bloqueur critiquer tous ces aspects de ces réformes autrement qu’en les rejetant en bloc ? A quel moment ont ils demandés à ce que les algorithmes de sélection soient rendus publics et auditables et demandés l’interdiction de l’utilisation du classement des lycées dans les algorithmes ? A quel moment ont-ils dénoncé la volonté du gouvernement de ne pas offrir toutes les options « classiques » dans tous les lycées  risquant de conduire à une concurrence entre établissements pour recruter les meilleurs élèves ?

Ce vendredi 14 décembre, le lycée de ma fille a été bloqué. Des élèves ont cru pouvoir faire s’enflammer un arbre, d’autre ont réussi à brûler une poubelle. Des fumigènes ont été lancés à l’intérieur de l’établissement et l’alarme incendie a été déclenchée. Et cela s’appelle une mobilisation. Une semaine s’est écoulée, sans que le moindre débat avec les enseignants ne soit engagé. Une bonne occasion manquée de vivre en condition réelle l’éducation civique ! Et pourtant c’est possible, puisque au lycée Stéphane-Hessel à Toulouse (cf Le Monde du 14/12/2018, « à Toulouse, le lycée Stéphane-Hessel s’indigne collectivement« ), la direction a ouvert ses portes aux contestataires, une AG a été organisée, les élèves mobilisés ont pu expliquer les raisons de leur mobilisation. Puis le blocage a été voté à bulletin secret et aucune violence n’y a été commise ! Que souhaite-t-on finalement : des futurs citoyens bons moutons qui se révolteront épisodiquement et ne sachant exprimer leurs attentes et basculeront dans la violence, comme des enfants qui ne sachant exprimer les raisons de leur colère se mettent à taper, ou des citoyens responsables capable de raison qui sauront s’opposer tout en faisant progresser leurs idées ?

La réforme du lycée général améliorera-t-elle le niveau de compétence des jeunes ?

Le manque de compétences affectent de nombreux secteurs de l’économie (voir Le Monde du 27 novembre 2018 : emplois cherchent candidats). De nombreux secteurs sont concernés, tel que l’informatique, la construction, le commerce, les services aux entreprises et aux particuliers … Les candidats ne disposent pas d’une technicité suffisamment pointue et certains métiers ne disposent plus de filières de formation. Divers motifs ont conduit à une perte d’attractivité de certains métiers : crise industrielle, incapacité de certains employeurs de revoir les conditions de travail et de rémunération ou de proposer de la formation. Mais avant tout manquent les compétences de base. Trop de jeunes sortent du système éducatif sans qualifications. « La part des gens sous-qualifiés est plus importante en France qu’ailleurs« , d’après le chef de la division emploi et revenus à l’OCDE, Stéphane Carcillo, cité par Le Monde.

La réforme du lycée menée par le ministre de l’éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, vise à rehausser le niveau du bac en rehaussant le niveau d’exigences dans un certain nombre de domaines, en donnant une plus grande place à la démonstration en mathématique, plus d’œuvres à étudier en français, une forte revalorisation de la dissertation, un grand orale qui favorisera les beaux parleurs … C’est une réforme qui vise à satisfaire les universités qui se plaignent des lacunes des jeunes étudiants arrivant en première année. Il s’agit d’une réforme conçue pour un lycée général dont les débouchés naturels sont l’université et les formations sélectives. Cette réforme n’est pas faites pour tous ces jeunes qui auraient vocation à s’orienter plutôt en filière technologique ou professionnelle, mais qui, faute de débouchés convaincants préfèrent s’orienter vers le lycée général. Quelle meilleur garantie qu’un bon bac général pour pouvoir obtenir l’orientation souhaitée, lorsque les places en IUT, BTS sont trustées par les bacheliers du lycée général, les licences professionnelles insuffisamment développées ?

Ce genre de réforme n’est pas prévue pour les élèves qui ont d’autres aptitudes que celles de suivre des études académiques et faute de ne pas revaloriser les voies technologiques et professionnelles, rien ne va rien changer pour les 100 000 jeunes qui sortent  chaque année du système éducatif sans aucune qualification, alors que tant de secteurs de l’économie ont besoin de candidats avec de solides compétences techniques, mais pas de ces compétences développées dans le lycée général. Une aberration de plus causée par l’enfermement dans un bulle idéologique des membres d’un gouvernement composés de gens sans doute tous brillants mais qui ne connaissent pas la réalité des classes sociales populaires et moyennes.

Biture et week-end d’intégration

Les week-end d’intégration dans les écoles post bac ont pour objectif de permettre aux étudiants de faire connaissance ensemble, de créer du lien, des solidarités et de créer un esprit de corps. Difficile alors pour un nouvel étudiant de se mettre en retrait de la vie de l’école et de ses camarades et de ne pas prendre part au week-end d’intégration. Les excès lors de ces événements sont toujours possibles, mais depuis que le bizutage a été définit par la loi du 27 janvier 2017 comme étant un délit (cf Code pénal : articles 225-16-1 à 225-16-3), les risques pour les participants sont moins importants que par le passé. Il importe avant toute participation à ce genre d’événement de réfléchir à ses propres limites afin de savoir ce qu’on est prêt à accepter et  ce qu’on juge intolérable et anticiper à l’avance  la conduite à tenir si survient un problème.

Lors du week-end d’intégration auquel a ma fille a participé, aucune contrainte n’a été exercée et aucun acte humiliant n’a été commis sur les nouveaux élèves. On peut certes qualifier certains jeux ou rituels de bêbête, mais sans plus.

Par contre, la consommation d’alcool était omniprésente, ainsi que celle du protoxyde d’azote pour ses effets de gaz hilarant. Pourtant, d’après la loi, le fait d’amener autrui, même si ce n’est pas contre son gré, à consommer de l’alcool de façon excessive est considéré comme un délit punissable. Les administrations des écoles devrait se sentir concernées et voir en tant que personne morale leur responsabilité engagées, si lors d’une biture survenait un accident. On peut alors s’étonner que subsiste en la matière une tolérance et une manière de se masquer la réalité, surtout, lorsqu’un camping isolé et clos est choisit comme lieu des festivités. Isolé, à cause des nuisances sonores causées par la fête pour le voisinage, et clos pour éviter de perdre des étudiants saouls déambulant au hasard. Mais peut-être est-il difficile de prouver qu’une personne adulte a été amenée, « contre son gré ou non […], à consommer de l’alcool de manière excessive, lors de manifestations ou de réunions liées aux milieux scolaire, sportif et socio-éducatif« .

En effet, nul n’était obligé d’amener dans ses propres affaires quantité d’alcools forts et protoxyde d’azote pour sa propre consommation et rien n’empêche un étudiant à quémander à ses amis à boire. Ces étudiants majeurs (organisateurs et participants) sont-ils alors amenés à boire ou s’agit-il d’un choix personnel ? Il s’agit sans doute d’une limite de la loi, ce qui pourrait expliquer une tolérance des administration des écoles.

Au delà des considérations légales et morales, ce besoin de s’éclater de la sorte en buvant à outrance pendant tout le week-end, au point de s’en rendre malade, de se retrouver ivre mort en position latérale de sécurité ou de commettre des actes insensés (se balader nu et uriner n’importe où) devrait nous interroger sur les besoins de ces jeunes de se défouler ainsi en se saoulant. Pour pouvoir entrer dans ces écoles sélectives, ils sont passés par des épreuves qui pour certains ont duré plusieurs années (classes préparatoires, première année de médecine  …) et les ont privés de toute forme de vie sociale, de loisirs, vacances et ont réduits leur vie familiale au strict minimum. Bien heureux seront ceux qui après ces épreuves pourront commencer à vivre. C’est ce que nous espérions pour notre fille, mais notre attente a été déçue, le rythme d’enfer continue.

Qui sommes nous alors pour faire la morale à nos enfants sur ce genre de comportements alors que notre société leurs impose des sacrifices insensés pour avoir le droit d’exercer un jour la professions dont ils rêvaient ? Ces sacrifices leurs imposent de mettre en veille leur jeunesse, leur épanouissement sentimental, leurs développements dans d’autres domaines (artistique, sportif …). Mais pire, ils peuvent les amener à l’épuisement et à des conduites addictives. Vive l’élitisme républicain !

D’un apprentissage de l’allemand à visée trop élitiste

Pourquoi, face à une population d’élèves avec majoritairement des lacunes importantes véhiculées depuis le collège, vouloir poursuivre des objectifs inatteignables ? Vouloir apporter des éléments de culture ou de géographie de l’Allemagne est sans doute justifié pour les classes « euro » constituées d’élèves ayant un meilleurs niveau. Il serait plus judicieux de poursuivre un objectif bien plus sage, celui de donner à chaque élève l’aptitude à tenir une conversation simple. Or en classe de première de mon deuxième enfant, peu d’élèves en sont capables. Peu comprennent également ce qu’explique le professeur en allemand. Les sujets abordés n’intéressent aucun élèves (l’histoire de la Ruhr, Berlin …). Les photocopies utilisées sont de très mauvaise qualité, rendant la lecture malaisée, le vocabulaire des textes est complexe et nécessite un usage intensif d’un traducteur en ligne. Tout cela est bien décourageant et ne fait que véhiculer un message subliminal : nul tu es, nul tu resteras.

Pourquoi ne pas étudier des thèmes qui soient plus proches des préoccupations et centres d’intérêts des élèves ? Ils seraient bien plus stimulés. C’est vraiment étrange que les professeurs d’anglais aient plus cette préoccupation que les professeurs d’allemand.

Pourquoi ne aborder des textes plus simples qui donnent aux élèves le sentiments d’être capable de réussir, pour ensuite les amener doucement vers plus de complexité ?

Pourquoi, plutôt que de les abreuver de vocabulaire qu’ils sont incapables d’utiliser et retenir au delà de la prochaine évaluation, ne pas les faire travailler chez eux sur des exercices de grammaire et de construction de phrases ? Tout cela est supposé avoir été vu les années précédentes. Mais dans la réalité, les bases n’ont jamais été posées de manière solide. Revoir des bases en affirmant qu’il s’agit de révisions et justifier par la même qu’on y passe peu de temps est méconnaître que pour rendre les bases d’une langue solide il est indispensable de revenir en permanence sur les bases, répéter et encore répéter.

L’allemand serait-il considéré comme une langue élitiste, réservée pour les meilleurs ? Que fait-on de tous les autres ? Avec de telles méthodes, inutile de faire un énième plan après avoir constaté que les élèves sont nuls en langues étrangères et décréter qu’il faille débuter l’apprentissage des langues étrangères dés la maternelle.

ParcourSup, la démonstration d’une incompétence

En entreprise, lorsque vous travaillez sur un projet, il peut arriver que votre manager vous dise que vos vacances doivent s’adapter au planning du projet. Avec ParcourSup, les 1/3 de bacheliers et leurs familles en attente d’une affectation à la mi-juillet peuvent oublier leurs vacances, à eux de sacrifier ce moment pour mériter un accès à l’enseignement supérieur. Ils doivent s’adapter au planning de cette procédure glissante sur tout l’été. On peut supposer que pour ceux qui nous gouvernent, il n’y ait rien de plus normal, puisque eux-même ont sans aucun doute beaucoup sacrifié à leur réussite. A moins que ceux-ci n’aient pas prévus qu’à la mi-juillet  seuls 52,8 % des bacheliers auraient accepté définitivement une proposition et que la procédure se mettrait à patiner, en attendant les désistements et  validation définitives des propositions. Au 27 juillet, les journalistes de Le Monde font le constat dans l’article

« Parcoursup : avant la trêve estivale, un quart des candidats n’est pas encore fixé« 

que le situation des futurs étudiants évolue que très lentement. En cause, un comportement « inattendu des lycéens » qui ne valident pas définitivement les vœux obtenus, en attendant d’obtenir mieux, entraînant par la même une attente de la part de ceux qui n’ont encore rien reçus.

Cette situation était néanmoins tout à fait prévisible. Des simulations informatiques à partir des données d’Admission Post Bac, avec les choix hiérarchisés des bacheliers de l’année dernière auraient pu permettre de prévoir la situation d’attente dans laquelle se trouvent tant de bacheliers. Maintenant que le processus ParcoursSup est grippé à l’arrivée du mois d’août et qu’aucun déblocage de la situation n’est à attendre avant début septembre, il apparaît clairement que le gouvernement a décidé de cette réforme selon une démarche « top/down » ou de « verticale du pouvoir » où le chef décide et les subordonnés appliquent. Il me parait impossible qu’aucune alerte ne soit remonté au ministère de l’enseignement supérieur sur le fait que le processus ParcourSup pouvait se gripper, chose qu’un expert en modélisation de process aurait aisément pu diagnostiquer, puisque cette situation a été anticipée par l’auteur de ces lignes le 1er décembre 2017 : voir sur ce blog l’article « ParcourSup, une réforme de premier de la classe pour les premiers de la classe« . Si cette alerte a bien été émise, alors la situation est plus grave car le ministère a alors fait preuve d’autisme, sûr et certain du succès de l’application de principes d’économie de marché à un système d’affectation des lycéens dans les établissements supérieurs. Mais les experts en économie de marché du gouvernement semblent avoir oublié un paramètre. Les lycéens ont été trop considérés comme une marchandise que les établissements supérieurs pouvaient se répartir selon des algorithmes de sélection opaques et pas suffisamment comme des acteurs agissant selon leurs propres intérêts et non ceux de leurs camarades. La non prise en compte de ce paramètre démontre une forme d’incompétence de ceux qui ont décidé de cette réforme.

Tout comme a été négligé l’effet anxiogène de cette réforme pour tout ceux qui n’ayant pas une mention très bien au bac et qui sont toujours en attente d’une formation supérieure à cause de cette situation. Il s’agit là d’une réforme qui a été pensée selon des principes contestables qui ne sert que les intérêts des très bons élèves, pensée par tous les premiers de la classe qui nous gouvernent aujourd’hui.

 

La révolution digitale au collège pour le bonheur des paresseux

Que faire lorsqu’arrivé à l’échéance du troisième trimestre et qu’en tant que professeur tendance geek vous n’avez pas attribué suffisamment de notes dans votre matière ?

Avec Pronote, rien de plus simple maintenant ! L’éducation nationale pourvoit à vos déficiences et met à votre disposition la possibilité de concocter un i-Devoir sous forme de QCM, accessible par l’élève à partir de Pronote.

Ensuite, inutile de procéder à une quelconque correction, puisque le système le fait pour vous.

Nous avons découvert avec surprise cette nouvelle manière d’évaluer les élèves début juin, en pensant tout d’abord que mon fils, en classe de cinquième n’avait qu’un devoir à réaliser sur un site, sans se douter que celui-ci était noté et également sans se douter qu’à partir du moment où le questionnaire était débuté, il ne pouvait être interrompu et devait être terminé dans les 10 minutes.

Constatant que le sujet du questionnaire n’avait pas été abordé en cours, nous avons voulu effectuer des recherches pour pouvoir mener à bien le travail demandé. Mais le temps imparti étant passé, il fut impossible de reprendre le questionnaire. Malgré un mot d’excuses au professeur, mon fils reçut un zéro qui fit dégringoler sa moyenne dans cette matière et lui valut une appréciation de « travail moyen » sur le bulletin du troisième trimestre.

Beaucoup d’autres élèves furent confrontés au même problème, en témoigne la moyenne de la classe, très basse. Par ailleurs, est-on vraiment certain que toutes les familles ont un ordinateur et un accès à internet ? Mais ni le mot que nous avons fait passé à l’enseignant, ni la vie de classe organisée avant le conseil de classe où les élèves ont pu remonter le problème, ni les délégués d’élèves ou de parents d’élèves, ni les autres professeurs ont pu y changer quoique cela soit. Le professeur, tout aussi paresseux soit-il reste tout puissant et maître de ses notations.

Le plus choquant et que l’éducation nationale conçoive et mette à disposition de tels outils de d’évaluation des élèves, sous couvert de digitalisation. La vocation du collège et du lycée n’est pas de noter, trier, classer, mais mais d’éduquer nos enfants !

Arbitraire

Pose ta montre sur la banc pour faire du sport !

La suite est facilement imaginable, la montre a été volée par un camarade collégien indélicat. Le professeur de sport déclinant toute responsabilité a renvoyé mon enfant vers la vie scolaire. Qui avait envie de se soucier en cette fin d’année de ce vol provoquée par la décision arbitraire d’un enseignant ?

Cette anecdote montre bien que si les devoirs des élèves sont bien affirmés, leurs droits restent inexistants. Protester n’apporte rien, juste un risque pour son enfant devra faire face à ses enseignants.

Loi Orientation et Réussite des Étudiants, le business de la sélection

La loi Orientation et Réussite des Étudiants instaure une sélection à l’entrée des formations universitaires. Chaque faculté a la possibilité de classer les candidats en fonction des attendus locaux, à partir des notes de première et terminale, des appréciations des professeurs de terminale et éventuellement CV, lettres de motivation, activités extra-scolaires. Les universités n’auront pas à dévoiler les algorithmes  qui permettront de classer les candidats en vertu d’un principe de « secret des délibérations ».  Sachant que les lycées sont classés et qu’une même note n’a pas la même valeur selon le lycée, on peut s’attendre à ce qu’une pondération des résultats en fonction de la provenance de chaque candidat soit rapidement mise en œuvre de manière automatisée. Dans l’article de Le Monde du 8 mai 2018, « Parcoursup : un vrai casse-tête pour les facs de droits« , on découvre qu’à Paris-I, qu’

un document d’appui a été transmis aux enseignants-chercheurs : le classement des meilleurs lycées – nationaux et parisiens – réalisé à partir des données du ministère. « On sait que, de fait, certains lycées sont plus exigeants que d’autres dans la notation », explique un juriste.

Si cette année, la procédure risque d’être manuelle dans bon nombre d’universités, la prise en compte de ces données de classement des lycées sera, à ne pas en douter effective l’année prochaine au plus tard.

La conséquence prévisible sera une exacerbation de la compétition des élèves pour l’accès aux meilleurs lycées, avec mise en place de stratégies d’évitement de certains lycées, et bien entendu un développement de l’offre de lycées privés qui rassureront les parents ayant la possibilité de payer. Cette loi risque par effet induit de remettre un peu plus en cause la mixité sociale dans les établissements publics et risque de stimuler le développement d’une offre privée, lycées privés, cours privés et particuliers. Ainsi, en même temps que l’année de terminale, il est possible maintenant de suivre des cours privés de préparation à la première année de PACES avec des organismes tels que Médisup. Certains enseignants de ces organismes privés peuvent accepter de donner des cours particuliers pour 200 € de l’heure.

La loi permettra aux universités de proposer aux candidats ne répondant pas aux « attendus » de proposer de rejoindre une année préparatoire intégrée dans la filière choisie. S’il est encore trop tôt pour avoir un avis sur la question et plus particulièrement sur le fait de savoir si ce dispositif offrira réellement une chance de réussite à ces candidats malheureux, la loi a ouvert une grande porte aux institutions privées qui elles aussi vont pouvoir proposer des formations, mais payantes. Pour la préparation au concours de première année de médecine, l’organisme privé Médisup (www.medisup.com) qui proposait déjà des stages de pré -rentrée et une préparation au concours PACES se déroulant au cours de l’année scolaire, innove pour la rentrée 2018-2019. Il propose une véritable année préparatoire de préparation à la première année (PES0), avec statut étudiant, pour un tarif de 9700 €. Il ne s’agit que d’un exemple, mais il est fort à parier que d’autres organismes vont profiter de l’aubaine créé par la loi pour proposer aux étudiants des familles qui pourront payer.

En apportant une réponse uniquement axée sur la mise en place de la sélection à l’entrée des universités, pour résoudre le problème de la sur-affluence vers les études supérieures universitaire d’une classe d’âge plus nombreuse, la loi Orientation et Réussite des Étudiants organise en fait un véritable marché de l’étudiant où les universités comme les autres formations pourront choisir librement leurs candidats, mais où aussi des organismes privés pourront développer un business. Parcoursup est un système d’orientation anxiogène pour les jeunes lycéens. 338 551 candidats étaient toujours en attente d’une affectation au 25 mai (Le monde du 27/28 mai). Contrairement à l’année dernière où les affectations s’effectuaient lors de plusieurs tours, les lycéens maintenant sont rivés sur l’évolution de leur classement et se prépare stressés aux épreuves à venir du bac. A ne pas douter, les familles inquiètes de l’avenir de leurs jeunes et pouvant payer feront de plus en plus appel à des solutions payantes pour augmenter, dans un environnement de plus en plus concurrentiel, les chances d’accès aux bonnes formations de leurs enfants. Plutôt que de proposer des formations supérieures professionnalisantes mieux valorisées, cette réforme préfère organiser la compétition entre les individus en organisant un marché du lycéen. Le lycéen devient une marchandise.

Aberration du concours de PACES

Fin du concours de première année de PACES vendredi 04 mai. Fin de l’enfer connu pendant une année entière. Des étudiants qui sortent épuisés, certains blancs, certains avec une crise de larmes. Enfin les tensions vont pouvoir s’évacuer et les vies mises entre parenthèses pendant une année entière vont pouvoir reprendre, avec l’angoisse pour les primants de devoir redoubler et pour les redoublants, l’idée de ne pas être reçus. Il faudra cependant plusieurs jours pour récupérer.

Retour sur une année de vie particulière, pas seulement pour l’étudiant, mais aussi pour toute sa famille qui s’est organisée en fonction.

Pour avoir des chances de réussir ce type d’épreuve, le futur étudiant doit déjà être en classe de terminale un très bon élève (avec une mention très bien). Mais avoir des facilités ne suffit pas. L’élève doit s’être, dés la terminale formaté pour devenir une machine à travailler, c’est à dire apte à absorber pendant plusieurs mois une très grosse charge de travail.

Mais cela ne suffit pas. Il faut également à la famille disposer de quelques moyens financiers pour payer une prépa privée pendant l’année (680 €/mois) et un stage de pré-rentrée à la fin de l’été. Cette prépa est indispensable, car les cours sont revus, et les étudiants sont préparés aux concours. On leur explique les stratégies à suivre, les pièges à éviter, on leurs donne des méthodes et on les soutiens moralement … Pour lutter contre cette inégalité par l’argent, les étudiants des années supérieures organisent un tutorat de très bonne qualité avec des cours que l’on peut photocopier des concours blancs. Mais le tutorat ne peut surpasser les cours  présentiels et en nombre réduit d’élèves des prépas privées, lesquelles donnent donc un avantage compétitif à ceux qui ont les moyens financiers de les suivre. Il faut également payer un appartement proche du lieu d’études, car il est impossible de réussir si l’étudiant doit perdre plusieurs heures par semaine dans les transports.

Mais cela ne suffit pas. La famille se doit d’assurer une présence affective, réconfortante et éviter à l’étudiant une solitude néfaste où les idées noires (je ne vais jamais y arriver, je suis nul …) ne manquent jamais de surgir. Il lui faut savoir gérer les coups de blues, ne pas mettre la pression, faire accepter l’éventualité de l’échec, même après deux tentatives. La vie ne s’arrête pas en cas d’échec et un étudiant qui s’est beaucoup investi a acquis des méthodes de travail, une volonté et une endurance qui lui permettront de réussir ailleurs. L’échec ne doit pas être vécu comme une fin, mais comme un nouveau départ. La famille a donc un rôle important à jouer dans la préparation mentale de l’étudiant.

Mais cela ne suffit pas. L’étudiant, en dépits de la mauvaise conscience que lui occasionne d’avoir des loisirs, doit s’aménager des moments de respiration. Le cerveau doit pouvoir décompresser. Cela peut être lire, pour d’autres faire ou écouter de la musique, du sport, une sortie entre amis … Le cerveau est comme un muscle et l’étudiant de PACES est comme un sportif de haut niveau qui se prépare à une compétition. Chez le sportif, le surentraînement conduit à la contre performance et dans le pire des cas, à la blessure. Chez l’étudiant de PACES, le burn-out et pire, la dépression ne sont jamais très loin et fatigué, le cerveau n’est plus capable d’apprendre. Il convient donc de l’oxygéner et de lui permettre de se reposer. En cela, les nuits passées à réviser sont une très mauvaise idée et il convient de se coucher à une heure raisonnable (pas après 23h).

Après avoir vécu un rythme effréné de la mi août à début mai, on pourrait espérer que la réussite soit au rendez vous. Mais rien n’est moins certain.

Pour permettre à l’étudiant d’aborder le concours dans de bonnes conditions, il faut s’occuper de toute la logistique. Le mieux étant de réserver un hôtel pour la durée du concours. Pour aborder l’épreuve dans de bonnes conditions et gérer les risques de découragement et de stress, une présence parentale est requise pendant toute la durée du concours (matin, midi et soir) et il faut éviter toute conversation génératrice de stress. Pour cela, les camarades, mêmes bons ne sont pas forcément de bonne compagnie car il faut éviter de parler des épreuves passées et toujours regarder devant soi.

Mais cela peut ne pas suffire car ce concours est et reste une affreuse loterie. L’étudiant doit bien lire les questions et être sensible aux subtilités et autres pièges que l’on peut trouver dans les QCM (Questions à Choix Multiple). Il lui faut éviter de sauter un QCM pour y revenir ensuite, car il n’y a rien de pire que cocher les cases avec un décalage entre questions et réponses (cela veut dire avoir tout faux, cela arrive). La chance joue également son rôle, dans certaines matières comme « Santé Social et Humanité », où l’étudiant doit restituer par cœur du cours (17 cours à apprendre par cœur) ou dans le domaine du médicament où il faut être capable de régurgiter des noms de médicaments et des chiffres. Cela s’appelle de la chance si juste avant l’épreuve, l’étudiant a pu relire sa fiche pendant la pause, celle qui portera sur le sujet retenu au concours.

Vous l’aurez compris. Pour réussir, avoir de bonnes dispositions ne suffit pas. Il faut également une famille ayant la possibilité de payer, bien informée, remplissant son rôle de soutien moral et logistique. Ce concours ne sélectionne pas seulement des étudiants pour leurs aptitudes au travail de forçat et à apprendre des masses d’information par cœur, mais également la famille dont ils sont issus. Voilà un principe républicain méritocratique bien mis à mal !

Il ne reste plus qu’à attendre la 3ème semaine de juin le verdict de cette loterie. Beaucoup de ceux qui échoueront et qui sont passés par toutes ces épreuves mériteraient de pouvoir poursuivre. Ils se retrouveront jetés par la faculté de médecine. Ce concours est un véritable gâchis humain. On ne comprend pas qu’alors les besoins en médecins ne sont plus pourvus, même en zone urbaine, qu’il manque tant de praticiens dans les différentes spécialités médicales et paramédicales, au point que les hôpitaux doivent faire appel à des médecins étrangers (qui n’exerceront pas dans leurs pays où les besoins sont encore plus mal couverts, bravo la France pour l’aide au développement), tant d’étudiants méritant soient irrémédiablement jetés. Conservatisme du corps médical ? Volonté de maîtriser la dépense de santé de la part de la Sécurité Sociale ? Le processus de fixation du numerus clausus est totalement opaque et antidémocratique. Une aberration en tout cas qui ne risque pas de disparaître de sitôt.

Une mobilisation étudiante bien veine contre parcoursSup

Au moment où le mouvement de mobilisation des étudiants d’universités se durcit contre la réforme de l’entrée à l’université qui introduit la sélection avec le nouveau système d’orientation des lycéens ParcourSup, il convient de s’interroger sur les véritables raisons de cette mobilisation.

Les premiers concernés, les lycéens ne se sont pour le moment pas mobilisés. Pourquoi alors, des étudiants qui ont obtenus leur place dans une université sont tant remontés contre ce projet ? Celui-ci a beau être inspiré par une idéologie libérale et basée sur la méritocratie, il n’en reste pas moins qu’il intervient au moment où le précédent système a sombré dans une crise sans issue, après la multiplication des tirage au sort dans des filières qui auparavant n’était pas réputées être en tension. Les syndicats étudiants et de personnels mobilisés refusent la sélection et défendent l’égal droit d’accès de tous à l’université. Hélas ce droit s’est effondré tout seul à cause de la saturation des universités due à la massification de l’accès d’une classe d’âge nombreuse au baccalauréat, problème que le précédent gouvernement socialiste n’a pas eu le courage de traiter. La solution serait donc pour certain d’allouer plus de moyens aux universités. Mais est-on certain qu’augmenter les places dans des filières en tension donnera un avenir professionnels à tous les étudiants ? Le marché du travail reste le seul juge, et il n’est pas nécessaire d’envoyer tant de jeunes dans des études qui ne leurs permettront pas de trouver un emploi. Le vrai problème reste un problème d’orientation et un tropisme élevé en France pour les études académiques plutôt que pour des études spécialisées et techniques trop peu valorisées et n’offrant pas suffisamment de places.

Hélas, les syndicats d’étudiants et de personnels mobilisés contre cette réforme ne sont porteurs d’aucun contre projet viable et porteur d’avenir et de chance de réussite pour tous les jeunes, car à aucun moment ils ne prennent en compte ce problème d’orientation. Apparemment, cela ne semblent pas être dans leurs objectifs de proposer un contre projet crédible. Face à un gouvernement libéral tout puissant et qui croit pouvoir passer en force sur plusieurs sujet de société, cette mobilisation est plutôt, un moyen d’affirmer pour les jeunes une identité de contestataire gauchisant espérant ré éditer un mai 68 en 2018, mais sans véritable projet de société. En ne voulant pas prendre en compte le problème de saturation des université et préférant un système basé sur le tirage au sort et la sélection par l’échec, cette mobilisation défend finalement une position très conservatrice. Ce faisant, elle se condamne elle même et permettra au gouvernement de faire passer sa réforme en l’absence de véritable projet éducatif alternatif crédible pour l’ensemble de la jeunesse.