Ouf, c’est la fin de notes

La fin de l’année approche. Les bulletins de notes devant être remplis avant une certaine date, la fin des notes a été décrétée pour le 06 juin.

Nous observons en conséquence une forte baisse de la pression reposant sur les élèves.

Dans certaines matières, le programme est terminé, alors qu’il reste encore trois semaines. Fallait-il pour autant que l’année scolaire fût une course contre le temps ? Il eut été plus judicieux de laisser le temps aux élèves de comprendre plutôt que de s’astreindre à vouloir à tout prix terminer le programme. Comme si « terminer le programme » devenait un objectif plus important que d’assurer par 100 % des élèves une bonne compréhension de 80% du programme. Cette volonté de terminer le programme à tout prix ne peut se comprendre que dans un système élitiste visant à assurer que les élèves les meilleurs ne prennent pas de retard.

Mon enfant  rapporté des propos d’enseignant insistant sur la nécessité de travailler jusqu’à la fin de l’année, comme si ceux-ci étaient inquiets des effets du relâchement de pression sur l’assiduité des élèves. Là où je suis surpris, c’est que certains de ce mêmes enseignants trouvent d’eux-même d’autres manières de faire travailler les élèves, comme en français où des activités de théâtre leurs sont proposées.

Ce qui prouve bien que l’on peut faire travailler les élèves et les motiver autrement qu’à coups de matraque.

Apprendre l’anglais (mal)

Alerte, la fin de l’année approche et le programme d’anglais n’est pas terminé, la faute en revenant aux absences fréquentes.

Donc vite, on balance un cours d’anglais sur le prétérit, sans se soucier si les élèves comprennent ou non. Comme d’habitude, mon enfant se plains de n’avoir pas compris, l’enseignant écrit dans tous les sens sur son tableau noir, le cours rapporté sur le cahier nécessite une synthèse (bien entendue effectuée par les parents) pour pouvoir être appris.

Il paraît que les français ne sont pas bon en langues. En tout cas, cela ne risque pas de s’améliorer si les enfants ne parlent pas un minimum et se contentent d’apprendre leurs leçons en bachotant.

Face sombre ou face claire ?

Si un certain nombre de pratiques constatées dans le collège fréquenté par mon enfant me paraissent contestables, il en est d’autres qui sont de nature à remotiver les élèves et méritent d’être saluées. Le paradoxe provient du fait que les mêmes enseignants peuvent à la fois avoir des exigences élevées de nature à conduire certains élèves à l’échec et en même temps faire preuve d’initiatives excellentes. Ainsi, en cette fin d’année scolaire, les élèves sont amenés à faire du théâtre et à jouer devant leurs camarades. Mon enfant y a trouvé un plaisir qui m’a ravi.

Lors de la fête du collège, nous avons pu observer qu’avec leurs faibles moyens, des enseignants arrivaient à mettre en œuvre des petits projets.

Que penser alors ? Sommes nous face à des personnes qui mettent volontairement en œuvre une stratégie d’enseignement sélective et élitiste ? Je ne pense pas. J’ai plutôt l’impression que certaines de ces pratiques ont depuis toujours été mises en œuvre, malgré le questionnement menées par des chercheurs, syndicats, associations … Ces anciennes pratiques sont sans doutes celles reproduites par l’enseignant alors que lui même était élève. Le discours politique sur le retour de l' »Autorité » et sur le « Socle » des connaissances indispensables n’a pas aidé au questionnement.

La manière de gérer une classe, comment se comporter face à des élèves difficiles et perturbateurs, comment motiver et intéresser les élèves ne paraissent pas être enseigné aux élèves enseignants. Leur formation semble être essentiellement axée sur les savoirs au détriment de l’art d’enseigner.

Au final, ces pratiques que j’ai pu contester dans mes précédents articles me semblent être mises en œuvre par des enseignants qui n’ont pas conscience des effets néfastes sur le développement de l’enfant. Ceux-ci, en fin de compte, ne cherche qu’à exercer leur métier du mieux qu’il le peuvent.

Il n’en reste pas moins qu’il est urgent de leurs fournir les outils pédagogiques qui permettront d’amener le plus grand nombre à la réussite et à façonner le citoyen de demain. A l’heure des réduction budgétaires, le gouvernement ne semble malheureusement pas considérer que la formation initiale et la formation continue des enseignants soit une priorité. Malheureusement, tout repose sur des initiatives individuelles et trop isolées.

Projet d’évaluation en fin de 5ième : arrêtons de saturer nos enfants

Quelle est donc cette idée du gouvernement de vouloir instaurer une évaluation nationale en fin de 5ième  (voir Le Monde du 06 mai 2011, « Une évaluation en fin de 5ième ravive les craintes sur le collège unique) ?

On peut légitimement soupçonner le gouvernement de vouloir écarter les élèves les plus en difficulté afin de ne pas gêner les meilleurs élèves dans la course au diplôme le plus prestigieux et de vouloir répondre à la crainte diffuse de déclassement social de certains parents voyant sa progéniture fréquenter dans les mêmes classes des enfants de milieux sociaux professionnels conduisant moins la réussite scolaire.

Au delà de ce débat, l’argument principal justifiant un tel projet est la volonté de disposer « d’informations statistiques comme point d’étape entre les évaluations de CM2 et le diplôme national du brevet ». On y reconnait un discours de type « langue de bois » que l’on entend souvent dans les entreprises et qui s’est semble-t-il diffusé ai sein de l’éducation national. Plutôt que de s’intéresser à la réalité du terrain, les décideurs ou managers réclament des indicateurs pour ne pas être aveugles dans leurs tâches de pilotage et pouvoir mesurer les effets de leurs décisions. C’est beaucoup plus facile pour eux de procéder ainsi en restant dans leur tour d’ivoire plutôt que d’engager de s’intéresser aux études de terrain et d’engager une concertation avec les différents acteurs (syndicats d’enseignants et de parents d’élèves, chercheurs et sociologues). C’est aussi bien plus confortable, car cela évite d’avoir à se remettre trop en cause. Dans la masse des moyennes, les particularités sont gommées.

On peut surtout craindre les effets sur nos enfants : sans cesse évalués, mesurés sous toutes les coutures. Ne va-t-on pas fabriquer une génération d’élèves stressés dés le collège ? Une part croissante de ces élèves risque de sombrer dans la dépression à l’âge adulte, quant en suivant cette logique d’évaluation constante actuellement à l’oeuvre au collège, ils devront fournir toujours plus dans le milieu professionnel ?

Par ailleurs, le brevet des collèges sollicite déjà les enseignants au détriment des enseignements. L’instauration d’une évaluation en fin de 5ième conduira une fois de plus à réduire le nombre d’heures dispensée à l’enseignement. Drôle d’époque où le temps passé aux évaluations ne cesse de croître au détriment des apprentissages.

Des larmes pour commencer les vacances

Je pouvais espérer vendredi 08 mars au soir, de retrouver mon enfant content d’être en vacances. Il était en larmes, car une avalanche de devoirs lui est tombé dessus. Mentionnons entre autre, un devoir maison en mathématique, un exposé sur un personnage de la mythologie, un livre à lire, un travail s’y rapportant et une rédaction.

Il était confronté au sentiment que même avec la meilleure volonté du monde, il ne saurait y faire face. Nous avons bien été obligé de l’aider pour qu’il surmonte cette peur de ne pas être à la hauteur.

Jusqu’à aujourd’hui, cela représente une journée complète de devoir et cela n’est pas fini.

Je ne comprends pas cette volonté de vouloir pousser les élèves au maximum de leurs possibilités. Quel hypocrisie que de penser que tous les élèves pourront répondre à des exigences aussi élevées : tous les parents n’auront pas la possibilité ou la capacité à apporter l’aide nécessaire. On risque là de décourager certains élèves.

Quel est ce collège qui stress à ce point les enfants qui ont le défaut de vouloir être à la hauteur, de ne pas décevoir et que l’on peut pousser à en faire toujours plus ?  L’épuisement guette ce genre d’enfants qui ne savent pas prendre suffisamment de recul.

Dans un monde en constante accélération, les enfants on le droit d’avoir une vraie coupure pour décompresser. Les devoirs sont nécessaires, mais il convient de rester dans la bonne mesure.

Commentaires sur la valeur ajoutée des établissements

Il est donc possible de classer les lycées et donc les collèges en fonction de leur valeur ajoutée (voir sur dans l’édition du 31 mars 2011 ou sur lemonde.fr : Ces lycées qui permettent aux élèves de se dépasser), c’est-à-dire sur leur capacité à amener tous les jeunes à la réussite.

L’article permet de s’interroger sur ce qui permet de casser « une logique de l’échec scolaire lié au milieu d’origine » et permet de garder espoir. Les établissements parvenant à maintenir le principe de l’égalité des chances existent. Ils ont su inventer d’autres manières de faire, à moyen égaux. Je cite des éléments de l’article :

– tenir la main des gamins, multiplier l’offre. Des études pendant la journée, l’aide aux devoirs […], des stages de méthodologie […]

– écoute et respect du jeune pour lui demander ensuite de se mettre au travail

– un cadre rigoureux

– expliquer la sanction

– substitution au conseil de discipline une commission de vie scolaire

– rencontres parents / professeurs,  enseignants n’hésitant pas téléphoner aux parents

– des contrats moraux …

(voir aussi quelques idées intéressantes dans le commentaire de Gaëtan CALMES dans Une logique d’entreprise dans les établissements scolaires ?)

On voit bien qu’une des clés du problème se trouve dans la relation des élèves avec leurs enseignants. Certains parviennent à amener les enfants et les jeunes à la réussite, même si ceux-ci sont difficiles. Ce n’est pas qu’une question de moyens.

Si les journalistes du journal Le Monde ont su faire cet exercice (voir Bac 2010 : le palmarès des lycées ), on peut supposer que les académies et le ministère de l’éducation national peuvent en faire de même.

Puisque le diagnostic peut être posé établissement par établissement, puisque des solutions ont été mises en place, qu’attendons nous alors ? Qu’attend notre ministre de l’éducation nationale pour faire changer les pratiques des établissements à valeur ajoutée faible ou négative ? Qu’attend-t-il pour donner aux enseignants en difficulté dans leur pratique les outils pédagogiques et comportementaux nécessaires ? Il ne suffit pas d’avoir une tête remplie de connaissances pour savoir les transmettre. Savoir transmettre demande de l’expérience, mais aussi du savoir être. Le savoir être pour un enseignant est un ensemble de pratiques comportementales lui permettant d’avoir l’attitude appropriée face à une classe, en toutes circonstances, mais aussi d’avoir la réponse adéquate lorsque les difficultés arrivent. Mentionnons entre autre : savoir identifier dans un groupe les alliés sur lesquels l’enseignant peut s’appuyer, les septiques, les perturbateurs , savoir agir sur les perturbateurs sans que ceux-ci ne se sentent agressés (par exemple : ne pas entrer dans son périmètre de sécurité, respecter une distance minimale) …

Certains possèdent le savoir être de manière innée. Mais d’autres ont besoin de l’acquérir. Certains parviendront à l’acquérir au bout de quelques années devant une classe. Malheureusement, les difficultés seront telles pour d’autres qu’ils n’y parviendront pas. Tous peuvent cependant être formés pour progresser dans leur pratique quotidienne !

Dans certaines entreprises, il existe un certain nombre de stages proposés aux salariés cadres pour travailler sur le savoir être.

Ce n’est pourtant pas une idée lumineuse que celle de penser que les enseignants devrait pouvoir bénéficier de ce genre de formation et qu’il serait bon de s’inspirer de ces établissements « qui font des petits miracles ».

Une logique d’entreprise dans les établissements scolaires ?

Dans Contre Enquête du journal Le Monde daté du vendredi 11 février, on comprend que par petites réformes successives se dessine l’école de demain :

– institution d’une prime pour les chefs d’établissement méritants

– publication des résultats des établissements (du bac, du brevet des collèges, souhait du gouvernement de publier les résultats des évaluations nationales effectuées dans les écoles primaires)

– possibilité pour chaque établissement de développer son projet et de jouer la carte de la spécialisation

– suppression de la carte scolaire et soi disante possibilité pour les parents de choisir l’établissement de leurs enfants

Il s’agit d’une école qui cherchera à faire valoir ses résultats, ses particularités, ses options, pour attirer à elles les élèves qu’elle souhaite voir dans ses locaux. Une entreprise, de même, fait valoir ses bons résultats dans la presse pour contenter ses actionnaires et attirer à elle de nouveaux actionnaires. Le marché se charge de sanctionner l’entreprise si survient de mauvais résultats ou si la confiance disparait.

Les établissements se retrouveront en concurrence pour attirer les élèves les plus méritants que l’on trouve dans les classes sociales instruites et aisées. La liberté de choix pour tous les autres restera théorique, car faute de résultats à la hauteur des exigences nouvelles de ces établissements, ou faute d’un parent susceptible d’amener l’enfant dans l’établissement en voiture, puisqu’on ne voit pas comment l’établissement désiré puisse se trouver systématiquement dans le même secteur géographique que le logement familiale.

Pour éviter toute critique, le gouvernement a inventé les internat d’excellence pour les élèves méritants des classes populaires. Il faut bien que l’école reste un peu républicaine.

Et tous les autres, ceux dont les parents ne sont pas suffisamment riches ou dont les résultats scolaires ne sont pas suffisamment bons continueront de se rendre dans l’établissement de leur secteur. Et tant pis pour eux si cet établissement est mauvais. Tant pis pour eux si leurs trajectoires les mènera à exercer des petits métiers ou pas de métiers du tout. Quant à eux, les enfants des classes aisées n’auront pas connu de déclassement. Ils continueront de se retrouver ensemble dans les établissements de l’enseignement supérieurs les plus prestigieux. Ils pourront se convaincre qu’ils ont du mérite à avoir pu passer toutes les étapes de la sélection et ils pourront oublier que tous n’avaient pas les mêmes chances.
Nous sommes dans un étonnant pays qui ne parait pas comprendre que pour avoir une chance dans un monde globalisé et trop en concurrence, la formation de nos enfants est capitale, que nous devons leurs donner à tous les chances de réussir. L’innovation émerge du brassage des idées et des personnes et non de la préservation des castes sociales.

Une punition disproportionnée

Un élève pas particulièrement difficile a discuté en classe. 4 heures de colles lui sont infligées !

Il n’y aurait donc plus aucune proportion entre la gravité de l’acte et la sanction ? Pour un acte plus grave, un élève pourrait être sanctionné d’une punition plus légère pour peu que l’enseignant sanctionnant ne soit pas le même.

Que peuvent donc penser les élèves face à un tel arbitraire ?

La sanction perd tout son sens et les élèves doivent avoir une idée de la justice dans le monde des adultes bien peu glorieuse …

Le plan Chatel pour redonner goût aux sciences : un plan pour rien

Le plan du ministre de l’Éducation National, Luc Chatel, visant à redonner le goût des sciences et réconcilier les jeunes Français avec les mathématiques (voir Le Monde du dimanche  30 – lundi 31 janvier) est bien vain. Encore un plan pour démontrer à son président et à l’opinion que l’on a mis en œuvre un plan d’action. Pour ceux qui ne sont pas habitués à cette subtile langue de bois que j’ai appris dans le monde de l’entreprise, on met en oeuvre un plan d’action lorsqu’un risque est détecté ou que celui-ci est avéré afin de réduire ce risque. Le plus important est de montrer que l’on a mis en œuvre un plan d’action et non de mettre en place un plan d’action efficace. Ainsi, on pourra toujours dire que l’on a tout essayé.

Tout sauf d’essayer d’apprendre les sciences différemment dès le collège. La prépondérance des apprentissages par cœur et la bonne exécution d’exercices est trop importante, alors que ce qui compte avant tout, c’est de développer chez l’enfant la curiosité, le plaisir de découvrir, l’esprit critique, la capacité à rechercher.

Rien d’étonnant à ce que les jeunes s’en détournent si la méthode d’apprentissage est le matraquage.

Rien d’étonnant à ce que les parents des mêmes jeunes les détournent des études scientifiques, si eux-même après avoir effectué des études scientifiques (hors écoles d’ingénieurs) se sont retrouvés sur le marché de l’emploi à un moment donné sans emploi, leurs illusions perdues. Rappelons à ce qui n’ont pas de mémoire qu’à la fin des années 1980, les études scientifiques étaient une bonne garantie de trouver un emploi à l’issue des études, choses qui a changé au début des années 1990 où l’on a découvert le chômage des diplômés.

Que peut-on penser des études scientifiques lorsque l’emploi que nous avons la chance d’avoir n’a rien à voir avec les études scientifiques que nous avons effectuées, ni avec nos rêves d’étudiant ?

Rien d’étonnant, si en dehors de l’excellence il n’y ait pas de salut (tout le monde ne peut pas être premier de la classe), que l’on ait pas envie que nos enfants suivent ce type de voie.

A quoi sert le brevet des collèges ?

Quelle est l’utilité du brevet des collèges ? S’agit-il d’un diplôme permettant à un jeune sorti prématurément du système scolaire de trouver du travail ?

Certainement pas, puisque s’il s’est trouvé en situation d’échec, il n’aura pas le brevet des collèges.  Peut-être aura-t-il tout de même réussi une voie professionnalisante, type CAP ou BEP.

Il ne s’agit pas non plus d’un diplôme permettant le passage en seconde. Quelle est donc son utilité ?

Il s’agit en fait de préparer les jeunes à passer le baccalauréat et une fraction d’entre eux à passer toutes les étapes de la méritocratie à la française basée sur les concours : concours d’entrée dans les petites et grandes écoles, concours d’entrée dans les administrations et pour l’élite de l’élite, l’ENA.

Le brevet des collèges n’est que la première étape qui permettra de figer dans le marbre le mérite de nos enfants, lequel mérite leurs attribuera une position sociale plus ou moins enviée.

Nos enfants doivent donc bien s’adapter à ce moule.