Narcissisme exaspéré, un effet délétère sur la classe

On lira avec beaucoup d’intérêt l’article publié dans Le Monde du 22 mars 2013  : Marcel Gauchet : « Une pédagogie vraiment éclairée est à inventer » qui liste un ensemble de qualités qu’un professeur doit avoir pour exercer son métier : « Un professeur, idéalement, doit être à la fois meneur de groupe, comédien, psychologue, avec en plus des connaissances approfondies sur ce qu’il enseigne. En même temps, c’est le métier de l’humain par excellence. Le métier qui permet à chaque enfant de développer son humanité« . On se rapportera également aux articles publiés sur le sujet sur ce blog (catégories : pédagogie/savoir être).

Au delà des qualités dont un professeur doit aujourd’hui disposer pour pouvoir enseigner dans de bonnes conditions, il doit pouvoir comprendre la dynamique de groupe qui anime une classe. Les années se suivant et ne se ressemblant pas nécessairement, les professeurs font face à des classes avec lesquelles il est agréable de travailler, lesquelles ne sont pas nécessairement des classes excellentes et d’autres années, sont confrontées à des classes impossible à gérer, dans lesquelles une partie conséquente de la classe, sous l’impulsion de quelques meneurs, rendent la vie du reste de la classe et des enseignants infernale.

Si les limites fixées au moyen de sanctions sont à un moment donné nécessaires, il est tout aussi important de chercher à comprendre les interactions entre les élèves conduisant à de tels débordements. Les problèmes extérieurs à l’école(familiaux, violence …) portés par certains élèves, la perte de motivation, les difficultés scolaires conduisant au décrochage sont autant de causes qui peuvent amener des élèves à devenir perturbateurs. Mais on ne peut comprendre les mécanismes qui conduisent des élèves à devenir des perturbateurs actifs sans s’intéresser à leurs recherches effrénées de valorisation.

Un bon élève se trouve valorisé par ses bonnes notes et le regard positif que portent sur lui ses enseignants et ses parents. D’autres éléments de valorisation peuvent être recherchés dans le sport ou dans la reconnaissance par les pairs.  Un certain nombre d’élèves ne trouvent cependant pas des éléments de valorisation dans leurs résultats scolaires et peut-être ne trouvent-ils pas des éléments de valorisation dans leurs familles. Ils rechercheront alors à être valorisés face à leurs pairs.

Pour se sentir être, et pour ne pas se retrouver seul, l’appartenance à un groupe devient pour beaucoup d’élèves une nécessité. Elle passe alors par l’acceptation de contraintes imposées par les leaders du groupe. Ainsi un élève ordinairement doux peut être amené à donner une gifle à un élève n’appartenant pas au groupe pour prouver son allégeance. De manière classique, on identifiera de préférence un élève en situation de faiblesse et on le persécutera. Cela passera par des railleries, des moqueries et l’exclusion. Un jeu particulièrement pervers est d’intégrer dans le groupe le camarade ordinairement exclu à un moment donné, puis de l’exclure à nouveau, dans le but de le faire souffrir. L’exclu peut être amené à s’excuser de ne pas être comme les autres et à s’humilier. Ce type de jeu de persécution d’autrui est très courant et ne devient visible aux yeux des adultes que lorsqu’il prend la forme de violences physiques. Il commence néanmoins bien avant les premiers coups  et produit des effets délétères avant de se traduire par des violences physiques.

Un groupe d’élèves  se fréquentant tout au long de sa scolarité finit ainsi  par contaminer un ensemble suffisamment important d’élèves pour que les rapports entre élèves soient essentiellement guidés par le besoin narcissique de reconnaissance et que règne une mauvaise ambiance d’ensemble, avec des groupes opposés, des souffres douleurs et des élèves qui perturberont pour se faire valoir.

De fait, la communauté éducative ferait bien de s’intéresser aux interactions entre élèves dans les cours de récréation en vue de pacifier les rapports entre les élèves. Cela doit nécessairement passer par la mise en place d’un système de médiation pour résoudre les conflits entre élèves et favoriser un processus de réparation face aux fautes commises plutôt que des sanctions systématiques. Les élèves doivent apprendre à mettre des mots sur leurs émotions et à écouter leurs camarades. Ce qu’on appelle instruction civique devrait être axé sur l’apprentissage du vivre ensemble. Celui-ci ne peut pas  se résumer qu’à l’apprentissage de règles de conduite, mais nécessite aussi d’apprendre à prendre en compte l’autre et de comprendre la souffrance que l’on peut lui infliger. Il existe des techniques tel que le théâtre de rue ou encore les jeux de rôles qui permettent de mettre en scène des situations de la vie quotidienne afin que les élèves parviennent à comprendre comment par leurs paroles, leurs gestes et attitudes, ils peuvent blesser leurs camarades et ce que l’on ressent lorsque l’on se retrouve à son tour exclu. Ensuite, le  vivre ensemble passe par la réalisation de projets communs valorisant pour le groupe.

Nous pouvons tous constater au quotidien qu’un certain nombre de parents sont défaillants dans l’éducation de leurs enfants. L’institution scolaire est cependant bien impuissante pour faire évoluer ces parents et les moyens de pression sont très limités. Il faut donc bien admettre que ce cantonner à un discours sur la responsabilité des parents ne permet pas d’éviter qu’il devienne difficile d’enseigner même dans certaines classes de CP ! Le discours traditionnel qui consiste à renvoyer la responsabilité sur les parents a démontré son échec.

L’enseignant ne peut certes pas tout. C’est une véritable équipe éducative composée aussi d’éducateurs  qui au travers d’un projet de vie de l’établissement parviendra  à redresser, au travers d’une éducation citoyenne, les défaillances éducatives de certains parents et permettra aux élèves à dépasser leur recherche de reconnaissance narcissique.

Cela ne sera qu’au prix d’une totale remise en cause des objectifs et moyens de l’école qu’il sera possible de pacifier les rapports entre élèves, reconstruire du lien, instaurer une ambiance chaleureuse et restaurer pour les professeurs de bonnes conditions d’enseignement.

Un cours annulé par erreur, une absence injustifiée dans Pronote

En cas d’absence programmée des enseignants, les parents sont censés être avertis à l’avance par le biais du carnet de correspondance, qui en retour doit être signé. L’information peut également être trouvée sur le système Pronote accessible à partir du site internet du collège.

L’erreur est cependant humaine et des imprévus peuvent survenir, ce qui se comprend aisément. Ce que nous ne comprenons cependant pas, c’est qu’en cas d’information erronée de la part du collège sur un cours qui devait être annulé mais qui ne l’est pas en fin de compte, un billet d’absence soit demandé aux élèves absents. Les élèves, par la voix de leur délégué ont fait bien fait valoir que ceux-ci n’était pas responsables car ils n’étaient pas à l’origine de l’erreur. L’argument avait été accepté, mais pour le respect de la « procédure » le billet d’absence tout de même demandé, avec un motif « information erronée ».

A notre grande surprise, cette absence s’est transformée en mention d’absence « absence injustifiée » dans le système Pronote.

Si la nécessité de tracer cette absence est une exigence importante pour le collège,  elle peut être répertoriée comme absence justifiée (la codification existe dans Pronote). Mais dans ce cas, nous attendrions de la part du collège la même rigueur dans le traçage des absences des enseignants sur Pronote. Certaines absences sont bien répertoriées, mais pas toute. De plus, il devrait être possible pour les élèves et leurs parents de de justifier une absence. Telle n’a pas été le cas, notre intervention a été royalement ignorée, ce qui nous conforte dans l’idée que le collège nous cantonne à l’extérieur et ne reconnaît aux parents aucuns droits.

Cet exemple illustre malheureusement l’absence de valeur donnée à la parole des jeunes, même lorsque celle-ci est étayée par des preuves attestant l’absence de faute de leurs part. La procédure est plus importante que l’équité ! Pronote est un outil de suivi certainement intéressant, mais il semble bien que ses concepteurs aient oubliés la possibilité pour les élèves et leurs parents de faire valoir leur droit de rectification.

Extrait du droit de rectification sur le site de la CNIL »

Toute personne peut faire rectifier des informations qui la concernent

  • Toute personne peut faire rectifier,compléter,actualiser,verrouiller ou effacer des informations qui la concernent lorsque ont été décelées des erreurs, des inexactitudes ou la présence de données dont la collecte, l’utilisation, la communication ou la conservation est interdite.
  • Le droit de rectification constitue un complément essentiel du droit d’accès.
  • Lorsque des modifications sont apportées aux données concernant une personne qui a exercé son droit de rectification, le responsable du traitement doit justifier, sans frais pour la personne qui en a fait la demande, des opérations qu’il a effectuées.

On se demande quelle est l’utilité de l’instruction civique dans les collèges de la République qui bafouent ainsi les droits élémentaires. Voilà encore un bien mauvais exemple pour des jeunes dont la personnalité se structure.

 

Pédagogie de la terreur

Comment rendre une matière aussi passionnante telle que les sciences de la vie et de la terre rébarbative, inintéressantes, tout en parvenant à obtenir des enfants qu’ils apprennent tout de même leurs leçons ?

Tout commence par l’institution d’un règlement spécifique remis à l’élève en début d’année spécifiant toutes leurs obligations et formulant la menace de sanctions en gros et gras, pour tout manquement à ces obligations.

Les enseignements sont de nature magistrale, sans interactions avec la classe, autres que celles à sens unique du professeur qui interroge l’élève pour évaluer ses connaissances et éventuellement le réprimander. Le calme règne dans la classe, mais l’enthousiasme est absent, car prime la peur d’être puni pour un écart de conduite ou d’être réprimandé pour  une question inappropriée, ou de ne pas savoir.

Les leçons sont une suite de définitions ou de propriétés à apprendre par cœur, en vue d’une restitution quasi textuelle ou d’une mise en application de connaissances selon les méthodes de l’enseignant lors des évaluations. Le sens de l’observation, de l’analyse et de la déduction, l’esprit critique par rapport aux documents utilisés n’est pas développé. La primauté est donnée à l’acquisition brute et rapide de connaissances, en vue de boucler le programme.

L’ordre est maintenu en utilisant l’arbitraire des retenues données pour n’importe quel motif. Même du matériel oublié est un motif à retenue. Pour cultiver sa personnalité intransigeante, rien de tel que se vanter devant les élèves d’avoir battu son record d’heures de retenues distribuées dans la journée !

Pour maintenir un sentiment généralisé d’un travail personnel jamais suffisant, la notation est plus sévère. Cela est particulièrement visible sur une classe de niveau globale plutôt bon dont la moyenne générale en SVT est bien en dessous de celle des autres matières.

Afin que la pression exercée sur les élèves soit constante, des évaluations surprises sont organisées régulièrement. Celles-ci peuvent porter sur des leçons de début d’année et ne portent pas forcément sur les leçons du moment. Si les élèves ont une obligation forte de connaître la totalité de leur cours, celle que l’enseignant se fixe est bien peu exigeante, puisque le délai moyen qu’il s’attribue pour restituer les corrections est d’un mois.

Si les heures de vie scolaire permettent aux élèves de formuler ce qui ne va pas devant leur professeur principal, aucune suite n’est donnée, aucune médiation n’est possible. Les délégués des parents d’élèves, sans légitimité reconnue par l’institution scolaire et trop effrayés de s’aventurer sur le champ mouvant de la remise en cause des méthodes pédagogique d’un professeur, préfèrent concentrer leurs actions sur le cas d’un surveillant se prenant pour un caporal. Les parents des élèves les plus en souffrance préfèrent rencontrer l’enseignant directement lors des rencontres parents professeur, plutôt que de faire appel à leurs délégués élus. Ce professeur était celui dont la file d’attente était la plus importante de tous les enseignants.

Difficile dans ses conditions de faire aimer cette matière à nos enfants, quant ceux-ci redoutent les cours avec ce professeur. Si notre pays a besoins de réactiver les vocations scientifiques parmi nos jeunes, je doute que l’emploi d’une pédagogie de la terreur soit le moyen le plus approprié.

 

Les revendications d’un élève de 4ième

Puisque l’école républicaine est censée formée les citoyens de demain, elle devrait être également à l’écoute des élèves la fréquentant. Des élections de délégués sont bien organisés tous les ans, des séances d’expression sur la vie scolaire ont lieu régulièrement, les délégués sont bien présents aux conseils de classe. Cela semble suffisant pour beaucoup d’enseignants et de parents d’élèves. Néanmoins, les droits des élèves n’étant énoncés clairement par personne, les règlements divers et variés que nous signons en tant que parents d’élèves faisant plus le catalogue des obligations des élèves, il m’a semblé judicieux de retranscrire ci-dessous les revendication de mon enfant.

Le droit de ne pas savoir

  • Interdiction des réprimandes et sanctions au cas où l’élève ne sait pas.
  • Interdiction des sanctions pour les élèves n’apprenant par leurs leçons. L’élève se pénalise lui-même s’il refuse d’apprendre. Aux enseignants de faire comprendre à celui-ci où se trouve son intérêt et qu’en travaillant à l’école, il construit son avenir.
  • Reconnaitre le droit de ne pas comprendre. Interdiction des jugements d’enseignants dévalorisants. Obligation de ré-expliquer.
  • Interdiction des bulletins trimestriels présentant dans chaque matière la moyenne de la classe, les notes minimum et maximales. Ce système conduit à une compétition malsaine qui décourage les plus faibles.
  • Non aux évaluations qui sanctionnent les élèves avec des notes, les stressent, oui à des évaluations qui font le point des connaissances et permettent de progresser.

Le droit d’organiser son temps libre

  • Le droit aux 35 heures comme les adultes. La semaine d’un élève de 4ième qui veut être à la hauteur des exigences de ses enseignants est de 42 heures, en raison des 2 heures de travail quotidiens nécessaires.
  • Pour des évaluations planifiées une semaine à l’avance.
  • Obligation pour les enseignants de se coordonner entre eux pour éviter une surcharge en évaluations et de transformer certaines semaines en partiels d’université.
  • Le droit de se reposer pendant les vacances, de ne pas être inondé de révisions en vue de séries d’évaluations à la rentrée. Rappelons que les enseignants disposent de ce droit également et tiennent à ces vacances plus longues que la plupart des autres salariés.

Le droit à une pause déjeuné

  • Interdiction des matinées de 5 heures de cours.
  • Stop aux repas pris en 10 minutes.
  • Interdiction des billets de retard demandés par les enseignants lorsque l’élève n’a pas eu le temps de prendre son repas à la cantine pour cause de surfréquentation et mauvaise organisation.
  • Pour des espaces de détente et de travail calmes disponibles pendant l’heure de midi.

Le droit à la défense

  • Stop aux sanctions sans possibilité de s’expliquer et d’être écouté.
  • Pour un rôle de modérateur du Conseillé Principal d’Éducation dans les sanctions délivrées par les enseignants. Il est anormal qu’un enseignant délivre à 10 élèves d’une même classe une heure de colle pour du matériel oublié au domicile.
  • Le droit d’être assisté dans les affaires les plus graves.

Le droit à la santé

  • Le droit à des toilettes propres en en quantité suffisante
  • Stop aux cartables trop lourds (12 kg en classe de 4ième). Interdiction des cahiers, obligation d’utiliser des feuilles de classeur, interdiction des livres dans les cartables.
  • Le droit de s’abriter lorsqu’il pleut ou fait froid. Les élèves sont trop souvent parqués dans la cours. C’est au principal de trouver des solutions si le collège n’est pas adapté et pas aux élèves de subir les conséquences de non choix d’investissements de la collectivité.

 

Certains enseignants sont des sélectionneurs

La vocation de certains enseignants de collège est-elle d’enseigner ou de sélectionner les meilleurs élèves ? C’est la question que je me suis posée lorsque mon enfant m’a raconté comment se déroulait une évaluation de sciences et vie de la terre.

A la fin de la dite évaluation, l’enseignant engage un compte à rebours de 10 à 0. A zéro, les élèves doivent avoir posé leur stylo et avoir levé les mains en l’air. Un des élèves faisant remarquer qu’il avait omis de noter son nom sur sa copie s’est vu répondre qu’il aurait dû y penser auparavant et qu’il était maintenant trop tard.

Ce récit m’a rappelé la fin des concours que j’ai pu passer, il y a un bon nombre d’années. L’objet d’un concours n’est pas de vérifier le niveau des candidats, mais de distinguer ceux que le système considère les meilleurs au vu des critères communément acceptés, à savoir absence d’émotivité, capacité à bachoter, rapidité dans la mise en œuvre des techniques ou la restitution des savoirs ingurgitées pendant deux à trois années de bourrage de crane intensif.

Mais là, les élèves en question sont des élèves de classe de quatrième âgés de 13 ans  et non pas des élèves de classe préparatoire de 19-20 ans. Ils ne sont pas censé être en classe pour savoir qui ira à polytechnique ou à HEC ou sciences po … Cette enseignante semble oublier que son rôle premier est d’enseigner une matière passionnante et non pas de chercher à établir une hiérarchie dans les élèves.

L’important n’est-il pas que tous les élèves acquièrent des connaissances, aient du plaisir à apprendre et réussissent ? Où est le problème si certains élèves prennent quelques minutes de plus pour terminer une phrase ou même une question ? Pourquoi considère-t-on que cela créera une distorsion entre les élèves, entre ceux qui se sont arrêtés à l’heure et ceux ayant poursuivi quelques minutes ? Quelle importance cela a-t-il donc de savoir qui est le premier, le deuxième, le dixième et le dernier ? Pourquoi ce besoin d’avoir une répartition des notes qui doit impérativement s’effectuer selon une courbe de gauss avec une moyenne de la classe au dessus de 10, mais pas trop tout de même ?

La vrai raison de tel comportement est qu’un premier cap de sélection s’opère en fin de classe de troisième et que  les élèves sont orientés non pas en fonction de leurs désirs et projets professionnels mais en fonction des performances ou non performances mesurées au cours des années de collège. Au plus méritant, les lycées d’enseignement général et la voie royale, aux autres les filières de relégation. L’orientation ne s’effectue pas en fonction d’un projet de vie mais en fonction d’un classement et se justifie en fonction de ce dernier. Si un élève va dans l’enseignement professionnelle, il doit savoir qu’il doit cette orientation à une mauvaise position dans le classement inofficiel que la comparaison des graphiques de profils d’élèves établis par ce fantastique logiciel de l’éducation national qu’est PRONOTE, permet d’établir d’un simple coup d’œil.

Le comportement de cet enseignant révèle donc un détournement de objectif affiché de de réussite de tous les élèves au collège vers une compétition en vue des sélections à venir.

 

Le collège : une dictature laïque

Il est particulièrement étonnant d’expliquer le siècle des Lumières à nos enfants, du refus de l’absolutisme de droit divin, de la liberté d’expression tout en émettant des règlements intérieurs qui restreignent les libertés de nos enfants.

La liberté d’expression est limitée dans le règlement intérieur :  « l’exercice de ces droits ne doit pas porter atteinte aux activités d’enseignement, au contenu des programmes et l’obligation d’assiduité« . En clair, les élèves n’ont pas le droit d’émettre un avis sur la manière d’enseigner et la pertinence de certains enseignements.

Concernant la liberté de réunion, celle-ci est « subordonnée à l’autorisation du chef d’établissement et doit respecter les principes du service public d’enseignement« . Cette prescription figurant dans un règlement intérieur à destination des élèves se traduit ainsi : le chef d’établissement est dépositaire de ces principes non expliqués et non exprimés. Il a donc tout le loisir d’en donner l’interprétation qu’il souhaite.

Le droit d’affichage au sein de l’établissement requiert également « l’autorisation du chef d’établissement […]« . Quant aux conditions de création et de fonctionnement des associations, elles doivent « respecter les codes et règles en vigueur« . Encore une fois, les élèves qui lise avec beaucoup d’assiduité un tel règlement assommant à lire ne trouveront nulle part l’information sur les codes et règles en vigueur. Nous comprenons encore une fois que le chef d’établissement est seul dépositaire de ces codes et règles en qu’en conséquent il peut leur donner l’interprétation qu’il souhaite.

Finalement toutes les libertés mentionnées dans le règlements intérieur sont bridées par le bon vouloir du chef d’établissement, en vertu des principes du service public d’enseignement, des codes et règles en vigueur. Celui-ci est le seul dépositaire de ces principes, codes et règles qui ne sont pas portés  la connaissance des élèves et de leurs parents. Il a toute possibilité de leur donner la signification qu’il souhaite et donc de brider les libertés de nos enfants, comme le ferai un souverain absolu de droit divin. Notre république laïque a donc créée des chefs d’établissements absolus de droit non pas divin mais républicain.  Où se trouve la différence avec nos rois de France ? Les collèges ont le mode de fonctionnement de dictatures laïques. Certains souverains sont éclairés, mais pas tous. Les élèves ne disposent d’aucun contre pouvoir.

Enseignement de la musique au collège

Ouvrir les horizons culturels des élèves, conforter la dimension artistique de la culture humaniste en enseignant la musique au collège est en soit une intention louable. Leur faire découvrir d’autres musiques que celles qu’ils écoutent, les enrichis. Acquérir quelques notions musicales au travers du chant peut leur faire découvrir le sens de l’harmonie.

Il est cependant illusoire de vouloir faire des collégiens des musiciens. Une heure par semaine est insuffisant et la musique n’est pas une vocation pour la majeur partie des élèves. Il existe des écoles de musique pour ceux qui ont une vocation.

Pourquoi vouloir alors à tout prix enseigner au collégiens la lecture des notes de musiques, le rythme et la flute ? Quel est l’objectif recherché ? Un tel enseignement nécessitant de la part des élèves non musiciens des efforts disproportionnés pour répondre aux exigences des professeurs de musique ne fait que provoquer un rejet de cet enseignement. Ce type de discipline ne peut intéresser les élèves que si les cours de musiques sont un moment de plaisir partagé. Sans quoi, tout sera rapidement oublié dés la fin du collège par les élèves non musiciens.

Le site de l’éducation nationale mentionne dans ses objectifs : « Développer sa capacité à observer des œuvres, pratiquer une activité artistique. Les élèves découvrent, par l’analyse d’œuvres d’art, la diversité des genres, des styles et des périodes. Ils acquièrent progressivement le goût de l’expression personnelle et de la création, les moyens de comprendre le phénomène de la création en musique, en arts plastiques, en architecture, dans le domaine des images. »

Dans le chapitre des moyens, est écrit : « Les élèves écoutent des œuvres musicales variées : chansons, pièces instrumentales, œuvres classiques. Ils apprennent à les analyser, à interpréter certains de leurs éléments, approfondissent leur culture musicale et acquièrent des connaissances techniques (solfège, chant ou pratique d’un instrument). »

Autant on ne peut que souscrire aux objectifs poursuivis, autant on peut contester les moyens employés : l’acquisition de connaissances techniques, solfège, pratique d’un instrument. Avec les pédagogie centrée sur l’apprentissage par la contrainte, les évaluations et les réprimandes à l’égard des élèves non doués pour la musique, les objectifs louables annoncés ne seront jamais atteins pour la majorité des élèves. Ils ne feront que rejeter plus tard cette forme de culture que l’on a voulu leur faire découvrir au collège. Ainsi enseigné, la musique est une perte de temps pour les élèves.

Si l’objectif du collège est de classer les élèves afin de les orienter, quelle est la nécessité de l’apprentissage de la musique ? Les autres matières enseignées qui elles serviront dans la suite de la scolarité y pourvoient déjà suffisamment.

Si l’objectif du collège est de former les citoyens de demain, alors oui, la musique a un intérêt dans la mesure où seulement elle contribue à la culture humaniste des élèves. Malheureusement, cela fait longtemps que cet objectif, bien que affirmé haut et fort est bafoué quotidiennement au collège.

Choisir les bonnes options pour se retrouver entre soit

Après deux années passées dans des classes (6ième et 5ième) ayant perdue toute motivation à travailler compte tenu des objectifs trop élevés assignés aux élèves et la charge de travail importante qui leur était imposée, alors que les élèves à la sortie du CM2 n’avaient ni méthode de travail, ni capacité à organiser leur temps, mon enfant se retrouve enfin dans une classe (4ième) de niveau plus homogène et travailleuse.

Le facteur à l’origine de se changement radical est le choix de l’allemand en seconde langue vivante plutôt que l’espagnol, motivé dans le cas de mon enfant par une affinité familiale. La classe est calme, motivée et travailleuse. Mon enfant qui était l’année précédente, traité d’intellectuel se sent maintenant plus normal et mieux intégré. Sans ami(e)s les années précédentes, il n’est maintenant plus seul. Il se retrouve avec des élèves qui lui ressemblent et de fait, de milieu social similaire au notre. Il s’agit d’élèves dont les parents ont mieux compris que les autres les règles de fonctionnement de l’école. Ils ont mieux compris la nécessité d’aider les enfants dans les devoirs, à s’organiser et acquérir des méthodes de travail. Il s’en suit des élèves qui réussissent mieux, qui ont plus confiance en leurs capacités et donc plus motivés.

Les camarades de classe de l’année passée ayant choisi l’espagnol en seconde langue vivante se retrouvent dans une classe bruyante et similaire à celles des années précédentes.

Ainsi, pour se retrouver entre soit, voici les quelques conseils que l’on peut prodiguer. Si votre enfant arrive en 6ième et qu’il n’a pas pu faire allemand à l’école primaire, faites lui commencer l’allemand en 6ième, quitte a ce qu’il se retrouve en classe bilangue avec une surcharge de travail. S’il n’a pas effectué ce choix, il n’est pas trop tard pour l’entrée en 4ième. Faites lui choisir allemand en seconde langue vivante, peu importe si vous n’avez pas d’affinité culturelles. Il n’est pas forcément nécessaire de lui faire faire du latin ou de le pousser à faire classe européenne. Le choix est à effectuer en fonction du contexte : si vous voulez pousser votre enfant dans sa scolarité et que vous portez des espoirs de réussite sociale importants, latin et classe européenne sont des choix à prendre en compte.

De fait, ces choix (allemand, classe européenne, latin) ne sont de fait pas effectués par les familles et les enfants qui ont une motivation moindre et vous permettrons de faire fréquenter à votre enfant les élèves des bonnes familles, sans avoir à payer une école privée pour cela.

Vous pourrez ainsi sans difficultés contourner l’idée de mixité sociale qui est censée être portée par l’école républicaine. Il suffit en effet de maitriser les règles de fonctionnement non dites du collège pour assurer à son enfant dans la compétition scolaire une bonne place.

La place des parents dans la réusssite de leurs enfants

En ces temps de réflexion sur la « refondation de l’école » lancée par le gouvernement Ayrault, et espérons le, sur la formation des enseignants, les méthodes pédagogiques d’enseignement, l’aide personnalisée aux élèves en difficulté, l’augmentation des  moyens (…), il convient d’aborder le sujet de la place des parents afin de bien mesurer l’importance de ceux-ci dans la réussite ou le décrochage de leurs enfants et en conséquence prendre conscience d’un facteur essentiel d’inégalité entre les élèves.

Si nous tentions de lister les facteurs qui contribuent à la réussite d’un élève, nous pourrions évoquer les capacités propres de chaque élève, sa motivation, le milieu familial, les fréquentations de l’élève, le contexte scolaire (travailleur, paresseux ou dissipé), la capacité des enseignants à animer une classe et à transmettre leur savoir. Cependant, ne pas aborder un moment la place des parents nous ferait passer à côté d’un facteur essentiel de réussite des élèves.

En effet, des parents sachant accompagner leur enfant en difficulté l’aideront à se maintenir. Si cet élève se trouve dans un contexte scolaire difficile, des parents à l’écoute l’aideront à surnager. Si un enseignant est défaillant, soit qu’il ne parvient pas à tenir sa classe, soit qu’il ne parvient pas à rendre son enseignement intéressant et motivant, l’assistance des parents l’aidera à acquérir le minimum requis.

Dans un système scolaire demandant un fort investissement aux élèves en terme de masse importante de travail personnel dès la classe de sixième, sans transition aucune avec l’école primaire, des parents s’intéressant à ce qu’apprend leur enfant et s’enquérant des devoirs, lui donnent une chance supplémentaire de réussir, même si ceux-ci n’ont pas la capacité à aider aux devoirs.  Si les parents ont le temps, la pédagogie, la culture nécessaire pour suivre la progression de leur enfant, si ceux-ci peuvent lui transmettre des méthodes de travail et d’organisation du travail, choses que le collège toujours crispé dans la transmission des savoirs n’apporte pas, ils démultiplient alors les chances de réussite de leur enfant comparées à celles des autres élèves.

A l’extrême, certains parents mettent en œuvre des stratégies d’évitement des populations les plus défavorisées : déménagement dans le bon quartier, choix des bonnes options …

Au contraire, des parents ne disposant pas suffisamment de temps (parent seul, parents à horaires de travail décalés, rentrant tard …) ou  ceux vivant une situation conflictuelle voire violente, ne pourront pas favoriser la réussite de leur enfant.

Il serait temps de mesurer l’importance de cette place par une étude scientifique afin de comparer des groupes d’élèves comparables (capacités identiques, méthodes d’enseignement mises en œuvre identiques, contexte scolaire normal) et de faire évoluer le facteur parent. Une telle étude contribuerait à souligner l’importance des parents comme facteur d’inégalité dans les chances de chaque élève à réussir à l’école. Le raccourci communément employé est de considérer l’origine sociale comme facteur d’inégalité. Si la corrélation est exacte, le véritable facteur de causalité masqué par l’origine sociale est bien la capacité d’investissement des parents dans l’éducation de leurs enfants.

A partir du moment où ce facteur d’inégalité aura été mis en évidence de manière indiscutable, le débat pourra alors s’engager sur les moyens à mettre en œuvre afin de le réduire et de faire mériter à l’école l’appellation d' »École de la République ».

Pas d’apprentissages sans notes : une perte de sens

Jeudi 21 juin : arrêt des notes , mardi 26 juin, dernière journée de classe pour mon enfant qui est en 5ième, pour cause de brevet des collèges.

Dans l’intervalle, élèves et enseignants sont démotivés. A part regarder des films en classe, ceux-ci ne font plus grand chose. Quelques rares enseignants comme celui de mathématique donne encore des devoirs, ce qui ne va pas sans poser des problèmes. En effet, quelques rares élèves les font et bien maladroitement sont montrés en exemple par leur professeur. Ceux-ci se trouvent alors traités d’intellectuels et furieux d’être distingués de leurs pairs.

En cours d’anglais, les élèves ont réussi à faire pression sur l’enseignant qui n’en pouvant plus, les a laissés regarder un film d’horreur. Tous les élèves devait affirmer devant leurs pairs que le film leur plaisait pour ne pas paraitre faible. Pourtant, mon enfant en pleurait le soir, tant sa sensibilité avait été heurtée.

Je constate que les apprentissages cessent en même temps que les évaluations et les notes. On ne saurait donc plus enseigner à nos enfants sans cette contrainte. Celles-ci disparaissant, plus aucune motivation ne subsiste. Les élèves n’apprennent pas pour s’enrichir et se construire, mais pour les notes. Le plaisir d’apprendre et de découvrir est absent, ce qui n’est pas étonnant puisque tout apprentissage doit se conclure par une évaluation. Or être évalué, s’est être jugé, ce qui n’est jamais très agréable. Les enseignants, épuisés par leur année à faire la police face à des élèves ayant perdu toute motivation dés la sortie de l’école primaire, lâchent prise. Certains d’entre eux manquent des cours sans se justifier.

Officiellement les vacances scolaires débutent le samedi 7 juillet. C’est donc deux semaines et demi d’enseignement qui sont perdues en pure perte à l’heure où s’instaure un débat sur les rythmes scolaires. Avant de débattre de la durée des vacances scolaires, il serait judicieux de remédier à ce gâchis, provoqué par l’organisation du brevet des collèges.

On peut s’étonner qu’à l’heure de la recherche d’économies budgétaires, aucune évaluation de l’utilité du brevet des collèges et de son coût ne soit effectuée et rendue publique. Quelle est l’utilité de ce brevet, puisqu’il ne sert pas de sésame pour l’orientation ? Il n’existe que pour faire fonctionner au mieux un système basé sur les évaluations et contraindre les élèves au travail. Sa véritable raison d’être est d’entrainer une minorité d’élèves à passer les concours, colonne vertébrale de la méritocratie à la française.