La refondation de l’école qui devait être un des grands chantier du précédent quinquennat de gauche va rapidement se retrouver envoyée aux oubliettes par les réformes engagées par le président Macron, faute aux différents gouvernements du président Hollande de n’avoir pas voulu s’attaquer aux vrais problèmes de l’école qui conditionnent la totalité de la scolarité, à savoir l’orientation dans les études supérieures et donc la sélection.
Il a suffit que le système scolaire se retrouve au bord de l’implosion avec la massification de l’accès au baccalauréat pourtant voulu par toutes les politiques éducatives et la saturation des universités contraintes de faire appel au tirage au sort, ainsi qu’une élection présidentielle pour qu’un président et un gouvernement réformateur engagent simultanément trois grandes réformes, celle de l’orientation dans les études supérieures avec ParcourSup, la réforme du lycée général avec la disparition des filières scientifique, littéraire, économique et sociale ainsi que la réforme du baccalauréat général.
Hélas, ces trois réformes sont lancées sans véritable débat démocratique sur le système éducatif que nous souhaitons voir émerger et surtout avec l’absence d’explications de la nouvelle architecture du système scolaire qui se met en place. On peut mesurer toute l’habilité du gouvernement qui applique les méthodes de conduite du changement bien connues dans le monde de l’entreprise. Mais est-ce vraiment démocratique ?
Lors de la présentation du nouveau système d’affectation des lycéens dans les établissements d’études supérieures, on nous parlait de vérification de pré requis, d’attendus, puis de classement, progressivement pour amener l’idée qu’une sélection à l’entrée de l’université, pourtant taboue il y a encore quelque mois, est devenue nécessaire. Cette sélection s’effectuera, à ne pas en douter à l’aide de l’outil informatique. Comment en effet, une université pourra examiner avec une équipe humaine une masse de candidatures quant les futurs lycéens pourront émettre dix vœux non hiérarchisés ? Comment une équipe pédagogique pourra-t-elle par exemple examiner 8500 candidatures pour 200 places (chiffres moyen pour une filière STAPS avant ParcourSup) si ce n’est en faisant appel à une procédure informatique pour effectuer un triage? Comment le nouveau système ParcourSup sera-t-il capable d’effectuer ce classement alors que chaque université / licence pourra définir un ensemble d’attendus et que les délais de refonte de la procédure informatique sont très cours ? Certains critères, comme évaluer la pertinence d’un engagement associatif ou de la réalité de résultats sportifs ne peuvent pas même être évalués de manière informatique. On peut craindre que chaque formation supérieure n’utilise ParcourSup comme une grosse base de donnée avec toutes les notes des bacheliers depuis la première, les appréciations des enseignants transformées également en notes et que les différents établissements. Chaque établissement extraira les informations qui l’intéresse et développera ses propres algorithmes informatique pour trier les futurs étudiants et en retour indiquer à ParcourSup les étudiants retenus. Les commentaires, lettres de motivations, expériences extra-scolaires ne serviront qu’à départager les candidats qui se disputeront les dernières places. Cette réforme permet donc non seulement de mettre en œuvre une sélection à l’entrée de l’université, mais elle donne en plus la liberté à chaque établissement de définir ses propres critères, rendant cette procédure de sélection peu compréhensible pour la plupart des futurs étudiants et leurs familles. Y aura-t-il un critère de pondération des résultats du lycéens en fonction de l’établissement d’origine qui lui aussi peut être noté ? Ne risque-t-on pas d’accentuer le phénomène de fuite de certains lycées ?
La refonte des séries générales du lycée avec la disparation de celles-ci va conduire les lycéens à se poser des questions sur leur avenir beaucoup plus tôt, dés la fin de la seconde puisqu’ils leur faudra choisir en première trois spécialités et en classe de terminale, deux spécialités. Les lycéens devront, à ne pas en douter, effectuer les bons choix pour, le bac en poche pouvoir postuler dans les filières supérieures désirées. Ce n’est pas à l’âge de 15 ans qu’un jeune est capable d’étudier le lien entre différents attendus à l’entrée des établissements supérieurs et les spécialités qu’il peut choisir. Seuls ceux dont les parents sont suffisamment avertis parviendront à tirer leur épingle du jeu.
La réforme du bac semble quant à elle donner une belle part aux lettres et sciences humaines qui se trouvent dans le tronc commun, au détriment des enseignements de spécialité (25% de la note ?). Cette réforme avantagera les élèves avec des facilités d’expression à l’écrit comme à l’oral, tout comme l’introduction d’un d’oral de maturité ou grand oral. Le lycéen présenterait un projet mené sur deux années en 20 minutes dont 10 consacrées à l’argumentation. Il n’y a bien sûr rien de plus positif que d’apprendre aux jeunes de fonctionner dans une démarche projet et de leur apprendre à s’exprimer en public. Il s’agit là de compétences de savoir faire et savoir être qui sont requises dans le monde professionnel. Elles avantages cependant grandement les familles qui possèdent les codes comportementaux et relationnels et les transmettent à leurs enfants, donc disons le clairement les familles des classes sociales supérieures, ce qui n’est pas très équitable.
Ces réformes engagées par le gouvernement Philippe apportent bien une réponse à la massification de l’accès des jeunes au baccalauréat et l’affluence dans les filière supérieures. Sous couvert de méritocratie, elles ne paraissent néanmoins pas équitables car elles favoriseront les élèves des familles des classes sociales supérieures qui sauront naviguer dans ce système scolaire remanié. Le gouvernement se donne bonne conscience en mettant en place une année de remise à niveau pour ne pas remettre en cause le principe du droit de l’accès à des études supérieures à tout bachelier. On peut craindre néanmoins que tout comme aujourd’hui, les échecs et les abandons resteront aussi nombreux. Ces réformes ne répondent pas à l’enjeu de former correctement toute une classe d’âge de manière à ce que chacun puisse s’insérer professionnellement. Il ne s’agit pourtant pas que d’un droit, mais aussi d’un enjeu économique. D’autres exemples existent cependant et la France a bien tort de ne pas vouloir s’en inspirer.
Les Hautes Écoles Spécialisées (HES) en Suisse, correspondant à des université professionnelles proposent de nombreuses spécialités et forment une part croissante des étudiants du supérieur en Suisse. Les jeunes qui choisissent, au cours de leur scolarité, une voie professionnelle avec un apprentissage peuvent par la suite accéder aux HES, alors qu’en France, les bac technologiques et les bacs professionnels sont fortement concurrencés pour l’accès aux IUT et BTS par les lycéens des bac généraux. Ils ont peu de chance de réussite à l’université, surtout en ce qui concerne les bac pro. Ces HES répondent bien aux besoin des PME locales et offrent à leurs étudiants une insertion professionnelle rapide. Il n’est pas rare que ceux-ci trouvent plus rapidement du travail que les étudiants sortis de l’université, obtiennent un meilleur salaire et accèdent plus à des postes de responsabilité (lire Le Monde Campus du 03.03.2018, « En Suisse, les universités pro sont plébiscitées« ). Une partie de la prospérité de la Suisse provient de son système de formation. Or nous constatons que les réformes engagées par l’actuelle gouvernement ne concerne pas les bac technologiques et bac professionnelles. Ces bacs devraient être valorisés ainsi que leurs débouchés. Mais plutôt que d’engager une réforme qui insistera plus de jeunes à s’orienter dans ces filières, le gouvernement préfère gérer la massification de l’accès des jeunes au baccalauréat et introduire des règles de sélection qui favoriseront les élèves des classes sociales supérieures dont les familles sauront guider leurs enfants. Ce n’est pas en favorisant les beaux parleurs que l’on formera des jeunes qui posséderont des compétences professionnelles pointues. Là bien est le problème de la France qui préfère former des gens qui feront faire plutôt qui savent faire eux même. Il y a là peut être une explication du décrochage économique industriel de la France, qui n’a pas su innover et reste spécialisé dans du moyen de gamme, mais nous préférons ne pas bousculer la hiérarchie sociale existante.
