Nouveau Bac, les E3C, des nouveaux partiels

Les élèves de première expérimentent depuis peu les Épreuves Communes de Contrôle Continu (E3C) du nouveau baccalauréat institué par la réforme Blanquer.

Cette réforme a été justifiée par la lourdeur de l’ancien bac aux épreuves toujours plus nombreuses et qui mobilisait dans les lycées l’ensemble du mois de juin au détriment des enseignements pour les élèves de la seconde à la terminale. L’ancien bac mobilisait beaucoup de ressources et d’argent pour une finalité contestable, puisque l’orientation des élèves était décidée avant le baccalauréat et finalement le bac n’était alors plus qu’un sésame venant valider une orientation décidée sur la base des résultats scolaire des élèves.

La réforme Blanquer était censée poursuivre un objectif de simplification. Sur ce point, les premiers retours des lycées devant organiser ses épreuves semblent montrer le contraire. Chaque établissement est libre d’organiser dans la période actuelle les épreuves quant il le souhaite, favorisant la diffusion des sujets par ceux ayant déjà passé les épreuves sur Instagram et introduisant une rupture d’égalité. Les sujets sont choisis dans une banque numérique, les copies doivent être numérisées avant d’être corrigées et les professeurs corrigeant les copies n’ont pas le temps d’annoter les copies, ce qui ne permettra pas aux élèves de progresser à partir de leurs erreurs.

De plus, ces épreuves introduisent un stress important chez les élèves qui reçoivent comme pour le bac des convocations et y sont préparés comme pour le bac. On peut alors se demander pourquoi ces épreuves sont considérées comme des épreuves de contrôle continu plutôt que nommées partiels comme à l’université ? Probablement, le terme de « partiels » ne passerait pas si bien dans la communication gouvernementale.

Ces épreuves poursuivent également la finalité de revaloriser le bac, puisque les notes de ces épreuves seront dans Parcoursup avant le début du processus de sélection. En conséquence, l’élève de première n’a plus droit à l’erreur. Dorénavant, ce n’est plus au moment du bac que le lycéen doit être prêt, mais dés la fin de la seconde !

Il devra savoir faire les bons choix, choisir les bonnes options pour la première et dés son année de première, il se doit de réussir pour avoir un bon dossier dans Parcoursup. Il n’a plus le droit d’être jeune, de se tromper, trébucher, chercher son chemin.

Quelle monde préparons nous à nos jeunes ?

La filière technologique, le grand absent de la réforme du lycée ?

La génération d’élèves actuellement seconde va connaitre la réforme du lycée général et devra choisir pour la rentrée de septembre 2019, 3 enseignements de spécialité et plus que deux l’année suivante en terminal. Ces choix conditionneront la suite de leurs études, car les établissements d’enseignement supérieur sélectionneront en fonction des options choisies. Les jeunes auront intérêt à avoir dés 15 ans une idée plus précise du métier qu’ils souhaitent exercer plus tard. Il est à craindre qu’un jeune puisse moins chercher sa voie dans les années à venir qu’aujourd’hui.

Cette réforme des lycées s’articulera avec la réforme engagée l’année dernière de l’accès à l’enseignement supérieur, Parcousup. Cependant, les filière technologiques n’étant pas concernées par cette réforme des lycées, on peut craindre que les critères de sélection des établissements d’enseignement supérieur laissent de côté les enseignements de spécialité suivis dans ces filières. Si les établissements supérieurs privilégient maths, physique, chimie pour les sciences et des « têtes bien faites », avec capacité d’analyse, rédactionnelles, esprit logique pour les filières généralistes, on peut craindre que les bacheliers technologiques  qui auront développés d’autres compétences ne trouvent pas leur place et se trouvent de plus concurrencés sur leur propre terrain par des élèves supposés avoir un avantage grâce à leurs connaissances académique et aptitudes au travail scolaire. On a été, à titre d’exemple, extrêmement surpris lors d’une journée portes ouvertes dans une école d’infirmière proche de Paris d’entendre la responsable vanter les qualités des bacheliers littéraires, alors que  la filière sanitaire et sociale est censée le mieux préparer à ce métier.

Il est à craindre qu’avec les réformes engagées, la valorisation des autres voies que la filière générale comme voie de réussite n’attende encore et que persiste dans l’opinion qu’en dehors de la filière générale, il n’y ait point de salut.

La réforme du lycée général améliorera-t-elle le niveau de compétence des jeunes ?

Le manque de compétences affectent de nombreux secteurs de l’économie (voir Le Monde du 27 novembre 2018 : emplois cherchent candidats). De nombreux secteurs sont concernés, tel que l’informatique, la construction, le commerce, les services aux entreprises et aux particuliers … Les candidats ne disposent pas d’une technicité suffisamment pointue et certains métiers ne disposent plus de filières de formation. Divers motifs ont conduit à une perte d’attractivité de certains métiers : crise industrielle, incapacité de certains employeurs de revoir les conditions de travail et de rémunération ou de proposer de la formation. Mais avant tout manquent les compétences de base. Trop de jeunes sortent du système éducatif sans qualifications. « La part des gens sous-qualifiés est plus importante en France qu’ailleurs« , d’après le chef de la division emploi et revenus à l’OCDE, Stéphane Carcillo, cité par Le Monde.

La réforme du lycée menée par le ministre de l’éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, vise à rehausser le niveau du bac en rehaussant le niveau d’exigences dans un certain nombre de domaines, en donnant une plus grande place à la démonstration en mathématique, plus d’œuvres à étudier en français, une forte revalorisation de la dissertation, un grand orale qui favorisera les beaux parleurs … C’est une réforme qui vise à satisfaire les universités qui se plaignent des lacunes des jeunes étudiants arrivant en première année. Il s’agit d’une réforme conçue pour un lycée général dont les débouchés naturels sont l’université et les formations sélectives. Cette réforme n’est pas faites pour tous ces jeunes qui auraient vocation à s’orienter plutôt en filière technologique ou professionnelle, mais qui, faute de débouchés convaincants préfèrent s’orienter vers le lycée général. Quelle meilleur garantie qu’un bon bac général pour pouvoir obtenir l’orientation souhaitée, lorsque les places en IUT, BTS sont trustées par les bacheliers du lycée général, les licences professionnelles insuffisamment développées ?

Ce genre de réforme n’est pas prévue pour les élèves qui ont d’autres aptitudes que celles de suivre des études académiques et faute de ne pas revaloriser les voies technologiques et professionnelles, rien ne va rien changer pour les 100 000 jeunes qui sortent  chaque année du système éducatif sans aucune qualification, alors que tant de secteurs de l’économie ont besoin de candidats avec de solides compétences techniques, mais pas de ces compétences développées dans le lycée général. Une aberration de plus causée par l’enfermement dans un bulle idéologique des membres d’un gouvernement composés de gens sans doute tous brillants mais qui ne connaissent pas la réalité des classes sociales populaires et moyennes.

ParcourSup, la démonstration d’une incompétence

En entreprise, lorsque vous travaillez sur un projet, il peut arriver que votre manager vous dise que vos vacances doivent s’adapter au planning du projet. Avec ParcourSup, les 1/3 de bacheliers et leurs familles en attente d’une affectation à la mi-juillet peuvent oublier leurs vacances, à eux de sacrifier ce moment pour mériter un accès à l’enseignement supérieur. Ils doivent s’adapter au planning de cette procédure glissante sur tout l’été. On peut supposer que pour ceux qui nous gouvernent, il n’y ait rien de plus normal, puisque eux-même ont sans aucun doute beaucoup sacrifié à leur réussite. A moins que ceux-ci n’aient pas prévus qu’à la mi-juillet  seuls 52,8 % des bacheliers auraient accepté définitivement une proposition et que la procédure se mettrait à patiner, en attendant les désistements et  validation définitives des propositions. Au 27 juillet, les journalistes de Le Monde font le constat dans l’article

« Parcoursup : avant la trêve estivale, un quart des candidats n’est pas encore fixé« 

que le situation des futurs étudiants évolue que très lentement. En cause, un comportement « inattendu des lycéens » qui ne valident pas définitivement les vœux obtenus, en attendant d’obtenir mieux, entraînant par la même une attente de la part de ceux qui n’ont encore rien reçus.

Cette situation était néanmoins tout à fait prévisible. Des simulations informatiques à partir des données d’Admission Post Bac, avec les choix hiérarchisés des bacheliers de l’année dernière auraient pu permettre de prévoir la situation d’attente dans laquelle se trouvent tant de bacheliers. Maintenant que le processus ParcoursSup est grippé à l’arrivée du mois d’août et qu’aucun déblocage de la situation n’est à attendre avant début septembre, il apparaît clairement que le gouvernement a décidé de cette réforme selon une démarche « top/down » ou de « verticale du pouvoir » où le chef décide et les subordonnés appliquent. Il me parait impossible qu’aucune alerte ne soit remonté au ministère de l’enseignement supérieur sur le fait que le processus ParcourSup pouvait se gripper, chose qu’un expert en modélisation de process aurait aisément pu diagnostiquer, puisque cette situation a été anticipée par l’auteur de ces lignes le 1er décembre 2017 : voir sur ce blog l’article « ParcourSup, une réforme de premier de la classe pour les premiers de la classe« . Si cette alerte a bien été émise, alors la situation est plus grave car le ministère a alors fait preuve d’autisme, sûr et certain du succès de l’application de principes d’économie de marché à un système d’affectation des lycéens dans les établissements supérieurs. Mais les experts en économie de marché du gouvernement semblent avoir oublié un paramètre. Les lycéens ont été trop considérés comme une marchandise que les établissements supérieurs pouvaient se répartir selon des algorithmes de sélection opaques et pas suffisamment comme des acteurs agissant selon leurs propres intérêts et non ceux de leurs camarades. La non prise en compte de ce paramètre démontre une forme d’incompétence de ceux qui ont décidé de cette réforme.

Tout comme a été négligé l’effet anxiogène de cette réforme pour tout ceux qui n’ayant pas une mention très bien au bac et qui sont toujours en attente d’une formation supérieure à cause de cette situation. Il s’agit là d’une réforme qui a été pensée selon des principes contestables qui ne sert que les intérêts des très bons élèves, pensée par tous les premiers de la classe qui nous gouvernent aujourd’hui.

 

Loi Orientation et Réussite des Étudiants, le business de la sélection

La loi Orientation et Réussite des Étudiants instaure une sélection à l’entrée des formations universitaires. Chaque faculté a la possibilité de classer les candidats en fonction des attendus locaux, à partir des notes de première et terminale, des appréciations des professeurs de terminale et éventuellement CV, lettres de motivation, activités extra-scolaires. Les universités n’auront pas à dévoiler les algorithmes  qui permettront de classer les candidats en vertu d’un principe de « secret des délibérations ».  Sachant que les lycées sont classés et qu’une même note n’a pas la même valeur selon le lycée, on peut s’attendre à ce qu’une pondération des résultats en fonction de la provenance de chaque candidat soit rapidement mise en œuvre de manière automatisée. Dans l’article de Le Monde du 8 mai 2018, « Parcoursup : un vrai casse-tête pour les facs de droits« , on découvre qu’à Paris-I, qu’

un document d’appui a été transmis aux enseignants-chercheurs : le classement des meilleurs lycées – nationaux et parisiens – réalisé à partir des données du ministère. « On sait que, de fait, certains lycées sont plus exigeants que d’autres dans la notation », explique un juriste.

Si cette année, la procédure risque d’être manuelle dans bon nombre d’universités, la prise en compte de ces données de classement des lycées sera, à ne pas en douter effective l’année prochaine au plus tard.

La conséquence prévisible sera une exacerbation de la compétition des élèves pour l’accès aux meilleurs lycées, avec mise en place de stratégies d’évitement de certains lycées, et bien entendu un développement de l’offre de lycées privés qui rassureront les parents ayant la possibilité de payer. Cette loi risque par effet induit de remettre un peu plus en cause la mixité sociale dans les établissements publics et risque de stimuler le développement d’une offre privée, lycées privés, cours privés et particuliers. Ainsi, en même temps que l’année de terminale, il est possible maintenant de suivre des cours privés de préparation à la première année de PACES avec des organismes tels que Médisup. Certains enseignants de ces organismes privés peuvent accepter de donner des cours particuliers pour 200 € de l’heure.

La loi permettra aux universités de proposer aux candidats ne répondant pas aux « attendus » de proposer de rejoindre une année préparatoire intégrée dans la filière choisie. S’il est encore trop tôt pour avoir un avis sur la question et plus particulièrement sur le fait de savoir si ce dispositif offrira réellement une chance de réussite à ces candidats malheureux, la loi a ouvert une grande porte aux institutions privées qui elles aussi vont pouvoir proposer des formations, mais payantes. Pour la préparation au concours de première année de médecine, l’organisme privé Médisup (www.medisup.com) qui proposait déjà des stages de pré -rentrée et une préparation au concours PACES se déroulant au cours de l’année scolaire, innove pour la rentrée 2018-2019. Il propose une véritable année préparatoire de préparation à la première année (PES0), avec statut étudiant, pour un tarif de 9700 €. Il ne s’agit que d’un exemple, mais il est fort à parier que d’autres organismes vont profiter de l’aubaine créé par la loi pour proposer aux étudiants des familles qui pourront payer.

En apportant une réponse uniquement axée sur la mise en place de la sélection à l’entrée des universités, pour résoudre le problème de la sur-affluence vers les études supérieures universitaire d’une classe d’âge plus nombreuse, la loi Orientation et Réussite des Étudiants organise en fait un véritable marché de l’étudiant où les universités comme les autres formations pourront choisir librement leurs candidats, mais où aussi des organismes privés pourront développer un business. Parcoursup est un système d’orientation anxiogène pour les jeunes lycéens. 338 551 candidats étaient toujours en attente d’une affectation au 25 mai (Le monde du 27/28 mai). Contrairement à l’année dernière où les affectations s’effectuaient lors de plusieurs tours, les lycéens maintenant sont rivés sur l’évolution de leur classement et se prépare stressés aux épreuves à venir du bac. A ne pas douter, les familles inquiètes de l’avenir de leurs jeunes et pouvant payer feront de plus en plus appel à des solutions payantes pour augmenter, dans un environnement de plus en plus concurrentiel, les chances d’accès aux bonnes formations de leurs enfants. Plutôt que de proposer des formations supérieures professionnalisantes mieux valorisées, cette réforme préfère organiser la compétition entre les individus en organisant un marché du lycéen. Le lycéen devient une marchandise.

Une mobilisation étudiante bien veine contre parcoursSup

Au moment où le mouvement de mobilisation des étudiants d’universités se durcit contre la réforme de l’entrée à l’université qui introduit la sélection avec le nouveau système d’orientation des lycéens ParcourSup, il convient de s’interroger sur les véritables raisons de cette mobilisation.

Les premiers concernés, les lycéens ne se sont pour le moment pas mobilisés. Pourquoi alors, des étudiants qui ont obtenus leur place dans une université sont tant remontés contre ce projet ? Celui-ci a beau être inspiré par une idéologie libérale et basée sur la méritocratie, il n’en reste pas moins qu’il intervient au moment où le précédent système a sombré dans une crise sans issue, après la multiplication des tirage au sort dans des filières qui auparavant n’était pas réputées être en tension. Les syndicats étudiants et de personnels mobilisés refusent la sélection et défendent l’égal droit d’accès de tous à l’université. Hélas ce droit s’est effondré tout seul à cause de la saturation des universités due à la massification de l’accès d’une classe d’âge nombreuse au baccalauréat, problème que le précédent gouvernement socialiste n’a pas eu le courage de traiter. La solution serait donc pour certain d’allouer plus de moyens aux universités. Mais est-on certain qu’augmenter les places dans des filières en tension donnera un avenir professionnels à tous les étudiants ? Le marché du travail reste le seul juge, et il n’est pas nécessaire d’envoyer tant de jeunes dans des études qui ne leurs permettront pas de trouver un emploi. Le vrai problème reste un problème d’orientation et un tropisme élevé en France pour les études académiques plutôt que pour des études spécialisées et techniques trop peu valorisées et n’offrant pas suffisamment de places.

Hélas, les syndicats d’étudiants et de personnels mobilisés contre cette réforme ne sont porteurs d’aucun contre projet viable et porteur d’avenir et de chance de réussite pour tous les jeunes, car à aucun moment ils ne prennent en compte ce problème d’orientation. Apparemment, cela ne semblent pas être dans leurs objectifs de proposer un contre projet crédible. Face à un gouvernement libéral tout puissant et qui croit pouvoir passer en force sur plusieurs sujet de société, cette mobilisation est plutôt, un moyen d’affirmer pour les jeunes une identité de contestataire gauchisant espérant ré éditer un mai 68 en 2018, mais sans véritable projet de société. En ne voulant pas prendre en compte le problème de saturation des université et préférant un système basé sur le tirage au sort et la sélection par l’échec, cette mobilisation défend finalement une position très conservatrice. Ce faisant, elle se condamne elle même et permettra au gouvernement de faire passer sa réforme en l’absence de véritable projet éducatif alternatif crédible pour l’ensemble de la jeunesse.

Réformes du lycée et des bacs généraux, parcoursSup donneront ils un avenir à tous les lycéens ?

La refondation de l’école qui devait être un des grands chantier du précédent quinquennat de gauche va rapidement se retrouver envoyée aux oubliettes par les réformes engagées par le président Macron, faute aux différents gouvernements du président Hollande de n’avoir pas voulu s’attaquer aux vrais problèmes de l’école qui conditionnent la totalité de la scolarité, à savoir l’orientation dans les études supérieures et donc la sélection.

Il a suffit que le système scolaire se retrouve au bord de l’implosion avec la massification de l’accès au baccalauréat pourtant voulu par toutes les politiques éducatives et la saturation des universités contraintes de faire appel au tirage au sort, ainsi qu’une élection présidentielle pour qu’un président et un gouvernement réformateur engagent simultanément trois grandes réformes, celle de l’orientation dans les études supérieures avec ParcourSup, la réforme du lycée général avec la disparition des filières scientifique, littéraire, économique et sociale ainsi que la réforme du baccalauréat général.

Hélas, ces trois réformes sont lancées sans véritable débat démocratique sur le système éducatif que nous souhaitons voir émerger et surtout avec l’absence d’explications de la nouvelle architecture du système scolaire qui se met en place. On peut mesurer toute l’habilité du gouvernement qui applique les méthodes de conduite du changement bien connues dans le monde de l’entreprise. Mais est-ce vraiment démocratique ?

Lors de la présentation du nouveau système d’affectation des lycéens dans les établissements d’études supérieures, on nous parlait de vérification de pré requis, d’attendus, puis de classement, progressivement pour amener l’idée qu’une sélection à l’entrée de l’université, pourtant taboue il y a encore quelque mois, est devenue nécessaire. Cette sélection s’effectuera, à ne pas en douter à l’aide de l’outil informatique. Comment en effet, une université pourra examiner avec une équipe humaine une masse de candidatures quant les futurs lycéens pourront émettre dix vœux non hiérarchisés ? Comment une équipe pédagogique pourra-t-elle par exemple examiner 8500 candidatures pour 200 places (chiffres moyen pour une filière STAPS avant ParcourSup) si ce n’est en faisant appel à une procédure informatique pour effectuer un triage? Comment le nouveau système ParcourSup sera-t-il capable d’effectuer ce classement alors que chaque université / licence pourra définir un ensemble d’attendus et que les délais de refonte de la procédure informatique sont très cours ? Certains critères, comme évaluer la pertinence d’un engagement associatif ou de la réalité de résultats sportifs ne peuvent pas même être évalués de manière informatique. On peut craindre que chaque formation supérieure n’utilise ParcourSup comme une grosse base de donnée avec toutes les notes des bacheliers depuis la première, les appréciations des enseignants transformées également en notes et que les différents établissements. Chaque établissement extraira les informations qui l’intéresse et développera ses propres algorithmes informatique pour trier les futurs étudiants et en retour indiquer à ParcourSup les étudiants retenus. Les commentaires, lettres de motivations, expériences extra-scolaires ne serviront qu’à départager les candidats qui se disputeront les dernières places. Cette réforme permet donc non seulement de mettre en œuvre une sélection à l’entrée de l’université, mais elle donne en plus la liberté à chaque établissement de définir ses propres critères, rendant cette procédure de sélection peu compréhensible pour la plupart des futurs étudiants et leurs familles. Y aura-t-il un critère de pondération des résultats du lycéens en fonction de l’établissement d’origine qui lui aussi peut être noté ? Ne risque-t-on pas d’accentuer le phénomène de fuite de certains lycées ?

La refonte des séries générales du lycée avec la disparation de celles-ci va conduire les lycéens à se poser des questions sur leur avenir beaucoup plus tôt, dés la fin de la seconde puisqu’ils leur faudra choisir en première trois spécialités et en classe de terminale, deux spécialités. Les lycéens devront, à ne pas en douter, effectuer les bons choix pour, le bac en poche pouvoir postuler dans les filières supérieures désirées. Ce n’est pas à l’âge de 15 ans qu’un jeune est capable d’étudier le lien entre différents attendus à l’entrée des établissements supérieurs et les spécialités qu’il peut choisir. Seuls ceux dont les parents sont suffisamment avertis parviendront à tirer leur épingle du jeu.

La réforme du bac semble quant à elle donner une belle part aux lettres et sciences humaines qui se trouvent dans le tronc commun, au détriment des enseignements de spécialité (25% de la note ?). Cette réforme avantagera les élèves avec des facilités d’expression à l’écrit comme à l’oral, tout comme l’introduction d’un d’oral de maturité ou grand oral. Le lycéen présenterait un projet mené sur deux années en 20 minutes dont 10 consacrées à l’argumentation. Il n’y a bien sûr rien de plus positif que d’apprendre aux jeunes de fonctionner dans une démarche projet et de leur apprendre à s’exprimer en public. Il s’agit là de compétences de savoir faire et savoir être qui sont requises dans le monde professionnel. Elles avantages cependant grandement les familles qui possèdent les codes comportementaux et relationnels et les transmettent à leurs enfants, donc disons le clairement les familles des classes sociales supérieures, ce qui n’est pas très équitable.

Ces réformes engagées par  le gouvernement Philippe apportent bien une réponse à la massification de l’accès des jeunes au baccalauréat et l’affluence dans les filière supérieures. Sous couvert de méritocratie, elles ne paraissent néanmoins pas équitables car elles favoriseront les élèves des familles des classes sociales supérieures qui sauront naviguer dans ce système scolaire remanié. Le gouvernement se donne bonne conscience en mettant en place une année de remise à niveau pour ne pas remettre en cause le principe du droit de l’accès à des études supérieures à tout bachelier. On peut craindre néanmoins que tout comme aujourd’hui, les échecs et les abandons resteront aussi nombreux. Ces réformes ne répondent pas à l’enjeu de former correctement toute une classe d’âge de manière à ce que chacun puisse s’insérer professionnellement. Il ne s’agit pourtant pas que d’un droit, mais aussi d’un enjeu économique. D’autres exemples existent cependant et la France a bien tort de ne pas vouloir s’en inspirer.

Les Hautes Écoles Spécialisées (HES) en Suisse, correspondant à des université professionnelles proposent de nombreuses spécialités et forment une part croissante des étudiants du supérieur en Suisse. Les jeunes qui choisissent, au cours de leur scolarité, une voie professionnelle avec un apprentissage peuvent par la suite accéder aux HES, alors qu’en France, les bac technologiques et les bacs professionnels sont fortement concurrencés pour l’accès aux IUT et BTS par les lycéens des bac généraux. Ils ont peu de chance de réussite à l’université, surtout en ce qui concerne les bac pro. Ces HES répondent bien aux besoin des PME locales et offrent à leurs étudiants une insertion professionnelle rapide. Il n’est pas rare que ceux-ci trouvent plus rapidement du travail que les étudiants sortis de l’université, obtiennent un meilleur salaire et accèdent plus à des postes de responsabilité (lire Le Monde Campus du 03.03.2018, « En Suisse, les universités pro sont plébiscitées« ). Une partie de la prospérité de la Suisse provient de son système de formation. Or nous constatons que les réformes engagées par l’actuelle gouvernement ne concerne pas les bac technologiques et bac professionnelles. Ces bacs devraient être valorisés ainsi que leurs débouchés. Mais plutôt que d’engager une réforme qui insistera plus de jeunes à s’orienter dans ces filières, le gouvernement préfère gérer la massification de l’accès des jeunes au baccalauréat et introduire des règles de sélection qui favoriseront les élèves des classes sociales supérieures dont les familles sauront guider leurs enfants. Ce n’est pas en favorisant les beaux parleurs que l’on formera des jeunes qui posséderont des compétences professionnelles pointues. Là bien est le problème de la France qui préfère former des gens qui feront faire plutôt qui savent faire eux même. Il y a là peut être une explication du décrochage économique industriel de la France, qui n’a pas su innover et reste spécialisé dans du moyen de gamme, mais nous préférons ne pas bousculer la hiérarchie sociale existante.

ParcourSup, une réforme de premier de la classe pour les premiers de la classe

APB est mort, vive ParcourSup !

Pendant de trop nombreuses années, le système informatique  Admission Post Bac (APB) a permis aux gouvernement successifs de se masquer le besoin d’une réforme du système d’orientation des lycéens sortant du bac, puisqu’un système informatique pourvoyait à l’affectation des lycéens dans les différentes filières supérieures. Il a fallu l’arrivée d’une classe d’âge nombreuse en juin 2017 au bac pour que le système craque, avec de nombreux jeunes n’ayant pas d’affectation en septembre et surtout le recours au tirage au sort dans de nombreuses licences soudainement en tension.

Adieu donc APB et ses 24 choix que les lycéens se devaient de hiérarchiser en cours d’année de terminal. Plus de critères géographiques pour demander une filière supérieure. Avec le nouveau système ParcourSup, les élèves de terminal devront déterminer 10 choix d’orientation qui seront tous classés au même niveau. On ne  comprend pas encore quel sera le poids des appréciations du conseil de classe portant sur chacun des 10 choix de chaque élève dans le processus d’orientation, quels seront les prérequis qui seront examinés par les universités pour décider quels candidats retenir et lesquels refuser. Il n’est non plus pas certain que les enseignants du secondaire aient réellement les moyens d’émettre un avis motivé pour chacun des souhaits émis, ou tout simplement le temps. La volonté d’impliquer plus les enseignants dans l’orientation est sans doute louable, mais faute de formation adéquate, il n’est pas certains que ceux-ci soient de bon conseil.

Beaucoup de modalités posent encore question. Mais dores et déjà émerge une certitude. Si chaque élève peut émettre 10 choix non hiérarchisés et qu’à partir de ces choix, les universités effectuent leurs courses (leur sélection ?), les meilleurs élèves de terminal seront reçus sur tous leurs choix, donc à plusieurs endroits en même temps. Après désistement sur les places non retenues, les élèves en attente pourront ensuite recevoir une ou plusieurs propositions. On ne sait aujourd’hui combien de vagues seront nécessaires pour remplir les universités, ni combien de temps sera nécessaire pour arriver au bout du processus.

Il est tout à fait possible à partir des données de la session 2017 d’effectuer des simulations informatiques. L’éducation nationale connaît précisément les 24 vœux de chaque candidat de la session 2017, qui plus est par ordre de préférence. A partir de ces données, il est possible de simuler le nouveau processus ParcourSup et estimer le nombre de vague qui seront nécessaires pour remplir les universités et avoir une idée du temps nécessaire pour arriver au bout. Si ces simulations ont été effectuées et n’ont pas été rendues publiques, le gouvernement anticipe des difficultés à la rentrée de septembre 2018, mais ne veut pas le reconnaître. Si ces simulations n’ont pas été effectuées, elles révèlent un grave amateurisme de ce gouvernement d’experts, car alors, il risque de découvrir en septembre 2018 des difficultés qu’il n’avait pas prévues.

Il est à craindre que beaucoup de jeunes passent avec leurs parents un été 2018 pleins d’angoisses. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des enfants premier de la classe qui pourront être les premiers à choisir et passer d’agréables vacances d’été. Les autres seront condamnés à attendre le déroulement des différentes vagues et ne pourront qu’ensuite préparer la rentrée (inscription, recherche de logement ….).

Compte tenu du fait que la classe d’âge arrivant au bac sera toujours aussi nombreuse, le nouveau système ne permettra pas plus que l’ancien de trouver une place pour tous. Si les mécontents sont trop nombreux, une explosion sociale des jeunes est possible à la rentrée 2018, quant deviendra clair pour tous que cette réforme ne vise finalement qu’une chose : corriger un système de tirage au sort, insupportable l’élite techno qui nous gouverne et permettre aux meilleurs de choisir. Ce n’est qu’une réforme ÉLITISTE.

fin d’APB, fin de la boucherie des études supérieures ?

La CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) vient de mettre en demeure le gouvernement le 28 septembre 2017 de revoir le mode de fonctionnement du logiciel d’affectation des bacheliers dans enseignement supérieur, ABP (Admission Post Bac) afin de « cesser de prendre des décisions concernant des personnes sur le seul fondement d’un algorithme ».
Cette mise en demeure ainsi que le scandale des milliers de bacheliers n’ayant pas obtenu d’affectation ou ayant été affectés dans des disciplines qui ne les intéressent pas, ou encore administrativement affectés dans des filières mais empêchés de suivre les cours à cause de l’absence de place, l’utilisation de plus en plus répandue du tirage au sort pour sélectionner les bacheliers  à l’entrée des licences sous tension, a conduit la ministre le l’éducation nationale à vouloir réformer par la loi la procédure d’admission post bac. La discussion avec les syndicats de lycéens et d’étudiants opposés à toute sélection et à priori réticents à l’idée de la mise en place de la vérification de pré-requis à l’entrée de l’université, risque d’être difficile.

Pourtant le système informatique d’Admission Post Bac ne peut être rendu responsable de tous les maux, qui ont pour origine une massification de l’accès au bac voulues par les politiques éducatives couplée à une absence de vision claire des besoins des bacheliers et jeunes étudiants qui se retrouvent à l’université faute de mieux, à cause de l’inadéquation de leur formation de lycéens au marché du travail, de formations post bac de courte durée permettant d’avoir une formation qualifiante trop sélectives et de la croyance répandue que pour réussir sa vie il faut avoir suivi des études supérieures.  Par ailleurs, comme le système de formation est très académique et n’offre que des passerelles insuffisantes vers les études supérieures pour ceux qui ont acquis des compétences professionnelles, la reprise d’études est très difficile pour ces personnes ayant quittées les rangs de l’école depuis plusieurs années et souhaitant se former à l’université pour acquérir un diplôme reconnu. Ce qui pose également le problème de la reconnaissance excessive du diplôme sur le marché du travail au détriment des compétences et aptitudes professionnelles à partir d’un certain niveau de qualification. Mais qui a pour conséquence directe d’inciter toute une génération à vouloir s’inscrire à l’université pour obtenir ce niveau avant de débuter une carrière professionnelle. C’est ainsi que toute une classe d’âge se retrouve à encombrer les universités. Même si celles-ci accueillaient plus d’étudiants en licence, beaucoup se retrouvent éliminés des masters 3 ans plus tard et donc toujours avec un problème de devenir professionnel.

Ce n’est pas en s’attaquant uniquement à la réforme d’APB et introduisant peut-être des pré-requis à l’entrée des licences universitaires que l’on résoudra les problèmes de sur-affluence des étudiants dans les études supérieures. Une réforme qui ne répond pas aux véritables besoins des  jeunes bacheliers et étudiants, à savoir à terme avoir un métier qui leur permette de s’insérer dans le monde du travail sera une réforme cosmétique, comme toutes celles qui ont précédé.

Un gâchis humain

Pour la première fois, cette année, face à l’afflux toujours plus important de jeunes à l’université, conséquence d’une classe d’âge plus nombreuse (boom des naissances de l’an 2000) et d’une politique de massification de l’accès des jeunes aux bac, un tirage au sort a été opéré par le système informatique Admission Post bac (APB) pour l’entrée en première année de médecine. Face au tollé provoqué par cette première, le gouvernement fît pression sur les facultés de médecine pour repêcher un certain nombre de candidats malheureux.Il fallait, face à l’opinion publique continuer à faire croire que tous pouvaient accéder à l’université sans sélection, tout en masquant les diverses stratégies mises en oeuvres par les facultés de médecine pour décourager le plus rapidement possible le plus d’étudiants possibles et alléger des amphithéâtres surchargé.

En guise de discours d’accueil, les professeurs encouragent tous ceux qui n’ont pas obtenus de mention bien ou très bien au bac à s’orienter au plus vite vers d’autres études qui hélas sont également prises d’assaut. Le rythme imposé est tellement intense que ceux qui n’ont pas préparé les cours à l’avance ne peuvent pas suivre. D’après certains professeurs, c’est depuis la mi-juillet que les étudiants devraient être entrain de travailler. Certaines notions sont considérées déjà abordées lors des stages de pré-rentrée privés ou celui du tutorat. Les travaux dirigés doivent être préparés avant, car au cours de la séance, c’est une correction en mode accéléré qui est délivrée. Ce système est bien éloigné de celui des classes préparatoires, pourtant exigeantes et élitistes, mais au moins les savoirs sont transmis en cours par des professeurs et n’ont pas à être acquis avant le cours et une place plus importante y est accordée au raisonnement, tandis qu’en faculté de médecine, il s’agit avant tout d’apprendre par cœur une quantité phénoménale de savoirs et petits détails qui varient d’un professeur à l’autre.

Ainsi, dans un tel système, il ne suffit plus d’être un étudiant brillant pour réussir, mais il faut également avoir été averti des différents écueils, avoir suivi un stage de pré-rentré et passé une partie des vacances à travailler par soi-même et être un bourreau de travail. Sans quoi, même en ayant des capacité, un étudiant peut vite se retrouvé dépassé et découragé.

D’ici quelques semaines, sur les trois amphithéâtres, l’un sera fermé suites aux découragements, épuisements et abandons. On ne peut qu’être révolté par cet immense gâchis humain, et nous n’avons pas abordé dans cet article le cas des 70 % d’étudiants qui s’inscrivant pour la première fois à l’université (toutes disciplines confondues) n’obtiendront pas de licence. Si nos gouvernement sont trop cyniques pour pour ne pas prendre en compte les aspects humain, ils pourraient au moins chiffrer la perte financière d’une telle politique du découragement pour la collectivité. Former des jeunes jusqu’au bac et au delà, pour les envoyer dans des impasses, au lieu d’être un investissement fructueux pour la collectivité qui devrait normalement se traduire par du développement économique, des points de croissance du PIB, devient une perte financière et donc une aberration.