Projet d’évaluation en fin de 5ième : arrêtons de saturer nos enfants

Quelle est donc cette idée du gouvernement de vouloir instaurer une évaluation nationale en fin de 5ième  (voir Le Monde du 06 mai 2011, « Une évaluation en fin de 5ième ravive les craintes sur le collège unique) ?

On peut légitimement soupçonner le gouvernement de vouloir écarter les élèves les plus en difficulté afin de ne pas gêner les meilleurs élèves dans la course au diplôme le plus prestigieux et de vouloir répondre à la crainte diffuse de déclassement social de certains parents voyant sa progéniture fréquenter dans les mêmes classes des enfants de milieux sociaux professionnels conduisant moins la réussite scolaire.

Au delà de ce débat, l’argument principal justifiant un tel projet est la volonté de disposer « d’informations statistiques comme point d’étape entre les évaluations de CM2 et le diplôme national du brevet ». On y reconnait un discours de type « langue de bois » que l’on entend souvent dans les entreprises et qui s’est semble-t-il diffusé ai sein de l’éducation national. Plutôt que de s’intéresser à la réalité du terrain, les décideurs ou managers réclament des indicateurs pour ne pas être aveugles dans leurs tâches de pilotage et pouvoir mesurer les effets de leurs décisions. C’est beaucoup plus facile pour eux de procéder ainsi en restant dans leur tour d’ivoire plutôt que d’engager de s’intéresser aux études de terrain et d’engager une concertation avec les différents acteurs (syndicats d’enseignants et de parents d’élèves, chercheurs et sociologues). C’est aussi bien plus confortable, car cela évite d’avoir à se remettre trop en cause. Dans la masse des moyennes, les particularités sont gommées.

On peut surtout craindre les effets sur nos enfants : sans cesse évalués, mesurés sous toutes les coutures. Ne va-t-on pas fabriquer une génération d’élèves stressés dés le collège ? Une part croissante de ces élèves risque de sombrer dans la dépression à l’âge adulte, quant en suivant cette logique d’évaluation constante actuellement à l’oeuvre au collège, ils devront fournir toujours plus dans le milieu professionnel ?

Par ailleurs, le brevet des collèges sollicite déjà les enseignants au détriment des enseignements. L’instauration d’une évaluation en fin de 5ième conduira une fois de plus à réduire le nombre d’heures dispensée à l’enseignement. Drôle d’époque où le temps passé aux évaluations ne cesse de croître au détriment des apprentissages.

A quoi sert le brevet des collèges ?

Quelle est l’utilité du brevet des collèges ? S’agit-il d’un diplôme permettant à un jeune sorti prématurément du système scolaire de trouver du travail ?

Certainement pas, puisque s’il s’est trouvé en situation d’échec, il n’aura pas le brevet des collèges.  Peut-être aura-t-il tout de même réussi une voie professionnalisante, type CAP ou BEP.

Il ne s’agit pas non plus d’un diplôme permettant le passage en seconde. Quelle est donc son utilité ?

Il s’agit en fait de préparer les jeunes à passer le baccalauréat et une fraction d’entre eux à passer toutes les étapes de la méritocratie à la française basée sur les concours : concours d’entrée dans les petites et grandes écoles, concours d’entrée dans les administrations et pour l’élite de l’élite, l’ENA.

Le brevet des collèges n’est que la première étape qui permettra de figer dans le marbre le mérite de nos enfants, lequel mérite leurs attribuera une position sociale plus ou moins enviée.

Nos enfants doivent donc bien s’adapter à ce moule.

Des apprentissages à la charge des parents

J’ai été stupéfait lorsque mon enfant a eu pour devoirs à effectuer à la maison des travaux sur notre ordinateur (traitement de texte, tableur, présentation). Les enfants n’avaient pas été formés par leur enseignant au maniement de ces logiciels en salle informatique (ceux-ci n’avaient eu droit qu’à des présentations en cours par rétro-projection).

A nous parents ensuite d’expliquer le maniement de l’ordinateur et de ces logiciels à nos enfants.

Ainsi, tous les parents sont-ils censés être équipés d’un ordinateur à l’entrée de leur enfant en classe de 6ième ? Tous les parents sont-ils censés avoir un accès internet ? Tous sont-ils censés être compétents sur ces logiciels, ce qui n’est évidemment pas le cas ?

Une fois de plus, les enfants qui n’ont pas la chance d’avoir des parents disponibles et multi-compétents sont sacrifiés. On crée ainsi chez un certain nombre d’enfants un sentiment d’échec face à l’outil informatique et des blocages, alors que la maîtrise des technologies de l’information est un enjeu majeur pour cette génération.

Il est tout à fait inouï que l’école tolère une telle franche rupture dans le principe d’égalité des chances.

Une mise sous tension permanente

Au premier jour de collège à la rentrée de septembre 2010, les enfants fraichement arrivés de CM2 furent bien accueillis.

Mais au deuxième jour, le désenchantement était au rendez-vous avec une avalanche de règlements :

  • règlement du collège
  • règlement du carnet de correspondance
  • règlements spécifiques à certaines matières …

Tous ces règlements sont très instructifs pour comprendre que l’école primaire est bien finie et que dorénavant on ne badine plus avec la discipline. Malheureusement, mis à part des interdits et des obligations pour les élèves, les multiples règlements ne sont pas très précis sur les droits des élèves .

Puis est rapidement arrivée l’avalanche de devoirs et d’évaluations sans coordination aucune entre les enseignants, les menaces si le travail n’est pas satisfaisant (une heure de colle dans certaines matières si le travail n’est pas à la hauteur), les risques de sanction pour des motifs futiles (pour une minute de retard, quant les enfants doivent traverser tout le collège pour se rendre d’une salle de classe à l’autre).

Enfin, certains élèves, les plus âgés du collège, profitent de leur position d’aînés pour écraser les plus jeunes (invitation à manger par terre à la cantine).

Tous ces faits ont conduit à une mise sous tension rapide de mon enfant dans les deux premières semaines qui ont suivi la rentrée scolaire. Il mangeait moins aux repas, était pâle et au bord des larmes le soir, se réveillait tôt le matin, était en permanence fatigué.

Le personnel du collège oublie que les élèves arrivant de CM2 n’ont que 11 ans, qu’ils sont des enfants qui entrent brutalement dans un monde d’adolescents et qu’ils ont besoin d’être accompagnés. Les rapports distants qu’entretiennent la plupart des enseignants ne les aident pas. A 11 ans, les enfants ne savent pas encore organiser leur travail et ne sont donc pas efficaces. On ne peut avoir vis à vis d’eux les mêmes exigences qu’avec des élèves de 3ième.

Nous avons rapidement essayé à aider notre enfant à prendre du recul, à mieux s’organiser, à acquérir des méthodes de travail. Petit à petit, celui-ci apprend à s’adapter. Nous lui avons appris à rédiger des fiches (chose que personnellement je n’ai commencé à faire qu’au lycée), lorsque les informations à retenir étaient dispersées sur plusieurs supports. Nous avons même été obligés de ré écrire certains cours sous forme de fiches synthétiques lorsque ceux-ci étaient mal structurés, voir incompréhensibles.

Mais qu’en est-il des autres enfants qui n’ont pas la même chance que le mien, d’avoir des parents disponibles et capables de l’aider ? Que sont-ils devenus pendant cette période cruciale ? Ont-ils décrochés ?

Comment s’arranger pour mettre son enfant dans une bonne classe

A la présentation du collège au cours du dernier trimestre de CM2, on nous expliquait que les enfants particulièrement motivés et ayant de bons résultats scolaires pouvaient commencer une seconde langue au collège, à l’entrée en 6ième.

Ne voulant pas surcharger notre enfant, nous ne l’avons pas incitée à effectuer ce choix.

Il s’est néanmoins retrouvé dans une classe où une partie des élèves apprennent l’anglais et l’allemand, où de toute évidence, le niveau des élèves serait meilleur et où l’on pousserait plus les élèves ?

L’institution scolaire ne le reconnaitra  jamais, mais personne n’est dupe sur les procédés à employer pour faire en sorte que son enfant se retrouve dans une classe travailleuse. Il faut choisir pour lui les bonnes options (allemand et anglais en 6ième, puis latin, classe européenne en classe de 4ième).

On continue de manière détournée à regrouper les meilleurs élèves ensemble et à vouloir faire émerger une élite.