Réforme du collège : pas d’inquiétude, la sélection continuera !

Les débats sur l’actuelle réforme du collège dont le décret et l’arrêté ont été publiés au Journal Officiel ce mercredi 20 mai ont au moins eu le mérite de faire apparaître clairement que le collège dans sa forme actuelle est inégalitaire, creuse l’écart entre les élèves, n’est bon qu’à faire émerger une élite, mais échoue à donner un avenir aux 150 000 jeunes qui sortent chaque année sans qualification du système scolaire. Voilà enfin une réforme qui va limiter les possibilités données aux parents, au travers des classes européennes, les classes bilangues anglais/allemand dès la classe de 6ième, des options telles que le latin et le grec, d’orienter leurs enfants dans les classes élites du collège, où l’on cultivera un précieux entre-soi. Il existe hélas bien un risque de désaffection des élèves pour la pratique de l’allemand, bien dommageable pour les jeunes, vu l’importance économique de ce partenaire économique qu’est l’Allemagne. Est avant tout en cause l’obligation pour les élèves de poursuivre l’anglais qu’ils ont commencé à l’école primaire, alors que l’école ne leur donnaient pas la possibilité d’opter pour l’allemand et l’impossibilité  de choisir cette langue comme première langue vivante en classe de 6ième, sans l’obligation de pratiquer en même temps l’anglais.

Cette réforme affirme la nécessité de l’acquisition d’un socle commun de compétences pour tous à la fin du collège et intègre encore mieux la nécessité pour les élèves d’acquérir une attitude réflexive, apprendre à résoudre des problèmes complexes faisant appel à diverses disciplines, nécessitant de leur part d’apprendre à travailler en groupe, à s’organiser et faire preuve de créativité. Les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) doivent permettre aux élèves d’acquérir ces nouvelles compétences. Chaque collège, au travers du surcroît d’autonomie acquis avec la réforme, devrait pouvoir construire des projets en fonction des spécificités locales.

Mais alors, d’où provient ce frein au changement exprimé par les  défenseurs des « humanités », académiciens, intellectuels, autres anciens élèves des grandes écoles,  agrégés et enseignants  ? Quand on entend des jeunes faire valoir que les humanités leurs ont été utiles pour faire la différence avec les autres candidats aux concours et parvenir à être sélectionnés dans les grandes écoles, on comprend bien que le principal objectif de ces enseignements n’est pas d’élever l’esprit, mais de permettre à une minorité de se distinguer dans la compétition pour la bonne place. Si le niveau général augmente, comment faire la différence dans un système élitiste ? Les enseignants qui ne pourront plus continuer à s’occuper de classes élites ont quant à eux une blessure narcissique à soigner. Il doit être moins valorisant de s’occuper d’élèves ordinaires. Ceux qui expriment des réticences face à l’autonomie accrue des établissements en craignant qu’un pouvoir supplémentaire soit donné au chef d’établissement sont sans doute des enseignants habitués à une transmission verticale du savoir qui n’ont pas l’habitude de travailler en groupe.

Les débats télévisés enflammés entrevus donnait la part belle aux syndicats d’enseignants, spécialistes de l’éducation et académiciens, mais avait tendance à oublier un peu les représentants des parents d’élèves et ceux du monde économique. C’est oublier que l’éducation de nos enfants ne doit pas seulement tendre à former une élite, mais aussi fournir la main d’œuvre qualifiée qui ira irriguer nos entreprises. De ce fait, il n’est pas illégitime que ceux-ci puissent donner leur avis sur les formations  pour que nos jeunes aient collectivement un avenir qui ne soit pas que réservé à une élite.

Si cette réforme va dans le bon sens, beaucoup reste à faire.  Les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, séduisants en théorie, n’auront de fruits que si les enseignants sont correctement formés, entre autre,  à apprendre aux élèves à travailler ensemble. Les inégalités ne seront pas gommées d’un coup de baguette magique. Encore faudrait-il revoir la place des évaluations, arrêter avec cette pédagogie de la terreur consistant à faire apprendre à coup d’évaluations et stopper cette inflation du travail personnel au cours de la scolarité. La plus grande source d’inégalité entre les élèves provient de la capacité des parents à les suivre et leurs donner des méthodes de travail. Il faudra également revaloriser les filières techniques, les voies professionnelles, l’apprentissage, en ayant soin d’aménager des passerelles avec l’enseignement général à tout niveau, jusqu’aux grandes écoles, afin de garantir un brassage humain et des idées.

Classement par valeur ajoutée des lycées : une plaisanterie

A l’origine de la mise en place des classements annuels des lycées par valeur ajoutée (voir Commentaires sur la valeur ajoutée des établissements), on pouvait espérer que ces classements mettraient en valeur les établissements qui mettent en œuvre une politique pédagogique susceptible d’amener tous les jeunes dont elles ont la charge à la réussite.

J’ai dû réviser mon jugement lorsqu’avec surprise, j’ai constaté que l’établissement d’enseignement général du secteur, fréquenté par mon enfant lycéen, est  bien classé selon les critères « taux de réussite », « valeur ajoutée relatif aux taux de bacheliers parmi les sortants ». La simple lecture des résultats ne laissent pas entrevoir qu’il s’agit d’un établissement sélectif. La sélection commence lors de l’orientation en fin de troisième lorsque les élèves ne répondant pas aux exigences de cet établissement et voulant s’orienter vers l’enseignement général sont envoyés vers un autre lycée d’enseignement général de la ville voisine. Elle se poursuit par la constitution de classes qui auront de meilleurs professeurs. Avoir simplement de bons résultats au collège ne suffit pas. Pour pouvoir cultiver un entre-soi avec des élèves plus motivés, il faut avoir choisi l’option allemand + classe européenne, ou avoir choisi l’option musique ou encore latin.

On continue par l’organisation d’un concours de mathématique qui ne dit pas son nom, au mois d’avril, entre toutes les classes de secondes.  L’objectif non avoué est d’utiliser cet « examen » pour constituer les classes de première scientifique pour la rentrée prochaine.

Comme la seconde est une seconde de détermination, on en profite pour réorienter un certain nombre d’élèves qui se sont égarés dans cet établissement en fin d’année, en témoigne un nombre plus faible d’élèves de première que de seconde.

Toutes ces astuces permettent à l’établissement d’être considéré comme un des meilleurs des environs et donc recherché par la plupart des parents pour leurs enfants. Quant on regarde le classement des établissements sélectifs et réputés de Paris, on constate des taux de réussite de 100% ou en approchant et des valeurs ajoutées sur le taux de bacheliers qui peuvent dépasser les 20%. Concernant les établissements d’enseignement général, on peut donc douter que la lecture des classements selon la valeur ajoutée puisse permettre aux parents de distinguer l’établissement où leurs enfants pourront suivre leurs chemins sans stress et sans l’obligation permanente de se surpasser pour réussir. Ces classements ne font qu’entretenir une forme de concurrence entre établissements, mais pas sur le critère qui nous intéresse.

 

Djihadisme : quelle rôle de l’école républicaine ?

Que plusieurs centaines de jeunes français soient à un moment ou un autre partis en Syrie, Irak ou ailleurs pour prendre part au djihad interroge. Tout comme le fait que des français et non des agents de l’étranger aient commis les attentats contre Charlie Hebdo et le supermarché Cacher.

La simple dénonciation du terrorisme, comme quelque-chose d’affreux, ne suffit pas. Il s’est trouvé des enfants pour estimer que le journal Charlie Hebdo l’avait bien cherché en ayant blasphémé contre le prophète Mahomet. Les médias nous ont montré des réactions intelligentes dans quelques établissements scolaires, où des débats ont été organisés afin de faire exprimer cette parole et surtout pour rappeler nos principes laïcs. Le blasphème n’existe pas en droit français, on ne saurait interdire ou limiter la critique sous des motifs de respect des religions, les préceptes religieux peuvent servir de fil conducteur aux individus à titre privé, mais aucune loi divine ne peut s’imposer à tous. Enfin, un enseignant montré en exemple effectuait une lecture d’image des fameuses caricatures, chose que beaucoup  de jeunes ne savent faire, pour faire prendre conscience qu’en l’occurrence était critiqué les extrémistes qui récupéraient la religion musulmane. La preuve est donc apportée que l’instruction civique peut avoir à l’école une vrai consistance et qu’il suffit de s’en donner les moyens et ne pas se limiter comme souvent à l’apprentissage des institutions et des règles. Les cours d’histoire pourraient également être un lieu de réflexion. Les élèves apprennent qu’il y a eu une reconquista en Espagne, des croisades (nos guerres saintes), l’inquisition, les guerres de religion. Mais nos professeurs d’histoire se donnent-ils les moyens de faire prendre conscience aux élèves du résultat de la récupération d’une religion (en l’occurrence le catholicisme) à des fins politiques ? Toute récupération politique d’une quelconque religion se traduit par la mise en place d’un projet totalitaire. La récupération de la religion musulmane n’échappe pas à la règle.

La première réponse que peut donc apporter l’école se situe dans la manière d’enseigner. Il faut arrêter de considérer les élèves comme des pages blanches d’un cahier de connaissances à remplir, transformer certaines matières telles que l’instruction civique, l’histoire géographie et privilégier la compréhension des faits, aiguiser l’esprit critique.

La quantité de jeunes s’étant à moment radicalisés et qui ont été tentés par les sirènes du djihadisme pose la question du profil de ceux-ci. De nombreux témoignages nous ont montré des familles chez lesquelles rien de prédisposaient leurs jeunes à la radicalisation. Ces jeunes ont effectué des rencontres qui les ont influencés ou l’ont été par internet. Mais cette influence porte ses fruits chez certains à cause de leur fragilité particulière. Incapacité à maîtriser leurs émotions, image négative de soi, sentiment d’être exclu, mal être.

L’école républicaine, toute axée qu’elle est sur la méritocratie et la sélection de nos élites joue un rôle majeur dans cette fragilisation. Dans un système hypercompétitif, où les élèves apprennent à coup d’évaluations, sont matraqués de devoirs et sont orientés en fonction de leurs notes, on favorise les élèves bien nés, dont les parents ont la capacité matérielle et intellectuelle d’aider leurs enfants. La ségrégation géographique et sociale est une réalité, mais dans une école qui se targue de respecter le principe d’égalité des chances, le principal facteur d’inégalité entre les élèves provient de cette capacité des parents à leurs apporter un soutien scolaire au bon moment. Finalement, les élèves se retrouvent sélectionnés en fonctions des capacités de leurs parents. Un jeune qui se retrouve dans une voie de garage et qui adulte n’aura pas d’autres horizons que des petits boulots peut en concevoir une certaine amertume. N’ayant pas réussi, il vivra avec une blessure à son amour propre. De tels jeunes, l’école en produit malheureusement de grande quantité.

Il n’est donc pas étonnant, qu’en présence de points de fixation sur la scène internationale telle que la Syrie et l’Irak aujourd’hui, certains jeunes à la recherche d’un sens à leur vie et rêvant d’un système de valorisation échouent dans les sectes djihadistes. Cette porte est plus honorable pour eux que la délinquance dans laquelle certains tombaient auparavant.

L’école de la république, en ne renonçant pas à son système méritocratique et en ne cherchant pas la réussite de tous les élèves offre malheureusement à ces sectes nombre de candidats potentiels. La refondation de l’école (pas celle en cours hélas) doit donc être l’axe majeur pour que l’on ne vive plus de tels attentats qui nous ont endeuillés.

Du changement en vue sur les évaluations ?

Alors que les évaluations sont trop perçues comme un moyen de contrôle des élèves permettant soit de les gratifier soit de les sanctionner, un changement est peut être en cours.

D’un côté, le gouvernement organise actuellement une conférence sur les évaluations des élèves, avec un jury qui devrait se prononcer pour la mi décembre 2015 sur la manière de transformer les évaluations pour quelles deviennent un outil au services des apprentissages et de la réussite de tous.

De l’autre, on peut noter de la part de quelques enseignants des changements de pratiques dans la manière d’évaluer. Par ordre croissant d’intérêt :

  • quelques uns prennent à cœur de vérifier que les consignes de l’évaluation sont bien comprises et sont ouverts aux questions des élèves ;
  • un autre fait recommencer l’évaluation jusqu’à ce que les élèves obtiennent un résultat convenable ;
  • l’enseignant le plus novateur a identifié dans sa matière un ensemble de compétences à acquérir d’ici à la fin de l’année et utilise les évaluations pour informer les élèves du niveau atteint (d’ailleurs, ceux-ci sont invités à s’auto-évaluer), sans d’ailleurs utiliser des notes mais avec des codes couleurs.

Nous aimerions ne plus voir des enseignants, qui tel cet enseignant de Sciences Économiques et Sociales, qui en début année demande en évaluation à des élèves de seconde, n’ayant pour la majorité aucune culture économique, le nom de la société ayant racheté Altstom, ou ce que veut dire INSEE ! Le résultat, visible sur l’extranet Pronote, n’est comme on pouvait s’y attendre, pas très glorieux. Quel dommage de commencer une année scolaire par un à priori négatif pour les élèves, dans une matière qui est si essentielle à la formation des citoyens de demain.

Souhaitons que cette conférence apporte un véritable changement, que les évaluations cessent d’être pour une minorité un moyen de gratification, une sanction et une source d’angoisse pour la plupart.

Petit bémol néanmoins, la conférence devra aussi réfléchir sur « Comment mobiliser les évaluations dans la détermination des parcours des élèves, leurs choix d’orientation et les procédures d’affectation ?« . Cette question (n°5) révèle que le système éducatif aura du mal de se passer des évaluations comme moyen de sélection.  Pour que la réforme soit complète, un énorme travail de revalorisation des filières technologique et technique doit encore être effectué. Un pays tel que la Suisse doit, entre autre, à son système de formation professionnelle proche des entreprises, d’avoir une des économies les plus compétitive du monde. La majeure partie des élèves (3 sur 5) y choisi une orientation en filière professionnelle. Ils conservent la possibilité de poursuivre des formations supérieures à l’issue de leur formation initiale.

Une revalorisation des filières professionnelles en France éviterai de baser l’orientation sur une sélection par les notes et surtout rendrait confiance en l’avenir à nos jeunes qui pourraient mieux maîtriser leur destinée.

Quelle utilité du brevet des collèges et du bac ?

L’article du journal Le Monde daté du mardi 17 juin 2014 « Un examen qui ne sert plus ni à évaluer ni à orienter » instruit sur les coûts du bac, estimé à 2000 € par le syndicat des proviseurs (SNPDEN), en prenant en compte les quatre semaines de cours perdues, et pose la question de l’efficacité de cette investissement de la nation (1,5 milliards d’euros chaque année). L’attribution en masse de ce diplôme s’est faite au détriment de la qualité. Il ne garantit plus grand chose et les filières post bac les plus recherchées ne s’y trompent pas. Elles sélectionnent leurs candidats sur dossier, livret scolaire ou concours. Les autres étudiants n’ont même pas la garantie de réussir à l’université, puisque la moitié des reçus au bac échouent dans les deux années qui suivent.

A quoi sert alors le bac ? « (…) le bac évalue surtout la capacité à «bachoter», ce qui n’est pas intellectuellement le plus formateur« .  « C’est comme si le bac certifiait à tour de bras pour faire passer dans le supérieur » (Le Monde du 17/06/2014).

Alors, pourquoi ne pas réformer le bac ? Pour le journal Le Monde, il s’agit d’un rite de passage auquel le pays reste farouchement attaché.

Souhaitons que cette belle analyse soit un jour  également effectuée au sujet du brevet des collèges, qui a mis les élèves hors de l’établissement à compter du 24 juin cette année et conduit à une démobilisation des enseignant une semaine auparavant, même en classe de troisième, où au lieu de préparer le dit examen, on s’amuse et visionne des films qui n’ont rien à voir avec les matières enseignées !

Pour moi, le paradoxe réside dans le fait que le bac, tout comme le brevet des collèges ne sont pas des examens sélectifs qui visent en apparence à certifier un niveau d’études des jeunes, mais en fait préparent aux concours de l’enseignement supérieur et de l’administration public, dont ceux de l’enseignement. Il faut en effet devenir une bête de travail et avoir une grosse capacité à  «bachoter» pour réussir la plupart de ces concours. Cela demande un investissement considérable à tous les candidats qui souhaitent avoir de sérieuses chances de réussir. Pour pouvoir produire une quantité de candidats suffisante pour faire fonctionner ce système sélectif, la préparation doit commencer très en amont. Celle-ci commence avec le brevet des collèges, puis se poursuit trois ans plus tard avec l’épreuve du bac. Un élève qui aura acquis les méthodes de travail pour ingurgiter tout le savoir qu’on lui demandera de régurgiter lors de ces épreuves pourra ensuite postuler à tous ces concours qui lui permettront d’accéder à un statut social enviable : ingénieur des grandes écoles, médecin, commercial, manager, fonction publique, enseignant …. Ayant eu le mérite de réussir à un moment de sa vie un concours, le valeureux candidat  devient méritant à vie. Il peut se reposer sur le statut acquis après de rudes efforts. Ne souhaitant pas que les avantages sociaux qu’il a acquis de haute lutte puisse être dilués par une quantité trop importante de personnes ayant progressé dans leur vie professionnelle, sans passer par la voie royale du concours, notre ancien candidat s’organisera en corporation, syndicat, réseau pour empêcher ces intrus venir le concurrencer sur le marché du travail.

La clé de voûte est le concours. Mais pour que le système méritocratique fonctionne pleinement, il a besoin du brevet des collèges et du bac qui préparent une minorité d’une classe d’âge à passer ces épreuves sélectives (10 % ?). Tant pis pour tous les autres élèves qui n’en tire qu’un bénéfice symbolique.

Ce n’est donc pas « le pays qui reste farouchement attaché à son «bachot» », mais les élites conservatrices qui veulent préserver leurs avantages sociaux et permettre à leurs progénitures d’accéder au même statut social, en justifiant leur mérite par la réussite aux concours, qui empêchent toute réforme.

Pourquoi rendre les maths difficiles au brevet des collèges ?

Le brevet des collèges s’est terminé vendredi 27 juin par l’épreuve d’histoire-géographie. Même si cette dernière épreuve ne présentait pas grand intérêt à cause de questions zappant sur une multitude de sujets, alors que cette année était riche en événements (centenaire du déclenchement de la première guerre mondiale, soixante dixième anniversaire du débarquement, Europe avec les élections européennes), elle ne présentait pas de difficultés particulières, tout comme l’épreuve de français.

L’épreuve de mathématique était par contre d’un niveau de difficultés bien supérieur et très difficile à mener à bien dans le délai de deux heures, même pour des élèves ayant eu, au cours de l’année de troisième des résultats scolaires excellents.A titre de comparaions, la plupart des élèves étaient sortis de la salle d’examen au bout d’une heure d’épreuve d’histoire / géographie. J’entends déjà les professeurs nous expliquer que les élèves doivent apprendre à gérer leur temps. Mais pourquoi une telle divergence entre l’épreuve des mathématiques et les autres épreuves ?

Le brevet des collèges poursuit normalement un objectif certificateur des élèves en fin de classe de troisième. Il atteste de la maîtrise par les élèves d’un socle commun de connaissances. Cependant, l’épreuve de mathématique vise un objectif complémentaire qui ne peut pas être affiché. Elles restent la matière reine sur laquelle se base la sélection des élites, d’abord au lycée, puis ensuite par le biais des classes préparatoires. Il convient donc de commencer à préparer des maintenant nos chérubins à devenir des bêtes de concours. Enfin pas tous, juste une minorité.

Les bons conseils du conseiller d’orientation

Connaissez vous le site les métiers.net, site internet créé en 2003 à l’initiative du Conseil Régional Île de France, destiné à aider les 12/25 ans dans leur choix d’orientation scolaire et professionnelle ? Ce site propose un test gratuit permettant aux jeunes de déterminer à partir de leurs goûts le type de métier qui leur convient le mieux et une large palette de professions.

Il semblerait que certains conseillers d’orientations qui reçoivent au cours du dernier semestre les élèves de troisième ne le connaissent pas. C’est une bonne chose que de demander à tous les élèves de prendre rendez vous avec le conseiller. Mais si ce rendez vous ne sert qu’à prendre connaissance des notes de l’élève pour lui signifier quelle orientation il ne peut pas prendre ou à l’inverse expliquer à un élève qui ne s’est pas encore déterminé, qu’il peut s’orienter vers le lycée général, l’élève n’aura pas avancé dans la maturation d’un projet de vie personnel. Il n’aura non plus pas compris l’intérêt de son implication dans sa scolarité, laquelle ne vise pas l’obtention de bonnes notes, mais bien la préparation d’un projet de vie. Tous le monde sait-il bien qu’en fonction du projet de vie, la fréquentation d’un lycée général n’est pas la meilleure solution, même en ayant un bon dossier scolaire ? Il serait temps d’arrêter d’orienter les élèves en fonction de leur niveau scolaire. Un élève qui souhaite s’orienter à terme vers un métier artistique ne doit surtout pas poursuivre en lycée général, mais s’orienter vers un bac ST2A (sciences et techniques des arts appliqués). Les passerelles ne sont pas évidentes et peuvent nécessiter de coûteuses remises à niveau dans des écoles payantes !

Le chef d’établissement s’était pourtant bien impliqué dans une réunion d’information pour expliquer l’importance de l’orientation et ses subtilités, la nécessité d’avoir un projet en cohérence avec son niveau scolaire. L’absence d’implication sérieuse du conseiller d’orientation annule tous ses efforts et est préjudiciable pour nombre d’élèves. Elle conduit directement à des cas d’élèves qui se trouvent sans orientation pour la rentrée, d’autres avec des orientations qui ne leurs conviennent pas et vont occuper les commissions d’appels,  rester dans incertitude quant à leur orientation pendant tout l’été, pour dans le pire des cas, retourner pour une année supplémentaire au collège, aigris.

On attend des ces conseillers qu’ils aient un minimum d’intérêt pour les jeunes qui reçoivent. Passer son temps à répondre à des appels téléphonique, comme c’est arrivé à mon enfant, n’est pas une marque d’intérêt, ni même de respect. Si un accompagnement est bien prévu, celui-ci reste largement insuffisant. Demander à chaque élève de procéder au test du site « les métiers.net » pour en parler ensuite avec le conseiller d’orientation serait un bon début.

Le scandale de l’histoire de l’art au brevet des collège

Voici une illustration du rôle des familles dans la réussite de leurs compétiteurs à l’épreuve de l’histoire de l’art, épreuve pour laquelle la préparation en classe fut minime et requièrant un important travail personnel au domicile.

Notre champion familiale étant bien préparé et bien entouré, il réussit l’épreuve haut la main. Il revint néanmoins déçu par les questions qui lui furent posés, révélant que les enseignants membre du jury avait manifestement à peine pris connaissance des sujets autres que ceux qu’ils avaient proposés. La réussite ne fut pas au rendez vous pour tous les élèves. Certains avaient commencé à préparer en catastrophe l’épreuve le week-end avant. Un camarade de classe s’y mit la nuit d’avant. Pour ce dernier, l’épreuve fut chaotique. Il fut interrompu dans sa présentation qui ne devait pas être convaincante pour passer aux questions. Ses réponses n’étant pas à la hauteur, il fut interrogé sur tous les autres artistes du programme pour lui tenter de lui donner une chance de se rattraper, ce qu’il ne parvint pas à faire.

Nous voyons là une inégalité flagrante et choquante. Les élèves biens suivis par leurs parents réussissent, tandis que les autres, s’ils manquent d’un minimum de maturité, sont condamnés à échouer. A 14-15 ans, les élèves sont des adolescents et non des adultes. Beaucoup ont d’autres préoccupations que le travail scolaire. Dans cette phase de construction de la personnalité, certains pensent à tout autre chose. De plus, le cerveau de l’adolescent n’a pas la maturité requise pour lui permettre de se projeter dans le temps et planifier son travail tout seul. Cela explique que des élèves insuffisamment coachés par leurs parents s’y prennent au dernier moment avec le résultat que l’on connaît.

Admettons un instant qu’à cette âge, l’acquisition de compétences liés à la recherche d’informations, la préparation d’un support de présentation et son exposé soit un enjeu important du socle des connaissances à acquérir en fin de collège. Comment se fait-il alors que les élèves ne reçoivent aucune aide à l’intérieur du collège ? Que pas même un enseignant ne fasse des points d’étape pour vérifier l’avancement de chaque élève dans son travail et lui fournisse des conseils ? Que l’on attende le jour de l’épreuve pour constater la dérive de certains élèves et la sanctionner par une mauvaise note ?

Une commission occulte de l’éducation nationale a dû un jour estimer qu’il fallait introduire l’histoire de l’art au brevet des collèges, mais a oublié d’allouer des moyens à la préparation. Aucun enseignant n’est responsable de l’histoire de l’art et aucun temps n’a été accordé aux différents enseignants plus préoccupés par le fait de boucler leurs propres programmes.

Cette épreuve que personne ne prend au sérieux ne sert donc qu’à trier les élèves. Ce tri est effectué non pas en fonction du mérite des élèves (désolé pour notre champion familial), mais en fonction des capacités des parents et ce que ceux-ci peuvent leurs apporter. Cette injustice est tellement énorme qu’elle fini par paraître normal. Mais pourquoi alors s’étonner que tant d’élèves décrochent et que les tests internationaux PISA jugent notre école inefficace ?

Et maintenant l’histoire de l’art pour le brevet des collèges

A peine les épreuves de brevet blanc, de validation des compétences informatique sous la forme d’un exposé de Science de la Vie et de la Terre sous powerpoint, de présentation orale du rapport de stage de troisième avec un support powerpoint, enfin passés, voilà nos futurs candidats au brevet des collèges contraints à préparer leurs présentations pour l’épreuve de l’histoire des arts.

Étrangement, cette discipline n’étant portée par aucun enseignants (on aurait logiquement pu penser que les enseignants de musique et arts plastiques en soient responsables), les élèves ne reçoivent quasiment aucun enseignement. Comme la discipline est tout de même au brevet des collèges, les enseignants d’histoire et géographie, français, musique, art plastique et même mathématique doivent fournir des sujets pour l’épreuve. En théorie, les cinq sujets devaient être fournis aux élèves avant les vacances de février. Les objets d’étude devaient être étudié en classe et les élèves ne devraient avoir qu’à réviser ces objets d’étude pour l’épreuve d’oral.

Dans la réalité,un seul objet d’étude a été  abordé en classe, mais doivent faire de la part des élèves de recherches complémentaires. Les autres sujets n’ont été fournis que très récemment et les élèves devront là aussi se débrouiller tout seuls.

Dans cette liste de 5 sujets, l’élève doit en choisir un sur lequel il préparera un exposé avec un support sous powerpoint une fois de plus. Il est précisé très sérieusement que l’élève devra « approfondir et dépasser ce qui a été étudié en classe », ce qui ne devrait pas être trop difficile, puisque aucun  des sujets n’a été sérieusement étudié en classe. L’élève devra également se préparer à répondre à des questions sur les autres sujets.

Voilà donc du travail en perspective pour les prochaines vacances de printemps ! Notre élève de troisième qui avait peur de s’ennuyer aura la possibilité de penser tous les jours à son cher collège, ses chers professeurs et son brevet, compte tenu de l’ampleur du travail qui l’attend.

Quels sont élèves qui réussiront et se distingueront dans cette formidable épreuve académique du brevet des collèges ?

Seuls réussiront  les élèves dont la famille peut intervenir en support ou a pu apporter un soutien, tant dans la formation à la recherche d’information, la préparation des présentations sous powerpoint, l’entraînement à la présentation orale et qui ont un accès à cette culture que le collège prétend pompeusement transmettre aux jeunes.

Cette épreuve d’histoire de l’art n’est finalement qu’un moyen supplémentaire pour permettre aux familles accédant au savoir de voir distingués leurs enfants au détriment des autres, indépendamment de la réelle aptitude  des autres élèves. Ainsi se met en place les orientations futures par cette  forme de sélection cachée  qui veut faire croire qu’elle distingue les élèves les plus méritants, alors que leur principal mérite est leur naissance. Dans cette affaire, on se fiche donc bien de faire réussir le plus grand nombre.

Bonnes vacances (reposez-vous bien)

« Enfin !

Brevet blanc, diapos, oral de stage et autres contrôles…

On va bien s’amuser et se reposer avec tous ces devoirs.

Merci les professeurs ! (chacun rajoute sa couche) » (citation d’un élève de troisième au début des vacances de février).

Les dites vacances ont commencé pour l’élève en question par des poussées d’angoisse et des maux de ventre, devant la quantité de travail exigée. Il a fallu, en bons parents apprendre à l’élève en question à établir un planning des travaux à mener et à essayer de lui expliquer la nécessité de prioriser ses efforts. Quelle nécessité y-a-t-il de s’enfoncer dans le crâne les dates du programme d’histoire, à réviser pour le prochain brevet blanc, trop tôt, sachant d’expérience que notre cerveau trie les informations et oublie naturellement celles qui ne servent à rien ? Comme les élèves ne lisent pas suffisamment, c’est bien connu, il leurs faut lire en plus un livre de 300 pages, en vue d’une rédaction à la rentrée. A 14 ans, lorsque l’on a appris à toujours tout faire pour le mieux, il est difficile de faire la part des choses et de se fixer des limites. Difficile d’admettre qu’il n’est pas possible de répondre à toutes les exigences des professeurs, dont un certain nombre doivent considérer comme un gage de sérieux le fait d’inonder leurs élèves de travail pendant les vacances pendant qu’eux tranquillement profiterons des leurs.

Objecter que les enseignants ont du travail de préparation pendant leurs congés ne tient pas. D’une part, ceux-ci sont des adultes ayant choisi leur métier, alors que les élèves subissent une forte contrainte. D’autre part, demander à cet âge un travail scolaire de l’ordre d’1,5 à 2 h par jour, reviens à demander aux élèves à consacrer 3 jours à 4 jours de congés pour les devoirs, ce qui est excessif à 14 ans. C’est également méconnaitre le besoin humain des élèves d’avoir une véritable coupure, permettant de décompresser pour plus d’efficacité ensuite (la réforme des rythmes scolaire ne semble pas être passée par là). Rappelons que le droit du travail interdit à un employeur de demander à ses salariés de se rendre disponible ou de travailler pendant les vacances. Pourquoi alors nos enfants n’auraient-ils alors un droit équivalent ?

C’est aussi faire porter sur les parents des obligations excessives, risquer de générer des tensions dans certaines familles sur le thème des devoirs. Nous aussi, en tant que parents, nous en avons marre des devoirs tous les jours.

Le cas de cet élève n’est certes pas celui de la majorité des élèves qui insouciants comme on peut l’être à cet âge auront tendance à reporter le travail scolaire pour le dernier week-end des vacances et le bâclerons dans le peu de temps qu’il leur restera. Il leurs en coutera quelques mauvaises notes et une série de reproches qui achèveront de les démotiver.

Pour quels élèves travaillent donc ces enseignants ? Ne travaillent-ils que pour cette extrême minorité d’élèves qui a pris goût à la valorisation par les notes et qui ayant acquis un esprit de compétition, vont se préparer, tels des champions sous l’impulsions de leurs entraineurs de parents, aux futurs concours de sélection qui forment la base du système méritocratique français ? Mon élève de troisième, déjà trop stressé a tendance à brider ses choix d’orientation en fonction de la masse de travail qui lui sera demandé et ce malgré l’excellence de ses résultats scolaires.

Ce mode de fonctionnement de l’école, qui cherche à sélectionner les meilleurs et à les formater pour répondre toujours présent aux sollicitations de leurs futurs employeurs est dommageable pour toute la société. D’une part, il décourage beaucoup d’élèves, d’autre part, il favorise ceux dont les parents peuvent s’investir fortement. Enfin, il sélectionne les individus ayant une certaine forme d’intelligence (gros bachoteurs) à l’heure où une économie innovante aurait plutôt besoin de voir des personnes ayant avec des formes d’intelligences variées, collaborer ensemble pour innover.

 

PS : nous arrivons au dernier WE des vacances et les devoirs ne sont toujours pas terminés.