Les bacheliers ne sont que de la viande

L’affluence de jeunes bacheliers est cette année telle que de nombreuses licences universitaires non sélectives, réputées ne pas être en tension l’année précédente et donc classées en pastille verte dans le système informatique Admission Post Bac (APB), ont connu pour la première fois un tirage au sort. Au 19 juillet, 87 000 candidats étaient encore en attente d’une place (LeMonde.fr) et attendaient le résultat de la procédure complémentaire. Ce chiffre serait en baisse par rapport à l’année précédente, mais témoigne de l’absence de places auquel un système informatique ne peut palier.

Ce manque de places introduit un niveau de compétition entre les jeunes bacheliers qui n’existait pas lorsqu’il y 30 ans je passais mon baccalauréat. Si je n’avais pas obtenu une filière sélective, j’avais une place assurée dans une des universités parisienne. APB présente un gros progrès par rapport au passé. Inutile d’avoir à monter une multitude de dossiers papier qu’il fallait alors envoyer par courrier. De nombreuses formations supérieures sont maintenant accessibles via ce système informatique et il suffit de classer correctement ses vœux. Cependant, même si l’information est accessible, toutes les familles ne s’impliquent pas de la même manière dans l’avenir de ses enfants, ni n’est capable de trouver cette information ou de la comprendre correctement. Cette inégalité lié à la famille devrait pouvoir facilement être gommée par une implication plus forte des conseillers d’orientation au sein des lycées. Hélas, ceux-ci n’ont pas toujours un rôle très actif (manque de temps, manque d’implication du lycée ? …), conduisant les mieux informés à mieux classer leurs choix et donc à mieux assurer leur avenir. Car contrairement à il y a 30 ans, l’affluence de jeunes bachelier est telle que la compétition ne se limite plus aux filière sélectives, mais finalement s’est étendu, malgré les apparences à l’ensemble des formations universitaires, malgré le refus de la sélection dans les filières non sélectives. C’est cette compétition qui a pour résultat 87 000 jeunes en attente d’affectation et on n’imagine pas le niveau d’angoisse de ces jeunes et de leurs familles, que nous ne connaissions pas il y a 30 ans.

Mon aîné n’a pas connu ce niveau d’angoisse, car chanceux, il a su dés le premier tour du système APB qu’il avait une place assurée en médecine après un tirage au sort qui n’avait jamais eu lieu les années précédentes. Apparemment les recalés du tirage au sort du premier tour auraient été repêchés, à cause de l’émotion suscitée dans l’opinion par ce premier tirage au sort. Peut-être que dans les universités où il n’y a que trois amphithéâtres pour suivre par visioconférence le cours d’un professeur, il y en aura désormais un quatrième d’ouvert ?

La procédure d’inscription effective a débuté le 20 juillet, car malgré un système informatique qui en théorie pourrait nous permettre de connaître l’affectation bien plus tôt, les facultés de médecine de l’Île de France se répartissent les bacheliers à mention, pour éviter que ceux-ci ne se concentrent dans les facultés Parisiennes. Attendre cependant le 20 juillet pour s’inquiéter du logement de son jeune lorsque celui-ci aura à faire face à des durées de transport en commun rendant impossible sa réussite dans ce type d’études qui nécessitent un très fort niveau d’engagement compte tenu du concours de fin de première année, conduit à risquer ne pas trouver du tout de logement. Car si les universités sont prises d’assaut, les logements le sont aussi. Nous avions largement anticipé et effectué nos recherches dés le mois d’avril. Mais après avoir trouvé la classe préparatoire qui sera suivit en parallèle de l’année universitaire (encore une belle hypocrisie) et le logement, nous étions dans l’angoisse de voir le premier choix d’affectation invalidé.

Quant à la procédure d’inscription, malgré ou grâce à sa digitalisation, elle est devenue d’une telle complexité, qu’elle nous a nécessité pas moins de cinq heures, pour tout d’abord comprendre ce qu’il y avait à faire dans les différents extranets de l’université, puis effectuer l’inscription et la création des différents comptes. On peut se demander comment font les familles qui ne sont pas suffisamment familiarisées avec les arcanes d’une telle bureaucratie et avec les procédures internet. Après s’être donné jusqu’au 20 juillet, les facultés de médecines ne laissent quant à elles qu’une semaine aux étudiants pour effectuer l’inscription, sans quoi elle est perdue. On peut légitimement se demander si les universités n’espèrent pas secrètement perdre quelques candidats mal armés face à une telle bureaucratie.

Si vous aviez le malheur de vouloir (ou devoir) partir en vacances en juillet, il vous fallait pour cela récupérer sous forme numérisée tous les documents nécessaires à l’inscription. Mais impossible de connaître à l’avance cette liste. Aucune université ne publie sur son portail internet une telle liste et même sur le tchat de l’université, il était impossible d’obtenir la réponse.  Sans doute que l’université considère que nous parents sommes à sa disposition pour l’alimenter en paperasse, alors que l’éducation nationale connaît déjà tout de nos enfants.

Ces procédures d’affectation et d’inscription à l’université nous donnent l’impression que nos enfants ne sont que de la viande. Même brillants bacheliers, ils peuvent être aisément remplacés par beaucoup d’autres brillants bacheliers, tant il y a de jeunes aujourd’hui qui veulent poursuivre des études supérieures. Et nous parents, nous sommes que les esclaves de ce système éducatif hypocrite, qui veut faire croire à la réussite au mérite quant tout n’est qu’affaire de connaissance de la complexité des rouages et d’argent.

Admission Post Bac – trop de jeunes bacheliers !

78,6 % (en 2016) de chaque classe d’âge arrivant chaque année au baccalauréat représente une quantité importante de jeunes cherchant par la suite à poursuivre des études supérieures. Le système Admission Post Bac (APB) permet de manière efficace pour toutes les formations supérieures de remplir leurs établissements, en prenant dans la mesure du possible des désiratas exprimés des futurs étudiants. Lors de la constitution de la liste ordonnée de vœux, les futurs étudiants sont très bien informés sur les filières (statistiques, critères recherchés, si la filière est en tension). Même dans les mails automatiques reçus par la suite, des explications sont délivrées. Voici un extrait d’un mail automatique reçu de automatique@admission-postbac.fr le 22 mai 2017.

Rappel important
Classez l’ensemble de vos vœux dans l’ordre de vos préférences, c’est-à-dire en fonction de vos souhaits et de votre projet professionnel, sans autocensure. Il s’agit d’un classement unique pour toutes les formations (licence, DUT, STS, CPGE, etc.), hors formations en apprentissage.

ATTENTION : Il est important de bien réfléchir à la composition de sa liste de vœux et à son classement définitif.
En effet, lors des phases de propositions d’admission (à partir du 08 juin) , toute proposition qui pourra vous être faite (c’est-à-dire la meilleure possible, par rapport à l’ordre de vos vœux) annulera les vœux moins bien classés dans votre liste.
Par ailleurs, une formation non classée ne pourra évidemment pas vous être proposée.
Enfin, si vous postulez sur une formation de licence non sélective dont les capacités d’accueil sont insuffisantes pour satisfaire toutes les candidatures, un traitement automatisé critérisé est mis en place pour départager l’ensemble des candidats et déterminer ceux qui bénéficient d’une proposition d’admission.L’algorithme tient compte de l’académie du candidat, de l’ordre de ses vœux et de sa situation de famille et, si nécessaire, d’un tirage au sort. Ainsi, sur ces formations, il convient de bien appréhender qu’une licence dite « en tension » n’est proposée que si elle est classée dans les premiers vœux du candidats, voire pour la PACES et les licences les plus demandée (STAPS, droit et psychologie) si elle est le voeu n°1.

Et en fonction des vœux exprimés, le système APB envoie des messages du type « Compte tenu de votre profil, votre projet de poursuite d’études paraît pertinent. Avis favorable pour cette orientation. Ceci est un mail automatique, merci de ne pas y répondre. » et  bien sûr, d’autres messages décourageant les projets des futurs bacheliers n’ayant pas les prérequis attendus.

Malheureusement, un système informatique, tout aussi bien conçu soit il, ne résoudra pas les problèmes liés à l’arrivée de générations toujours plus nombreuses au baccalauréat. Dans les années à venir, avec l’arrivée de la génération du baby boom de l’an 2000 au niveau du bac, les formations non sélectives font faire face à de grosses difficultés pour accueillir ce flot chaque année plus important d’étudiants, parmi lesquels nombreux seront ceux qui se retrouveront en situation d’échec.

Il y a eu erreur sur les objectifs. Tout d’abord d’avoir décrété il y a plus de trente ans que 80% d’une classe d’âge devait avoir le bac (Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’éducation nationale en 1985) et dans l’adhésion à la « stratégie de Lisbonne »  lors du conseil Européen de Lisbonne en mars 2000 pour faire de l’Union Européenne, donc de la France « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale». En voulant devenir une économie de la connaissance, l’éducation nationale s’est peut être trop focalisée sur la connaissance académique.

Il y a aujourd’hui trop de jeunes qui veulent poursuivre des études supérieures académiques, trop par rapport aux capacités d’accueil et trop par rapport à ce que notre économie peu créatrice en emplois, malgré l’accélération de la reprise, peut absorber. On peut donc conclure que la natalité dynamique de la France comparée à celle de nos voisins, en particulier l’Allemagne, qui était présentée comme un atout économique, n’en est plus vraiment un vu l’ampleur du gâchis en cours et qui ne va pas manquer à s’amplifier.

La valorisation des formations professionnelles est la seule voie qui permettra de donner un avenir à tous nos jeunes. Cette valorisation doit passer par la mise en place de filières supérieurs d’études à l’instar de ce qui se fait en Allemagne et en Suisse pour les bacheliers des bacs pros, où ils ne seront pas concurrencés par les bacheliers généraux.
Mais pour cela, il faudrait remettre en cause notre système éducatif élitiste, reconnaître que l’on peut réussir en passant par la filière professionnelle et donner la possibilité à ceux qui passent par cette filière d’avoir ensuite une véritable évolution professionnelle. La part élitiste de notre système éducatif  peut-il seulement être sérieusement remise en cause par des gens qui en sont les purs produits, tels l’ancien et nouveau président de la république (François Hollande et Emmanuel Macron et leurs ministres de l’éducation nationales respectifs (Najat Vallaud-Belkacem et Jean-Michel Blanquer) ?

Voyage scolaire ou bac blanc ?

Quoi de plus raisonnable que de proposer un voyage scolaire d’une semaine, des sorties tous les soirs avec retour au logement après minuit et une semaine après la fin du voyage, organiser un bac blanc d’une durée également une semaine ?

Les élèves sont revenus enchantés de leur voyage, mais fatigués. Après une semaine d’une parenthèse agréable, il leur fallait se replonger dans la réalité d’un travail soutenu. Mais la plupart, trop fatigués n’en n’ont pas été capables. Il s’en est suivit des résultats jugés décevants au bac blanc. Ceux-ci ont été mis sur le compte d’un manque de travail, mais personne ne semble avoir fait le lien avec le voyage scolaire qui rendait impossible la bonne préparation des élèves. Certaines épreuves étaient également d’une complexité supérieure à ce qui est habituellement demandé pour un bac. Est-ce dans une optique élitiste ou juste par plaisir de de concocter des épreuves complexes ?

Ce bac blanc, censé entraîner les élèves au vrai bac  est en fin de compte bien plus important que le bac lui-même, puisque ces les notes vont alimenter le système Admission Post Bac (APB). L’orientation des élèves sera déterminée avant l’épreuve du bac, même si les réponses ne seront connues des élèves qu’après.

Peu de temps avant le conseil de classe du second trimestre, l’enseignant de mathématique, voulant secouer ou réveiller ses élèves leurs a soumis une évaluation complexe deux jours après une nouvelle leçon insuffisamment assimilée par les élèves. Il s’agit apparemment d’une pratique que survient dans d’autres établissements qui se prennent pour des antichambre de sélection des élèves pour les classes préparatoires.

Voilà des élèves d’une terminale S, dans un lycée qui a un soucis particulier pour son classement, à qui l’on n’offre pas les meilleurs chances de succès. Ceux-ci doivent tout mener de front, un voyage scolaire, une cadence de travail élevée et obtenir de bons résultats pour pouvoir s’orienter dans filières sélectives qui augmenteront le prestige du lycée et de leurs enseignants. On ne comprend pas qu’au moment où les élèves doivent saisir leurs choix dans le système informatique ABP, leurs professeurs ne leurs offrent pas les meilleures conditions de réussite. Les notes de ce second trimestre seront déterminantes pour l’orientation des élèves souhaitant se diriger vers une filière sélective.

Faut-il devenir un parent professionnel pour avoir des enfants ?

Lors d’une réunion d’information en fin de classe de CM2 avant l’entrée au collège, il nous était expliqué qu’on ne nous demandait de devenir des parents professionnels. D’après le représentant du collège qui animait la réunion, suivre correctement son enfant consistait à s’intéresser continuellement à ces activités au collège, être à son écoute et vigilant sur ses difficultés, vérifier avec lui qu’il effectue bien son travail …. Au vu de cette définition, nous pouvions logiquement en conclure qu’il s’agissait là d’une mission accessible à n’importe quel parent suffisamment investi dans l’avenir de ses enfants, quelque soit son bagage culturel.

L’entrée en classe de sixième de notre enfant le plus jeune, ainsi que l’expérience vécue avec nos enfants plus âgés démontrent hélas qu’il n’en est rien.

Alors qu’une réforme scolaire d’ampleur est censée se mettre en place cette année avec la mise en place d’enseignements interdisciplinaires et la compréhension de la nécessité de faire apprendre aux enfants à travailler en groupe, la pratique des exposés à réaliser chez soi avec le copain continuent à avoir la vie dure. Avec seulement un délai d’une semaine (la date du conseil de classe approchant), les élèves de 6ièmes ont dû préparer un exposé portant sur un sujet en rapport à l’impact des activités humaine sur l’environnement. Il s’agit de sujets très intéressants en soi. Cependant, les recherches d’informations étaient à effectuer au domicile, ainsi que l’élaboration de l’exposé sur un support de type powerpoint. L’enseignant sous-traite ainsi sur les parents de manière quasiment explicite un certains nombre d’apprentissages qui devraient être effectués dans le cadre de ces nouveaux enseignements interdisciplinaires :

  • la recherche d’information sur internet. A 11 ans, à part consulter Wikipédia, je ne sais pas bien ce qu’un élève est capable de trouver
  • savoir synthétiser l’information et en retirer ce qui est pertinent avec le sujet de l’exposé
  • apprendre à utiliser les outils bureautique et à réaliser un powerpoint.
  • apprendre à se coordonner et à travailler ensemble. C’est aux parents de se contacter entre eux, d’organiser le travail de leurs enfants, les faire se rencontrer.
  • apprendre à présenter le sujet devant les camarades de classe.

La réalisation de fiches de lecture en français est une autre activité énergivore et coûteuse en temps. Nous devons aider notre enfant et lui apprendre comment réaliser ces fiches et à rédiger / argumenter et pas seulement corriger les fautes d’orthographe. L’enseignement se contente, lui de noter. Récemment, il a même fallu l’aider à remplir un tableau de synthèse sur une œuvre qu’il n’était pas capable de remplir seul.

Un sommet a été atteint en classe de 3ième avec la découverte d’un outil didacticiel d’apprentissage de la programmation informatique « Scratch » qu’il nous a fallu apprendre à utiliser pour pouvoir reprendre au domicile tout ce qui n’avait pas été compris en classe.

Ces quelques exemples montrent bien comment la charge de nouveaux apprentissages que nous n’avions pas autrefois à suivre au même âge, sont aujourd’hui reportés sur les parents. Notre monde s’est complexifié, de nouvelles compétences que nous avons acquis bien plus tardivement sont maintenant requises pour réussir dans la filière générale. Le temps scolaire n’étant pas extensible, les enseignants ont une fâcheuse tendance à sous traiter ces nouveaux apprentissages prévus par les programmes scolaires, sur les parents. En d’autres termes, il faudrait avoir soi-même de nombreuses compétences pour pouvoir accompagner correctement ses enfants. Il nous faut donc devenir des parents professionnels pour donner à nos enfants toutes les chances de réussite dans le système scolaire. Ceux ne pouvant bénéficier d’une telle aide se verront tôt ou tard relégués, quelque soit leurs aptitudes. Il suffit pour cela de les décourager devant l’ampleur de la tâche.

Ne pourrait-on pas proposer à nos futurs candidats à l’élection présidentielle de prévoir un examen à l’entrée de 6ième que devraient passer les parents, pour juger de leurs aptitudes à suivre le travail de leurs enfants et mettre une orientation précoce pour les enfants qui n’auront pas la chance d’avoir des parents professionnels performants ? En écartant ces enfants, nous pourrions cultiver de manière plus efficace l’excellence de nos enfants, les ambiances de classe seraient plus studieuses et on préparerait mieux dans un collège général réformé la future élite de la France.

Au fait, quel est le futur candidat qui prévoit dans son programme de remettre en place une orientation en cours de collège ?

Une fausse note dans la réforme des collèges : les classes bilangues

Voilà un an, je défendais sur ce blog la réforme des collèges qui devait rendre le collège moins élitiste grâce à la suppression des classes bilangues, permettre aux élèves de faire appels à diverses compétences et disciplines dans le cadre des travaux interdisciplinaires et pratiques (voir Réforme du collège : pas d’inquiétude, la sélection continuera !), tout en affirmant que cette réforme ne mettait pas fin à la pédagogie de la terreur de la note comme méthode d’apprentissage. Je rappelais que face à une masse de devoir croissante, l’aptitude des parents à apporter une aide était primordiale et constituait la principale source d’inégalités.

Cette réforme introduira de gros changements dans les manières de travailler des enseignants et l’organisation du collège. Nous verrons à la rentrée scolaire 2016-2017 ce qu’il en sera.

Mais dores et déjà, les classes bilangues anglais/allemand, anglais/espagnol …  ne disparaissent pas pour les classes de 6ième. Après la fronde des professeurs de langue, la ministre de l’éducation nationale a effectué une marche arrière, mais en instaurant une condition. Pour pouvoir maintenir de telles classes ouvertes, il faut que les élèves venant de l’école primaire aient pratiqué en première langue de l’allemand, de l’espagnol ou une autre langue. Dans ce cas, seulement, il est possible de proposer une classe bilangue à ces élèves. On peut féliciter la ministre de l’éducation nationale pour son sens de l’équité. Ainsi, si pour des raisons familiales, vous auriez souhaité que votre enfant puisse à l’école primaire apprendre une autre langue que l’anglais et que l’école ne le proposait pas, il ne peut en théorie intégrer cette fameuse classe bilangue. Mais comme certaines de ces classes ne feront pas le plein d’effectif, vous pourrez peut-être faire acte de candidature au moyen d’une lettre de motivation, pour faire inscrire votre enfant dans cette classe. On peut douter que beaucoup de parents qui feront acte de candidature le fasse pour des raisons familiales et culturelles (surtout dans le cas de l’allemand), mais surtout pour donner les meilleurs chances à leur enfant de se trouver dans une bonne classe.

Si ce biais peut-être à peu près évité dans certains collèges grâce à la constitution de classes mélangées, il faut savoir que ces élèves auront la possibilité de se retrouver plus tard regroupés au lycée en classe de seconde. C’est en tout cas ainsi que cela se pratique dans le lycée de notre secteur. Ainsi la ministre de l’éducation nationale a accepté de maintenir un moyen permettant aux parents les plus avertis d’orienter leurs enfants dans la voie la plus élitiste à terme et donc leurs donner de meilleures chances de réussite qu’aux autres.

Voilà un fameux raté pour une refondation de l’école voulue par le président de la république.

Interrogation surprise

La méthode de l’interrogation surprise est habituellement utilisée pour contraindre les élèves à apprendre leurs leçons au fur à mesure. Il y a déjà un aveu d’échec pédagogique dans l’utilisation de cette méthode, car cela revient à admettre une incapacité à donner envie aux élèves d’apprendre. Aucun élève n’a besoin de contrainte pour apprendre lorsqu’il en a envie et qu’il est motivé. Ceux qui utilise cette méthode d’enseignement ont renoncé à chercher à comprendre pourquoi le plaisir d’apprendre est absent chez de nombreux élèves.

Si cette méthode peut présenter une certaine efficacité sur les élèves rentrant dans une certaine norme, à savoir ceux qui ont peur de se faire gronder et ceux qui veulent réussir, il n’en n’est pas de même des élèves qui accumulant les échecs finissent par lâcher prise.

L’interrogation surprise peut aussi être utilisée pour une toute autre finalité. Faites un cour de mathématique à des premières S (filière générale hélas élitiste), n’expliquez qu’approximativement une nouvelle notion, demander à effectuer des exercices au domicile, exercices que les élèves parviendront tant bien que mal à réaliser. A la séance suivante, à la place d’effectuer la correction, imposez une interrogation surprise à votre classe, pour détecter ceux qui ont été capable de comprendre par eux même (ou ceux dont papa/maman ont pu fournir une aide), distinguez les par une bonne note et sanctionnez les autres. Au passage, vous pourrez voir si cette deuxième catégorie d’élèves aura les nerfs suffisamment solide pour continuer à s’accrocher, ou si ceux-ci ne finiront pas par se décourager. Car dans votre conception de l’enseignement, vous êtes là pour détecter les meilleurs et leurs permettre d’accéder plus tard aux meilleurs formations. Cela doit être particulièrement gratifiant pour vous d’avoir un retour de Bidule qui a réussit son concours d’entrée à polytechnique. Les autres s’en remettront bien !

De toute façon, il n’y a personne pour vous rappeler que votre mission est de faire réussir tout le monde et non pas seulement une élite et pour vous expliquer qu’être intelligent, ce n’est pas forcément comprendre avant les autres.

Vous êtes tout puissant.

Faire la guerre pour un société plus juste

La politique des bombes menées par le président Hollande contre l’organisation terroriste EI ne parviendra pas à bout d’une crise de société que nous ne souhaitons pas voir. Vouloir tuer des terroristes français sur le sol Syrien et décréter un état d’urgence en France ne résoudra pas le problème que nous avons sur notre territoire : celui de jeunes qui a force de se sentir exclus se laissent happer par des groupes sectaires. En 2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, parlait de nettoyer les cités au Karcher de ses délinquants. C’était une autre époque, avant l’apparition de l’EI sur les décombres de l’Irak et la crise Syrienne. Les maux étaient déjà bien présents. La réponse sécuritaire de l’époque ne semble pas avoir porté ses fruits. Ce qui interroge aujourd’hui est de comprendre comment des individus qui sont nés et ont grandis en France ont pu développer une telle haine de la France et de sa démocratie.

Oui une guerre doit être menée, mais tout d’abord en France : contre l’échec scolaire, contre cette école qui se dit républicaine, mais qui ne sait pas faire le choix entre sélection et éducation, qui sait très bien former une élite, mais démotive, décourage, déconsidère tous ceux qui n’ont pas l’aptitude à mener des études générales. La crise financière et économique de 2008 nous a installé durablement dans une compétition féroce pour l’emploi. Cette compétition se ressent dans la multiplication des exigences qui pèse sur les jeunes dans le système scolaire. Or qui dit compétition dit perdants. Autrefois, les perdants du système scolaire pouvait se rattraper dans le monde du travail, dans des métiers nécessitant peu de formation. La mondialisation de l’économie étant passée par là, ces personnes se retrouvent hors course. Les individus les moins performants ou ceux qui n’ont pas su développer des compétences recherchées voient leur place se réduire dans notre société.

Une société fragilisant ainsi un certain nombre d’individus en fait des proies faciles pour les prédicateurs de l’islamisme radical type salafiste qui au travers de la religion édictent des règles de vie et exerce un contrôle sur la pensée, finissant par réduire l’aptitude des individus à penser par eux même. Il suffit ensuite à un prédicateur sectaire à visées djihadiste de passer ensuite pour promettre gloire et honneur pour que ces individus se transforment en machines à tuer leurs semblables.

Les priorités de l’école doivent être changées. La formation d’une élite ne doit plus être sa raison d’être. Les discours sur l’économie de la connaissance et de l’innovation, ne peuvent s’appliquer à l’ensemble des élèves. La première des priorités de l’école devrait être de se réformer pour que chacun, en fonction de ses aptitudes, puisse trouver une voie lui assurant un avenir et un vrai métier. Cela ne peut que passer par une revalorisation des voies professionnelles et une réduction de la valorisation des filières générales, en établissant des quotas de places dans certaines études supérieures pour ceux qui ont suivi des études techniques ou professionalisantes. La seconde priorité est d’éduquer les citoyens de demain. L’histoire devrait être étudiée de manière à comprendre le passé en vue d’acquérir des clés de compréhension du présent. Cherche-t-on suffisamment à comprendre comment au cours de l’histoire, les religions ont été utilisées pour contrôler les pensées et les comportements, à des fin  totalitaristes, de guerre et de pouvoir ? Une affirmation forte de la laïcité devrait être de replacer la religion dans la sphère privée et individuelle en démontrant exemples historiques à l’appui, le danger de confier le contrôle de sa conscience à un groupe religieux. Puisque un certain nombre de pratiquants de diverses religions ont du mal à placer les textes religieux dans un contexte historique et social d’une époque révolue, alors donnons à l’école la responsabilité d’enseigner l’histoire des religions (pas les textes, les faits), afin que nos jeunes apprennent à faire la différence entre les actes des hommes, souvent motivés par des considérations non religieuses (pouvoir absolu, domination, richesse) et la quête spirituelle que l’on trouve dans toutes religions. L’école laïque doit se positionner !

Un exemple déplorable de découverte des sciences

La découverte des sciences aux cours des séances de travaux pratiques permet aux élèves des  sections scientifiques de s’initier à la démarche expérimentale et par la même d’acquérir une nouvelle forme de raisonnement. Des séances bien préparé et un enseignant guidant et encourageant les élèves sont pour cela nécessaire. Cela n’a pas été le cas pour la première séance de travaux pratique de la nouvelle classe de première scientifique de mon enfant.

L’enseignant de sciences physique a fourni aux élèves un sujet d’optique sous la forme d’une photocopie de qualité médiocre avec un petit schéma du montage expérimental. Les élèves devaient ensuite réaliser les travaux, sans avoir de droit de solliciter l’enseignant pour des explications en cas d’incompréhension , alors que ceux-ci n’avaient pas encore suivi le cours et donc étaient des novices dans cette discipline. La réponse à toute question était censée se trouver dans l’énoncé. Les élèves devaient alors relire plusieurs fois celui-ci jusqu’à trouver la réponse cherchée. Encore eut-il fallu que l’énoncé ne comporte pas d’erreur, ce qui était le cas avec une définition erronée de la « focale ».

Découvrir une nouvelle discipline au travers d’expériences sans avoir reçu les cours peut avoir un intérêt pour initier les jeunes à la démarche expérimentale à partir du moment où ceux-ci disposent d’un support de qualité les guidant dans leurs démarches, ce qui n’était pas le cas, et d’un enseignant jouant son rôle en guidant les élèves, non pas en restant assis derrière son bureau. Si ces conditions ne sont pas remplies, des élèves 16 ans qui sont encore novices en sciences, seront nécessairement perdus et feront face au découragement. Ils ne prendront alors pas goût à la discipline qu’ils étaient censés découvrir.

A ne pas en douter, certains auront su rechercher l’information dans leur livre à défaut des explications du professeur et auront su mener à bout leurs travaux pratiques. L’objectif serait-il donc de distinguer cette minorité et de la sélectionner ? Le reste de la classe serait alors sans intérêt ?

7500 bacheliers sans place pour la rentrée, une réussite d’APB

« Des milliers de bacheliers toujours sans université » (Le Monde du vendredi 14 août 2015). Mais pas d’inquiétude, le ministère rappelle qu’après les 3 tours du système informatique d’affectation Admission Post Bac (APB), un quatrième tour est prévu, pour que chacun puisse trouver une place dans son académie d’ici le 15 septembre.

7500 bacheliers qui n’ont toujours pas de place représentent tout de même un sérieux problème. La véritable finalité d’APB est révélée par cet échec. Il s’agit plus de remplir les diverses formations supérieures pour qu’elles justifient de leur existence que d’assurer à tous ces bacheliers un avenir. On peut d’ailleurs parier que ces 7500 bacheliers se retrouveront dans des formations qu’ils n’ont pas choisies et qu’une proportion importante d’entre eux tenteront l’année suivante une autre formation et sortiront du système sans diplôme. Mais, ce fait comme la quantité importante de bacheliers qui commencent des études supérieures à l’université sans aboutir à un diplôme leurs permettant de travailler, ne doivent pas intéresser le ministère de l’éducation nationale, puisque la solution à ce problème serait d’augmenter les moyens des université.

Augmenter les moyens  juste pour que les universités puissent absorber plus de bacheliers dans les premières années n’a aucun sens, si ceux-ci sont voués à l’échec après plusieurs redoublements. Ils auront beau avoir passés plusieurs années à l’université, ils ne vivront que de petits boulots type serveur chez Mc-Do. Il est inutile de former tant de jeunes dans les filières générales pour les envoyer ainsi à l’échec. Mais il y a une sorte de tropisme pour les études intellectuelles jugées plus nobles qui détourne beaucoup de jeunes de formations professionnelles  plus techniques où beaucoup aurait plus de chances de réussite et de bonne insertion sur le marché du travail.

Le système de formation de la Suisse ne conduit pas tant de jeunes vers l’université et la plupart n’hésitent pas à se diriger vers les formations professionnelles et les apprentissages leur donnant un haut degré de qualification dans leurs métiers respectifs, quitte à rejoindre les filières générales par la suite, car des passerelles existent. Ce système a fait ses preuves et fait de la Suisse un des pays les plus compétitifs du monde, malgré le coût de sa main d’œuvre et de sa devise.

Mais, bon, chez nous, c’est juste politiquement gênant d’avoir 7500 bacheliers qui ne savent pas quoi faire à la rentrée. Leur avenir sur le marché du travail nous intéressera plus tard. Cela révèle le haut degré de cynisme de notre ministère de l’éducation.

Un mois de scolarité perdu pour organiser le bac

Fin des cours pour les élèves de seconde, le lundi 08 juin. Pour d’autres encore, cette fin anticipée est survenue le 05 juin, soit une mois avant le début des vacances scolaires.

Cette fin anticipée est officiellement justifiée par l’organisation du baccalauréat. Elle survient bien plus tôt que pour ma génération ayant passé le bac, il y a une trentaine d’années. Ce rituel de fin des études secondaires occupe donc une place de plus en plus envahissante, alors même qu’elle n’a aucune utilité pour l’orientation des futurs bacheliers, puisque celle-ci est déterminée sur la base des résultats scolaires antérieurs au bac dans le système informatisé Admission Post Bac (APB), pour la plupart des élèves. La ministre de l’éducation a beau vouloir relancer le dispositif des « bacheliers méritants » afin de permettre à des élèves n’ayant pas pu entrer dans une filière sélective en premier choix, d’avoir une seconde chance en cas de belle réussite aux bac, le dispositif ne concerne qu’une minorité d’élèves : 219 sur 624 700 en 2014.

Ce premier grade universitaire qui ouvre l’accès aux études supérieures pourrait être organisé dans un format réduit puisque l’orientation est déterminée avant le bac. Alors que seuls 29 % des français sont encore attachés à l’organisation du bac dans son format actuel (sondage   BVA-Orange-I-Télé publié samedi 20 juin 2015), que 72% estiment qu’il est plus facile aujourd’hui d’avoir le bac, et que même l’ancien ministre de l’éducation national François Fillon, pourtant dans l’opposition, propose le 11 juin de remanier le bac en 4 épreuves, on ne comprend pas la réticence du gouvernement à engager une réforme du bac, puisque le contexte parait aussi favorable. Un tel attachement à cet examen en tant que rite républicain devrait avoir vécu, à moins que l’attachement ne soit pas lié au bac en tant que tel, mais au système des concours d’entrée dans les filières sélectives et ensuite dans la fonction publique et la haute administration.

A ce mois perdu par les lycéens, s’ajoute un intense travail de bachotage pour la préparation de l’examen, qui favorise les élèves ayant une forte capacité à ingurgiter des connaissances. L’existence même du bac instaure un esprit de compétition entre les élèves, au détriment de l’acquisition capitale pour notre société et notre économie de compétences en travail collaboratif.

Tant qu’une réforme du bac n’est pas engagée, l’évaluation continuera à avoir une place prédominante dans notre système de formation, au détriment de l’apprentissage de l’utilisation des connaissances, de la recherche d’informations, de la créativité, du travail en groupe et de l’interdisciplinarité.