Nouveau Bac, les E3C, des nouveaux partiels

Les élèves de première expérimentent depuis peu les Épreuves Communes de Contrôle Continu (E3C) du nouveau baccalauréat institué par la réforme Blanquer.

Cette réforme a été justifiée par la lourdeur de l’ancien bac aux épreuves toujours plus nombreuses et qui mobilisait dans les lycées l’ensemble du mois de juin au détriment des enseignements pour les élèves de la seconde à la terminale. L’ancien bac mobilisait beaucoup de ressources et d’argent pour une finalité contestable, puisque l’orientation des élèves était décidée avant le baccalauréat et finalement le bac n’était alors plus qu’un sésame venant valider une orientation décidée sur la base des résultats scolaire des élèves.

La réforme Blanquer était censée poursuivre un objectif de simplification. Sur ce point, les premiers retours des lycées devant organiser ses épreuves semblent montrer le contraire. Chaque établissement est libre d’organiser dans la période actuelle les épreuves quant il le souhaite, favorisant la diffusion des sujets par ceux ayant déjà passé les épreuves sur Instagram et introduisant une rupture d’égalité. Les sujets sont choisis dans une banque numérique, les copies doivent être numérisées avant d’être corrigées et les professeurs corrigeant les copies n’ont pas le temps d’annoter les copies, ce qui ne permettra pas aux élèves de progresser à partir de leurs erreurs.

De plus, ces épreuves introduisent un stress important chez les élèves qui reçoivent comme pour le bac des convocations et y sont préparés comme pour le bac. On peut alors se demander pourquoi ces épreuves sont considérées comme des épreuves de contrôle continu plutôt que nommées partiels comme à l’université ? Probablement, le terme de « partiels » ne passerait pas si bien dans la communication gouvernementale.

Ces épreuves poursuivent également la finalité de revaloriser le bac, puisque les notes de ces épreuves seront dans Parcoursup avant le début du processus de sélection. En conséquence, l’élève de première n’a plus droit à l’erreur. Dorénavant, ce n’est plus au moment du bac que le lycéen doit être prêt, mais dés la fin de la seconde !

Il devra savoir faire les bons choix, choisir les bonnes options pour la première et dés son année de première, il se doit de réussir pour avoir un bon dossier dans Parcoursup. Il n’a plus le droit d’être jeune, de se tromper, trébucher, chercher son chemin.

Quelle monde préparons nous à nos jeunes ?

Loi Orientation et Réussite des Étudiants, le business de la sélection

La loi Orientation et Réussite des Étudiants instaure une sélection à l’entrée des formations universitaires. Chaque faculté a la possibilité de classer les candidats en fonction des attendus locaux, à partir des notes de première et terminale, des appréciations des professeurs de terminale et éventuellement CV, lettres de motivation, activités extra-scolaires. Les universités n’auront pas à dévoiler les algorithmes  qui permettront de classer les candidats en vertu d’un principe de « secret des délibérations ».  Sachant que les lycées sont classés et qu’une même note n’a pas la même valeur selon le lycée, on peut s’attendre à ce qu’une pondération des résultats en fonction de la provenance de chaque candidat soit rapidement mise en œuvre de manière automatisée. Dans l’article de Le Monde du 8 mai 2018, « Parcoursup : un vrai casse-tête pour les facs de droits« , on découvre qu’à Paris-I, qu’

un document d’appui a été transmis aux enseignants-chercheurs : le classement des meilleurs lycées – nationaux et parisiens – réalisé à partir des données du ministère. « On sait que, de fait, certains lycées sont plus exigeants que d’autres dans la notation », explique un juriste.

Si cette année, la procédure risque d’être manuelle dans bon nombre d’universités, la prise en compte de ces données de classement des lycées sera, à ne pas en douter effective l’année prochaine au plus tard.

La conséquence prévisible sera une exacerbation de la compétition des élèves pour l’accès aux meilleurs lycées, avec mise en place de stratégies d’évitement de certains lycées, et bien entendu un développement de l’offre de lycées privés qui rassureront les parents ayant la possibilité de payer. Cette loi risque par effet induit de remettre un peu plus en cause la mixité sociale dans les établissements publics et risque de stimuler le développement d’une offre privée, lycées privés, cours privés et particuliers. Ainsi, en même temps que l’année de terminale, il est possible maintenant de suivre des cours privés de préparation à la première année de PACES avec des organismes tels que Médisup. Certains enseignants de ces organismes privés peuvent accepter de donner des cours particuliers pour 200 € de l’heure.

La loi permettra aux universités de proposer aux candidats ne répondant pas aux « attendus » de proposer de rejoindre une année préparatoire intégrée dans la filière choisie. S’il est encore trop tôt pour avoir un avis sur la question et plus particulièrement sur le fait de savoir si ce dispositif offrira réellement une chance de réussite à ces candidats malheureux, la loi a ouvert une grande porte aux institutions privées qui elles aussi vont pouvoir proposer des formations, mais payantes. Pour la préparation au concours de première année de médecine, l’organisme privé Médisup (www.medisup.com) qui proposait déjà des stages de pré -rentrée et une préparation au concours PACES se déroulant au cours de l’année scolaire, innove pour la rentrée 2018-2019. Il propose une véritable année préparatoire de préparation à la première année (PES0), avec statut étudiant, pour un tarif de 9700 €. Il ne s’agit que d’un exemple, mais il est fort à parier que d’autres organismes vont profiter de l’aubaine créé par la loi pour proposer aux étudiants des familles qui pourront payer.

En apportant une réponse uniquement axée sur la mise en place de la sélection à l’entrée des universités, pour résoudre le problème de la sur-affluence vers les études supérieures universitaire d’une classe d’âge plus nombreuse, la loi Orientation et Réussite des Étudiants organise en fait un véritable marché de l’étudiant où les universités comme les autres formations pourront choisir librement leurs candidats, mais où aussi des organismes privés pourront développer un business. Parcoursup est un système d’orientation anxiogène pour les jeunes lycéens. 338 551 candidats étaient toujours en attente d’une affectation au 25 mai (Le monde du 27/28 mai). Contrairement à l’année dernière où les affectations s’effectuaient lors de plusieurs tours, les lycéens maintenant sont rivés sur l’évolution de leur classement et se prépare stressés aux épreuves à venir du bac. A ne pas douter, les familles inquiètes de l’avenir de leurs jeunes et pouvant payer feront de plus en plus appel à des solutions payantes pour augmenter, dans un environnement de plus en plus concurrentiel, les chances d’accès aux bonnes formations de leurs enfants. Plutôt que de proposer des formations supérieures professionnalisantes mieux valorisées, cette réforme préfère organiser la compétition entre les individus en organisant un marché du lycéen. Le lycéen devient une marchandise.

Aberration du concours de PACES

Fin du concours de première année de PACES vendredi 04 mai. Fin de l’enfer connu pendant une année entière. Des étudiants qui sortent épuisés, certains blancs, certains avec une crise de larmes. Enfin les tensions vont pouvoir s’évacuer et les vies mises entre parenthèses pendant une année entière vont pouvoir reprendre, avec l’angoisse pour les primants de devoir redoubler et pour les redoublants, l’idée de ne pas être reçus. Il faudra cependant plusieurs jours pour récupérer.

Retour sur une année de vie particulière, pas seulement pour l’étudiant, mais aussi pour toute sa famille qui s’est organisée en fonction.

Pour avoir des chances de réussir ce type d’épreuve, le futur étudiant doit déjà être en classe de terminale un très bon élève (avec une mention très bien). Mais avoir des facilités ne suffit pas. L’élève doit s’être, dés la terminale formaté pour devenir une machine à travailler, c’est à dire apte à absorber pendant plusieurs mois une très grosse charge de travail.

Mais cela ne suffit pas. Il faut également à la famille disposer de quelques moyens financiers pour payer une prépa privée pendant l’année (680 €/mois) et un stage de pré-rentrée à la fin de l’été. Cette prépa est indispensable, car les cours sont revus, et les étudiants sont préparés aux concours. On leur explique les stratégies à suivre, les pièges à éviter, on leurs donne des méthodes et on les soutiens moralement … Pour lutter contre cette inégalité par l’argent, les étudiants des années supérieures organisent un tutorat de très bonne qualité avec des cours que l’on peut photocopier des concours blancs. Mais le tutorat ne peut surpasser les cours  présentiels et en nombre réduit d’élèves des prépas privées, lesquelles donnent donc un avantage compétitif à ceux qui ont les moyens financiers de les suivre. Il faut également payer un appartement proche du lieu d’études, car il est impossible de réussir si l’étudiant doit perdre plusieurs heures par semaine dans les transports.

Mais cela ne suffit pas. La famille se doit d’assurer une présence affective, réconfortante et éviter à l’étudiant une solitude néfaste où les idées noires (je ne vais jamais y arriver, je suis nul …) ne manquent jamais de surgir. Il lui faut savoir gérer les coups de blues, ne pas mettre la pression, faire accepter l’éventualité de l’échec, même après deux tentatives. La vie ne s’arrête pas en cas d’échec et un étudiant qui s’est beaucoup investi a acquis des méthodes de travail, une volonté et une endurance qui lui permettront de réussir ailleurs. L’échec ne doit pas être vécu comme une fin, mais comme un nouveau départ. La famille a donc un rôle important à jouer dans la préparation mentale de l’étudiant.

Mais cela ne suffit pas. L’étudiant, en dépits de la mauvaise conscience que lui occasionne d’avoir des loisirs, doit s’aménager des moments de respiration. Le cerveau doit pouvoir décompresser. Cela peut être lire, pour d’autres faire ou écouter de la musique, du sport, une sortie entre amis … Le cerveau est comme un muscle et l’étudiant de PACES est comme un sportif de haut niveau qui se prépare à une compétition. Chez le sportif, le surentraînement conduit à la contre performance et dans le pire des cas, à la blessure. Chez l’étudiant de PACES, le burn-out et pire, la dépression ne sont jamais très loin et fatigué, le cerveau n’est plus capable d’apprendre. Il convient donc de l’oxygéner et de lui permettre de se reposer. En cela, les nuits passées à réviser sont une très mauvaise idée et il convient de se coucher à une heure raisonnable (pas après 23h).

Après avoir vécu un rythme effréné de la mi août à début mai, on pourrait espérer que la réussite soit au rendez vous. Mais rien n’est moins certain.

Pour permettre à l’étudiant d’aborder le concours dans de bonnes conditions, il faut s’occuper de toute la logistique. Le mieux étant de réserver un hôtel pour la durée du concours. Pour aborder l’épreuve dans de bonnes conditions et gérer les risques de découragement et de stress, une présence parentale est requise pendant toute la durée du concours (matin, midi et soir) et il faut éviter toute conversation génératrice de stress. Pour cela, les camarades, mêmes bons ne sont pas forcément de bonne compagnie car il faut éviter de parler des épreuves passées et toujours regarder devant soi.

Mais cela peut ne pas suffire car ce concours est et reste une affreuse loterie. L’étudiant doit bien lire les questions et être sensible aux subtilités et autres pièges que l’on peut trouver dans les QCM (Questions à Choix Multiple). Il lui faut éviter de sauter un QCM pour y revenir ensuite, car il n’y a rien de pire que cocher les cases avec un décalage entre questions et réponses (cela veut dire avoir tout faux, cela arrive). La chance joue également son rôle, dans certaines matières comme « Santé Social et Humanité », où l’étudiant doit restituer par cœur du cours (17 cours à apprendre par cœur) ou dans le domaine du médicament où il faut être capable de régurgiter des noms de médicaments et des chiffres. Cela s’appelle de la chance si juste avant l’épreuve, l’étudiant a pu relire sa fiche pendant la pause, celle qui portera sur le sujet retenu au concours.

Vous l’aurez compris. Pour réussir, avoir de bonnes dispositions ne suffit pas. Il faut également une famille ayant la possibilité de payer, bien informée, remplissant son rôle de soutien moral et logistique. Ce concours ne sélectionne pas seulement des étudiants pour leurs aptitudes au travail de forçat et à apprendre des masses d’information par cœur, mais également la famille dont ils sont issus. Voilà un principe républicain méritocratique bien mis à mal !

Il ne reste plus qu’à attendre la 3ème semaine de juin le verdict de cette loterie. Beaucoup de ceux qui échoueront et qui sont passés par toutes ces épreuves mériteraient de pouvoir poursuivre. Ils se retrouveront jetés par la faculté de médecine. Ce concours est un véritable gâchis humain. On ne comprend pas qu’alors les besoins en médecins ne sont plus pourvus, même en zone urbaine, qu’il manque tant de praticiens dans les différentes spécialités médicales et paramédicales, au point que les hôpitaux doivent faire appel à des médecins étrangers (qui n’exerceront pas dans leurs pays où les besoins sont encore plus mal couverts, bravo la France pour l’aide au développement), tant d’étudiants méritant soient irrémédiablement jetés. Conservatisme du corps médical ? Volonté de maîtriser la dépense de santé de la part de la Sécurité Sociale ? Le processus de fixation du numerus clausus est totalement opaque et antidémocratique. Une aberration en tout cas qui ne risque pas de disparaître de sitôt.

Détournement de la finalité du sport au lycée

Voilà que les épreuves de sport pour le bac sont maintenant terminées en cette quatrième semaine du mois de mai. Les cours de sport prennent fin, puisque les jeux sont fait ! A quoi bon poursuivre cette activité puisque les notes sont données ? Et pourquoi en cette période de révision intensive pour les élèves, le sport ne pourrait servir aux lycéens qu’à se défouler, décompresser, bouger, prendre un moment de plaisir ? Cette finalité du sport semble totalement gommée. Seule compte la note. Nous sommes dans la suite logique de la pratique du sport au collège, ou peut être est-ce la pratique du sport au collège qui s’est modifiée au cours des années pour tendre à un objectif final, la note du bac (voir la place du sport au collège).

J’ai également été collégien et lycéen et je peux témoigner ici que nos professeurs n’avaient pas tant à cœur de nous noter sans cesse selon des grilles d’évaluation complexes. Bien plus que les performances de chacun, ce qui comptait le plus étaient l’engagement personnel et la progression. Le sport étaient l’activité où le plaisir pouvait avoir sa place et où notre relation plus décontractée aux professeurs n’était pas polluée par des appréciations incessantes. Il y avait bien des grilles de notations pour la bac basées sur les performances, mais les professeurs avaient une marge de manœuvre.

Aujourd’hui, le système éducatif a fini par générer des aberrations. En athlétisme, l’épreuve de course de demi-fond étant jugée trop difficile a été remplacée par une épreuve dite de course en durée (ou endurance ?). Après avoir évalué la Vitesse Maximale Aérobie (VMA) des élèves (qui correspond à la vitesse maximale qu’un individu peut courir pendant 6 minutes), ceux-ci doivent imaginer une séance d’entraînement consistant en la succession de  courses / récupérations de une minute, avec 4 minutes à courir à 120 % de VMA et 10 minutes du total au dessus de 100% pour le « mobile » le plus dur. Sauf que courir à 120 % de VMA n’a absolument rien à voir avec de l’endurance ou même un entraînement au 10 km, car dans de véritables séances, on ne cours pas à cette vitesse (maximum 105 % de VMA). Pour satisfaire les exigences de l’épreuve, on arrive ainsi à un infâme mélange de courses à différentes vitesses qui n’a rien à voir avec une séance d’entraînement. Lors de l’épreuve du bac, les élèves doivent ensuite exécuter leur séance et respecter scrupuleusement les temps de passage. Trop d’avance ou de retard diminue la note du bac. L’épreuve se conclue par du « cirage de bottes », puisqu’on demande aux élèves d’exprimer ce que cet apprentissage leur a apporté.

On ne voit pas très bien comment, à l’aide de cette pédagogie révolutionnaire, les élèves prendront goût à courir et seront capable de construire une séance d’entraînement. De tels séances ne s’improvisent pas dans les clubs sportifs, quelque soit le niveau du coureur et nécessitent les compétences d’entraîneurs. De plus, pour qui veut courir seul, il n’y a rien de plus simple que de trouver des séances de préparation sur internet.

Il est dommage que la finalité du sport au lycée ne soit plus que le bac. J’ai choisi de détailler ici l’exemple de l' »endurance » qui est particulièrement significatif, mais j’aurais pu tout aussi parler des autres sports choisis par mon enfant pour cette année de bac.

Je crains que l’Éducation Physique et Sportive, telle qu’elle est aujourd’hui conçue n’apporte plus grand chose. Beaucoup d’élèves devenus adultes prennent distance avec toute activité sportive dés le bac passé, en témoigne l’absence criante de jeunes adultes dans la plupart des clubs de sport (hors foot). Ce n’est que des années  plus tard que les gens retrouvent une activité sportive. En tout cas, ce n’est pas cette pratique au lycée de l' »endurance » qui est à l’origine de l’essor sans précédent ces dernières années du jogging, course à pied, trail au sein de la population, puisque la plupart des pratiquants sont plus âgés et on redécouvert les plaisir et bienfait du sport bien des années après le lycée, à partir de la trentaine souvent.

TPE : travaux pénibles encadrés (ou pas)

Les travaux pratiques encadrés (TPE) sont un travail d’équipe à effectuer en classe de première sur plusieurs mois, entre les mois de septembre et mars. Il s’agit d’une épreuve qui compte pour le baccalauréat. Les élèves doivent choisir un sujet pluridisciplinaire et le traiter pendant cette période. Ils ont toutes les semaines une séance d’une heure encadrée par deux enseignants. Dans l’absolu, ces travaux pratiques encadrés sont une bonne idée. Ils visent à apprendre aux élèves à travailler en groupe, à s’organiser ensemble, à effectuer des recherches documentaires, à monter des expériences, puis à développer un esprit critique sur les résultats obtenus. Ils apprennent à rédiger un rapport et ensuite à le présenter devant un jury. L’intérêt pédagogique est évident.

Sauf qu’avec une séance d’une heure par semaine à deux enseignants pour plus de trente élèves, il ne faut pas s’attendre à un niveau d’encadrement bien élevé. Les enseignants ne peuvent pas être sur tous les fronts simultanément. Le résultat est que ceux-ci priorisent logiquement sur les groupes qui avancent le moins et les moins organisés. La plupart des groupes sont donc livrés à eux même. Tout commence par le choix des sujets, que les élèves doivent trouver eux même, en début d’année. Mieux vaut alors choisir un sujet avec suffisamment de matière sur lequel une démarche expérimentale pourra être mise en œuvre, mais aussi éviter de choisir un sujet trop vaste. Car un trop sujet vaste conduit à un énorme travail de recherche bibliographique à effectuer sur le temps non scolaire. Effectuer de tels recherches sur des sujets pointus n’est pas évident pour des élèves de première.

L’idée de monter des expériences est bien sûr excellente, sauf que là encore, tout dépend de l’équipement du lycée, de la disponibilité des enseignants encadrants et de la bonne volonté (ou pas) du personnel technique. L’existence de certains équipements dans l’établissement ne peut néanmoins pas signifier que l’expérience pourra être mené facilement. En effet, il n’est pas donné à des lycéens de savoir utiliser, avant de l’avoir appris, des appareils de mesure physico-chimiques. Un minimum d’encadrement est nécessaire et on ne peut laisser des lycéens livrés à eux même devant une notice incompréhensible dans un délai trop court. Il est donc préférable de choisir un sujet avec des expériences que l’on peut monter soi même, sans l’aide d’un encadrant. Hélas, les élèves n’ont pas connaissance de ces contraintes en début d’année.

L’apprentissage du travail en groupe est un enjeu capital dans la formation humaine des lycéens. Malheureusement encore, les travaux pratiques encadrés n’atteignent pas cet objectif, une fois encore à cause d’une régulation du fonctionnement des groupes, de la part des encadrants insuffisant. Le laisser faire conduit à un ressenti de l’intérêt du travail en groupe négatif, entre les groupes où chacun part dans des directions différentes et produit des travaux non cadrés, ceux qui n’ont aucune conscience du temps qui passe et se réveillent au dernier moment (avant les vacances de février pour un rapport à rendre à la rentrée des vacances), ceux où certains se reposent et laissent l’un d’entre eux tout entreprendre, ceux où l’on se dispute le leadership… Certains auront trouvé du plaisir à diriger et dominer, d’autres auront appris les stratégies à mettre en œuvre pour ne rien faire et tout faire faire par leurs camarades, d’autres sur qui tout le travail effectif aura reposé se demanderont où est l’intérêt de travailler en groupe. Qui aura vécu dans ces conditions une synergie de groupe, avec un vrai partage du travail et une émulation d’équipe ?

Pour terminer, je crois que personne n’a sérieusement évalué le temps de travail personnel nécessaire aux élèves, sur plusieurs mois pour arriver au bout de cette épreuve du travaux pratique encadré. Car il s’agit bien d’une épreuve de longue haleine, qui nécessite au bas mot deux heures de travail personnel par semaine sur six mois s’ajoutant au travail scolaire déjà intense, aux révisions sans fin pour le bac de français. Tout additionné, les élèves travailleurs en arrivent à un emploi de temps de ministre. Ce n’est pas aux 35 heures que les élèves ont droit, mais aux 48 heures, sans jour de repos compensateur, même le dimanche.

Bonnes vacances (reposez-vous bien)

« Enfin !

Brevet blanc, diapos, oral de stage et autres contrôles…

On va bien s’amuser et se reposer avec tous ces devoirs.

Merci les professeurs ! (chacun rajoute sa couche) » (citation d’un élève de troisième au début des vacances de février).

Les dites vacances ont commencé pour l’élève en question par des poussées d’angoisse et des maux de ventre, devant la quantité de travail exigée. Il a fallu, en bons parents apprendre à l’élève en question à établir un planning des travaux à mener et à essayer de lui expliquer la nécessité de prioriser ses efforts. Quelle nécessité y-a-t-il de s’enfoncer dans le crâne les dates du programme d’histoire, à réviser pour le prochain brevet blanc, trop tôt, sachant d’expérience que notre cerveau trie les informations et oublie naturellement celles qui ne servent à rien ? Comme les élèves ne lisent pas suffisamment, c’est bien connu, il leurs faut lire en plus un livre de 300 pages, en vue d’une rédaction à la rentrée. A 14 ans, lorsque l’on a appris à toujours tout faire pour le mieux, il est difficile de faire la part des choses et de se fixer des limites. Difficile d’admettre qu’il n’est pas possible de répondre à toutes les exigences des professeurs, dont un certain nombre doivent considérer comme un gage de sérieux le fait d’inonder leurs élèves de travail pendant les vacances pendant qu’eux tranquillement profiterons des leurs.

Objecter que les enseignants ont du travail de préparation pendant leurs congés ne tient pas. D’une part, ceux-ci sont des adultes ayant choisi leur métier, alors que les élèves subissent une forte contrainte. D’autre part, demander à cet âge un travail scolaire de l’ordre d’1,5 à 2 h par jour, reviens à demander aux élèves à consacrer 3 jours à 4 jours de congés pour les devoirs, ce qui est excessif à 14 ans. C’est également méconnaitre le besoin humain des élèves d’avoir une véritable coupure, permettant de décompresser pour plus d’efficacité ensuite (la réforme des rythmes scolaire ne semble pas être passée par là). Rappelons que le droit du travail interdit à un employeur de demander à ses salariés de se rendre disponible ou de travailler pendant les vacances. Pourquoi alors nos enfants n’auraient-ils alors un droit équivalent ?

C’est aussi faire porter sur les parents des obligations excessives, risquer de générer des tensions dans certaines familles sur le thème des devoirs. Nous aussi, en tant que parents, nous en avons marre des devoirs tous les jours.

Le cas de cet élève n’est certes pas celui de la majorité des élèves qui insouciants comme on peut l’être à cet âge auront tendance à reporter le travail scolaire pour le dernier week-end des vacances et le bâclerons dans le peu de temps qu’il leur restera. Il leurs en coutera quelques mauvaises notes et une série de reproches qui achèveront de les démotiver.

Pour quels élèves travaillent donc ces enseignants ? Ne travaillent-ils que pour cette extrême minorité d’élèves qui a pris goût à la valorisation par les notes et qui ayant acquis un esprit de compétition, vont se préparer, tels des champions sous l’impulsions de leurs entraineurs de parents, aux futurs concours de sélection qui forment la base du système méritocratique français ? Mon élève de troisième, déjà trop stressé a tendance à brider ses choix d’orientation en fonction de la masse de travail qui lui sera demandé et ce malgré l’excellence de ses résultats scolaires.

Ce mode de fonctionnement de l’école, qui cherche à sélectionner les meilleurs et à les formater pour répondre toujours présent aux sollicitations de leurs futurs employeurs est dommageable pour toute la société. D’une part, il décourage beaucoup d’élèves, d’autre part, il favorise ceux dont les parents peuvent s’investir fortement. Enfin, il sélectionne les individus ayant une certaine forme d’intelligence (gros bachoteurs) à l’heure où une économie innovante aurait plutôt besoin de voir des personnes ayant avec des formes d’intelligences variées, collaborer ensemble pour innover.

 

PS : nous arrivons au dernier WE des vacances et les devoirs ne sont toujours pas terminés.

Pédagogie de la terreur

Comment rendre une matière aussi passionnante telle que les sciences de la vie et de la terre rébarbative, inintéressantes, tout en parvenant à obtenir des enfants qu’ils apprennent tout de même leurs leçons ?

Tout commence par l’institution d’un règlement spécifique remis à l’élève en début d’année spécifiant toutes leurs obligations et formulant la menace de sanctions en gros et gras, pour tout manquement à ces obligations.

Les enseignements sont de nature magistrale, sans interactions avec la classe, autres que celles à sens unique du professeur qui interroge l’élève pour évaluer ses connaissances et éventuellement le réprimander. Le calme règne dans la classe, mais l’enthousiasme est absent, car prime la peur d’être puni pour un écart de conduite ou d’être réprimandé pour  une question inappropriée, ou de ne pas savoir.

Les leçons sont une suite de définitions ou de propriétés à apprendre par cœur, en vue d’une restitution quasi textuelle ou d’une mise en application de connaissances selon les méthodes de l’enseignant lors des évaluations. Le sens de l’observation, de l’analyse et de la déduction, l’esprit critique par rapport aux documents utilisés n’est pas développé. La primauté est donnée à l’acquisition brute et rapide de connaissances, en vue de boucler le programme.

L’ordre est maintenu en utilisant l’arbitraire des retenues données pour n’importe quel motif. Même du matériel oublié est un motif à retenue. Pour cultiver sa personnalité intransigeante, rien de tel que se vanter devant les élèves d’avoir battu son record d’heures de retenues distribuées dans la journée !

Pour maintenir un sentiment généralisé d’un travail personnel jamais suffisant, la notation est plus sévère. Cela est particulièrement visible sur une classe de niveau globale plutôt bon dont la moyenne générale en SVT est bien en dessous de celle des autres matières.

Afin que la pression exercée sur les élèves soit constante, des évaluations surprises sont organisées régulièrement. Celles-ci peuvent porter sur des leçons de début d’année et ne portent pas forcément sur les leçons du moment. Si les élèves ont une obligation forte de connaître la totalité de leur cours, celle que l’enseignant se fixe est bien peu exigeante, puisque le délai moyen qu’il s’attribue pour restituer les corrections est d’un mois.

Si les heures de vie scolaire permettent aux élèves de formuler ce qui ne va pas devant leur professeur principal, aucune suite n’est donnée, aucune médiation n’est possible. Les délégués des parents d’élèves, sans légitimité reconnue par l’institution scolaire et trop effrayés de s’aventurer sur le champ mouvant de la remise en cause des méthodes pédagogique d’un professeur, préfèrent concentrer leurs actions sur le cas d’un surveillant se prenant pour un caporal. Les parents des élèves les plus en souffrance préfèrent rencontrer l’enseignant directement lors des rencontres parents professeur, plutôt que de faire appel à leurs délégués élus. Ce professeur était celui dont la file d’attente était la plus importante de tous les enseignants.

Difficile dans ses conditions de faire aimer cette matière à nos enfants, quant ceux-ci redoutent les cours avec ce professeur. Si notre pays a besoins de réactiver les vocations scientifiques parmi nos jeunes, je doute que l’emploi d’une pédagogie de la terreur soit le moyen le plus approprié.

 

Dépression ?

Un des enseignants de mon enfant est absent depuis une semaine et nous présumons que celui-ci effectue une dépression. Il s’agit d’un enseignant de langue particulièrement bienveillant vis à vis des élèves et qui aurait voulu effectuer un cours vivant.

Hélas, la classe étant très agitée, il lui est difficile de faire classe. Dans celle de mon enfant, seuls quatre élèves tentent de participer. Les autres font régner un brouhaha.

A l’annonce de l’absence de l’enseignant, quelle n’a pas été la satisfaction des autres élèves de la classe ! Ceux-ci ne semble plus percevoir l’utilité de l’apprentissage des langues. Ils ne perçoivent pas les souffrances qu’ils peuvent infliger ni la méchanceté de leurs chahuts.

Comment en est-on arrivé à ce résultat déplorable ? Des enfants qui ont perdu toute motivation et sens du respect et ce malgré l’implication de l’enseignant !

On ne peut bien sûr pas écarter que certains de ces enfants aient des problèmes comportementaux liés à des soucis familiaux ou une mauvaise éducation familiale. Mais cela ne peut pas concerner la quasi totalité d’une classe, tout au plus quelques individus. Le comportement de ces enfants est avant tout le résultat du système éducatif actuel et de ce discours ambiant néfaste sur « le retour de l’autorité ». Car à force de vouloir assurer la tranquillité de la classe par la force, on obtient le résultat inverse. Lorsque de tels enfants sont confrontés à un enseignant qui ne manie pas la matraque, ils perdent vite toute inhibition et vont inverser le rapport de force. Si leur socialisation s’est effectuée sous la loi du plus fort, ils appliquent de même la loi du plus fort vis à vis des enseignants ne fonctionnant pas avec le même autoritarisme que leurs collègues.

De plus, compte tenu de l’absence de formation des enseignants à la pédagogie, la psychologie de l’enfant, aux techniques de communication et de gestion de groupes, on peut comprendre que la situation de certains enseignants peut vite dégénérer.

Remise du bulletin scolaire

Des propos surprenants m’ont été rapporté par mon enfant. Dans sa classe, deux enfants vont redoubler. Mais une petite dizaine supplémentaire aurait eu besoin de redoubler d’après un enseignant. Pour ceux qui peuvent redoubler, il s’agirait d’une chance, car pour une raison qui m’échappe, tous ne peuvent pas redoubler.

Ainsi donc, le redoublement resterait pour certains professeurs la réponse à apporter à des difficultés rencontrés par certains élèves. Difficultés qui trouvent pour une part leur origine, comme je l’ai souligné à plusieurs reprises sur ce blog au travers de l’expérience de mon enfant, dans le décrochage lié à la surcharge de travail et aux inégalités liées à l’investissement des parents dans la scolarité.

Pour mon enfant, les résultats sont bons. Mais le prix à payer a été élevé : un accroissement important de la charge de travail par rapport au CM2, du stress tel-que ma génération n’a pas connu à cette âge. Sa réussite et son apprentissage de la gestion du temps a été rendue possible grâce à l’assistance et l’accompagnement de ses parents et grands parents. Tous les enfants n’ont pas cette chance d’avoir des parents disponibles et/ou ayant la capacité à apporter cette aide.

Je doute que le redoublement soit la bonne réponse à apporter à de nombreux enfants. Il est surtout le constat de l’impuissance du collège à mettre en place les aides adéquates pour les enfants en difficultés, dans un système scolaire pris dans la contradiction de l’exigence de faire réussir le plus grand nombre avec la volonté de former une élite.

Projet d’évaluation en fin de 5ième : arrêtons de saturer nos enfants

Quelle est donc cette idée du gouvernement de vouloir instaurer une évaluation nationale en fin de 5ième  (voir Le Monde du 06 mai 2011, « Une évaluation en fin de 5ième ravive les craintes sur le collège unique) ?

On peut légitimement soupçonner le gouvernement de vouloir écarter les élèves les plus en difficulté afin de ne pas gêner les meilleurs élèves dans la course au diplôme le plus prestigieux et de vouloir répondre à la crainte diffuse de déclassement social de certains parents voyant sa progéniture fréquenter dans les mêmes classes des enfants de milieux sociaux professionnels conduisant moins la réussite scolaire.

Au delà de ce débat, l’argument principal justifiant un tel projet est la volonté de disposer « d’informations statistiques comme point d’étape entre les évaluations de CM2 et le diplôme national du brevet ». On y reconnait un discours de type « langue de bois » que l’on entend souvent dans les entreprises et qui s’est semble-t-il diffusé ai sein de l’éducation national. Plutôt que de s’intéresser à la réalité du terrain, les décideurs ou managers réclament des indicateurs pour ne pas être aveugles dans leurs tâches de pilotage et pouvoir mesurer les effets de leurs décisions. C’est beaucoup plus facile pour eux de procéder ainsi en restant dans leur tour d’ivoire plutôt que d’engager de s’intéresser aux études de terrain et d’engager une concertation avec les différents acteurs (syndicats d’enseignants et de parents d’élèves, chercheurs et sociologues). C’est aussi bien plus confortable, car cela évite d’avoir à se remettre trop en cause. Dans la masse des moyennes, les particularités sont gommées.

On peut surtout craindre les effets sur nos enfants : sans cesse évalués, mesurés sous toutes les coutures. Ne va-t-on pas fabriquer une génération d’élèves stressés dés le collège ? Une part croissante de ces élèves risque de sombrer dans la dépression à l’âge adulte, quant en suivant cette logique d’évaluation constante actuellement à l’oeuvre au collège, ils devront fournir toujours plus dans le milieu professionnel ?

Par ailleurs, le brevet des collèges sollicite déjà les enseignants au détriment des enseignements. L’instauration d’une évaluation en fin de 5ième conduira une fois de plus à réduire le nombre d’heures dispensée à l’enseignement. Drôle d’époque où le temps passé aux évaluations ne cesse de croître au détriment des apprentissages.