La grande révélation de la fracture numérique par Covid-19

Cela fait plusieurs années que l’on demande aux élèves de collège d’effectuer des travaux avec des outils numériques (travaux de recherche sur internet, exposés, exercices de programmation avec le logiciel éducatif scratch, réalisation de petites vidéos), sans que ces travaux ne soient vraiment encadrés en milieu scolaire. C’est alors installé une nouvelle inégalité entre les élèves, entre ceux bénéficiant d’un bon équipement familial et les autres, ceux dont les parents sont familiarisés avec les outils numériques et les autres.

Trop longtemps, le corps enseignant s’est réfugié derrière l’idée que cette génération était née avec un portable entre les mains et qu’elle savait très bien utiliser tous les outils numériques. Effectivement, si beaucoup d’élèves sont bel et bien équipé d’un téléphone portable et sont relativement à l’aise avec, ce n’est pas pour autant qu’ils sont correctement équipés à domicile (fibre, abonnement internet, ordinateur récent, logiciels bureautiques).

Et soudain vint l’épidémie du COVID-19 et le confinement de toute la population. Et soudain, on découvrit que de nombreux élèves n’étaient pas si bien équipés et qu’ils devaient suivre les cours à l’école avec leur téléphone portable pour se connecter en visioconférence, ou devaient faire des photos de leur travail écrit pour l’envoyer ensuite à leurs professeurs.

Il y a bien eu une prise de conscience tardive, car une solidarité s’est installée au travers de syndicats de parents d’élèves et d’établissements qui ont chercher à équiper ces élèves de tablettes.

Néanmoins, cette épidémie va créer de gros dégâts chez les élèves défavorisés sur le plan numérique. Ne pouvant correctement suivre l’enseignement à distance, certains élèves auront baissés les bras. A la reprise d’un rythme normal, on peut présager qu’ils sera difficile de ne pas les perdre alors que d’autres élèves bien équipés et dans un environnement familial favorable auront continué à progresser. Alors que le système d’orientation dans les études supérieures est devenu sélectifs avec Parcoursup, il serait étonnant qu’à la reprise d’un enseignement « normal », les professeurs ne tentent pas de rattraper le retard, pour répondre à la pression des familles, ce qui aura pour effet de conduire à l’échec scolaire et à une orientation non choisie un nombre croissant d’élèves.

Alors que les parents sont plus inquiets d’une contamination de leurs enfants en cas d’un retour à l’école et que les médias sont exclusivement focalisés sur cette question, la question de cette fracture numérique qui entraîne une fracture scolaire et qui amplifiera la fracture sociale n’a pas l’air de préoccuper grand monde. Il faudrait enfin s’occuper de l’équipement informatique des familles défavorisées et surtout que les travaux sur ordinateurs soient d’abord effectué en classe, sous la supervision d’enseignants qui ont aujourd’hui trop tendance à sous-traiter cette tâche aux parents.

Hélas, le jour d’après risque de ressembler au jour d’avant. Cette fracture numérique n’étant pas suffisamment dénoncée, notre système scolaire ne va pas se métamorphoser après l’épidémie d’un système élitiste à un système plus égalitaire. La compétition pour les bonnes places va continuer.

Nouveau Bac, les E3C, des nouveaux partiels

Les élèves de première expérimentent depuis peu les Épreuves Communes de Contrôle Continu (E3C) du nouveau baccalauréat institué par la réforme Blanquer.

Cette réforme a été justifiée par la lourdeur de l’ancien bac aux épreuves toujours plus nombreuses et qui mobilisait dans les lycées l’ensemble du mois de juin au détriment des enseignements pour les élèves de la seconde à la terminale. L’ancien bac mobilisait beaucoup de ressources et d’argent pour une finalité contestable, puisque l’orientation des élèves était décidée avant le baccalauréat et finalement le bac n’était alors plus qu’un sésame venant valider une orientation décidée sur la base des résultats scolaire des élèves.

La réforme Blanquer était censée poursuivre un objectif de simplification. Sur ce point, les premiers retours des lycées devant organiser ses épreuves semblent montrer le contraire. Chaque établissement est libre d’organiser dans la période actuelle les épreuves quant il le souhaite, favorisant la diffusion des sujets par ceux ayant déjà passé les épreuves sur Instagram et introduisant une rupture d’égalité. Les sujets sont choisis dans une banque numérique, les copies doivent être numérisées avant d’être corrigées et les professeurs corrigeant les copies n’ont pas le temps d’annoter les copies, ce qui ne permettra pas aux élèves de progresser à partir de leurs erreurs.

De plus, ces épreuves introduisent un stress important chez les élèves qui reçoivent comme pour le bac des convocations et y sont préparés comme pour le bac. On peut alors se demander pourquoi ces épreuves sont considérées comme des épreuves de contrôle continu plutôt que nommées partiels comme à l’université ? Probablement, le terme de « partiels » ne passerait pas si bien dans la communication gouvernementale.

Ces épreuves poursuivent également la finalité de revaloriser le bac, puisque les notes de ces épreuves seront dans Parcoursup avant le début du processus de sélection. En conséquence, l’élève de première n’a plus droit à l’erreur. Dorénavant, ce n’est plus au moment du bac que le lycéen doit être prêt, mais dés la fin de la seconde !

Il devra savoir faire les bons choix, choisir les bonnes options pour la première et dés son année de première, il se doit de réussir pour avoir un bon dossier dans Parcoursup. Il n’a plus le droit d’être jeune, de se tromper, trébucher, chercher son chemin.

Quelle monde préparons nous à nos jeunes ?

Sport à l’école, erreur sur les objectifs

Quel objectif poursuit-on exactement avec le sport à l’école, ou plus exactement, l’éducation physique et sportive (EPS) ? Est-il nécessaire à chaque séance de noter les élèves, d’établir des grilles de notation complexes avec une grande variété de critères ? Pourquoi noter les matchs ? Quelle est la raison d’être de l’épreuve de sport au baccalauréat ?

Peu de jeunes poursuivent une activité sportive régulière après les années collège et lycée. Les jeunes générations sont trop sédentaires et souffrent plus de surpoids, non seulement à cause d’une alimentation déséquilibrée, mais aussi du fait du manque d’activité physique régulière. S’en suit des risques de maladie cardio vasculaires, diabète, obésité, hypertension artérielle, anxiété … Les bénéfices d’une activité sportive régulière sur la santé sont suffisamment prouvés et permettrait de diminuer les dépenses de l’assurance maladie.

Alors pourquoi le sport à l’école ne poursuit-il pas un objectif tout simple, celui de faire découvrir et aimer un activité sportive, de sentir son corps, prendre goût à l’effort ? Pourquoi l’école a-t-elle se besoin maladif de noter, classer, trier les élèves aussi dans les activités sportives ? Ce n’est pas à l’école de former des champions, ni de faire des élèves des compétiteurs. Il existe des clubs sportifs pour cela. L’école peut juste se contenter de détecter un jeune qui serait prédisposé dans un sport donné pour l’orienter vers un club.

Pour que les jeunes générations prennent de bonne voie, le sport à l’école doit avant tout être axée sur le plaisir de bouger, développer un comportement fairplay et donc proscrire les notes de performance. On peut noter l’implication de l’élève, sa participation, son attitude, sa recherche de progression. Mais surtout pas ses performances, ni s’il a progressé un peu ou beaucoup. Tout les élèves ne sont pas égaux, certains plus doués que d’autres et progresserons plus facilement. Il n’y a pas d’intérêt à les distinguer de leurs camarade. A partir du moment où l’on veut distinguer les élèves performants des autres, on décourage les élèves les moins doués ou pire on les écœure du sport.

Sans remise en cause profonde de l’enseignement du sport à l’école, on ne parviendra pas à diminuer la sédentarité croissante des jeunes générations impliquant des risques pour leur santé. Inutile de faire des plans et réformes pour le financement de l’assurance maladie ! Commençons par donner aux jeunes générations des habitudes de vie plus saine, pour leur bien et dans l’intérêt de la collectivité !

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Biture et week-end d’intégration

Les week-end d’intégration dans les écoles post bac ont pour objectif de permettre aux étudiants de faire connaissance ensemble, de créer du lien, des solidarités et de créer un esprit de corps. Difficile alors pour un nouvel étudiant de se mettre en retrait de la vie de l’école et de ses camarades et de ne pas prendre part au week-end d’intégration. Les excès lors de ces événements sont toujours possibles, mais depuis que le bizutage a été définit par la loi du 27 janvier 2017 comme étant un délit (cf Code pénal : articles 225-16-1 à 225-16-3), les risques pour les participants sont moins importants que par le passé. Il importe avant toute participation à ce genre d’événement de réfléchir à ses propres limites afin de savoir ce qu’on est prêt à accepter et  ce qu’on juge intolérable et anticiper à l’avance  la conduite à tenir si survient un problème.

Lors du week-end d’intégration auquel a ma fille a participé, aucune contrainte n’a été exercée et aucun acte humiliant n’a été commis sur les nouveaux élèves. On peut certes qualifier certains jeux ou rituels de bêbête, mais sans plus.

Par contre, la consommation d’alcool était omniprésente, ainsi que celle du protoxyde d’azote pour ses effets de gaz hilarant. Pourtant, d’après la loi, le fait d’amener autrui, même si ce n’est pas contre son gré, à consommer de l’alcool de façon excessive est considéré comme un délit punissable. Les administrations des écoles devrait se sentir concernées et voir en tant que personne morale leur responsabilité engagées, si lors d’une biture survenait un accident. On peut alors s’étonner que subsiste en la matière une tolérance et une manière de se masquer la réalité, surtout, lorsqu’un camping isolé et clos est choisit comme lieu des festivités. Isolé, à cause des nuisances sonores causées par la fête pour le voisinage, et clos pour éviter de perdre des étudiants saouls déambulant au hasard. Mais peut-être est-il difficile de prouver qu’une personne adulte a été amenée, « contre son gré ou non […], à consommer de l’alcool de manière excessive, lors de manifestations ou de réunions liées aux milieux scolaire, sportif et socio-éducatif« .

En effet, nul n’était obligé d’amener dans ses propres affaires quantité d’alcools forts et protoxyde d’azote pour sa propre consommation et rien n’empêche un étudiant à quémander à ses amis à boire. Ces étudiants majeurs (organisateurs et participants) sont-ils alors amenés à boire ou s’agit-il d’un choix personnel ? Il s’agit sans doute d’une limite de la loi, ce qui pourrait expliquer une tolérance des administration des écoles.

Au delà des considérations légales et morales, ce besoin de s’éclater de la sorte en buvant à outrance pendant tout le week-end, au point de s’en rendre malade, de se retrouver ivre mort en position latérale de sécurité ou de commettre des actes insensés (se balader nu et uriner n’importe où) devrait nous interroger sur les besoins de ces jeunes de se défouler ainsi en se saoulant. Pour pouvoir entrer dans ces écoles sélectives, ils sont passés par des épreuves qui pour certains ont duré plusieurs années (classes préparatoires, première année de médecine  …) et les ont privés de toute forme de vie sociale, de loisirs, vacances et ont réduits leur vie familiale au strict minimum. Bien heureux seront ceux qui après ces épreuves pourront commencer à vivre. C’est ce que nous espérions pour notre fille, mais notre attente a été déçue, le rythme d’enfer continue.

Qui sommes nous alors pour faire la morale à nos enfants sur ce genre de comportements alors que notre société leurs impose des sacrifices insensés pour avoir le droit d’exercer un jour la professions dont ils rêvaient ? Ces sacrifices leurs imposent de mettre en veille leur jeunesse, leur épanouissement sentimental, leurs développements dans d’autres domaines (artistique, sportif …). Mais pire, ils peuvent les amener à l’épuisement et à des conduites addictives. Vive l’élitisme républicain !

Loi Orientation et Réussite des Étudiants, le business de la sélection

La loi Orientation et Réussite des Étudiants instaure une sélection à l’entrée des formations universitaires. Chaque faculté a la possibilité de classer les candidats en fonction des attendus locaux, à partir des notes de première et terminale, des appréciations des professeurs de terminale et éventuellement CV, lettres de motivation, activités extra-scolaires. Les universités n’auront pas à dévoiler les algorithmes  qui permettront de classer les candidats en vertu d’un principe de « secret des délibérations ».  Sachant que les lycées sont classés et qu’une même note n’a pas la même valeur selon le lycée, on peut s’attendre à ce qu’une pondération des résultats en fonction de la provenance de chaque candidat soit rapidement mise en œuvre de manière automatisée. Dans l’article de Le Monde du 8 mai 2018, « Parcoursup : un vrai casse-tête pour les facs de droits« , on découvre qu’à Paris-I, qu’

un document d’appui a été transmis aux enseignants-chercheurs : le classement des meilleurs lycées – nationaux et parisiens – réalisé à partir des données du ministère. « On sait que, de fait, certains lycées sont plus exigeants que d’autres dans la notation », explique un juriste.

Si cette année, la procédure risque d’être manuelle dans bon nombre d’universités, la prise en compte de ces données de classement des lycées sera, à ne pas en douter effective l’année prochaine au plus tard.

La conséquence prévisible sera une exacerbation de la compétition des élèves pour l’accès aux meilleurs lycées, avec mise en place de stratégies d’évitement de certains lycées, et bien entendu un développement de l’offre de lycées privés qui rassureront les parents ayant la possibilité de payer. Cette loi risque par effet induit de remettre un peu plus en cause la mixité sociale dans les établissements publics et risque de stimuler le développement d’une offre privée, lycées privés, cours privés et particuliers. Ainsi, en même temps que l’année de terminale, il est possible maintenant de suivre des cours privés de préparation à la première année de PACES avec des organismes tels que Médisup. Certains enseignants de ces organismes privés peuvent accepter de donner des cours particuliers pour 200 € de l’heure.

La loi permettra aux universités de proposer aux candidats ne répondant pas aux « attendus » de proposer de rejoindre une année préparatoire intégrée dans la filière choisie. S’il est encore trop tôt pour avoir un avis sur la question et plus particulièrement sur le fait de savoir si ce dispositif offrira réellement une chance de réussite à ces candidats malheureux, la loi a ouvert une grande porte aux institutions privées qui elles aussi vont pouvoir proposer des formations, mais payantes. Pour la préparation au concours de première année de médecine, l’organisme privé Médisup (www.medisup.com) qui proposait déjà des stages de pré -rentrée et une préparation au concours PACES se déroulant au cours de l’année scolaire, innove pour la rentrée 2018-2019. Il propose une véritable année préparatoire de préparation à la première année (PES0), avec statut étudiant, pour un tarif de 9700 €. Il ne s’agit que d’un exemple, mais il est fort à parier que d’autres organismes vont profiter de l’aubaine créé par la loi pour proposer aux étudiants des familles qui pourront payer.

En apportant une réponse uniquement axée sur la mise en place de la sélection à l’entrée des universités, pour résoudre le problème de la sur-affluence vers les études supérieures universitaire d’une classe d’âge plus nombreuse, la loi Orientation et Réussite des Étudiants organise en fait un véritable marché de l’étudiant où les universités comme les autres formations pourront choisir librement leurs candidats, mais où aussi des organismes privés pourront développer un business. Parcoursup est un système d’orientation anxiogène pour les jeunes lycéens. 338 551 candidats étaient toujours en attente d’une affectation au 25 mai (Le monde du 27/28 mai). Contrairement à l’année dernière où les affectations s’effectuaient lors de plusieurs tours, les lycéens maintenant sont rivés sur l’évolution de leur classement et se prépare stressés aux épreuves à venir du bac. A ne pas douter, les familles inquiètes de l’avenir de leurs jeunes et pouvant payer feront de plus en plus appel à des solutions payantes pour augmenter, dans un environnement de plus en plus concurrentiel, les chances d’accès aux bonnes formations de leurs enfants. Plutôt que de proposer des formations supérieures professionnalisantes mieux valorisées, cette réforme préfère organiser la compétition entre les individus en organisant un marché du lycéen. Le lycéen devient une marchandise.

Aberration du concours de PACES

Fin du concours de première année de PACES vendredi 04 mai. Fin de l’enfer connu pendant une année entière. Des étudiants qui sortent épuisés, certains blancs, certains avec une crise de larmes. Enfin les tensions vont pouvoir s’évacuer et les vies mises entre parenthèses pendant une année entière vont pouvoir reprendre, avec l’angoisse pour les primants de devoir redoubler et pour les redoublants, l’idée de ne pas être reçus. Il faudra cependant plusieurs jours pour récupérer.

Retour sur une année de vie particulière, pas seulement pour l’étudiant, mais aussi pour toute sa famille qui s’est organisée en fonction.

Pour avoir des chances de réussir ce type d’épreuve, le futur étudiant doit déjà être en classe de terminale un très bon élève (avec une mention très bien). Mais avoir des facilités ne suffit pas. L’élève doit s’être, dés la terminale formaté pour devenir une machine à travailler, c’est à dire apte à absorber pendant plusieurs mois une très grosse charge de travail.

Mais cela ne suffit pas. Il faut également à la famille disposer de quelques moyens financiers pour payer une prépa privée pendant l’année (680 €/mois) et un stage de pré-rentrée à la fin de l’été. Cette prépa est indispensable, car les cours sont revus, et les étudiants sont préparés aux concours. On leur explique les stratégies à suivre, les pièges à éviter, on leurs donne des méthodes et on les soutiens moralement … Pour lutter contre cette inégalité par l’argent, les étudiants des années supérieures organisent un tutorat de très bonne qualité avec des cours que l’on peut photocopier des concours blancs. Mais le tutorat ne peut surpasser les cours  présentiels et en nombre réduit d’élèves des prépas privées, lesquelles donnent donc un avantage compétitif à ceux qui ont les moyens financiers de les suivre. Il faut également payer un appartement proche du lieu d’études, car il est impossible de réussir si l’étudiant doit perdre plusieurs heures par semaine dans les transports.

Mais cela ne suffit pas. La famille se doit d’assurer une présence affective, réconfortante et éviter à l’étudiant une solitude néfaste où les idées noires (je ne vais jamais y arriver, je suis nul …) ne manquent jamais de surgir. Il lui faut savoir gérer les coups de blues, ne pas mettre la pression, faire accepter l’éventualité de l’échec, même après deux tentatives. La vie ne s’arrête pas en cas d’échec et un étudiant qui s’est beaucoup investi a acquis des méthodes de travail, une volonté et une endurance qui lui permettront de réussir ailleurs. L’échec ne doit pas être vécu comme une fin, mais comme un nouveau départ. La famille a donc un rôle important à jouer dans la préparation mentale de l’étudiant.

Mais cela ne suffit pas. L’étudiant, en dépits de la mauvaise conscience que lui occasionne d’avoir des loisirs, doit s’aménager des moments de respiration. Le cerveau doit pouvoir décompresser. Cela peut être lire, pour d’autres faire ou écouter de la musique, du sport, une sortie entre amis … Le cerveau est comme un muscle et l’étudiant de PACES est comme un sportif de haut niveau qui se prépare à une compétition. Chez le sportif, le surentraînement conduit à la contre performance et dans le pire des cas, à la blessure. Chez l’étudiant de PACES, le burn-out et pire, la dépression ne sont jamais très loin et fatigué, le cerveau n’est plus capable d’apprendre. Il convient donc de l’oxygéner et de lui permettre de se reposer. En cela, les nuits passées à réviser sont une très mauvaise idée et il convient de se coucher à une heure raisonnable (pas après 23h).

Après avoir vécu un rythme effréné de la mi août à début mai, on pourrait espérer que la réussite soit au rendez vous. Mais rien n’est moins certain.

Pour permettre à l’étudiant d’aborder le concours dans de bonnes conditions, il faut s’occuper de toute la logistique. Le mieux étant de réserver un hôtel pour la durée du concours. Pour aborder l’épreuve dans de bonnes conditions et gérer les risques de découragement et de stress, une présence parentale est requise pendant toute la durée du concours (matin, midi et soir) et il faut éviter toute conversation génératrice de stress. Pour cela, les camarades, mêmes bons ne sont pas forcément de bonne compagnie car il faut éviter de parler des épreuves passées et toujours regarder devant soi.

Mais cela peut ne pas suffire car ce concours est et reste une affreuse loterie. L’étudiant doit bien lire les questions et être sensible aux subtilités et autres pièges que l’on peut trouver dans les QCM (Questions à Choix Multiple). Il lui faut éviter de sauter un QCM pour y revenir ensuite, car il n’y a rien de pire que cocher les cases avec un décalage entre questions et réponses (cela veut dire avoir tout faux, cela arrive). La chance joue également son rôle, dans certaines matières comme « Santé Social et Humanité », où l’étudiant doit restituer par cœur du cours (17 cours à apprendre par cœur) ou dans le domaine du médicament où il faut être capable de régurgiter des noms de médicaments et des chiffres. Cela s’appelle de la chance si juste avant l’épreuve, l’étudiant a pu relire sa fiche pendant la pause, celle qui portera sur le sujet retenu au concours.

Vous l’aurez compris. Pour réussir, avoir de bonnes dispositions ne suffit pas. Il faut également une famille ayant la possibilité de payer, bien informée, remplissant son rôle de soutien moral et logistique. Ce concours ne sélectionne pas seulement des étudiants pour leurs aptitudes au travail de forçat et à apprendre des masses d’information par cœur, mais également la famille dont ils sont issus. Voilà un principe républicain méritocratique bien mis à mal !

Il ne reste plus qu’à attendre la 3ème semaine de juin le verdict de cette loterie. Beaucoup de ceux qui échoueront et qui sont passés par toutes ces épreuves mériteraient de pouvoir poursuivre. Ils se retrouveront jetés par la faculté de médecine. Ce concours est un véritable gâchis humain. On ne comprend pas qu’alors les besoins en médecins ne sont plus pourvus, même en zone urbaine, qu’il manque tant de praticiens dans les différentes spécialités médicales et paramédicales, au point que les hôpitaux doivent faire appel à des médecins étrangers (qui n’exerceront pas dans leurs pays où les besoins sont encore plus mal couverts, bravo la France pour l’aide au développement), tant d’étudiants méritant soient irrémédiablement jetés. Conservatisme du corps médical ? Volonté de maîtriser la dépense de santé de la part de la Sécurité Sociale ? Le processus de fixation du numerus clausus est totalement opaque et antidémocratique. Une aberration en tout cas qui ne risque pas de disparaître de sitôt.

Détournement de la finalité du sport au lycée

Voilà que les épreuves de sport pour le bac sont maintenant terminées en cette quatrième semaine du mois de mai. Les cours de sport prennent fin, puisque les jeux sont fait ! A quoi bon poursuivre cette activité puisque les notes sont données ? Et pourquoi en cette période de révision intensive pour les élèves, le sport ne pourrait servir aux lycéens qu’à se défouler, décompresser, bouger, prendre un moment de plaisir ? Cette finalité du sport semble totalement gommée. Seule compte la note. Nous sommes dans la suite logique de la pratique du sport au collège, ou peut être est-ce la pratique du sport au collège qui s’est modifiée au cours des années pour tendre à un objectif final, la note du bac (voir la place du sport au collège).

J’ai également été collégien et lycéen et je peux témoigner ici que nos professeurs n’avaient pas tant à cœur de nous noter sans cesse selon des grilles d’évaluation complexes. Bien plus que les performances de chacun, ce qui comptait le plus étaient l’engagement personnel et la progression. Le sport étaient l’activité où le plaisir pouvait avoir sa place et où notre relation plus décontractée aux professeurs n’était pas polluée par des appréciations incessantes. Il y avait bien des grilles de notations pour la bac basées sur les performances, mais les professeurs avaient une marge de manœuvre.

Aujourd’hui, le système éducatif a fini par générer des aberrations. En athlétisme, l’épreuve de course de demi-fond étant jugée trop difficile a été remplacée par une épreuve dite de course en durée (ou endurance ?). Après avoir évalué la Vitesse Maximale Aérobie (VMA) des élèves (qui correspond à la vitesse maximale qu’un individu peut courir pendant 6 minutes), ceux-ci doivent imaginer une séance d’entraînement consistant en la succession de  courses / récupérations de une minute, avec 4 minutes à courir à 120 % de VMA et 10 minutes du total au dessus de 100% pour le « mobile » le plus dur. Sauf que courir à 120 % de VMA n’a absolument rien à voir avec de l’endurance ou même un entraînement au 10 km, car dans de véritables séances, on ne cours pas à cette vitesse (maximum 105 % de VMA). Pour satisfaire les exigences de l’épreuve, on arrive ainsi à un infâme mélange de courses à différentes vitesses qui n’a rien à voir avec une séance d’entraînement. Lors de l’épreuve du bac, les élèves doivent ensuite exécuter leur séance et respecter scrupuleusement les temps de passage. Trop d’avance ou de retard diminue la note du bac. L’épreuve se conclue par du « cirage de bottes », puisqu’on demande aux élèves d’exprimer ce que cet apprentissage leur a apporté.

On ne voit pas très bien comment, à l’aide de cette pédagogie révolutionnaire, les élèves prendront goût à courir et seront capable de construire une séance d’entraînement. De tels séances ne s’improvisent pas dans les clubs sportifs, quelque soit le niveau du coureur et nécessitent les compétences d’entraîneurs. De plus, pour qui veut courir seul, il n’y a rien de plus simple que de trouver des séances de préparation sur internet.

Il est dommage que la finalité du sport au lycée ne soit plus que le bac. J’ai choisi de détailler ici l’exemple de l' »endurance » qui est particulièrement significatif, mais j’aurais pu tout aussi parler des autres sports choisis par mon enfant pour cette année de bac.

Je crains que l’Éducation Physique et Sportive, telle qu’elle est aujourd’hui conçue n’apporte plus grand chose. Beaucoup d’élèves devenus adultes prennent distance avec toute activité sportive dés le bac passé, en témoigne l’absence criante de jeunes adultes dans la plupart des clubs de sport (hors foot). Ce n’est que des années  plus tard que les gens retrouvent une activité sportive. En tout cas, ce n’est pas cette pratique au lycée de l' »endurance » qui est à l’origine de l’essor sans précédent ces dernières années du jogging, course à pied, trail au sein de la population, puisque la plupart des pratiquants sont plus âgés et on redécouvert les plaisir et bienfait du sport bien des années après le lycée, à partir de la trentaine souvent.

La place du sport au collège

La découverte des activités sportives au collège est un enjeu de santé publique pour les enfants et adolescents, à l’heure où tant de jeunes n’ont que peu d’activités physiques et ont des problèmes de surpoids. Les bienfaits sur l’individu d’une pratique sportive tout au long de la vie sur la santé et le bien être ne sont pas à discuter. Du point de vue de la collectivité, une pratique régulière diminue les dépenses de santé.

Quelle est alors l’utilité de grilles de notation rigides pour évaluer les performances des élèves dans les différentes disciplines qu’ils découvrent ? Quelle utilité à multiplier les notes dans les différentes activités sportives que les élèves pratiquent au cous de l’année ? Chaque élève possède des aptitudes différentes et peut être doué au ping-pong mais n’avoir aucune aptitude à la course à pied ou vice versa. Certains s’épanouiront plus facilement dans des sports collectifs et d’autres dans les sports individuels. Chaque sport  cultive des  aptitudes différentes. Certains développent des capacités cardio-respiratoires d’autres une force physique, d’autres encore la souplesse, une importante coordination motrice quand les gestes techniques sont complexes, d’autres seront axés sur l’esprit collectif. Certains développement plus que d’autre un esprit d’engagement. La diversité est telle que chaque élève devrait pouvoir trouver une activité sportive dans laquelle il pourrait s’épanouir.

La mesure de la performance n’a de sens que lorsque l’individu s’engage dans la voie de la compétition et  cherche donc à se parfaire dans le sport qu’il a choisi. Au sein de l’école, le sport, encore justement appelé Éducation Sportive et Physique, doit concourir à la découverte de différents sports, ceux qu’il est possible de pratiquer sur dans le secteur géographique de l’établissement scolaire, afin que les élèves persistent dans une activité sportive à la fin de la scolarité obligatoire. L’objectif du sport au collège est  avant tout de découvrir et non de détecter et former de futurs champions. Ce rôle est dévolu aux clubs de sports. La mesure de la performance sportive des élèves n’a donc aucun sens dans le cadre de l’école. Les critères qui devraient compter pour évaluer les élèves sont leur niveau d’implication, le fair-play, la progression et pourquoi pas, pour une part mineure la performance.

On constate hélas une véritable dérive, à l’identique dans le sport que dans les autres matières régaliennes, avec une multiplications de notes , une propension à noter les élèves à dès la première occasion, à édicter des barèmes de notation rigides pour justifier les notes. Elles conduisent à des appréciations désastreuses sur les bulletins scolaires de la part de professeurs en mal de reconnaissance de la part de leurs pairs, qui au lieu de valoriser les élèves pour les aptitudes qu’ils ont, aptitudes forcément différentes de leurs camarades, peuvent les dévaloriser et les faire passer pour mauvais. Mauvais ne devrait pas exister en sport, compte tenu des critères qui devraient guider l’évaluation.

L’évaluation des résultats de l’Éducation Physique et Sportive à l’école ne semble avoir jamais été effectuée.  Il suffit pourtant d’observer l’évolution des effectifs en fonction de l’âge dans les clubs sportifs. L’affluence est importante à l’âge primaire, décroît à l’âge collège. A l’âge lycée, ne persistent dans les clubs que les jeunes les plus motivés. Après le bac, c’est le grand vide, même les sportifs prometteurs arrêtent leur sport. Les jeunes  donnent ensuite la priorité à leurs études, les amis, l’insertion professionnelle … et prennent du poids !

Un beau gâchis.

Devoirs ou œufs de Pâques à chercher ?

A quoi servent les jours fériés ?

Certains en profitent pour se reposer, d’autres, pour consacrer du temps à leurs familles. D’autres s’offriront de petites vacances, tandis que certains fêterons la fête religieuse associée au jour férié, comme ce week-end de Pâques.

Les élèves de certaines classes S (S comme sélective ou scientifique ?), n’auront eux pas de répits. Des devoirs, encore des devoirs. Car puisqu’ils ont un jour supplémentaire sans école, ils peuvent le consacrer à travailler. Entre le professeur de français qui a l’idée d’imposer un nouveau bac blanc écrit, à une semaine de l’oral du bac blanc organisé par le lycée, le professeur d’histoire/géographie qui trouve sympa les exposés et impose en plus une évaluation, trois autres enseignants qui ont la même idée d’imposer une évaluation dans la semaine à venir, cela fait vraiment beaucoup de professeurs qui n’ont aucune considération pour leurs élèves et à leurs droits à un espace privé.

Car après avoir colonisé les vacances, les soirées jusqu’à 22h, voilà que l’école républicaine élitiste envahit les espaces réservés à la pratique religieuse. Voilà la nouvelle conception de la laïcité !

TPE : travaux pénibles encadrés (ou pas)

Les travaux pratiques encadrés (TPE) sont un travail d’équipe à effectuer en classe de première sur plusieurs mois, entre les mois de septembre et mars. Il s’agit d’une épreuve qui compte pour le baccalauréat. Les élèves doivent choisir un sujet pluridisciplinaire et le traiter pendant cette période. Ils ont toutes les semaines une séance d’une heure encadrée par deux enseignants. Dans l’absolu, ces travaux pratiques encadrés sont une bonne idée. Ils visent à apprendre aux élèves à travailler en groupe, à s’organiser ensemble, à effectuer des recherches documentaires, à monter des expériences, puis à développer un esprit critique sur les résultats obtenus. Ils apprennent à rédiger un rapport et ensuite à le présenter devant un jury. L’intérêt pédagogique est évident.

Sauf qu’avec une séance d’une heure par semaine à deux enseignants pour plus de trente élèves, il ne faut pas s’attendre à un niveau d’encadrement bien élevé. Les enseignants ne peuvent pas être sur tous les fronts simultanément. Le résultat est que ceux-ci priorisent logiquement sur les groupes qui avancent le moins et les moins organisés. La plupart des groupes sont donc livrés à eux même. Tout commence par le choix des sujets, que les élèves doivent trouver eux même, en début d’année. Mieux vaut alors choisir un sujet avec suffisamment de matière sur lequel une démarche expérimentale pourra être mise en œuvre, mais aussi éviter de choisir un sujet trop vaste. Car un trop sujet vaste conduit à un énorme travail de recherche bibliographique à effectuer sur le temps non scolaire. Effectuer de tels recherches sur des sujets pointus n’est pas évident pour des élèves de première.

L’idée de monter des expériences est bien sûr excellente, sauf que là encore, tout dépend de l’équipement du lycée, de la disponibilité des enseignants encadrants et de la bonne volonté (ou pas) du personnel technique. L’existence de certains équipements dans l’établissement ne peut néanmoins pas signifier que l’expérience pourra être mené facilement. En effet, il n’est pas donné à des lycéens de savoir utiliser, avant de l’avoir appris, des appareils de mesure physico-chimiques. Un minimum d’encadrement est nécessaire et on ne peut laisser des lycéens livrés à eux même devant une notice incompréhensible dans un délai trop court. Il est donc préférable de choisir un sujet avec des expériences que l’on peut monter soi même, sans l’aide d’un encadrant. Hélas, les élèves n’ont pas connaissance de ces contraintes en début d’année.

L’apprentissage du travail en groupe est un enjeu capital dans la formation humaine des lycéens. Malheureusement encore, les travaux pratiques encadrés n’atteignent pas cet objectif, une fois encore à cause d’une régulation du fonctionnement des groupes, de la part des encadrants insuffisant. Le laisser faire conduit à un ressenti de l’intérêt du travail en groupe négatif, entre les groupes où chacun part dans des directions différentes et produit des travaux non cadrés, ceux qui n’ont aucune conscience du temps qui passe et se réveillent au dernier moment (avant les vacances de février pour un rapport à rendre à la rentrée des vacances), ceux où certains se reposent et laissent l’un d’entre eux tout entreprendre, ceux où l’on se dispute le leadership… Certains auront trouvé du plaisir à diriger et dominer, d’autres auront appris les stratégies à mettre en œuvre pour ne rien faire et tout faire faire par leurs camarades, d’autres sur qui tout le travail effectif aura reposé se demanderont où est l’intérêt de travailler en groupe. Qui aura vécu dans ces conditions une synergie de groupe, avec un vrai partage du travail et une émulation d’équipe ?

Pour terminer, je crois que personne n’a sérieusement évalué le temps de travail personnel nécessaire aux élèves, sur plusieurs mois pour arriver au bout de cette épreuve du travaux pratique encadré. Car il s’agit bien d’une épreuve de longue haleine, qui nécessite au bas mot deux heures de travail personnel par semaine sur six mois s’ajoutant au travail scolaire déjà intense, aux révisions sans fin pour le bac de français. Tout additionné, les élèves travailleurs en arrivent à un emploi de temps de ministre. Ce n’est pas aux 35 heures que les élèves ont droit, mais aux 48 heures, sans jour de repos compensateur, même le dimanche.