Blocage des lycées, un problème d’éducation

Quel exemple déplorable ont pu avoir les plus radicaux des gilets jaunes sur les jeunes lycéens, qui par mimétisme ont reproduit les comportements violents de leurs aînés !

Jamais la violence physique ni les dégradations ne peuvent être considérés comme des modes d’action légitimes dans une société démocratique. Le conflit doit s’exprimer dans le respect de l’autre et dans le débat d’idées contradictoire. Si une pression à l’encontre des décideurs est nécessaire, les rapports de force ne doivent pas dégénérer en actes de vandalisme et de violence. Cette expression doit rester dans le cadre de la loi. Exiger la démission d’un président démocratiquement élu, ayant certes bénéficié d’un vote républicain contre l’extrême droite, mais confirmé par le raz de marée électoral des élections législatives obtenus par son parti, Les Républicains en Marche, revient à espérer un putsch et à remettre en cause les fondements de notre société démocratique.

Les jeunes apprennent bien en éducation civique le fonctionnement de nos diverses institutions, mais il est à craindre que tout comme leurs aînés, ils ne sachent faire le lien entre leur vote ou leur non vote (57,36% d’abstention au second tour des législatives de 2017) et la politique menée ensuite par le gouvernement qui tire sa légitimité de ces élections.  On ne vote pas selon une humeur ou mode et ceux qui choisissent de s’abstenir choisissent de laisser les autres décider à leur place. Un électeur qui se respecte étudie les programmes électoraux, cherchent à s’informer auprès de médias sérieux qui organisent le débat contradictoire plutôt que de chercher son inspiration sur les réseaux sociaux et enfin se prononce ensuite en son âme et conscience.

Que demandent les lycéens ? Une abrogation de Parcoursup et de la réforme des lycées généraux, revendications relativement vagues. Ils expriment une crainte diffuse d’un bac n’ayant pas la même valeur selon l’établissement d’origine (réputé ou non). C’est malheureusement oublier que le bac ne sert pas à sélectionner. Depuis Parcoursup, se sont les notes de classe de première et terminales qui servent à la sélection. Rien n’empêchent les établissements du supérieurs à mettre en œuvre une pondération des notes en fonction du classement des lycées. Hélas, vouloir l’abrogation de Parcoursup revient à vouloir le rétablissement du système Admission Post Bac, encore plus mauvais, car il conduisait à une généralisation du tirage au sort, face à la massification des accès aux supérieur d’une classe d’âge plus nombreuse. Derrière la réforme du lycée avec le choix d’options à la fin de la seconde générale se cache un projet de rationaliser l’offre de formation sur un périmètre géographique donné (périmètre qui peut être étendu en zone rural). Afin de faire face à la pénurie d’enseignants dans certaine disciplines, celles-ci ne pourront toutes être proposée dans tous les établissements, même s’agissant des disciplines classiques (lire la chronique de Philippe Askenazy « Réforme du bac et «territoires périphériques» » dans Le Monde du 14/12/2014). Le choix des options reviendra à faire éclater la carte scolaire et  risque de renforcer la concurrence entre établissements. Certains élèves auront ainsi droit à des lycées élite et d’autre se retrouveront dans des établissements de relégation, selon un soit disant mérite. M. Blanquet, ministre de l’éducation nationale s’est bien abstenu d’expliquer la philosophie de son projet.

Mais quand avons nous entendus les lycéens bloqueur critiquer tous ces aspects de ces réformes autrement qu’en les rejetant en bloc ? A quel moment ont ils demandés à ce que les algorithmes de sélection soient rendus publics et auditables et demandés l’interdiction de l’utilisation du classement des lycées dans les algorithmes ? A quel moment ont-ils dénoncé la volonté du gouvernement de ne pas offrir toutes les options « classiques » dans tous les lycées  risquant de conduire à une concurrence entre établissements pour recruter les meilleurs élèves ?

Ce vendredi 14 décembre, le lycée de ma fille a été bloqué. Des élèves ont cru pouvoir faire s’enflammer un arbre, d’autre ont réussi à brûler une poubelle. Des fumigènes ont été lancés à l’intérieur de l’établissement et l’alarme incendie a été déclenchée. Et cela s’appelle une mobilisation. Une semaine s’est écoulée, sans que le moindre débat avec les enseignants ne soit engagé. Une bonne occasion manquée de vivre en condition réelle l’éducation civique ! Et pourtant c’est possible, puisque au lycée Stéphane-Hessel à Toulouse (cf Le Monde du 14/12/2018, « à Toulouse, le lycée Stéphane-Hessel s’indigne collectivement« ), la direction a ouvert ses portes aux contestataires, une AG a été organisée, les élèves mobilisés ont pu expliquer les raisons de leur mobilisation. Puis le blocage a été voté à bulletin secret et aucune violence n’y a été commise ! Que souhaite-t-on finalement : des futurs citoyens bons moutons qui se révolteront épisodiquement et ne sachant exprimer leurs attentes et basculeront dans la violence, comme des enfants qui ne sachant exprimer les raisons de leur colère se mettent à taper, ou des citoyens responsables capable de raison qui sauront s’opposer tout en faisant progresser leurs idées ?

ParcourSup, la démonstration d’une incompétence

En entreprise, lorsque vous travaillez sur un projet, il peut arriver que votre manager vous dise que vos vacances doivent s’adapter au planning du projet. Avec ParcourSup, les 1/3 de bacheliers et leurs familles en attente d’une affectation à la mi-juillet peuvent oublier leurs vacances, à eux de sacrifier ce moment pour mériter un accès à l’enseignement supérieur. Ils doivent s’adapter au planning de cette procédure glissante sur tout l’été. On peut supposer que pour ceux qui nous gouvernent, il n’y ait rien de plus normal, puisque eux-même ont sans aucun doute beaucoup sacrifié à leur réussite. A moins que ceux-ci n’aient pas prévus qu’à la mi-juillet  seuls 52,8 % des bacheliers auraient accepté définitivement une proposition et que la procédure se mettrait à patiner, en attendant les désistements et  validation définitives des propositions. Au 27 juillet, les journalistes de Le Monde font le constat dans l’article

« Parcoursup : avant la trêve estivale, un quart des candidats n’est pas encore fixé« 

que le situation des futurs étudiants évolue que très lentement. En cause, un comportement « inattendu des lycéens » qui ne valident pas définitivement les vœux obtenus, en attendant d’obtenir mieux, entraînant par la même une attente de la part de ceux qui n’ont encore rien reçus.

Cette situation était néanmoins tout à fait prévisible. Des simulations informatiques à partir des données d’Admission Post Bac, avec les choix hiérarchisés des bacheliers de l’année dernière auraient pu permettre de prévoir la situation d’attente dans laquelle se trouvent tant de bacheliers. Maintenant que le processus ParcoursSup est grippé à l’arrivée du mois d’août et qu’aucun déblocage de la situation n’est à attendre avant début septembre, il apparaît clairement que le gouvernement a décidé de cette réforme selon une démarche « top/down » ou de « verticale du pouvoir » où le chef décide et les subordonnés appliquent. Il me parait impossible qu’aucune alerte ne soit remonté au ministère de l’enseignement supérieur sur le fait que le processus ParcourSup pouvait se gripper, chose qu’un expert en modélisation de process aurait aisément pu diagnostiquer, puisque cette situation a été anticipée par l’auteur de ces lignes le 1er décembre 2017 : voir sur ce blog l’article « ParcourSup, une réforme de premier de la classe pour les premiers de la classe« . Si cette alerte a bien été émise, alors la situation est plus grave car le ministère a alors fait preuve d’autisme, sûr et certain du succès de l’application de principes d’économie de marché à un système d’affectation des lycéens dans les établissements supérieurs. Mais les experts en économie de marché du gouvernement semblent avoir oublié un paramètre. Les lycéens ont été trop considérés comme une marchandise que les établissements supérieurs pouvaient se répartir selon des algorithmes de sélection opaques et pas suffisamment comme des acteurs agissant selon leurs propres intérêts et non ceux de leurs camarades. La non prise en compte de ce paramètre démontre une forme d’incompétence de ceux qui ont décidé de cette réforme.

Tout comme a été négligé l’effet anxiogène de cette réforme pour tout ceux qui n’ayant pas une mention très bien au bac et qui sont toujours en attente d’une formation supérieure à cause de cette situation. Il s’agit là d’une réforme qui a été pensée selon des principes contestables qui ne sert que les intérêts des très bons élèves, pensée par tous les premiers de la classe qui nous gouvernent aujourd’hui.

 

Une mobilisation étudiante bien veine contre parcoursSup

Au moment où le mouvement de mobilisation des étudiants d’universités se durcit contre la réforme de l’entrée à l’université qui introduit la sélection avec le nouveau système d’orientation des lycéens ParcourSup, il convient de s’interroger sur les véritables raisons de cette mobilisation.

Les premiers concernés, les lycéens ne se sont pour le moment pas mobilisés. Pourquoi alors, des étudiants qui ont obtenus leur place dans une université sont tant remontés contre ce projet ? Celui-ci a beau être inspiré par une idéologie libérale et basée sur la méritocratie, il n’en reste pas moins qu’il intervient au moment où le précédent système a sombré dans une crise sans issue, après la multiplication des tirage au sort dans des filières qui auparavant n’était pas réputées être en tension. Les syndicats étudiants et de personnels mobilisés refusent la sélection et défendent l’égal droit d’accès de tous à l’université. Hélas ce droit s’est effondré tout seul à cause de la saturation des universités due à la massification de l’accès d’une classe d’âge nombreuse au baccalauréat, problème que le précédent gouvernement socialiste n’a pas eu le courage de traiter. La solution serait donc pour certain d’allouer plus de moyens aux universités. Mais est-on certain qu’augmenter les places dans des filières en tension donnera un avenir professionnels à tous les étudiants ? Le marché du travail reste le seul juge, et il n’est pas nécessaire d’envoyer tant de jeunes dans des études qui ne leurs permettront pas de trouver un emploi. Le vrai problème reste un problème d’orientation et un tropisme élevé en France pour les études académiques plutôt que pour des études spécialisées et techniques trop peu valorisées et n’offrant pas suffisamment de places.

Hélas, les syndicats d’étudiants et de personnels mobilisés contre cette réforme ne sont porteurs d’aucun contre projet viable et porteur d’avenir et de chance de réussite pour tous les jeunes, car à aucun moment ils ne prennent en compte ce problème d’orientation. Apparemment, cela ne semblent pas être dans leurs objectifs de proposer un contre projet crédible. Face à un gouvernement libéral tout puissant et qui croit pouvoir passer en force sur plusieurs sujet de société, cette mobilisation est plutôt, un moyen d’affirmer pour les jeunes une identité de contestataire gauchisant espérant ré éditer un mai 68 en 2018, mais sans véritable projet de société. En ne voulant pas prendre en compte le problème de saturation des université et préférant un système basé sur le tirage au sort et la sélection par l’échec, cette mobilisation défend finalement une position très conservatrice. Ce faisant, elle se condamne elle même et permettra au gouvernement de faire passer sa réforme en l’absence de véritable projet éducatif alternatif crédible pour l’ensemble de la jeunesse.

Présidentielle 2017 : une défaillance de l’éducation

La présence de l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle, 15 ans après le traumatisme qu’a été pour moi le choc l’élection présidentielle de 2002 génère des questions sur l’éducation. Sans être tous des racistes, xénophobes et anti immigrés, une fraction de plus en plus croissante de la population française est prête à accorder à ce parti son suffrage, par simple expression de son mécontentement et dans la croyance que ses remèdes simplistes apporteront des solutions à leurs problèmes. Que ce parti s’en prenne à ce point violemment aux journalistes, contre pouvoir essentiel dans toute démocratie grâce aux investigations qu’ils mènent, et au pouvoir judiciaire à la base de tout état de droit, ne leurs pose aucune question, ni les tentations négationnistes récurrentes. Que ce parti soit dirigé par une dynastie affairiste ne les éclaire pas plus sur les véritables intentions des dirigeants du FN. Les postures de sa dirigeante, son aptitude à siphonner le discours traditionnel de dénonciation de l’économie de marché et des inégalités de l’extrême gauche suffisent à convaincre de nouveaux électeurs.

Est-ce le rôle de l’école républicaine de former les citoyens de demain en leur donnant les éléments de compréhension du monde d’aujourd’hui et en les formant à l’esprit critique ?  Il arrive à certains ministres de penser que l’école doit former des citoyens (voir Morale laïque : un populisme petit bourgeois de gauche, un article de blog du 24 avril 2013). Malheureusement, au gré des réformes, l’école en reste toujours à son objectif initial, celui de former un homme savant en transmettant toujours plus de connaissances et en lui faisant acquérir des nouvelles compétences  qu’elle s’empressera d’évaluer pour les classer, sélectionner, orienter en fonction des mérites mesurés.

Il serait peut-être temps de changer de priorité, renoncer à cette course à l’excellence génératrice d’échec. Comprendre plutôt qu’apprendre dans certaines disciplines. Comprendre comment dans certaines périodes de tension, certains groupes parviennent au pouvoir en utilisant des arguments simplistes et ensuite installent des régimes autoritaires. Comprendre quels sont les fondements de toute démocratie, d’un état de droit avec des pouvoirs et contre-pouvoirs, ce que nous apportent les droits de l’homme. Comprendre aussi le fonctionnement de cette économie de marché, ses avantages et inconvénients, ses mécanismes de concentration des richesses, pour comprendre la nécessité d’une régulation qui ne peut se faire au niveau franco-français. Il faudrait surtout que les élèves puisse vivre leur citoyenneté. Cela impose de reconnaître aux élèves de véritables droits et pas seulement des devoirs sous une forme de charte des droits et devoirs de chacun, élèves, parents, professeurs. Les possibilités dont dispose  les élèves de s’élever contre une injustice ou un abus sont pour ainsi dire nulles. Ne parlons pas de celles des délégués de parents d’élèves trop souvent utilisés comme secrétaires des conseils de classe. Le fonctionnement de l’école n’a que peu de chose à voir avec une démocratie. Au mieux peut-on qualifié le régime scolaire de despotisme éclairé.

Une fausse note dans la réforme des collèges : les classes bilangues

Voilà un an, je défendais sur ce blog la réforme des collèges qui devait rendre le collège moins élitiste grâce à la suppression des classes bilangues, permettre aux élèves de faire appels à diverses compétences et disciplines dans le cadre des travaux interdisciplinaires et pratiques (voir Réforme du collège : pas d’inquiétude, la sélection continuera !), tout en affirmant que cette réforme ne mettait pas fin à la pédagogie de la terreur de la note comme méthode d’apprentissage. Je rappelais que face à une masse de devoir croissante, l’aptitude des parents à apporter une aide était primordiale et constituait la principale source d’inégalités.

Cette réforme introduira de gros changements dans les manières de travailler des enseignants et l’organisation du collège. Nous verrons à la rentrée scolaire 2016-2017 ce qu’il en sera.

Mais dores et déjà, les classes bilangues anglais/allemand, anglais/espagnol …  ne disparaissent pas pour les classes de 6ième. Après la fronde des professeurs de langue, la ministre de l’éducation nationale a effectué une marche arrière, mais en instaurant une condition. Pour pouvoir maintenir de telles classes ouvertes, il faut que les élèves venant de l’école primaire aient pratiqué en première langue de l’allemand, de l’espagnol ou une autre langue. Dans ce cas, seulement, il est possible de proposer une classe bilangue à ces élèves. On peut féliciter la ministre de l’éducation nationale pour son sens de l’équité. Ainsi, si pour des raisons familiales, vous auriez souhaité que votre enfant puisse à l’école primaire apprendre une autre langue que l’anglais et que l’école ne le proposait pas, il ne peut en théorie intégrer cette fameuse classe bilangue. Mais comme certaines de ces classes ne feront pas le plein d’effectif, vous pourrez peut-être faire acte de candidature au moyen d’une lettre de motivation, pour faire inscrire votre enfant dans cette classe. On peut douter que beaucoup de parents qui feront acte de candidature le fasse pour des raisons familiales et culturelles (surtout dans le cas de l’allemand), mais surtout pour donner les meilleurs chances à leur enfant de se trouver dans une bonne classe.

Si ce biais peut-être à peu près évité dans certains collèges grâce à la constitution de classes mélangées, il faut savoir que ces élèves auront la possibilité de se retrouver plus tard regroupés au lycée en classe de seconde. C’est en tout cas ainsi que cela se pratique dans le lycée de notre secteur. Ainsi la ministre de l’éducation nationale a accepté de maintenir un moyen permettant aux parents les plus avertis d’orienter leurs enfants dans la voie la plus élitiste à terme et donc leurs donner de meilleures chances de réussite qu’aux autres.

Voilà un fameux raté pour une refondation de l’école voulue par le président de la république.

Avec 60% d’une classe d’âge dans l’enseignement supérieur, que veut le président Hollande ?

L’idée d’un basculement de la France vers une « société de la connaissance » comme facteur d’adaptation de notre économie à la compétition mondiale se diffuse dans la classe politique. En témoigne l’objectif affiché par le président Hollande de voir arriver à 60 % d’une classe d’âge dans l’enseignement supérieur  (lire l’article paru dans Le Monde du 17/09/2015,  « 60 % d’une classe d’âge, l’ambitieux objectif pour l’enseignement supérieur de Hollande ») et la satisfaction de son secrétaire d’état de voir l’université accueillir en cette rentrée 2015 65 000 étudiants en plus (lire l’article paru dans Le Monde du 24/09/2015 « Sur le marché de l’emploi, le diplôme protège un peu moins qu’avant »).

Les études supérieures protègent mieux du chômage qu’un bas niveau de qualification, la création d’emploi de cadre aurait été très forte entre 2004 et 2010. D’après l’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, Bertrand Martinot (cité dans le Monde du 24/09/2015), « les systèmes économiques s’adaptent aux qualifications des personnes. Si la France dispose de beaucoup de matière grise, elle développera des activités économiques de haut niveau : centres de recherches, technologies de pointe, finances, sièges sociaux… ».

Si toutes ces affirmations comportent une part de vérité, on peut tout de même s’inquiéter du sort de ces 65 000 nouveau étudiants et de leurs conditions d’accueils à moyens constants dans les universités. Leurs conditions d’études ne permettront pas un grand nombre d’entre eux de réussir leurs études supérieures, d’autant plus beaucoup ne possède pas la maturité nécessaire à l’issue du lycée pour savoir travailler par eux même. Beaucoup redoubleront plusieurs fois, essayeront plusieurs filière universitaires différentes, vivoteront de petits boulots et finiront peut-être tant bien que mal avec un diplôme qui ne pourront pas valoriser sur le marché du travail. Mais les économistes ont raison! Le système pédagogique permettra toujours de pourvoir aux besoins des entreprises en titulaires  de bac +5 et autres ingénieurs. Cela se fait déjà au prix d’un gâchis humain immense (lire Le Monde du 21/09/2015 « En première année de médecine, « c’est la fosse aux lions » ») et d’un coût important pour la collectivité.

Si la présence d’une matière grise importante est indéniablement un atout pour attirer des entreprises ou susciter la création d’entreprises, il ne s’agit pas de l’unique facteur. Dans une économie mondialisée, le coût de cette main d’œuvre qualifiée devient un facteur non négligeable. Les centres de recherche des grandes entreprise peuvent aussi fermer en France et aller là où la main d’œuvre est meilleure marché. Elles possèdent une telle puissance financière qu’elles peuvent absorber n’importe quelle start up se construisant sur une innovation prometteuse, tout s’achète.

Croire qu’après la crise financière de 2008, la France peut encore devenir un centre mondial de la finance relève du fantasme. Les restructuration touchent également les banques qui ont dues revoir pour certaines leur modèle économique. Il faudrait que la France devienne un paradis fiscal pour permettre de redévelopper l’industrie financière (prenons exemple sur la City de Londres, premier paradis fiscal, champion des dépôts offshore, puissante de ses centres de transit, ses trusts dont on ne connaît pas les bénéficiaires …).

Le développement de technologies de pointe ne nécessite pas que des ingénieurs mais aussi de techniciens  bien formés et expérimentés. Or la promotion d’un système éducatif qui donne la meilleur part à des formations généralistes conduit à une sur représentation dans les entreprises de cadres  dont la fonction n’est pas opérationnelle ou technique, mais managériale. On se retrouve avec des populations de cadres qui n’ont plus de prises avec la réalité de la technique, sans  aucun sens pratique, qui n’ont jamais mis les mains à la pâte ou  le cambouis, mais  doués pour la synthèse et la communication. Les personnes qui progressent dans la hiérarchie de l’entreprise en partant de la base et grâce à la reconnaissance de leurs mérites à chaque étape de leur carrière deviennent des exceptions, face à cet afflux de cadres sortant des meilleurs écoles et pouvant disposer pour certains d’entre eux de très efficaces réseaux d’anciens élèves pour préempter les meilleurs postes. De plus, en organisant dans le système éducatif supérieur une féroce compétition, en augmentant ainsi les effectifs, il n’est pas du tout avéré que l’on parvienne à détecter les plus créatifs et inventeurs, ceux qui sont capables de faire prendre à leurs esprits des chemin détournés et non conventionnels. Notre système est surtout très bon pour sélectionner les individus aptes à absorber une énorme masse de travail, doués d’esprit de synthèse et apte à appliquer les méthodes de travail qu’ils ont appris, mais pas à innover dans les domaines techniques. A titre d’exemple, la France ne brille pas particulièrement en informatique, malgré ses nombreuses écoles d’informatique. Les développeurs informatiques sont trop souvent considérés vulgairement comme des « pisseurs de code », ce qui ne contribue pas à valoriser l’expertise technique, contrairement aux États Unis où se trouvent les plus grandes réussites.

La société de la connaissance rêvée par le président Hollande et d’autres nous engage dans une belle compétition entre diplômés pour parvenir à préempter les postes intéressants et risque de générer pas mal de rebuts. Cette compétition commence de plus en plus tôt. Au lycée, il faut parvenir à intégrer les bonnes filières (la voie royale reste toujours la S). Les jeunes d’origine plus modeste parvenant à les intégrer peuvent être rapidement désemparés, à moins d’être des élèves vraiment exceptionnels, face à aux exigences des professeurs soudainement beaucoup plus élevées, de même que leurs parents qui se trouvent dans l’incapacité de les aider ou de leur payer des cours particuliers. Beaucoup finiront tout de même le bac en poche, puisque tel est l’objectif gouvernemental. L’actuel afflux record dans les études supérieurs et l’encombrement des universités s’explique par le manque d’anticipation des gouvernants face à des taux de réussite au bac plus élevés et l’arrivée de la génération babyboom de l’an 2000. Il s’en suit une compétition encore plus vive, d’abord pour pouvoir intégrer une filière, puis ensuite pour réussir. Diplôme en poche, le chemin de croix ne se terminera pas pour le jeune diplômé ne pouvant pas bénéficier du réseau de relations d’une école prestigieuse ou de papa/maman et devra courir après les vrais faux stages pas vraiment rémunérés mais permettant d’acquérir cette première expérience sans laquelle une embauche pour un premier poste devient difficile.

Toutes ces personnes qui nous gouvernent sont issues pour la majeure partie d’entre elles d’une filière sélective à très sélective (ex HEC + ENA pour notre président), ce qui explique qu’ils croient tous au mérite et à l’excellence. Mais ils oublient un peu rapidement les individus qui perdent la compétition, se retrouvant ensuite désabusées, déçues, découragées et dans le pire des cas en situation d’échec. Telle est donc le projet de société d’un président socialiste ? Une société de la compétition permettant à une élite d’aboutir à l’excellence ? Une excellence où la créativité et l’imagination n’ont plus leur place, car les heureux élus, en s’abrutissant de travail au cours de leurs études ont fini par stériliser cette forme d’intelligence, si seulement ils la possédaient à l’origine.

Des pays comme l’Allemagne réussissent mieux que la France grâce à des formations techniques de qualité et bien mieux valorisées qu’en France qui apportent à leurs PME des compétences de pointe. Il serait plus judicieux d’orienter dés la fin du collège plus d’élèves vers de telles formations techniques de qualité, de mettre en place des formations techniques supérieures desquelles ils n’y seraient pas chassés comme c’est le cas dans nos IUT et BTS par élèves venant des bacs généraux. 60 % d’une classe d’âge avec un diplôme de l’enseignement supérieur est une aberration, si l’expertise technique et l’enseignement technique ne sont pas valorisés en parallèle.

7500 bacheliers sans place pour la rentrée, une réussite d’APB

« Des milliers de bacheliers toujours sans université » (Le Monde du vendredi 14 août 2015). Mais pas d’inquiétude, le ministère rappelle qu’après les 3 tours du système informatique d’affectation Admission Post Bac (APB), un quatrième tour est prévu, pour que chacun puisse trouver une place dans son académie d’ici le 15 septembre.

7500 bacheliers qui n’ont toujours pas de place représentent tout de même un sérieux problème. La véritable finalité d’APB est révélée par cet échec. Il s’agit plus de remplir les diverses formations supérieures pour qu’elles justifient de leur existence que d’assurer à tous ces bacheliers un avenir. On peut d’ailleurs parier que ces 7500 bacheliers se retrouveront dans des formations qu’ils n’ont pas choisies et qu’une proportion importante d’entre eux tenteront l’année suivante une autre formation et sortiront du système sans diplôme. Mais, ce fait comme la quantité importante de bacheliers qui commencent des études supérieures à l’université sans aboutir à un diplôme leurs permettant de travailler, ne doivent pas intéresser le ministère de l’éducation nationale, puisque la solution à ce problème serait d’augmenter les moyens des université.

Augmenter les moyens  juste pour que les universités puissent absorber plus de bacheliers dans les premières années n’a aucun sens, si ceux-ci sont voués à l’échec après plusieurs redoublements. Ils auront beau avoir passés plusieurs années à l’université, ils ne vivront que de petits boulots type serveur chez Mc-Do. Il est inutile de former tant de jeunes dans les filières générales pour les envoyer ainsi à l’échec. Mais il y a une sorte de tropisme pour les études intellectuelles jugées plus nobles qui détourne beaucoup de jeunes de formations professionnelles  plus techniques où beaucoup aurait plus de chances de réussite et de bonne insertion sur le marché du travail.

Le système de formation de la Suisse ne conduit pas tant de jeunes vers l’université et la plupart n’hésitent pas à se diriger vers les formations professionnelles et les apprentissages leur donnant un haut degré de qualification dans leurs métiers respectifs, quitte à rejoindre les filières générales par la suite, car des passerelles existent. Ce système a fait ses preuves et fait de la Suisse un des pays les plus compétitifs du monde, malgré le coût de sa main d’œuvre et de sa devise.

Mais, bon, chez nous, c’est juste politiquement gênant d’avoir 7500 bacheliers qui ne savent pas quoi faire à la rentrée. Leur avenir sur le marché du travail nous intéressera plus tard. Cela révèle le haut degré de cynisme de notre ministère de l’éducation.

Réforme du collège : pas d’inquiétude, la sélection continuera !

Les débats sur l’actuelle réforme du collège dont le décret et l’arrêté ont été publiés au Journal Officiel ce mercredi 20 mai ont au moins eu le mérite de faire apparaître clairement que le collège dans sa forme actuelle est inégalitaire, creuse l’écart entre les élèves, n’est bon qu’à faire émerger une élite, mais échoue à donner un avenir aux 150 000 jeunes qui sortent chaque année sans qualification du système scolaire. Voilà enfin une réforme qui va limiter les possibilités données aux parents, au travers des classes européennes, les classes bilangues anglais/allemand dès la classe de 6ième, des options telles que le latin et le grec, d’orienter leurs enfants dans les classes élites du collège, où l’on cultivera un précieux entre-soi. Il existe hélas bien un risque de désaffection des élèves pour la pratique de l’allemand, bien dommageable pour les jeunes, vu l’importance économique de ce partenaire économique qu’est l’Allemagne. Est avant tout en cause l’obligation pour les élèves de poursuivre l’anglais qu’ils ont commencé à l’école primaire, alors que l’école ne leur donnaient pas la possibilité d’opter pour l’allemand et l’impossibilité  de choisir cette langue comme première langue vivante en classe de 6ième, sans l’obligation de pratiquer en même temps l’anglais.

Cette réforme affirme la nécessité de l’acquisition d’un socle commun de compétences pour tous à la fin du collège et intègre encore mieux la nécessité pour les élèves d’acquérir une attitude réflexive, apprendre à résoudre des problèmes complexes faisant appel à diverses disciplines, nécessitant de leur part d’apprendre à travailler en groupe, à s’organiser et faire preuve de créativité. Les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) doivent permettre aux élèves d’acquérir ces nouvelles compétences. Chaque collège, au travers du surcroît d’autonomie acquis avec la réforme, devrait pouvoir construire des projets en fonction des spécificités locales.

Mais alors, d’où provient ce frein au changement exprimé par les  défenseurs des « humanités », académiciens, intellectuels, autres anciens élèves des grandes écoles,  agrégés et enseignants  ? Quand on entend des jeunes faire valoir que les humanités leurs ont été utiles pour faire la différence avec les autres candidats aux concours et parvenir à être sélectionnés dans les grandes écoles, on comprend bien que le principal objectif de ces enseignements n’est pas d’élever l’esprit, mais de permettre à une minorité de se distinguer dans la compétition pour la bonne place. Si le niveau général augmente, comment faire la différence dans un système élitiste ? Les enseignants qui ne pourront plus continuer à s’occuper de classes élites ont quant à eux une blessure narcissique à soigner. Il doit être moins valorisant de s’occuper d’élèves ordinaires. Ceux qui expriment des réticences face à l’autonomie accrue des établissements en craignant qu’un pouvoir supplémentaire soit donné au chef d’établissement sont sans doute des enseignants habitués à une transmission verticale du savoir qui n’ont pas l’habitude de travailler en groupe.

Les débats télévisés enflammés entrevus donnait la part belle aux syndicats d’enseignants, spécialistes de l’éducation et académiciens, mais avait tendance à oublier un peu les représentants des parents d’élèves et ceux du monde économique. C’est oublier que l’éducation de nos enfants ne doit pas seulement tendre à former une élite, mais aussi fournir la main d’œuvre qualifiée qui ira irriguer nos entreprises. De ce fait, il n’est pas illégitime que ceux-ci puissent donner leur avis sur les formations  pour que nos jeunes aient collectivement un avenir qui ne soit pas que réservé à une élite.

Si cette réforme va dans le bon sens, beaucoup reste à faire.  Les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, séduisants en théorie, n’auront de fruits que si les enseignants sont correctement formés, entre autre,  à apprendre aux élèves à travailler ensemble. Les inégalités ne seront pas gommées d’un coup de baguette magique. Encore faudrait-il revoir la place des évaluations, arrêter avec cette pédagogie de la terreur consistant à faire apprendre à coup d’évaluations et stopper cette inflation du travail personnel au cours de la scolarité. La plus grande source d’inégalité entre les élèves provient de la capacité des parents à les suivre et leurs donner des méthodes de travail. Il faudra également revaloriser les filières techniques, les voies professionnelles, l’apprentissage, en ayant soin d’aménager des passerelles avec l’enseignement général à tout niveau, jusqu’aux grandes écoles, afin de garantir un brassage humain et des idées.

Rythme scolaires et brevet des collèges

Les vacances d’été ont commencé pour les élèves des classes de 6ième, 5 ième et 4ième fréquentant les collèges centres d’examen pour le brevet des collège, le mardi 25 juin au soir, au lieu du vendredi 5 juillet, comme prévu dans le calendrier de l’éducation nationale. De toute évidence, nos experts en rythmes scolaires de l’éducation nationale n’ont pas trouvé la solution à ce problème. Après avoir fait rattraper deux demi journées pour prix de l’allongement des vacances d’automne, comment allonger le temps scolaire de manière à décompresser le rythme des apprentissages, tout en maintenant le sacro-saint rituel du brevet des collège, nécessitant des locaux vide d’élèves ?

Le journal « Le Monde » a opportunément publié un article « Le coût caché du bac : 1,5 milliard d’euros« , dans son édition du 11/06/2013, tirant ces informations d’un calcul effectué par le syndicat des chefs d’établissements, le SNPDEN, alimentant ainsi le débat sur une réforme du baccalauréat, en préconisant un examen plus simple et resserré sur les matières principales et privilégiant le contrôle continu. Tout comme le brevet des collège, l’organisation du baccalauréat entraîne la suppression des cours.

Le même débat devrait avoir lieu pour le brevet des collèges, dont on ne connaît pas le coût, mais dont les deux principales raisons d’être sont d’une part, un entraînement aux examens et concours à venir, puisqu’il faut bien formater les élèves au système de sélection méritocratique français et d’autre part, un des derniers moyens dont disposent les enseignants qui ont abusé de la matraque des évaluations, pour motiver les élèves à travailler. Toute l’année de 4ième, certains enseignants n’ont cessé de débiter leurs litanies sur le brevet des collèges.  Ce rabâchage commence pour certains élèves dés la classe de CM1, à l’école primaire, comme c’est le cas de mon second enfant, actuellement en classe de CM2. Le résultat est par ailleurs totalement négatif, inaudible pour certains déjà désabusés et source de stress pour ceux qui, trop à la recherche de la reconnaissance de professeurs névrosés, veulent bien faire. Ainsi, mon enfant en classe de 4ième, malgré un début anticipé des vacances d’été, loin de se réjouir, est envahi par des pensées négatives et angoissantes sur le brevet des collège, bien que celui-ci soit un bon élève.

Tout comme le baccalauréat dont la seule utilité n’est d’être qu’un tampon permettant la poursuite d’études supérieures mais ne décidant en rien de la filière qui sera poursuivie, puisque grâce au système informatique APB (Admission Post Bac), les futurs bacheliers savent avant le bac dans quelles universités ou écoles ils sont reçus, le brevet des collèges ne conditionne pas l’orientation après la classe de troisième qui s’effectue sur la base des résultats des élèves au cours de leur année.

Pourquoi alors immobiliser une période aussi longue (1,5 semaine) pour une finalité effective si faible ? Pourquoi ne pas réformer le brevet des collège pour que celui-ci soit principalement attribué sur la base des résultats obtenus en cours d’année (c’est ainsi que je l’ai obtenu) et ne réduire l’examen  ?

De peur de fâcher le corps des enseignants arque boutés sur un système anxiogène, les parents angoissés par l’avenir de leurs enfants, s’accrochent à  la fausse garantie qu’offre ces examens (baccalauréat et brevet des collèges), notre gouvernement n’ose attaquer de front une véritable refondation de l’école qui s’intéresse au bien être des élèves, condition indispensable pour assurer la réussite du plus grand nombre.

Morale laïque : un populisme petit bourgeois de gauche

Et que propose Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale pour palier l’absence grandissante de solidarité entre les individus, de coopération et de tolérance ? Il n’a de meilleure idée que d’instaurer un enseignement traditionnel, avec transmission de savoir du professeur vers les élèves, de la morale laïque, avec un horaire et des examens.

A quelle besoin répond cette réforme ? « Nous vivons une crise économique et une crise sociale mais aussi une crise intellectuelle et morale. Nous sommes dans une société de la liberté qui doit réfléchir à ses modèles, où l’équilibre entre les droits et les devoirs est rompu. Le lien entre l’individu et le commun est défait. Tout le monde partage cette analyse … » (Vincent Peillon, interviewé par Le Monde, édition du mardi 23 avril 2013).

Je partage en partie cette analyse, même si celle-ci est très incomplète sur les causes de cette crise que nous vivons. Ce sont bien les politiques de droite, mais de gauche aussi, qui nous ont installé dans un monde libéral basé sur une concurrence déloyale, où notre pays doit subir un quadruple dumping : dumpings fiscal, social, environnemental et monétaire. Ce mode de mise en concurrence déstructure la société, en installant de fait une concurrence entre les individus pour l’emploi, pour accéder au logement, aux services et loisirs. Les parents s’en trouvent déstabilisés dans leurs quotidiens et leurs personnalités ce qui impacte par ricochet les enfants.  Dans une société angoissée pour l’avenir des enfants, la pression reposant sur eux a fortement augmentée. En dehors de la réussite à l’école, point de salut ! L’école est restée ce qu’elle a toujours été, un système méritocratique qui sélectionne puis récompense les meilleurs élèves. Seuls ces derniers se trouvent valorisés et gardent confiance en eux. L’école ne répond pas aux besoins de reconnaissance des autres élèves. Ils vont donc naturellement la rechercher ailleurs. Ils la trouvent dans leurs groupes ou bandes, en commençant par perturber les classes, puis raillant les plus faibles, en faisant souffrir ceux qui ne sont pas comme eux. Leurs références ne sont plus les valeurs gargarisantes de la république, mais celles qu’ils se fabriquent entre eux. Les meilleurs, cultivant l’excellence et imbus de leurs mérites deviennent des personnalités individualistes, incapables de travailler sur un mode coopératif et de prendre en compte des opinions divergentes de la leur.

L’école est un lieu où se forgent des mentalités et des manières d’être qui perdurent ensuite à l’âge adulte. Vouloir donc s’appuyer sur cette dernière pour une mettre en place une véritable éducation citoyenne n’est pas en soi illogique. Cette intention est cependant totalement vouée à l’échec si elle se concrétise par une transmission de savoir verticale traditionnelle du professeur vers l’élève, déconnectée du vécu des élèves.

Or la morale laïque voulue par le ministre ne peut qu’être déconnectée de ce vécu dans une école qui croit être républicaine mais qui ne reconnaît aux élèves que des obligations et aucun droits.

A quant la mise en place d’un code protecteur des enfants réclamé par entre autre par la FCPE ? Mentionnons le droit à la défense, au respect de la parole de l’enfant, l’interdiction de sanctions abusives, la mise en place de médiation scolaire, le droit au temps libre, le droit à des pauses déjeunées d’une durée raisonnable, le droit à la santé avec des toilettes en nombre suffisant et poids de cartable ne mettant pas en danger le dos des enfants, le droit de ne pas toujours savoir, le droit de se tromper et de pouvoir recommencer sans être enfoncé et dévalorisé par le système de notation.

Revoir la manière d’enseigner, introduire des modes de travail coopératifs, réguler les rapports des élèves entre eux (médiation en cas de conflit, travailler sur des mises en situation dans des groupes de parole) nécessite de réinventer le métier d’enseignant et conduit donc à vaincre un fort conservatisme enseignant. Pour un ministre, c’est bien plus facile de conceptualiser une soit disante morale laïque qui s’apprendrait sur les bancs de l’école. Cela ressemble à la morale chrétienne du Moyen-Age, où il fallait souffrir pour mériter le paradis, pendant que l’aristocratie et le clergé s’enrichissait allègrement. Aujourd’hui, il faudrait aux élèves accepter en souriant la sélection, l’échec et la dévalorisation de soi, sans même la promesse du paradis, pour maintenir un système scolaire qui sous couvert de méritocratie permets aux inégalités sociales de se perpétuer de génération en génération.

Face à des enjeux aussi importants que la solidarité, la tolérance et la coopération entre les individus, la morale laïque que veut instaurer ce gouvernement ressemble, par le simplisme du remède qu’il veut apporter, à un populisme petit bourgeois de gauche, qui ne veut pas remettre en cause le rôle de l’école dans la cristallisation des inégalités sociales de naissance.