Il faut faire le programme !

Y-a-t-il une cohérence, un objectif dans les enseignements scientifiques reçus par les élèves en terminale S ?

Chaque enseignant suit son propre programme, forcément très chargé, sans qu’il y ait la moindre coordination entre enseignants. Ainsi, le professeur de physique aborde la cinématique du solide qui nécessite d’avoir abordé les intégrales en mathématiques, sans que cela le soit. Le professeur de biologie aborde des méthodes de datation en considérant comme une évidence des notions de physique atomique. Chacun poursuit sa propre course et pour s’assurer que toutes les classes de l’établissement avancent au même rythme, des contrôles communs sont organisés en physique / chimie et tant pis pour les élèves qui auraient eu besoin de plus de temps pour comprendre. Le programme, le programme avant tout !

On demande aux élèves d’enchaîner tous les thèmes abordés dans les différentes matières scientifiques, comme si il fallait à la fin de la terminale ceux-ci possèdent un savoir encyclopédique. A titre de curiosité, les élèves doivent maintenant savoir déterminer des molécules chimiques grâce à la Résonance Magnétique Nucléaire (RMN). Ce domaine n’est même plus de la culture générale. Il s’agit là d’un savoir pointu qui ne servira pas à 99.9 % des élèves et que seuls ceux qui s’orienteront dans des études de chimie pourraient avoir besoin. Pourquoi ce thème est-il apparut dans le programme de terminale ? Tout comme on peut se demander pourquoi il est devenu nécessaire en classe de terminale de savoir utiliser un certain nombre de logiciels informatiques pour des expériences de science. Il est fort probable que les élèves qui s’orienteront vers les sciences expérimentales n’utiliseront pas les mêmes logiciels. La majorité n’en auront jamais besoin.

Ayant effectué mes études scientifiques voilà presque 30 ans, je suis sidéré par cette accumulation d’exigences. Certes les sciences ont progressé, certes les outils informatiques étaient alors balbutiants. Notre génération n’a cependant eu aucune difficulté à s’approprier les nouveaux outils et méthodes, car notre formation de base nous y préparait. La question est donc de savoir si la formation de base reçue aujourd’hui par les élèves des classes scientifiques les préparent correctement à la poursuite d’études supérieures. La réponse à la question semble être négative, d’après l’enquête internationale Timss (Trends in International Mathematics and Science Study , voir Le Monde du mercredi 30 novembre 2016). L’enquête pointe pour la France une baisse des performances en mathématiques et dans les sciences de plus mauvaise performances en comparaison aux autres pays participants à l’enquête, dans l’application des connaissances (-14 points) alors que le niveau de connaissance est quant à lui supérieur (+13 points). Les professeurs d’université interrogés par Le Monde sont atterrés par le niveau des étudiants en mathématiques, qui au lycée ont appris des recette de cuisine et ne savent plus raisonner.

Mon enfant actuellement en terminale S, option Science de la Vie et de la Terre, consacre beaucoup d’énergie aux mathématiques, car l’enseignant donne une quantité totalement déraisonnable d’exercices à effectuer chez soi. Le temps manquant en classe, ces exercices ne sont pas même corrigés en classe. L’enseignant fournit ensuite aux élèves une photocopie avec une correction succincte. En fait beaucoup de ces exercices sont semblables et l’objectif recherché par l’enseignant est de faire assimiler aux élèves quelques recettes de cuisines types et par la répétition de ces exercices, augmenter la vitesse d’exécution des élèves. Sans doute ainsi, les élèves seront bien préparés à passer leur baccalauréat. Mais on comprend mieux la remarque de ces professeurs d’université pointant l’absence de capacité des élèves à raisonner.

Serait-ce donc que cette génération est plus bête que la mienne ? Certainement pas. Il est cependant certain que les exigences se sont multipliées comme les petits pains et que face à cette accumulation, les élèves de la filière scientifique doivent travailler beaucoup plus que la mienne pour réussir, sans que cela ne leur garantissent d’acquérir cette fameuse aptitude à raisonner. La tâche est tout bonnement impossible avec l’énorme investissement demandé aux élèves pour acquérir cette diversité de connaissance. Le système scolaire s’est emballé.

Découverte de l’informatique au collège et lycée, comment se disperser

Lors de mes études supérieures à connotation scientifique, nous n’avions pas d’ordinateur. Ce n’est que vers la fin de celles-ci que nous commençâmes à utiliser des PC pour écrire nos rapports et à utiliser un tableur pour l’exploitation de résultats. Depuis, les temps ont changé, l’informatique est omniprésente dans nos vies privées et professionnelles. L’éducation nationale a logiquement suivi le mouvement pour introduire l’usage des outils informatiques à l’école. Les usages les plus courants étant la recherche d’information, l’élaboration d’une présentation ou l’écriture d’un rapport. J’ai déjà pu regretter sur ce blog que si l’objectif est louable, il est regrettable que ce travail d’initiation se passe trop au domicile et non à l’école, engendrant des inégalités supplémentaires entre les élèves.

Mais voilà qu’une quinzaine d’années après le bug de l’an 2000, le passage à l’euro qui impactaient fortement les banques, puis l’essor des technologies internet au début des années 2000, phénomènes qui ont ensemble contribué à embaucher en masse des non informaticiens, les politiques se sont mis à penser qu’étant un gisement d’emploi, il convenait de former les jeunes à la logique de la programmation informatique. Notons que si cela était vrai il y a 10 années, le fait que l’informatique soient un gisement d’emploi n’est plus aussi certain. La crise financière ayant conduit à chercher des réductions de coût, l’emploi informatique se délocalise de plus en plus dans des pays à coûts salariaux plus faibles, et ce malgré la complexification du métier.

Voilà donc, les élèves obligés, dés le collège à découvrir la logique de la programmation informatique en cours de technologie et de mathématique. Un logiciel éducatif très bien conçu nommé « Scratch » est utilisé. La découverte de ce logiciel n’a malheureusement pas été précédée d’une introduction aux principales notions nécessaire à a réalisation d’un programme, tel que « qu’est-ce une variable », comment l’utiliser, à quel moment l’utiliser, qu’est-ce un boucle, qu’est un bloc « si/sinon », le déclenchement d’actions sur un événement … En toute logique, une telle présentation aurait due être suivie d’exercices guidés avant les élèves, en groupe n’aient un programme a réaliser. Remarquons que cette pédagogie assez classique est mise en œuvre dans les formations professionnelles. Mais maintenant qu’il faut faire travailler les élèves en groupe (objectif louable en soit), on leur explique rapidement la tâche à réaliser puis on les laisses se débrouiller, sans bien sûr s’investir pour leur apprendre à travailler en groupe. Certains élèves prennent alors le dessus, monopolisent la souris, sans savoir forcement plus que les autres. Les individualités étant plus fortes, le niveau d’intelligence collective qui devrait permettre de réaliser le travail est proche de zéro. A la fin de l’exercice, les élèves ne reçoivent même pas un programme informatique en correction de l’enseignant qui  permettrait de comprendre ce qui ne marchait pas dans leur réalisation. Arrive ensuite l’évaluation sur papier et quelques mauvaises notes. Puis soudain, on passe au tableur Excel et cela recommence.

Au lycée, en filière scientifique, avec la découvertes des suites numériques, les élèves doivent apprendre à programmer leur calculatrice pour s’initier à cette logique informatique (par exemple pour faire la sommes des termes d’une suite). Malheureusement (ou heureusement) l’interface de la calculatrice est tellement réduite qu’il est vraiment mal-aisé de réaliser un programme simple. Mais il faut le faire, car c’est au programme du bac, malgré qu’après le bac, plus personne n’utilise une calculatrice pour réaliser ce type de programme. Par contre l’utilisation des tableurs type Excel ne sont apparemment pas au programme.

L’ajout de cette nouvelle exigence au tronc commun des connaissances à acquérir par les élèves est donc contestable à plusieurs titre :

  • Comme vu précédemment, la grande majeur partie d’entre eux n’en n’auront pas besoin au cours de leur vie. Tout le monde ne deviendra pas informaticien d’autant plus que ce n’est pas avéré que cela soit un métier d’avenir dans un contexte compétition économique croissante. S’il s’agit de former le cerveau des élèves à une forme de logique, les mathématiques devraient suffire. Ceux qui s’orientent vers l’informatique ont suffisamment d’aptitude acquise avec un socle de connaissance sans informatique.
  • On ne peut survoler aussi vite l’apprentissage de la programmation informatique. Il faut mettre en œuvre une véritable pédagogie et plus de temps est nécessaire, ce qui est impossible, compte tenu de l’ensemble des autres compétences à acquérir.
  • Le système scolaire étant très friand d’évaluations, on risque de décourager des élèves qui auraient la capacité de développer dans le futur des compétences dans ce domaine. On peut d’ailleurs se demander ce que veut dire une note dans une activité de découverte.
  • L’utilisation de ces outils est totalement déconnectée de la réalité. Les élèves ne peuvent  pas percevoir un quelconque intérêt pour eux. Pourtant le tableur type Excel pourrait être l’occasion de découvrir comment gérer son porte monnaie (mes dépenses, mes entrées d’argent), ou bien encore comment fonctionne un crédit, vu que la majeur partie des français ne savent pas ce qu’est un taux de crédit, comment un échéancier est calculé ainsi que le coût total d’un crédit.
  • La multiplication des exigences augmente la charge de travail des élèves et les détournent des véritables priorités, ne créant pas ainsi des conditions de réussite optimales.

L’ajout des compétences de programmation informatique, même de très bas niveau, au socle commun des connaissances, est donc un exemple malheureux illustrant la tendance à l’empilement des exigences pesant sur les élèves, sans véritable justification, ni d’utilité pour l’avenir de la majorité d’entre eux.

Mais pourquoi les français sont-ils nuls en langues ?

Tout bébé apprend sa langue maternelle au contact de ses parents, en cherchant à comprendre ce que ceux-ci lui disent et mû par l’envie d’apprendre. Les jeunes enfants ayant une plus grande capacité à  apprendre les langues, la tendance est de leurs faire débuter le plus tôt possible cet apprentissage.

En école maternelle, l’apprentissage peut prendre la forme d’une découverte par le chant, une activité ludique. A l’école primaire, trop souvent malheureusement, l’accent est mis sur l’apprentissage d’un vocabulaire de base, et pas suffisamment dans la pratique orale. Les chansons sont quelquefois utilisées, mais certaines paroles apprises par mes enfants étaient trop complexe pour leur âge. La tendance à l’apprentissage par cœur s’accentue au collège,  où les élèves doivent apprendre des listes de verbes irréguliers, de vocabulaire et même des définitions de mots. Il faut néanmoins reconnaître qu’animer une heure de cours de langue avec un effectif important d’élèves n’offre pas beaucoup de possibilités pédagogiques. Faire participer tous les élèves d’une classe pendant une heure de cours de langue relève de l’exploit.

Comme les programmes spécifient sans doute que l’oral a une place importante, une nouvelle forme d’évaluation a été inventée, la compréhension orale par écrit. Un extrait sonore est passé aux élèves plusieurs fois et ceux-ci doivent répondre à des questions par écrit. Ledit extrait sonore étant en langage courant avec une intonation propre à une région, souvent dans un parlé rapide et des expressions complexes à comprendre, les élèves ne peuvent réussir que médiocrement.

Enfin, à l’arrivée au lycée, la pratique orale consiste à préparer chez soi un sujet de type dissertation, comme de définir le bonheur au travers des extraits d’œuvres vus en classe, avant de l’exposer devant tout la classe.

Ainsi, en fin de parcours secondaire, même en travaillant de manière assidue et en ramenant de bon résultats scolaires, il est ainsi tout à fait possible d’avoir des élèves qui ne savent pas s’exprimer dans la langue qu’ils ont apprise, même pour les faits de la vie quotidienne.

C’est ainsi que malgré tous les plans d’actions gouvernementaux et la prise de conscience de l’importance des langues étrangères dans la vie professionnelle, les français restent médiocres. Ce n’est pas parce qu’ils ont le cerveau construit différemment de nos voisins européens, mais parce qu’on leur a rarement donné l’occasion d’avoir des échanges oraux sur des sujets simples et plaisants. Parce qu’avant de pouvoir faire un développement argumenté sur un sujet complexe, il faut pouvoir s’exprimer sur des choses simples. L’apprentissage des langues, à l’exception des petites classes, s’effectue d’une manière encore trop scolaire et ne fait pas appel à l’envie d’apprendre et le  plaisir d’échanger.

TPE : travaux pénibles encadrés (ou pas)

Les travaux pratiques encadrés (TPE) sont un travail d’équipe à effectuer en classe de première sur plusieurs mois, entre les mois de septembre et mars. Il s’agit d’une épreuve qui compte pour le baccalauréat. Les élèves doivent choisir un sujet pluridisciplinaire et le traiter pendant cette période. Ils ont toutes les semaines une séance d’une heure encadrée par deux enseignants. Dans l’absolu, ces travaux pratiques encadrés sont une bonne idée. Ils visent à apprendre aux élèves à travailler en groupe, à s’organiser ensemble, à effectuer des recherches documentaires, à monter des expériences, puis à développer un esprit critique sur les résultats obtenus. Ils apprennent à rédiger un rapport et ensuite à le présenter devant un jury. L’intérêt pédagogique est évident.

Sauf qu’avec une séance d’une heure par semaine à deux enseignants pour plus de trente élèves, il ne faut pas s’attendre à un niveau d’encadrement bien élevé. Les enseignants ne peuvent pas être sur tous les fronts simultanément. Le résultat est que ceux-ci priorisent logiquement sur les groupes qui avancent le moins et les moins organisés. La plupart des groupes sont donc livrés à eux même. Tout commence par le choix des sujets, que les élèves doivent trouver eux même, en début d’année. Mieux vaut alors choisir un sujet avec suffisamment de matière sur lequel une démarche expérimentale pourra être mise en œuvre, mais aussi éviter de choisir un sujet trop vaste. Car un trop sujet vaste conduit à un énorme travail de recherche bibliographique à effectuer sur le temps non scolaire. Effectuer de tels recherches sur des sujets pointus n’est pas évident pour des élèves de première.

L’idée de monter des expériences est bien sûr excellente, sauf que là encore, tout dépend de l’équipement du lycée, de la disponibilité des enseignants encadrants et de la bonne volonté (ou pas) du personnel technique. L’existence de certains équipements dans l’établissement ne peut néanmoins pas signifier que l’expérience pourra être mené facilement. En effet, il n’est pas donné à des lycéens de savoir utiliser, avant de l’avoir appris, des appareils de mesure physico-chimiques. Un minimum d’encadrement est nécessaire et on ne peut laisser des lycéens livrés à eux même devant une notice incompréhensible dans un délai trop court. Il est donc préférable de choisir un sujet avec des expériences que l’on peut monter soi même, sans l’aide d’un encadrant. Hélas, les élèves n’ont pas connaissance de ces contraintes en début d’année.

L’apprentissage du travail en groupe est un enjeu capital dans la formation humaine des lycéens. Malheureusement encore, les travaux pratiques encadrés n’atteignent pas cet objectif, une fois encore à cause d’une régulation du fonctionnement des groupes, de la part des encadrants insuffisant. Le laisser faire conduit à un ressenti de l’intérêt du travail en groupe négatif, entre les groupes où chacun part dans des directions différentes et produit des travaux non cadrés, ceux qui n’ont aucune conscience du temps qui passe et se réveillent au dernier moment (avant les vacances de février pour un rapport à rendre à la rentrée des vacances), ceux où certains se reposent et laissent l’un d’entre eux tout entreprendre, ceux où l’on se dispute le leadership… Certains auront trouvé du plaisir à diriger et dominer, d’autres auront appris les stratégies à mettre en œuvre pour ne rien faire et tout faire faire par leurs camarades, d’autres sur qui tout le travail effectif aura reposé se demanderont où est l’intérêt de travailler en groupe. Qui aura vécu dans ces conditions une synergie de groupe, avec un vrai partage du travail et une émulation d’équipe ?

Pour terminer, je crois que personne n’a sérieusement évalué le temps de travail personnel nécessaire aux élèves, sur plusieurs mois pour arriver au bout de cette épreuve du travaux pratique encadré. Car il s’agit bien d’une épreuve de longue haleine, qui nécessite au bas mot deux heures de travail personnel par semaine sur six mois s’ajoutant au travail scolaire déjà intense, aux révisions sans fin pour le bac de français. Tout additionné, les élèves travailleurs en arrivent à un emploi de temps de ministre. Ce n’est pas aux 35 heures que les élèves ont droit, mais aux 48 heures, sans jour de repos compensateur, même le dimanche.

Liberté pédagogique ou dictature pédagogique ?

La récente réforme du collège a mis en lumière l’attachement du corps enseignant à sa liberté pédagogique. Cette liberté pédagogique permet des initiatives qui donnent le plaisir d’apprendre aux élèves et/ou leurs donnent confiance en eux-même.

Mentionnons l’utilisation du théâtre à l’école primaire dans le cadre de l’apprentissage du français, permettant également aux élèves d’améliorer leur diction et leur expression corporelle, l’introduction d’une transversalité entre histoire/géographie et travail en français, l’utilisation du chant pour apprendre l’anglais.

D’autres, au lycée, mettent en place des séances spécifiques pour les élèves rencontrant des difficultés pour leur permettre de revenir sur des points particuliers ou de comprendre les nouvelles exigences et comment travailler.

Il arrive malheureusement que la liberté pédagogique conduise à des exigences supplémentaires pour les élèves qui ne peuvent être discutées.

Pour palier à l’absence de temps ou de moyens, un professeur de sciences demande aux élèves de collège de télécharger des logiciels pédagogiques et d’effectuer des  travaux pratiques à domicile ou encore demande à terminer le compte rendu non finalisé en classe. Cela pourrait s’envisager si les élèves n’étaient pas livrés à eux même pendant ces travaux et obtenaient tous le même niveau d’information. Merci aux parents qui peuvent aider et tant pis pour les autres élèves.

D’autres demandent d’apprendre des définitions par cœur, car pour certains, rien ne vaut le bon apprentissage par cœur comme méthode d’enseignement. Encore faudrait-il que les élèves parviennent au préalable à une compréhension globale, au moyen  de schémas ou d’une synthèse, que nous parents devons effectuer au domicile. Et encore en langue, faudrait-il que les élèves sachent utiliser à l’oral tous ces verbes irréguliers et ce vocabulaire appris par cœur dans la douleur. Mais ceux-ci, après avoir consacré toute leur d’énergie à cette apprentissage, n’ont plus de temps pour l’oral.

Que dire de cet enseignant de mathématique qui n’interroge que les meilleurs élèves et de préférence les garçons, réputés meilleurs d’après des préjugés anciens et s’énervant lorsque les élèves n’ayant pas compris demandent des explications complémentaires ? Inutile de parler des difficultés des élèves en conseils de classe pour s’entendre expliquer que les exigences sont plus élevés en première S qu’en seconde et que c’est tout à fait normal.

Pourquoi vouloir, pour le bac français d’élèves de filière scientifique, présenter une liste exagérément longue d’œuvres, leur demander non seulement de lire ces œuvres pas toujours intéressantes à leur âge, mais aussi de réaliser des travaux personnels pour établir la bibliographie, écrire un résumé … et en classe se contenter de dicter un commentaire à apprendre. Et sans doute parce que les élèves sont censés voir les méthodologies des commentaires littéraires et de dissertation en classe de seconde, estimer qu’il n’est pas nécessaire de revenir sur le sujet malgré la demande des élèves. Malheur au délégué des élèves qui a osé aborder la question, car il est maintenant dans le collimateur de l’enseignant.

Les conseils de classes ne servent malheureusement pas à aborder ce type de sujets, car ces enseignants particulièrement exigeants, tout puissant dans leurs classe pour juger nos élèves, ne supportent pas de voir les délégués de parents d’élèves ou des élèves aborder des questions d’ordre pédagogique. Ils ne rendent compte qu’à l’inspecteur d’académie qui ne les inspecte que rarement et ne doit pas être en mesure de voir réellement ce qui se passe. Il n’y a pas vraiment de contre pouvoir aux abus que nous pouvons constater. Cette liberté se transforme malheureusement certaines fois en dictature pédagogique.

Les cours privé de soutien ont de l’avenir avec l’éducation nationale, pour ceux dont les parents ont les moyens !

Un exemple déplorable de découverte des sciences

La découverte des sciences aux cours des séances de travaux pratiques permet aux élèves des  sections scientifiques de s’initier à la démarche expérimentale et par la même d’acquérir une nouvelle forme de raisonnement. Des séances bien préparé et un enseignant guidant et encourageant les élèves sont pour cela nécessaire. Cela n’a pas été le cas pour la première séance de travaux pratique de la nouvelle classe de première scientifique de mon enfant.

L’enseignant de sciences physique a fourni aux élèves un sujet d’optique sous la forme d’une photocopie de qualité médiocre avec un petit schéma du montage expérimental. Les élèves devaient ensuite réaliser les travaux, sans avoir de droit de solliciter l’enseignant pour des explications en cas d’incompréhension , alors que ceux-ci n’avaient pas encore suivi le cours et donc étaient des novices dans cette discipline. La réponse à toute question était censée se trouver dans l’énoncé. Les élèves devaient alors relire plusieurs fois celui-ci jusqu’à trouver la réponse cherchée. Encore eut-il fallu que l’énoncé ne comporte pas d’erreur, ce qui était le cas avec une définition erronée de la « focale ».

Découvrir une nouvelle discipline au travers d’expériences sans avoir reçu les cours peut avoir un intérêt pour initier les jeunes à la démarche expérimentale à partir du moment où ceux-ci disposent d’un support de qualité les guidant dans leurs démarches, ce qui n’était pas le cas, et d’un enseignant jouant son rôle en guidant les élèves, non pas en restant assis derrière son bureau. Si ces conditions ne sont pas remplies, des élèves 16 ans qui sont encore novices en sciences, seront nécessairement perdus et feront face au découragement. Ils ne prendront alors pas goût à la discipline qu’ils étaient censés découvrir.

A ne pas en douter, certains auront su rechercher l’information dans leur livre à défaut des explications du professeur et auront su mener à bout leurs travaux pratiques. L’objectif serait-il donc de distinguer cette minorité et de la sélectionner ? Le reste de la classe serait alors sans intérêt ?

Méthode et Pratique Scientifique en seconde, une occasion ratée

Dans le cadre de la seconde de détermination, les élèves doivent choisir un enseignement d’exploration qui peut être de la musique, de la littérature, une langue vivante, de l’initiation à l’informatique, méthode et pratique scientifique … Il s’agit d’options qui doivent permettre à l’élève d’élargir son champ  et l’aider à se déterminer sur son propre avenir.

Concernant l’option Méthode et Pratique Scientifique choisie par mon jeune lycéen, les sujets abordés cette année ne manquaient pas d’intérêt, ni la démarche préparée par les enseignants en charge de l’option. Les séances sont constituées de travaux d’exploration qui doivent être effectués en groupe, ce qui devrait être une excellente occasion d’apprendre à travailler en équipe. Encore faut-il que les enseignants s’investissent, passent de groupe en groupe, jouent le rôle de coach, donnent des conseils et régulent les relations entre élèves. Des enseignants passant la totalité de la séance à leurs bureaux à pianoter sur leurs ordinateurs, voir pire, disparaissant de la circulation pendant une heure ne risquent pas de faire progresser les élèves dans le travail collaboratif. Ceux-ci avaient des séances préparées sur photocopie et devaient ensuite se débrouiller eux-même tout en pouvant solliciter l’enseignant pour des problèmes de compréhension. Malheureusement, dans de telles conditions, certains élèves passent leur temps à ne rien faire, d’autres ne s’intéressent qu’à la réalisation des manipulations et toujours les mêmes se voient dans l’obligation de chercher des informations et de rédiger le compte rendu. Dans les apparences tout fonctionne à merveille, car sous la contrainte d’une note pour le groupe pour chaque séance, les élèves travaillent tout de même. Mais quelle occasion manquée d’apprendre à travailler ensemble et créer une synergie de groupe. Quelques élèves en tirent toujours un bénéfice : apprentissage de la recherche d’information, esprit de synthèse, mais la démarche reste individualiste.

D’autres élèves doivent être certainement bien mieux lotis. Cependant, parvenir à faire travailler des élèves ensemble, leur donner une démarche pour qu’ils construisent eux-même leur propre savoir nécessite une formation que les enseignants ne reçoivent pas. Il n’est pas même certain qu’il s’agisse vraiment d’objectifs à atteindre pour les élèves au travers de ces enseignements, puisque ceux-ci s’arrêtent à la mi avril.

Dérapage de l’autorité

Voici une anecdote qui illustre malheureusement à quel pont l’école républicaine transmet si mal les valeurs républicaines et démocratiques à nos jeunes citoyens en devenir collégiens.

Après qu’un élève eut écrit des insultes sur une table à destination  d’un de ses professeurs, l’intervention du professeur principal fut demandée par l’enseignant intéressé. Un tel acte ne pouvait pas rester sans réactions. Malheureusement, la réponse pédagogique ne fut pas à la hauteur de ce que nous pouvions attendre.

Après avoir sermonné les élèves, le professeur principal tenta de connaître le responsable du délit. Face au mutisme de la classe, un comportement habituel dans un groupe d’élèves de ce niveau de maturité et de cet âge, l’enseignant tenta une méthode inspirée des régimes dictatoriaux. Il demanda aux élèves de dénoncer le coupable sur un bout de papier anonyme. Bien entendu, la méthode fut un échec, puisqu’il ne permit pas de découvrir le coupable, certains élèves n’hésitèrent pas à procéder à des dénonciation calomnieuses. Malgré l’intervention du Conseillé Pédagogique d’Éducation (CPE), le coupable ne fut pas trouvé. Bien dans l’embarras, le professeur principal décida alors d’une punition collective de l’ensemble de la classe, qui fut convoquée pour une heure de colle.

Pour l’institution, la morale parait sauve et l’équilibre retrouvé, puisque la réprobation face à un comportement irrespectueux exprimée. Pour nous parents d’élèves, au contraire, cette anecdote illustre un énorme défit de l’institution dans la formation de nos jeunes. Difficile d’en vouloir aux adultes investis de l’autorité de l’institution, qui sont par ailleurs des personnes attentives aux élèves et bienveillantes ! Comment  peuvent alors survenir de tels dérapages de l’école républicaine : incitation à la dénonciation anonyme conduisant à des dénonciations calomnieuse, punition collective au mépris du principe de présomption d’innocence, fondement de la justice française ? Les leçons qu’en tirent nos jeunes ne sont pas celles que nous espérons. Ils apprennent que le plus fort rend la justice, que l’on ne risque rien à dénoncer autrui, qu’il est possible de réitérer des insultes vis à vis des enseignants, à partir du moment où le statut de celui qui insulte dans la classe lui assure l’impunité.

Cette anecdote illustre une fois de plus l’absence de formation pédagogique de nos enseignants. A aucun moment, leur formation ne les amener à réfléchir à ce genre de situation, d’un point de vue morale et pratique. Il existe des méthodes d’investigation pour découvrir la vérité qui ne bafouent pas à ce point les principes fondamentaux de notre république.

Téléphone portable

Arrivé au lycée, l’usage du téléphone portable par les élèves pendant les cours, dans la classe de seconde de mon enfant, s’est bien généralisé.

Au delà du fait que cet usage puisse perturber le fonctionnement de la classe, et détourne l’élève lui-même des apprentissages en focalisant son attention sur son téléphone, le comportement de ces élèves n’est que la copie exacte de celui des adultes, lesquels ne savent plus se passer de cette extension d’eux même, quelque soit les circonstances (professionnelles, loisir, privé …).

Les enseignants eux-même n’échappent pas à la règle. Cela commence par les enseignants du primaire qui expliquent à leurs élèves que leur téléphone portable peut être amené à sonner pour permettre à leurs enfants de les joindre pendant que ceux-ci font classe. Cela continue au collège par d’autres enseignants, qui pendant que les élèves effectuent des exercices en classe, pianotent sur leur téléphone caché sous leur bureau (jeune adolescents, effectuant mes devoirs, je faisais la même chose avec la bande dessinée que je coinçais entre mes genoux et le bureau, pour faire croire à ma mère que je travaillais). Un jour, un téléphone sonnant dans une classe de cinquième, l’enseignant protesta, jusqu’à se rendre compte que c’était son propre téléphone qui sonnait. Plutôt que de l’éteindre et de s’excuser du dérangement, l’enseignant sortit de classe pour répondre. Profitant de l’occasion, les élèves chahutèrent.

Je n’ai pas encore connaissance d’ élèves utilisant leurs téléphone portable dans les classes de primaire et de collège. La peur de la sanction doit sans doute encore faire son effet.

Mais avec de tels exemples comportements d’adultes référent, arrivé à l’âge du lycée, les élèves ne prennent plus de gants et ne se gênent plus pour gérer leurs relations privées pendant la classe.  De tels comportement de la part des enseignants, même s’ils sont le reflets de notre société, révèlent de manière flagrante un manque de formation des enseignants à l’art d’enseigner. Le système de concours Capes et Agrégation ne leur permettent pas de recevoir cette formation.

ABCD de l’égalité en cours de sport

Alors que le ministre de l’éducation national, Benoît Hamon opère un replis, espérons nous tactique, sur la mise en œuvre de l’ABCD de l’égalité, en vue de remplacer cette expérimentation par un « plan d’action », il subsiste des pratiques sexistes en cours de sport qui cantonnent les filles dans une position d’infériorité.

Que dire d’un enseignant de sport qui n’intervient pas dans la constitution des équipes en sport collectif, laissant les garçons prendre le dessus, conduisant les filles à se retrouver dans les équipes les plus faibles ? Que penser de lui, lorsque celui-ci ne s’intéresse qu’aux meilleurs et n’effectue aucun arbitrage des équipes qu’il juge moins intéressantes ? Les sports d’équipes sont un espace d’apprentissage de la cohésion de groupe, où l’individualisme n’a pas sa place. De fortes individualités, généralement masculines qui ne savent pas s’appuyer sur leurs camarades, entre autre féminins, ne feront pas gagner leur équipe, bien au contraire. C’est au professeur d’intervenir, de modérer les ardeurs et de relativiser les enjeux. C’est au professeur d’agir lorsqu’il constate que des élèves ne peuvent prendre part au jeu car jamais la balle ne leur est passée. IL ne doit pas laisser faire lorsque dans une équipe une remplaçante se trouve pendant toute la durée du match sur la touche, réclamant de pouvoir entrer et participer au jeu. Facile pour lui de voir ladite élève avant le match et lui dire qu’il aurait bien aimé la voir plus souvent à l’action pendant l’année et qu’il espère qu’à l’occasion de ce dernier match, elle montrera ce qu’elle est capable de faire !

Ce professeur ne se rend même pas compte que par sa manière d’agir, il amplifie les inégalités entre garçons et filles et qu’il fait accepter aux filles des rôles subalternes tandis qu’il valorise excessivement les garçons.

Espérons que le plan d’action de Benoît Hamon visera plus particulièrement les professeurs de sport masculins pour les former et leurs faire prendre conscience de leurs agissements dans le conditionnement des rôles masculins / féminins.