Education civique très scolaire

En classe de 5ième débute l’éducation civique. En tant que parents citoyens, nous nous sommes dit que l’instruction civique se vivrait en classe au travers d’échanges dans la classe entre les élèves et l’enseignant, au cours desquels les enfants apprendraient le respect mutuel et l’écoute de l’autre. Il n’en n’est rien. L’approche est très scolaire. L’accent est comme d’habitude porté sur la transmission de savoir par l’enseignant avec obligation pour les élèves d’avoir un cahier bien tenu, avec de belles définitions à apprendre par cœur.

A la lecture du cahier avec un regard d’adulte, il n’y  rien à redire sur le contenu. Il convient cependant de se mettre au niveau d’élèves de 12 ans.

Prenons le cas des discriminations.

Définition : « inégalité de traitement d’une personne« . Pour illustrer : « La moitié des plaintes pour discrimination adressées à la HALDE concerne la discrimination à l’embauche. Grâce à la méthode du testing (fait de comparer comment sont traitées les personnes différentes pour vérifier s’il existe un comportement discriminatoire), on sait que les discrimination les plus fréquentes ont pour origine …« .

Cependant « HALDE », « embauche », « CV », « emploi » sont des notions encore un peu lointaines pour des élèves de 12 ans. Ils n’ont du coup rien compris et bien sûr, ils n’ont pas osé le signaler à l’enseignement pour qui l’objectif principal est de faire le cours dans les délais. Le soir, un camarade de classe de mon enfant qui n’avait également rien compris nous a téléphoné pour effectuer un exercice à rendre pour le lendemain. Les explications de mon enfant étant confuses, j’ai moi-même apporté les explications.

Encore un bel exemple d’un report de la charge d’enseignement sur les parents. Une fois de plus, tant pis pour les élèves dont les parents ne sauront ou ne pourront apporter des explications compréhensibles.

Au chapitre des moyens employés dans la lutte contre les discriminations au collège, on lit : « dans le socle commun : «compétence sociale et civique le respect de soi et des autres»« .

Là, nous découvrons que les compétences sociales et civique s’apprennent par cœur ! Nous savons surtout que ce mode d’apprentissage s’apparente à du bachotage et que les évaluations passées, tout sera oublié par les enfants. La sensibilisation des enfants au grave problèmes de la discrimination et du racisme est ratée.

Le recrutement des enseignants

A ne pas en douter, les enseignants recrutés pour enseigner en collège disposent de toutes les connaissances requises. En témoigne le programme des concours du CAPES par exemple, qui peuvent être consultés sur le site de l’éducation nationale.

Sans être un grand spécialiste, on peut tout de même se demander si un tel niveau de compétences est indispensable pour enseigner à des élèves de collège. Voici à titre d’exemple une petite image illustrant un sujet de mathématique au CAPES.

Certes, très intéressant, mais sans doute pas très utile pour des collégiens.

Intéressons nous maintenant au parcours de nos futurs enseignants. Pour pouvoir se présenter au concours externe il faut, à la date de publication des résultats d’admissibilité justifier :

  • d’un master,
  • ou d’un titre ou diplôme sanctionnant un cycle d’études postsecondaires d’au moins cinq années, acquis en France ou dans un autre État, et attesté par l’autorité compétente de l’État considéré,
  • ou d’un diplôme conférant le grade de master, conformément aux dispositions de l’article 2 du décret du 30 aout 1999 (exemples: DESS, DEA, diplôme d’ingénieur…)

Des qualifications sont exigées à la nomination :

  • un certificat de compétences en langues de l’enseignement supérieur de deuxième degré (CLES2)
  • un certificat informatique et internet de niveau 2 « enseignant » (C2i2e)

A ne pas en douter, le niveau requis est sérieux. Les candidats admissibles auront tous les savoirs requis.

Le contenu des épreuves d’admission est instructif (voir à titre d’exemple la présentation des épreuves de la section mathématique) :

«Première épreuve
Les sujets portent sur les programmes de mathématiques du collège, du lycée et des sections de techniciens supérieurs. Le candidat expose un plan d’étude détaillée puis développe une partie de ce plan d’étude, choisie par le jury. L’épreuve se termine par un entretien portant sur ce développement, puis sur d’autres aspects relevant du sujet choisi.
(…)
Deuxième épreuve
La première partie de l’épreuve s’appuie sur un dossier fourni par le jury, portant sur un thème des programmes de mathématiques du collège, du lycée ou des sections de techniciens supérieurs. Ce thème est illustré par l’énoncé d’un exercice, pouvant être complété par des extraits de manuels, des productions d’élèves ou des passages des programmes officiels. Le candidat expose ses réponses aux questions posées dans le dossier et propose, en motivant ses choix, plusieurs exercices s’inscrivant dans le thème du dossier. Cette première partie se termine par un entretien, portant sur l’exposé du candidat, en particulier sur les exercices qu’il a proposés, aussi bien en ce qui concerne leur résolution que les stratégies mises en oeuvre.»

Les candidats qui réussissent aux épreuves orales démontrent leur savoir faire en matière de maitrise de la communication orale indispensable pour faire cours.

Cela est certain, le concours du CAPES permet de garantir que nos enseignants disposent des savoirs requis et du savoir faire (faire cours devant une assemblée).

Mais pour le moment, on ne voit pas la trace de nécéssité de disposer de quelques compétences en pédagogie ou sur la manière de gérer les individus et un groupe pas forcément homogène (le savoir être).

On pourrait espérer qu’une formation arriverait après leur admission pour faire acquérir aux enseignants un minimum de savoir être. Mais voici un extrait ce que l’on peut lire sur le site de l’éducation nationale :

«Stage, titularisation et première affectation

Une fois reçus au concours, les lauréats sont nommés professeur certifié stagiaire et affectés dans une académie où ils effectuent un stage d’un an dans un établissement. Pendant cette période, ils bénéficient d’un accompagnement et de formations organisées au cours de l’année scolaire. »

Là, on comprend que le savoir être ne semble pas une priorité et que nos pauvres enseignants se retrouvent parachutés devant une classe. Quant il sont chanceux, ils se retrouvent avec des élèves bien sages et le début de leur carrière se passe bien. D’autres, moins chanceux se retrouveront face à des classes difficiles et risqueront, après l’enthousiasme des débuts de carrière, la noyade.

A ne pas douter, la mastérisation de la formation des enseignants est une catastrophe, pas seulement pour les enseignants, mais aussi pour les élèves. Elle se traduit, encore plus qu’auparavant par un abandon de l’apprentissage du métier d’enseignant. Les résultats sur les populations d’élèves fragiles seront catastrophique.

Enseignants et savoir être : la régulation d’un groupe par le non verbal

Similitude entre la conduite de réunion et l’enseignement

Pour achever de convaincre les sceptiques sur les nécessités d’une bonne formation pour les enseignants afin que ceux-ci sachent adopter le comportement adéquat face à un groupe en fonction des circonstances, voici un tableau extrait de cette formation à la conduite de réunion que j’ai suivi voici quelques années.

Comment utiliser Conseil pour réguler, pour faire …
… taire un bavard …parler un silencieux …cesser un aparté
Le silence • Ne pas le questionner • Faire silence ou l’imposer au groupe • Faire silence
La voix • En surimpression
• Merci « jeune homme »
• En l’encourageant en aparté
• Lui poser une question fermée avec tous les éléments de la réponse
• Faire rire, citer l’un d’eux
Le regard • Ne pas le regarder • L’encourager du regard • Réprouver du regard
L’espace • Ne pas se placer dans son champ visuel • Se placer dans son espace et son champ visuel • Rester dans l’espace des bavards
Le geste • Mains en opposition pour arrêter le flot de paroles • Main en offrande pour donner la parole • Calmer avec la bouche en chemin d’œuf

Enseignants et savoir être : identifier les différents types d’élèves

Similitude entre la conduite de réunion et l’enseignement

Voici maintenant une reformulation d’un extrait d’une formation à la conduite de réunion que j’ai suivi voici quelques années, appliquée à l’enseignement.

«Il est important d’identifier rapidement les [divers] profils d’un groupe, de façon à considérer et à valoriser chacun et à se préparer au comportement à adopter.

On peut distinguer trois grands groupes de types de profils :

Le survolté – l’humoriste – le bavard – le baratineur …

[Il s’agit d’élèves] qui mettent de l’ambiance dans le groupe, qui aident à l’animation à condition d’être encadrés et recadrés !

[L’enseignant doit] leur rappeler régulièrement « qui décide », « qui fait quoi », « qui anime », mais avec humour pour ne pas les faire basculer dans le groupe qui suit …

Le grognon – le contestataire – le « je sais toujours tout », …

[L’enseignant doit] écouter ce qu’ils ont à dire, les prendre en considération mais toujours en restant sur ses gardes. [Il se doit de rester] vigilant sur leurs propos et leurs attitudes et ne pas hésiter à intégrer dans [son] animation les réactions [de la classe] quant ce dernier est clairement en opposition avec [ce type d’élèves]. [L’enseignant a alors intérêt à] assoir son « autorité » et de recadrer les [élèves].

Ces [élèves] ont aussi besoin de se positionner dans le groupe. Les objections ou autres [comportements] ne sont que des demandes d’écoute et de reconnaissance la plupart du temps… Une fois rassurés sur leur prise en considération, leur comportement se canalise beaucoup plus facilement.

Le timide – l’inquiet – le distrait – le sage – le retardataire …

Ces [élèves] sont, en général, à la cause de [l’enseignant], par leur besoin en protection, en contact amical, notamment pour le timide et l’inquiet. Attention au retardataire qui peut cacher un profil de rebelle ! La façon dont il va s’asseoir et prendre part au groupe déterminera son comportement à venir. Le sage est plus en retrait, canalise son énergie sur l’analyse du groupe et des propos échangés. Le faire participer permet de recentrer les esprits ! L’indécis va souvent prendre parti pour l’expression du plus convaincant ! [L’enseignant ne doit] pas hésiter à le solliciter pour l’aider dans la clarification de sa pensée.

»

On voit bien que la conduite de réunions ne s’improvise pas. La dimension comportementale de l’animateur est fondamentale pour parvenir à faire face à tous les types de comportement du groupe. C’est pourquoi des formations de plusieurs journées sont organisées pour les salariés de certaines entreprises.

Je me demande ce que reçoivent les enseignants comme formation en la matière. Il ne fait pas de doute que ceux-ci ont toutes les connaissances requises pour enseigner aux élèves. Cependant, un certain nombre d’entre eux n’ont pas le savoir être requis pour gérer correctement une classe. Chanceux sont ceux qui ont ce savoir être de manière innée. Les autres pourraient très bien l’acquérir par le biais de formations.

 

 

Enseignants et savoir être : les styles d’enseignement

Similitude entre la conduite de réunion et l’enseignement

J’ai suivi, voici quelques années une formation  à la conduite de réunion en entreprise. Lors de cette formation, j’ai été étonné par les similitudes qu’il pouvait y avoir entre conduire une réunion et l’enseignement.

Je me permets de reprendre intégralement des morceaux de cette formation en remplaçant certains termes tel que « manager » par « enseignant », « entreprise » par « école » … De la sorte je souhaite rappeler que bien enseigner nécessite du savoir être en plus de connaissances (savoir) et techniques d’enseignement (savoir faire).

Ce premier article aborde les styles d’enseignements.

«Le style bureaucratique ou passif

[L’enseignant employant] ce style semble essentiellement intéressé par le fonctionnement administratif de [sa classe]. Peu concerné, tant par [la quantité d’informations qu’il transmet que par les élèves], il  ne cherche pas à imposer ou à proposer une direction, mais plutôt à gérer une situation quotidienne.

Son comportement est empreint de neutralité et de prise de risque minimal, il vise la rationalisation et des communications suffisantes ; sans plus.

Le style relationnel ou maternant

[Pour l’enseignant employant] ce style, les relations [avec les élèves] et la convivialité priment sur [l’apprentissage]. Son soucis constant est de plaire aux [élèves] et que [ceux-ci soient satisfait d’être présent en classe]. Il cherche à apaiser les conflits et se remet assez facilement en cause, ce qui peut parfois aller jusqu’à entamer sa confiance. Le climat [de la classe] s’en retrouve généralement renforcé. Néanmoins, une impression de manque d’autorité peut freiner [l’assimilation des connaissance]et, à terme, avoir des répercussion néfastes sur le climat [de la classe].

Le style négociateur

[L’enseignant employant] ce style est l’homme des compromis qui cherche à accommoder [les élèves] et [apprentissage]. Il hésite à faire une choix clair qui pourrait avantager une partie au détriment d’une autre.

Il aboutit à un maintient de popularité constante au détriment [de l’efficacité de son enseignement]. Les conflits sont en général peut fréquents dans ce contexte. En revanche, [les enseignements] n’en sortent pas toujours améliorées.

Le style directif ou dictatorial

[L’enseignant employant] ce style montre un intérêt quasi exclusif pour [la quantité d’enseignements transmis (le programme avant tout !)]. Les [élèves] lui importent peu en tant que tels. Seule compte leur utilité pour obtenir des résultats conformément [aux] directives.

Il est généralement tenace et possède une personnalité très affirmée. Il «fonce» et doute difficilement, ce qui ne l’incite pas à éviter les conflits. Sa méthode consiste alors plutôt à forcer l’obstacle à la réalisation de ses objectifs. Il surveille de près les réalisations et n’hésite pas à sanctionner dés que la situation lui paraît le réclamer. Il n’est, bien sûr, que peu réceptifs aux suggestions de ses [élèves].

Le style optimisateur

[L’enseignant employant] ce style a le souci constant de combiner l’impératif [des apprentissages] et l’intérêt pour les [élèves], ce qui constitue un véritable tour de force. Il doit en effet intégrer la dimension humaine dans les contraintes du contexte [des apprentissages].

Il vise donc plus une direction optimale qu’une réalité effective durablement constatée. Son souci permanent est de faire en sorte que l’implication des [élèves] dans la vie de [l’école] aboutisse à des [résultats] concrets et efficaces. Cela exige de lui d’une part, une aptitude à s’effacer pour laisser s’exprimer ses [élèves] et prendre en compte leurs préoccupations et leurs attentes, et d’autre part, une faculté d’imposer une direction positive, constructive, projective et cohésive pour maintenir une dynamique stimulante. Cela nécessite de grandes qualité d’adaptation et d’anticipation, donc une personnalité «solide», authentique. C’est le domaine de l’humanisme pragmatique et de l’exigence.

 Que retenir (…) ?

[L’animation d’une classe] doit être centrée à la fois sur [les apprentissages à acquérir] dans des délais et sur les enjeux humains. Ce résultat ne peut être atteint que par une dynamique humaine entretenue.

En ce sens, le style optimisateur semble particulièrement adapté [à l’animation d’une classe]. »


Face sombre ou face claire ?

Si un certain nombre de pratiques constatées dans le collège fréquenté par mon enfant me paraissent contestables, il en est d’autres qui sont de nature à remotiver les élèves et méritent d’être saluées. Le paradoxe provient du fait que les mêmes enseignants peuvent à la fois avoir des exigences élevées de nature à conduire certains élèves à l’échec et en même temps faire preuve d’initiatives excellentes. Ainsi, en cette fin d’année scolaire, les élèves sont amenés à faire du théâtre et à jouer devant leurs camarades. Mon enfant y a trouvé un plaisir qui m’a ravi.

Lors de la fête du collège, nous avons pu observer qu’avec leurs faibles moyens, des enseignants arrivaient à mettre en œuvre des petits projets.

Que penser alors ? Sommes nous face à des personnes qui mettent volontairement en œuvre une stratégie d’enseignement sélective et élitiste ? Je ne pense pas. J’ai plutôt l’impression que certaines de ces pratiques ont depuis toujours été mises en œuvre, malgré le questionnement menées par des chercheurs, syndicats, associations … Ces anciennes pratiques sont sans doutes celles reproduites par l’enseignant alors que lui même était élève. Le discours politique sur le retour de l' »Autorité » et sur le « Socle » des connaissances indispensables n’a pas aidé au questionnement.

La manière de gérer une classe, comment se comporter face à des élèves difficiles et perturbateurs, comment motiver et intéresser les élèves ne paraissent pas être enseigné aux élèves enseignants. Leur formation semble être essentiellement axée sur les savoirs au détriment de l’art d’enseigner.

Au final, ces pratiques que j’ai pu contester dans mes précédents articles me semblent être mises en œuvre par des enseignants qui n’ont pas conscience des effets néfastes sur le développement de l’enfant. Ceux-ci, en fin de compte, ne cherche qu’à exercer leur métier du mieux qu’il le peuvent.

Il n’en reste pas moins qu’il est urgent de leurs fournir les outils pédagogiques qui permettront d’amener le plus grand nombre à la réussite et à façonner le citoyen de demain. A l’heure des réduction budgétaires, le gouvernement ne semble malheureusement pas considérer que la formation initiale et la formation continue des enseignants soit une priorité. Malheureusement, tout repose sur des initiatives individuelles et trop isolées.