La grande révélation de la fracture numérique par Covid-19

Cela fait plusieurs années que l’on demande aux élèves de collège d’effectuer des travaux avec des outils numériques (travaux de recherche sur internet, exposés, exercices de programmation avec le logiciel éducatif scratch, réalisation de petites vidéos), sans que ces travaux ne soient vraiment encadrés en milieu scolaire. C’est alors installé une nouvelle inégalité entre les élèves, entre ceux bénéficiant d’un bon équipement familial et les autres, ceux dont les parents sont familiarisés avec les outils numériques et les autres.

Trop longtemps, le corps enseignant s’est réfugié derrière l’idée que cette génération était née avec un portable entre les mains et qu’elle savait très bien utiliser tous les outils numériques. Effectivement, si beaucoup d’élèves sont bel et bien équipé d’un téléphone portable et sont relativement à l’aise avec, ce n’est pas pour autant qu’ils sont correctement équipés à domicile (fibre, abonnement internet, ordinateur récent, logiciels bureautiques).

Et soudain vint l’épidémie du COVID-19 et le confinement de toute la population. Et soudain, on découvrit que de nombreux élèves n’étaient pas si bien équipés et qu’ils devaient suivre les cours à l’école avec leur téléphone portable pour se connecter en visioconférence, ou devaient faire des photos de leur travail écrit pour l’envoyer ensuite à leurs professeurs.

Il y a bien eu une prise de conscience tardive, car une solidarité s’est installée au travers de syndicats de parents d’élèves et d’établissements qui ont chercher à équiper ces élèves de tablettes.

Néanmoins, cette épidémie va créer de gros dégâts chez les élèves défavorisés sur le plan numérique. Ne pouvant correctement suivre l’enseignement à distance, certains élèves auront baissés les bras. A la reprise d’un rythme normal, on peut présager qu’ils sera difficile de ne pas les perdre alors que d’autres élèves bien équipés et dans un environnement familial favorable auront continué à progresser. Alors que le système d’orientation dans les études supérieures est devenu sélectifs avec Parcoursup, il serait étonnant qu’à la reprise d’un enseignement « normal », les professeurs ne tentent pas de rattraper le retard, pour répondre à la pression des familles, ce qui aura pour effet de conduire à l’échec scolaire et à une orientation non choisie un nombre croissant d’élèves.

Alors que les parents sont plus inquiets d’une contamination de leurs enfants en cas d’un retour à l’école et que les médias sont exclusivement focalisés sur cette question, la question de cette fracture numérique qui entraîne une fracture scolaire et qui amplifiera la fracture sociale n’a pas l’air de préoccuper grand monde. Il faudrait enfin s’occuper de l’équipement informatique des familles défavorisées et surtout que les travaux sur ordinateurs soient d’abord effectué en classe, sous la supervision d’enseignants qui ont aujourd’hui trop tendance à sous-traiter cette tâche aux parents.

Hélas, le jour d’après risque de ressembler au jour d’avant. Cette fracture numérique n’étant pas suffisamment dénoncée, notre système scolaire ne va pas se métamorphoser après l’épidémie d’un système élitiste à un système plus égalitaire. La compétition pour les bonnes places va continuer.

Des quotas de punis pour remplir les colles ?

En cas d’absence d’un professeur, trou dans l’emploi du temps, ou réorganisation  de dernière minute de celui-ci, la permanence est le lieu de tout les dangers. Mieux vaut éviter ce lieu et se rendre au CDI (centre de documentation de d’information) du collège, plutôt que de se retrouver sous la coupe d’un surveillant, entassé dans une salle trop petite, obligé de travailler et avec interdiction de dessiner et surtout de communiquer avec son voisin. On peut comprendre le soucis des surveillants d’éviter que la permanence ne se transforme en foire. Cependant, distribuer des heures de colle comme sanctions à tour de bras à chaque fois qu’il y a suspicion d’un écart d’un élève est vécu comme une  injustice, permise par le rapport de force dont profite l’adulte. Le sentiment d’injustice est renforcée par le fait que la parole de l’élève n’est  pas même écoutée et donc prise en compte. S’il ose tenter une explication, il est sitôt menacé d’une heure de colle supplémentaire car se rend coupable de crime de lèse majesté vis à vis de l’autorité. Pire est la situation lorsque la sanction tombe sans que l’adulte n’ait la preuve du délit. Par exemple, communiquer avec son voisin par gestes n’est pas la preuve d’une communication orale. L’élève se sent alors soumis à l’arbitraire de l’autorité.

Cet arbitraire introduit un insupportable soupçon. Puisque les colles sont encadrés par les mêmes surveillants, ne cherchent-ils pas à les remplir en distribuant des sanctions ?

Ce n’est pas ainsi que l’école formera les futurs citoyens et fera partager aux élèves les valeurs de la république. Rien ne sert de vouloir mettre en place un nouveau service national si l’école ne devient pas le lieu où cette citoyenneté s’apprend et se vit, ce qui suppose aussi que les élèves puissent faire valoir leurs droits.

 

ParcourSup, la démonstration d’une incompétence

En entreprise, lorsque vous travaillez sur un projet, il peut arriver que votre manager vous dise que vos vacances doivent s’adapter au planning du projet. Avec ParcourSup, les 1/3 de bacheliers et leurs familles en attente d’une affectation à la mi-juillet peuvent oublier leurs vacances, à eux de sacrifier ce moment pour mériter un accès à l’enseignement supérieur. Ils doivent s’adapter au planning de cette procédure glissante sur tout l’été. On peut supposer que pour ceux qui nous gouvernent, il n’y ait rien de plus normal, puisque eux-même ont sans aucun doute beaucoup sacrifié à leur réussite. A moins que ceux-ci n’aient pas prévus qu’à la mi-juillet  seuls 52,8 % des bacheliers auraient accepté définitivement une proposition et que la procédure se mettrait à patiner, en attendant les désistements et  validation définitives des propositions. Au 27 juillet, les journalistes de Le Monde font le constat dans l’article

« Parcoursup : avant la trêve estivale, un quart des candidats n’est pas encore fixé« 

que le situation des futurs étudiants évolue que très lentement. En cause, un comportement « inattendu des lycéens » qui ne valident pas définitivement les vœux obtenus, en attendant d’obtenir mieux, entraînant par la même une attente de la part de ceux qui n’ont encore rien reçus.

Cette situation était néanmoins tout à fait prévisible. Des simulations informatiques à partir des données d’Admission Post Bac, avec les choix hiérarchisés des bacheliers de l’année dernière auraient pu permettre de prévoir la situation d’attente dans laquelle se trouvent tant de bacheliers. Maintenant que le processus ParcoursSup est grippé à l’arrivée du mois d’août et qu’aucun déblocage de la situation n’est à attendre avant début septembre, il apparaît clairement que le gouvernement a décidé de cette réforme selon une démarche « top/down » ou de « verticale du pouvoir » où le chef décide et les subordonnés appliquent. Il me parait impossible qu’aucune alerte ne soit remonté au ministère de l’enseignement supérieur sur le fait que le processus ParcourSup pouvait se gripper, chose qu’un expert en modélisation de process aurait aisément pu diagnostiquer, puisque cette situation a été anticipée par l’auteur de ces lignes le 1er décembre 2017 : voir sur ce blog l’article « ParcourSup, une réforme de premier de la classe pour les premiers de la classe« . Si cette alerte a bien été émise, alors la situation est plus grave car le ministère a alors fait preuve d’autisme, sûr et certain du succès de l’application de principes d’économie de marché à un système d’affectation des lycéens dans les établissements supérieurs. Mais les experts en économie de marché du gouvernement semblent avoir oublié un paramètre. Les lycéens ont été trop considérés comme une marchandise que les établissements supérieurs pouvaient se répartir selon des algorithmes de sélection opaques et pas suffisamment comme des acteurs agissant selon leurs propres intérêts et non ceux de leurs camarades. La non prise en compte de ce paramètre démontre une forme d’incompétence de ceux qui ont décidé de cette réforme.

Tout comme a été négligé l’effet anxiogène de cette réforme pour tout ceux qui n’ayant pas une mention très bien au bac et qui sont toujours en attente d’une formation supérieure à cause de cette situation. Il s’agit là d’une réforme qui a été pensée selon des principes contestables qui ne sert que les intérêts des très bons élèves, pensée par tous les premiers de la classe qui nous gouvernent aujourd’hui.

 

Arbitraire

Pose ta montre sur la banc pour faire du sport !

La suite est facilement imaginable, la montre a été volée par un camarade collégien indélicat. Le professeur de sport déclinant toute responsabilité a renvoyé mon enfant vers la vie scolaire. Qui avait envie de se soucier en cette fin d’année de ce vol provoquée par la décision arbitraire d’un enseignant ?

Cette anecdote montre bien que si les devoirs des élèves sont bien affirmés, leurs droits restent inexistants. Protester n’apporte rien, juste un risque pour son enfant devra faire face à ses enseignants.

ParcourSup, une réforme de premier de la classe pour les premiers de la classe

APB est mort, vive ParcourSup !

Pendant de trop nombreuses années, le système informatique  Admission Post Bac (APB) a permis aux gouvernement successifs de se masquer le besoin d’une réforme du système d’orientation des lycéens sortant du bac, puisqu’un système informatique pourvoyait à l’affectation des lycéens dans les différentes filières supérieures. Il a fallu l’arrivée d’une classe d’âge nombreuse en juin 2017 au bac pour que le système craque, avec de nombreux jeunes n’ayant pas d’affectation en septembre et surtout le recours au tirage au sort dans de nombreuses licences soudainement en tension.

Adieu donc APB et ses 24 choix que les lycéens se devaient de hiérarchiser en cours d’année de terminal. Plus de critères géographiques pour demander une filière supérieure. Avec le nouveau système ParcourSup, les élèves de terminal devront déterminer 10 choix d’orientation qui seront tous classés au même niveau. On ne  comprend pas encore quel sera le poids des appréciations du conseil de classe portant sur chacun des 10 choix de chaque élève dans le processus d’orientation, quels seront les prérequis qui seront examinés par les universités pour décider quels candidats retenir et lesquels refuser. Il n’est non plus pas certain que les enseignants du secondaire aient réellement les moyens d’émettre un avis motivé pour chacun des souhaits émis, ou tout simplement le temps. La volonté d’impliquer plus les enseignants dans l’orientation est sans doute louable, mais faute de formation adéquate, il n’est pas certains que ceux-ci soient de bon conseil.

Beaucoup de modalités posent encore question. Mais dores et déjà émerge une certitude. Si chaque élève peut émettre 10 choix non hiérarchisés et qu’à partir de ces choix, les universités effectuent leurs courses (leur sélection ?), les meilleurs élèves de terminal seront reçus sur tous leurs choix, donc à plusieurs endroits en même temps. Après désistement sur les places non retenues, les élèves en attente pourront ensuite recevoir une ou plusieurs propositions. On ne sait aujourd’hui combien de vagues seront nécessaires pour remplir les universités, ni combien de temps sera nécessaire pour arriver au bout du processus.

Il est tout à fait possible à partir des données de la session 2017 d’effectuer des simulations informatiques. L’éducation nationale connaît précisément les 24 vœux de chaque candidat de la session 2017, qui plus est par ordre de préférence. A partir de ces données, il est possible de simuler le nouveau processus ParcourSup et estimer le nombre de vague qui seront nécessaires pour remplir les universités et avoir une idée du temps nécessaire pour arriver au bout. Si ces simulations ont été effectuées et n’ont pas été rendues publiques, le gouvernement anticipe des difficultés à la rentrée de septembre 2018, mais ne veut pas le reconnaître. Si ces simulations n’ont pas été effectuées, elles révèlent un grave amateurisme de ce gouvernement d’experts, car alors, il risque de découvrir en septembre 2018 des difficultés qu’il n’avait pas prévues.

Il est à craindre que beaucoup de jeunes passent avec leurs parents un été 2018 pleins d’angoisses. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des enfants premier de la classe qui pourront être les premiers à choisir et passer d’agréables vacances d’été. Les autres seront condamnés à attendre le déroulement des différentes vagues et ne pourront qu’ensuite préparer la rentrée (inscription, recherche de logement ….).

Compte tenu du fait que la classe d’âge arrivant au bac sera toujours aussi nombreuse, le nouveau système ne permettra pas plus que l’ancien de trouver une place pour tous. Si les mécontents sont trop nombreux, une explosion sociale des jeunes est possible à la rentrée 2018, quant deviendra clair pour tous que cette réforme ne vise finalement qu’une chose : corriger un système de tirage au sort, insupportable l’élite techno qui nous gouverne et permettre aux meilleurs de choisir. Ce n’est qu’une réforme ÉLITISTE.

La fausse égalité des chances en 1ere année de médecine

Pour les heureux élus à l’entrée en première année de médecine, une dure année de labeur s’annonce, avec peu de vacances (juste noël) après la première partie du concours. Et en fin d’année, les candidats malheureux seront bien nombreux puisqu’en moyenne, 22 % seulement réussiront à passer en seconde année, à l’issue d’un concours très sélectif.

Dans la mythologie républicaine de la réussite au mérite, chaque candidat arrive au concours avec les même chances de réussites, puisque tous auront suivi les mêmes cours. Devraient mieux réussir les candidats doués des meilleurs facultés intellectuelles et qui ont le plus travaillé. Ceux qui sont arrivés dans ces études en n’ayant pas le bagage scientifique suffisant ont une chance quasi nulle de réussir.

Dans la réalité, travailler avec acharnement et être doué des meilleures aptitudes peut ne pas suffire pour réussir. Il faut également disposer des meilleurs conditions de travail et de la meilleure préparation au concours. Tout comme pour les sportif de haut niveau pouvant bénéficier de bons coach, les chances de réussites sont améliorées si avant sa rentrée, le futur étudiant effectue un stage de prérentrée avec un organisme privé et qu’ensuite en cours d’année, il poursuite en même temps que les cours à la faculté de médecine une prépa avec le même organisme privé. Lorsque les cours magistraux sont suivis par un bon millier d’étudiant répartis dans trois amphithéâtre, il ne faut s’attendre à pouvoir tout comprendre, surtout si quelques redoublants cherchant à réduire les chances de réussite des nouveaux bacheliers organisent un chahut.

Face à des enseignants qui à la fois donnent des cours magistraux et pour certains délivrent des support de cours lacunaires et préparent les épreuves de concours, l’expertise des prépa privés apportent à ceux qui peuvent payer des indications très précieuses, en plus d’un retour sur les cours délivrés en faculté. Elles expliquent les pièges classiques que ces enseignants aiment bien glisser dans les QCM (Questionnaires à Choix Multiples) des concours, comme par exemple détecter le QCM à ne pas faire, car infaisable en 3 minutes, lorsque 20 minutes sont en réalité nécessaires, ou comment éviter de faire le raisonnement jusqu’au bout pour deviner la bonne réponse à partir … Comme le compétiteurs avec leurs coachs, les étudiants y sont préparés pour répondre à ces QCM dans le moins de temps possible.

Afin de contre-balancer l’importance de ses organismes privés qui ne sont pas accessibles à tous compte tenu de leur prix, un tutorat basé sur le bénévolat d’étudiants des années supérieures est mis en place. Un stage de prérentrée est également organisé, mais pour 400 jeunes bacheliers seulement dans le même amphithéâtre, à comparer à 30 à 40 élèves par classe dans les prépas privé, avec des professeurs d’université ou agrégés.

La première année d’étude de médecine est donc comparable à un train dans lequel il n’y a pas suffisamment de place où toutes les places ne se valent pas. Les premières classes sont occupées par ceux qui peuvent payer. Les secondes par ceux qui suivront un tutorat et/ou pourront bénéficier de solidarités. Beaucoup occuperont les strapontins ou voyageront debout et risqueront de devoir quitter le train en cours de route. Chaque jour pour prendre le train, seront à l’heure, frais et disponibles ceux qui logent sur place, qui ont pu se payer un logement alors que les autres auront à subir la fatigue les transport en commun et ses retards (cas de la région Île de France).  Ce n’est pas grave, l’idéal républicain est sauf, on continue à faire croire que celui qui a le plus de mérite réussit le mieux, alors qu’en réalité, c’est bien une sélection par l’argent qui s’est organisée, avec la complicité active de professeurs d’université que l’on pourrait remplacer par des MOOC (massive open online course en anglais, des formations sur internet où l’on filme l’enseignant), si ceux-ci n’étaient pas chargés d’élaborer les concours de faculté de médecine en y plaçant leurs pièges favoris. C’est devenu un business lucratif où en se faisant rémunérer par les prépas privés, ceux-ci peuvent aller délivrer leurs précieux conseils.

Des vacances pour avancer dans le programme de science

Cette année, les sciences de la vie et de la terre se retrouvent au brevet des collèges. Le programme est conséquent et devinez ce qui se passe lorsque l’avancement n’est pas celui attendu ? On profite des vacances pour demander aux élèves de rattraper le retard !

Or bon nombre d’enseignants du collège ou lycée utilisent une nouvelle méthode pédagogique, consistant à faire construire par les élèves leurs propres savoirs. A partir d’exercices, travaux dirigés ou travaux pratiques, avec l’assistance du professeur, les élèves construisent des bilans. La méthode est censée permettre une meilleur appropriation des savoirs par les élèves. Elle est utilisée aussi bien dans des matières scientifiques qu’en histoire/géographie, français, langues … . La méthode est intéressante lorsque les élèves ne sont pas livrés à eux même et que les enseignants effectuent des points d’étapes fréquents, pour éviter de perdre les élèves.

Mais, si dans une matière nouvellement au brevet des collèges, donc avec un enjeu nouveau, l’avancement n’est pas celui attendu, la tentation sera forte de tenter de rattraper le retard pendant les vacances. Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés en vacances d’hiver avec de nombreux exercices couvrant un chapitre pointu, les micro-organismes et l’immunologie. La nouvelle méthode pédagogique consiste normalement à construire les nouveaux savoirs avec l’assistance de l’enseignant et non des parents qui à 99,9 % ne sont pas expert en la matière ! Pendant ces vacances d’hiver, cette tâche nous a été sous traitée et a monopolisé un temps et une énergie disproportionnée.

Une telle demande génère une fois de plus une inégalité entre les élèves injustifiable, liée à la capacité des parents à aider ou non leurs enfants. Elle bafoue un droit, celui des élèves de se reposer et de déconnecter pendant leurs vacances sans devoir tous les jours passer 2 à 3 heures à travailler (toutes matières confondues), mais aussi celui de nous parents qui aimerions pouvoir vivre autre chose avec nos enfants que des devoirs et encore des devoirs et aimerions que ce sujet ne devienne pas un sujet de discorde au sein de notre famille.

Faut-il devenir un parent professionnel pour avoir des enfants ?

Lors d’une réunion d’information en fin de classe de CM2 avant l’entrée au collège, il nous était expliqué qu’on ne nous demandait de devenir des parents professionnels. D’après le représentant du collège qui animait la réunion, suivre correctement son enfant consistait à s’intéresser continuellement à ces activités au collège, être à son écoute et vigilant sur ses difficultés, vérifier avec lui qu’il effectue bien son travail …. Au vu de cette définition, nous pouvions logiquement en conclure qu’il s’agissait là d’une mission accessible à n’importe quel parent suffisamment investi dans l’avenir de ses enfants, quelque soit son bagage culturel.

L’entrée en classe de sixième de notre enfant le plus jeune, ainsi que l’expérience vécue avec nos enfants plus âgés démontrent hélas qu’il n’en est rien.

Alors qu’une réforme scolaire d’ampleur est censée se mettre en place cette année avec la mise en place d’enseignements interdisciplinaires et la compréhension de la nécessité de faire apprendre aux enfants à travailler en groupe, la pratique des exposés à réaliser chez soi avec le copain continuent à avoir la vie dure. Avec seulement un délai d’une semaine (la date du conseil de classe approchant), les élèves de 6ièmes ont dû préparer un exposé portant sur un sujet en rapport à l’impact des activités humaine sur l’environnement. Il s’agit de sujets très intéressants en soi. Cependant, les recherches d’informations étaient à effectuer au domicile, ainsi que l’élaboration de l’exposé sur un support de type powerpoint. L’enseignant sous-traite ainsi sur les parents de manière quasiment explicite un certains nombre d’apprentissages qui devraient être effectués dans le cadre de ces nouveaux enseignements interdisciplinaires :

  • la recherche d’information sur internet. A 11 ans, à part consulter Wikipédia, je ne sais pas bien ce qu’un élève est capable de trouver
  • savoir synthétiser l’information et en retirer ce qui est pertinent avec le sujet de l’exposé
  • apprendre à utiliser les outils bureautique et à réaliser un powerpoint.
  • apprendre à se coordonner et à travailler ensemble. C’est aux parents de se contacter entre eux, d’organiser le travail de leurs enfants, les faire se rencontrer.
  • apprendre à présenter le sujet devant les camarades de classe.

La réalisation de fiches de lecture en français est une autre activité énergivore et coûteuse en temps. Nous devons aider notre enfant et lui apprendre comment réaliser ces fiches et à rédiger / argumenter et pas seulement corriger les fautes d’orthographe. L’enseignement se contente, lui de noter. Récemment, il a même fallu l’aider à remplir un tableau de synthèse sur une œuvre qu’il n’était pas capable de remplir seul.

Un sommet a été atteint en classe de 3ième avec la découverte d’un outil didacticiel d’apprentissage de la programmation informatique « Scratch » qu’il nous a fallu apprendre à utiliser pour pouvoir reprendre au domicile tout ce qui n’avait pas été compris en classe.

Ces quelques exemples montrent bien comment la charge de nouveaux apprentissages que nous n’avions pas autrefois à suivre au même âge, sont aujourd’hui reportés sur les parents. Notre monde s’est complexifié, de nouvelles compétences que nous avons acquis bien plus tardivement sont maintenant requises pour réussir dans la filière générale. Le temps scolaire n’étant pas extensible, les enseignants ont une fâcheuse tendance à sous traiter ces nouveaux apprentissages prévus par les programmes scolaires, sur les parents. En d’autres termes, il faudrait avoir soi-même de nombreuses compétences pour pouvoir accompagner correctement ses enfants. Il nous faut donc devenir des parents professionnels pour donner à nos enfants toutes les chances de réussite dans le système scolaire. Ceux ne pouvant bénéficier d’une telle aide se verront tôt ou tard relégués, quelque soit leurs aptitudes. Il suffit pour cela de les décourager devant l’ampleur de la tâche.

Ne pourrait-on pas proposer à nos futurs candidats à l’élection présidentielle de prévoir un examen à l’entrée de 6ième que devraient passer les parents, pour juger de leurs aptitudes à suivre le travail de leurs enfants et mettre une orientation précoce pour les enfants qui n’auront pas la chance d’avoir des parents professionnels performants ? En écartant ces enfants, nous pourrions cultiver de manière plus efficace l’excellence de nos enfants, les ambiances de classe seraient plus studieuses et on préparerait mieux dans un collège général réformé la future élite de la France.

Au fait, quel est le futur candidat qui prévoit dans son programme de remettre en place une orientation en cours de collège ?

L’arbitraire de la notation au bac – suite de « L’oral de TPE, un jeu de massacre »

Avec l’été et les résultats du bac de français est également arrivé la note des Travaux Pratiques Encadrés (TPE), médiocre comme on pouvait le craindre (voir l’article « L’oral de TPE, un jeu de massacre« ), malgré un travail original, considérable et de qualité, mais qui n’avait pas intéressé les examinateurs. Le seul à poser des questions avait interrogé les élèves sur des notions de cours qui ne se voient qu’en classe de terminale.

La démarche entreprise par notre enfant vis à vis d’un des professeurs qui avait encadré les séances de TPE, dans l’espoir d’un arbitrage, a été sans effets. Aucun enseignant ne s’est posé la question de savoir comment un élève qui a par ailleurs d’excellents résultats dans toutes les matières pouvait en arriver à un tel résultat médiocre, sans doute parce que un jury est considéré comme souverain et tout puissant. Ainsi donc un examinateur mal luné a le pouvoir, à partir de sa tour d’ivoire, de démolir les élèves. Maintenant que la note a été officialisée et rendue publique, il n’est plus possible de faire valoir son bon droit.

Si l’objectif de ces TPE était de faire découvrir la démarche expérimentale et de susciter des vocations scientifiques, c’est raté. En démolissant le travail de plusieurs mois des élèves, on leurs fait croire qu’ils n’en sont pas capables et on les décourage.

Le principe de ces Travaux Pratiques Encadrés est pourtant bon, puisque il vise à conduire les élèves à travailler en groupe dans une démarche projet, à mettre en place une démarche expérimentale … Ce qui est mauvais, c’est de conclure ce travail par une épreuve de baccalauréat , devant un jury qui fait de l’abattage.

 

 

Une accusation sans preuves

Quelques enseignants classent leurs élèves, mauvais, médiocre, moyen, bon excellent. Pour peu qu’une évaluation soit réussite par un élève plutôt moyen fuse alors l’accusation de tricherie. L’évaluation en question n’était complexe et faisait appel plus à des connaissances qu’à du raisonnement. L’élève en question avait beaucoup travaillé et connaissait sa leçon. Les ingrédients de la réussite étaient donc réunis. Mais l’élève fut accusé de tricherie, car son résultat n’était pas en adéquation avec la perception de l’enseignant de son élève. N’ayant pu constater la triche et n’ayant pas de preuve, l’enseignant décida de ne pas compter l’évaluation, malgré les protestations de l’élève.

Deux semaines plus tard, sans préavis, l’élève en question dût à nouveau passer l’évaluation et le réussit une seconde fois. L’affaire aurait pu s’arrêter à ce point, car la preuve de la bonne foi de l’élève paraissait être apportée. Hélas non, l’enseignant jugea nécessaire d’accuser une nouvelle fois l’élève en conseil de classe. Précisons que l’ensemble des autres enseignants avait l’élève en estime, car bien qu’étant moyen, celui-ci a fourni de gros effort toute l’année, dans toutes les matières pour réussir. Ces efforts avaient déjà été gratifiés de félicitations lors de précédents conseils de classe.

Personne ne fut dupe, cependant ce fait divers souligne une distorsion dans les rapports entre professeurs et élèves et montre la difficulté pour un élève de faire valoir sa bonne foi dans une accusation où aucune preuve n’existe.

La présomption d’innocence ne semble pas un principe de notre démocratie partagé par tous.