En entreprise, lorsque vous travaillez sur un projet, il peut arriver que votre manager vous dise que vos vacances doivent s’adapter au planning du projet. Avec ParcourSup, les 1/3 de bacheliers et leurs familles en attente d’une affectation à la mi-juillet peuvent oublier leurs vacances, à eux de sacrifier ce moment pour mériter un accès à l’enseignement supérieur. Ils doivent s’adapter au planning de cette procédure glissante sur tout l’été. On peut supposer que pour ceux qui nous gouvernent, il n’y ait rien de plus normal, puisque eux-même ont sans aucun doute beaucoup sacrifié à leur réussite. A moins que ceux-ci n’aient pas prévus qu’à la mi-juillet seuls 52,8 % des bacheliers auraient accepté définitivement une proposition et que la procédure se mettrait à patiner, en attendant les désistements et validation définitives des propositions. Au 27 juillet, les journalistes de Le Monde font le constat dans l’article
« Parcoursup : avant la trêve estivale, un quart des candidats n’est pas encore fixé«
que le situation des futurs étudiants évolue que très lentement. En cause, un comportement « inattendu des lycéens » qui ne valident pas définitivement les vœux obtenus, en attendant d’obtenir mieux, entraînant par la même une attente de la part de ceux qui n’ont encore rien reçus.
Cette situation était néanmoins tout à fait prévisible. Des simulations informatiques à partir des données d’Admission Post Bac, avec les choix hiérarchisés des bacheliers de l’année dernière auraient pu permettre de prévoir la situation d’attente dans laquelle se trouvent tant de bacheliers. Maintenant que le processus ParcoursSup est grippé à l’arrivée du mois d’août et qu’aucun déblocage de la situation n’est à attendre avant début septembre, il apparaît clairement que le gouvernement a décidé de cette réforme selon une démarche « top/down » ou de « verticale du pouvoir » où le chef décide et les subordonnés appliquent. Il me parait impossible qu’aucune alerte ne soit remonté au ministère de l’enseignement supérieur sur le fait que le processus ParcourSup pouvait se gripper, chose qu’un expert en modélisation de process aurait aisément pu diagnostiquer, puisque cette situation a été anticipée par l’auteur de ces lignes le 1er décembre 2017 : voir sur ce blog l’article « ParcourSup, une réforme de premier de la classe pour les premiers de la classe« . Si cette alerte a bien été émise, alors la situation est plus grave car le ministère a alors fait preuve d’autisme, sûr et certain du succès de l’application de principes d’économie de marché à un système d’affectation des lycéens dans les établissements supérieurs. Mais les experts en économie de marché du gouvernement semblent avoir oublié un paramètre. Les lycéens ont été trop considérés comme une marchandise que les établissements supérieurs pouvaient se répartir selon des algorithmes de sélection opaques et pas suffisamment comme des acteurs agissant selon leurs propres intérêts et non ceux de leurs camarades. La non prise en compte de ce paramètre démontre une forme d’incompétence de ceux qui ont décidé de cette réforme.
Tout comme a été négligé l’effet anxiogène de cette réforme pour tout ceux qui n’ayant pas une mention très bien au bac et qui sont toujours en attente d’une formation supérieure à cause de cette situation. Il s’agit là d’une réforme qui a été pensée selon des principes contestables qui ne sert que les intérêts des très bons élèves, pensée par tous les premiers de la classe qui nous gouvernent aujourd’hui.
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