Lors d’une réunion d’information en fin de classe de CM2 avant l’entrée au collège, il nous était expliqué qu’on ne nous demandait de devenir des parents professionnels. D’après le représentant du collège qui animait la réunion, suivre correctement son enfant consistait à s’intéresser continuellement à ces activités au collège, être à son écoute et vigilant sur ses difficultés, vérifier avec lui qu’il effectue bien son travail …. Au vu de cette définition, nous pouvions logiquement en conclure qu’il s’agissait là d’une mission accessible à n’importe quel parent suffisamment investi dans l’avenir de ses enfants, quelque soit son bagage culturel.
L’entrée en classe de sixième de notre enfant le plus jeune, ainsi que l’expérience vécue avec nos enfants plus âgés démontrent hélas qu’il n’en est rien.
Alors qu’une réforme scolaire d’ampleur est censée se mettre en place cette année avec la mise en place d’enseignements interdisciplinaires et la compréhension de la nécessité de faire apprendre aux enfants à travailler en groupe, la pratique des exposés à réaliser chez soi avec le copain continuent à avoir la vie dure. Avec seulement un délai d’une semaine (la date du conseil de classe approchant), les élèves de 6ièmes ont dû préparer un exposé portant sur un sujet en rapport à l’impact des activités humaine sur l’environnement. Il s’agit de sujets très intéressants en soi. Cependant, les recherches d’informations étaient à effectuer au domicile, ainsi que l’élaboration de l’exposé sur un support de type powerpoint. L’enseignant sous-traite ainsi sur les parents de manière quasiment explicite un certains nombre d’apprentissages qui devraient être effectués dans le cadre de ces nouveaux enseignements interdisciplinaires :
- la recherche d’information sur internet. A 11 ans, à part consulter Wikipédia, je ne sais pas bien ce qu’un élève est capable de trouver
- savoir synthétiser l’information et en retirer ce qui est pertinent avec le sujet de l’exposé
- apprendre à utiliser les outils bureautique et à réaliser un powerpoint.
- apprendre à se coordonner et à travailler ensemble. C’est aux parents de se contacter entre eux, d’organiser le travail de leurs enfants, les faire se rencontrer.
- apprendre à présenter le sujet devant les camarades de classe.
La réalisation de fiches de lecture en français est une autre activité énergivore et coûteuse en temps. Nous devons aider notre enfant et lui apprendre comment réaliser ces fiches et à rédiger / argumenter et pas seulement corriger les fautes d’orthographe. L’enseignement se contente, lui de noter. Récemment, il a même fallu l’aider à remplir un tableau de synthèse sur une œuvre qu’il n’était pas capable de remplir seul.
Un sommet a été atteint en classe de 3ième avec la découverte d’un outil didacticiel d’apprentissage de la programmation informatique « Scratch » qu’il nous a fallu apprendre à utiliser pour pouvoir reprendre au domicile tout ce qui n’avait pas été compris en classe.
Ces quelques exemples montrent bien comment la charge de nouveaux apprentissages que nous n’avions pas autrefois à suivre au même âge, sont aujourd’hui reportés sur les parents. Notre monde s’est complexifié, de nouvelles compétences que nous avons acquis bien plus tardivement sont maintenant requises pour réussir dans la filière générale. Le temps scolaire n’étant pas extensible, les enseignants ont une fâcheuse tendance à sous traiter ces nouveaux apprentissages prévus par les programmes scolaires, sur les parents. En d’autres termes, il faudrait avoir soi-même de nombreuses compétences pour pouvoir accompagner correctement ses enfants. Il nous faut donc devenir des parents professionnels pour donner à nos enfants toutes les chances de réussite dans le système scolaire. Ceux ne pouvant bénéficier d’une telle aide se verront tôt ou tard relégués, quelque soit leurs aptitudes. Il suffit pour cela de les décourager devant l’ampleur de la tâche.
Ne pourrait-on pas proposer à nos futurs candidats à l’élection présidentielle de prévoir un examen à l’entrée de 6ième que devraient passer les parents, pour juger de leurs aptitudes à suivre le travail de leurs enfants et mettre une orientation précoce pour les enfants qui n’auront pas la chance d’avoir des parents professionnels performants ? En écartant ces enfants, nous pourrions cultiver de manière plus efficace l’excellence de nos enfants, les ambiances de classe seraient plus studieuses et on préparerait mieux dans un collège général réformé la future élite de la France.
Au fait, quel est le futur candidat qui prévoit dans son programme de remettre en place une orientation en cours de collège ?
![]()