Le programme de français des séries scientifiques comprend quatre objets d’étude (les personnages de roman, théâtre et sa représentation, l’écriture poétique et la quête de sens, la question de l’homme dans les genres de l’argumentation) et implique l’étude d’au moins 3 œuvres et 3 groupements de textes. Chaque objet se découpe en séquences avec à chaque fois une problématique à approfondir, comme « comment le personnage intègre-t-il l’univers romanesque ? ». Dans chacune des séquences, on y trouve des groupements de textes qui sont normalement analysés en classe, mais aussi des lectures complémentaires qui ne sont pas abordées en classe, mais font bien partie de la liste des œuvres présentées lors de l’épreuve du bac.
Cela nous donne un programme d’environ 24 lectures analytiques (œuvres et textes étudiés en classe) auquel s’ajoute également 16 lectures complémentaires et donc une liste d’environ 40 références à présenter lors des épreuves du bac de français.
Le travail titanesque lié à la présentation d’autant de références ne pouvant être intégralement effectué en classe, un travail personnel considérable est requis de chaque élève. Il leurs faut à chaque fois établir une bibliographie de l’auteur, préciser le contexte historique et littéraire et trop de fois approfondir le commentaire de l’extrait vu en classe. Il leurs faut également trouver eux-même une unité dans chaque séquence et les thèmes qui se recoupent, afin de pouvoir répondre à la problématique de la séquence, chose qui n’est pas ou peu abordé en classe, faute de temps.
En effet, s’agissant de classes scientifiques et non littéraires, d’autres matières autrement plus importantes (les sciences) sont au programme et occupent une part du temps non négligeable. Mais les enseignants de lettres modernes (et non de français) passionnés par la littérature ne savent ou ne veulent pas s’abaisser au niveau d’élèves qui n’ont pour la plupart aucune appétence pour la littérature. L’échéance du bac de français à la fin de l’année de première leurs donne un pouvoir considérable et leurs permet d’exiger une masse de travail qui peut facilement occuper 2 heures toutes les journées des vacances scolaires d’hiver, pour un résultat qui peut être plus qu’aléatoire. Ce n’est pas parce que l’élève aura beaucoup et sérieusement travaillé qu’il se verra récompensé de ses efforts, même par une note moyenne. Les notes peuvent fortement varier en fonction du correcteur. Pour justifier une notation sévère, la technique est simple, il suffit au correcteur d’utiliser de manière immodérée le stylo rouge dans une copie pour ensuite noter en fonction de la quantité de rouge qu’il constate. Une méthode imparable et incontestable !
L’épreuve écrite du bac de français comporte une question dite de corpus qui porte sur un ensemble de quatre textes, puis un travail d’écriture portant au choix sur un commentaire de texte, une dissertation ou un écrit d’invention. Le travail de commentaire nécessite de savoir bien analyser les textes et repérer les figures de style ainsi que les procédés rhétoriques. La dissertation requiert beaucoup de connaissances littéraires (de la culture ?). Étant réputé le travail le plus difficile, il est peu choisi parmi les élèves. Il est en conséquent noté de manière plus compréhensive, alors que le travail d’invention est noté sévèrement, car plus populaire.
L’épreuve d’oral est découpé en deux parties, avec un exposé portant sur un des textes étudiés en classe. La réponse doit être structurée et s’appuyer sur une observation précise du texte. Suit ensuite un entretien plus général avec des questions sur les diverses problématiques abordées dans les diverses séquences du programme. L’élève devra savoir piocher dans les divers textes étudiés, mais aussi les textes complémentaires (non vus en classe) pour étayer ses réponses.
Les thèmes abordés sont particulièrement peu intéressants pour des élèves censés être plus portés sur les sciences. Quel intérêt peut on avoir à bavarder à 16 ans de la manière des personnages de roman à intégrer un univers romanesque, ou de la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVI siècle à nos jours ? Il s’agit là peut-être de sujets adaptés pour des esprits littéraires. Mais pourquoi imposer cette torture à des élèves qui n’ont aucun intérêt pour ce genre de questions ?
Des exigences particulièrement élevées portent sur les élèves. On leurs demande d’avoir une culture encyclopédique et de maîtriser des méthodes précises pour chacune des épreuves. L’accumulation est telle qu’on n’y perçoit plus le sens ni l’utilité pour la vie future des élèves et leur devenir professionnel. On ne peut avoir qu’une seule et unique certitude : face à cette overdose de littérature, la majeur partie des élèves s’empresseront de tout oublier et se désintéresseront le reste de leur vie de la grande littérature. Il est regrettable que les défenseurs des humanités n’aient jamais eu l’idée d’évaluer sur une large population les résultats de ce mode d’enseignement. Sans doute car il s’agit de personnes constituant une aristocratie intellectuelle refermée sur elle même et imbue de son aptitude à disserter.
