Les travaux pratiques encadrés (TPE) sont un travail d’équipe à effectuer en classe de première sur plusieurs mois, entre les mois de septembre et mars. Il s’agit d’une épreuve qui compte pour le baccalauréat. Les élèves doivent choisir un sujet pluridisciplinaire et le traiter pendant cette période. Ils ont toutes les semaines une séance d’une heure encadrée par deux enseignants. Dans l’absolu, ces travaux pratiques encadrés sont une bonne idée. Ils visent à apprendre aux élèves à travailler en groupe, à s’organiser ensemble, à effectuer des recherches documentaires, à monter des expériences, puis à développer un esprit critique sur les résultats obtenus. Ils apprennent à rédiger un rapport et ensuite à le présenter devant un jury. L’intérêt pédagogique est évident.
Sauf qu’avec une séance d’une heure par semaine à deux enseignants pour plus de trente élèves, il ne faut pas s’attendre à un niveau d’encadrement bien élevé. Les enseignants ne peuvent pas être sur tous les fronts simultanément. Le résultat est que ceux-ci priorisent logiquement sur les groupes qui avancent le moins et les moins organisés. La plupart des groupes sont donc livrés à eux même. Tout commence par le choix des sujets, que les élèves doivent trouver eux même, en début d’année. Mieux vaut alors choisir un sujet avec suffisamment de matière sur lequel une démarche expérimentale pourra être mise en œuvre, mais aussi éviter de choisir un sujet trop vaste. Car un trop sujet vaste conduit à un énorme travail de recherche bibliographique à effectuer sur le temps non scolaire. Effectuer de tels recherches sur des sujets pointus n’est pas évident pour des élèves de première.
L’idée de monter des expériences est bien sûr excellente, sauf que là encore, tout dépend de l’équipement du lycée, de la disponibilité des enseignants encadrants et de la bonne volonté (ou pas) du personnel technique. L’existence de certains équipements dans l’établissement ne peut néanmoins pas signifier que l’expérience pourra être mené facilement. En effet, il n’est pas donné à des lycéens de savoir utiliser, avant de l’avoir appris, des appareils de mesure physico-chimiques. Un minimum d’encadrement est nécessaire et on ne peut laisser des lycéens livrés à eux même devant une notice incompréhensible dans un délai trop court. Il est donc préférable de choisir un sujet avec des expériences que l’on peut monter soi même, sans l’aide d’un encadrant. Hélas, les élèves n’ont pas connaissance de ces contraintes en début d’année.
L’apprentissage du travail en groupe est un enjeu capital dans la formation humaine des lycéens. Malheureusement encore, les travaux pratiques encadrés n’atteignent pas cet objectif, une fois encore à cause d’une régulation du fonctionnement des groupes, de la part des encadrants insuffisant. Le laisser faire conduit à un ressenti de l’intérêt du travail en groupe négatif, entre les groupes où chacun part dans des directions différentes et produit des travaux non cadrés, ceux qui n’ont aucune conscience du temps qui passe et se réveillent au dernier moment (avant les vacances de février pour un rapport à rendre à la rentrée des vacances), ceux où certains se reposent et laissent l’un d’entre eux tout entreprendre, ceux où l’on se dispute le leadership… Certains auront trouvé du plaisir à diriger et dominer, d’autres auront appris les stratégies à mettre en œuvre pour ne rien faire et tout faire faire par leurs camarades, d’autres sur qui tout le travail effectif aura reposé se demanderont où est l’intérêt de travailler en groupe. Qui aura vécu dans ces conditions une synergie de groupe, avec un vrai partage du travail et une émulation d’équipe ?
Pour terminer, je crois que personne n’a sérieusement évalué le temps de travail personnel nécessaire aux élèves, sur plusieurs mois pour arriver au bout de cette épreuve du travaux pratique encadré. Car il s’agit bien d’une épreuve de longue haleine, qui nécessite au bas mot deux heures de travail personnel par semaine sur six mois s’ajoutant au travail scolaire déjà intense, aux révisions sans fin pour le bac de français. Tout additionné, les élèves travailleurs en arrivent à un emploi de temps de ministre. Ce n’est pas aux 35 heures que les élèves ont droit, mais aux 48 heures, sans jour de repos compensateur, même le dimanche.
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