L’article du journal Le Monde daté du mardi 17 juin 2014 « Un examen qui ne sert plus ni à évaluer ni à orienter » instruit sur les coûts du bac, estimé à 2000 € par le syndicat des proviseurs (SNPDEN), en prenant en compte les quatre semaines de cours perdues, et pose la question de l’efficacité de cette investissement de la nation (1,5 milliards d’euros chaque année). L’attribution en masse de ce diplôme s’est faite au détriment de la qualité. Il ne garantit plus grand chose et les filières post bac les plus recherchées ne s’y trompent pas. Elles sélectionnent leurs candidats sur dossier, livret scolaire ou concours. Les autres étudiants n’ont même pas la garantie de réussir à l’université, puisque la moitié des reçus au bac échouent dans les deux années qui suivent.
A quoi sert alors le bac ? « (…) le bac évalue surtout la capacité à «bachoter», ce qui n’est pas intellectuellement le plus formateur« . « C’est comme si le bac certifiait à tour de bras pour faire passer dans le supérieur » (Le Monde du 17/06/2014).
Alors, pourquoi ne pas réformer le bac ? Pour le journal Le Monde, il s’agit d’un rite de passage auquel le pays reste farouchement attaché.
Souhaitons que cette belle analyse soit un jour également effectuée au sujet du brevet des collèges, qui a mis les élèves hors de l’établissement à compter du 24 juin cette année et conduit à une démobilisation des enseignant une semaine auparavant, même en classe de troisième, où au lieu de préparer le dit examen, on s’amuse et visionne des films qui n’ont rien à voir avec les matières enseignées !
Pour moi, le paradoxe réside dans le fait que le bac, tout comme le brevet des collèges ne sont pas des examens sélectifs qui visent en apparence à certifier un niveau d’études des jeunes, mais en fait préparent aux concours de l’enseignement supérieur et de l’administration public, dont ceux de l’enseignement. Il faut en effet devenir une bête de travail et avoir une grosse capacité à «bachoter» pour réussir la plupart de ces concours. Cela demande un investissement considérable à tous les candidats qui souhaitent avoir de sérieuses chances de réussir. Pour pouvoir produire une quantité de candidats suffisante pour faire fonctionner ce système sélectif, la préparation doit commencer très en amont. Celle-ci commence avec le brevet des collèges, puis se poursuit trois ans plus tard avec l’épreuve du bac. Un élève qui aura acquis les méthodes de travail pour ingurgiter tout le savoir qu’on lui demandera de régurgiter lors de ces épreuves pourra ensuite postuler à tous ces concours qui lui permettront d’accéder à un statut social enviable : ingénieur des grandes écoles, médecin, commercial, manager, fonction publique, enseignant …. Ayant eu le mérite de réussir à un moment de sa vie un concours, le valeureux candidat devient méritant à vie. Il peut se reposer sur le statut acquis après de rudes efforts. Ne souhaitant pas que les avantages sociaux qu’il a acquis de haute lutte puisse être dilués par une quantité trop importante de personnes ayant progressé dans leur vie professionnelle, sans passer par la voie royale du concours, notre ancien candidat s’organisera en corporation, syndicat, réseau pour empêcher ces intrus venir le concurrencer sur le marché du travail.
La clé de voûte est le concours. Mais pour que le système méritocratique fonctionne pleinement, il a besoin du brevet des collèges et du bac qui préparent une minorité d’une classe d’âge à passer ces épreuves sélectives (10 % ?). Tant pis pour tous les autres élèves qui n’en tire qu’un bénéfice symbolique.
Ce n’est donc pas « le pays qui reste farouchement attaché à son «bachot» », mais les élites conservatrices qui veulent préserver leurs avantages sociaux et permettre à leurs progénitures d’accéder au même statut social, en justifiant leur mérite par la réussite aux concours, qui empêchent toute réforme.
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