Morale laïque : un populisme petit bourgeois de gauche

Et que propose Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale pour palier l’absence grandissante de solidarité entre les individus, de coopération et de tolérance ? Il n’a de meilleure idée que d’instaurer un enseignement traditionnel, avec transmission de savoir du professeur vers les élèves, de la morale laïque, avec un horaire et des examens.

A quelle besoin répond cette réforme ? « Nous vivons une crise économique et une crise sociale mais aussi une crise intellectuelle et morale. Nous sommes dans une société de la liberté qui doit réfléchir à ses modèles, où l’équilibre entre les droits et les devoirs est rompu. Le lien entre l’individu et le commun est défait. Tout le monde partage cette analyse … » (Vincent Peillon, interviewé par Le Monde, édition du mardi 23 avril 2013).

Je partage en partie cette analyse, même si celle-ci est très incomplète sur les causes de cette crise que nous vivons. Ce sont bien les politiques de droite, mais de gauche aussi, qui nous ont installé dans un monde libéral basé sur une concurrence déloyale, où notre pays doit subir un quadruple dumping : dumpings fiscal, social, environnemental et monétaire. Ce mode de mise en concurrence déstructure la société, en installant de fait une concurrence entre les individus pour l’emploi, pour accéder au logement, aux services et loisirs. Les parents s’en trouvent déstabilisés dans leurs quotidiens et leurs personnalités ce qui impacte par ricochet les enfants.  Dans une société angoissée pour l’avenir des enfants, la pression reposant sur eux a fortement augmentée. En dehors de la réussite à l’école, point de salut ! L’école est restée ce qu’elle a toujours été, un système méritocratique qui sélectionne puis récompense les meilleurs élèves. Seuls ces derniers se trouvent valorisés et gardent confiance en eux. L’école ne répond pas aux besoins de reconnaissance des autres élèves. Ils vont donc naturellement la rechercher ailleurs. Ils la trouvent dans leurs groupes ou bandes, en commençant par perturber les classes, puis raillant les plus faibles, en faisant souffrir ceux qui ne sont pas comme eux. Leurs références ne sont plus les valeurs gargarisantes de la république, mais celles qu’ils se fabriquent entre eux. Les meilleurs, cultivant l’excellence et imbus de leurs mérites deviennent des personnalités individualistes, incapables de travailler sur un mode coopératif et de prendre en compte des opinions divergentes de la leur.

L’école est un lieu où se forgent des mentalités et des manières d’être qui perdurent ensuite à l’âge adulte. Vouloir donc s’appuyer sur cette dernière pour une mettre en place une véritable éducation citoyenne n’est pas en soi illogique. Cette intention est cependant totalement vouée à l’échec si elle se concrétise par une transmission de savoir verticale traditionnelle du professeur vers l’élève, déconnectée du vécu des élèves.

Or la morale laïque voulue par le ministre ne peut qu’être déconnectée de ce vécu dans une école qui croit être républicaine mais qui ne reconnaît aux élèves que des obligations et aucun droits.

A quant la mise en place d’un code protecteur des enfants réclamé par entre autre par la FCPE ? Mentionnons le droit à la défense, au respect de la parole de l’enfant, l’interdiction de sanctions abusives, la mise en place de médiation scolaire, le droit au temps libre, le droit à des pauses déjeunées d’une durée raisonnable, le droit à la santé avec des toilettes en nombre suffisant et poids de cartable ne mettant pas en danger le dos des enfants, le droit de ne pas toujours savoir, le droit de se tromper et de pouvoir recommencer sans être enfoncé et dévalorisé par le système de notation.

Revoir la manière d’enseigner, introduire des modes de travail coopératifs, réguler les rapports des élèves entre eux (médiation en cas de conflit, travailler sur des mises en situation dans des groupes de parole) nécessite de réinventer le métier d’enseignant et conduit donc à vaincre un fort conservatisme enseignant. Pour un ministre, c’est bien plus facile de conceptualiser une soit disante morale laïque qui s’apprendrait sur les bancs de l’école. Cela ressemble à la morale chrétienne du Moyen-Age, où il fallait souffrir pour mériter le paradis, pendant que l’aristocratie et le clergé s’enrichissait allègrement. Aujourd’hui, il faudrait aux élèves accepter en souriant la sélection, l’échec et la dévalorisation de soi, sans même la promesse du paradis, pour maintenir un système scolaire qui sous couvert de méritocratie permets aux inégalités sociales de se perpétuer de génération en génération.

Face à des enjeux aussi importants que la solidarité, la tolérance et la coopération entre les individus, la morale laïque que veut instaurer ce gouvernement ressemble, par le simplisme du remède qu’il veut apporter, à un populisme petit bourgeois de gauche, qui ne veut pas remettre en cause le rôle de l’école dans la cristallisation des inégalités sociales de naissance.