En ces temps de réflexion sur la « refondation de l’école » lancée par le gouvernement Ayrault, et espérons le, sur la formation des enseignants, les méthodes pédagogiques d’enseignement, l’aide personnalisée aux élèves en difficulté, l’augmentation des moyens (…), il convient d’aborder le sujet de la place des parents afin de bien mesurer l’importance de ceux-ci dans la réussite ou le décrochage de leurs enfants et en conséquence prendre conscience d’un facteur essentiel d’inégalité entre les élèves.
Si nous tentions de lister les facteurs qui contribuent à la réussite d’un élève, nous pourrions évoquer les capacités propres de chaque élève, sa motivation, le milieu familial, les fréquentations de l’élève, le contexte scolaire (travailleur, paresseux ou dissipé), la capacité des enseignants à animer une classe et à transmettre leur savoir. Cependant, ne pas aborder un moment la place des parents nous ferait passer à côté d’un facteur essentiel de réussite des élèves.
En effet, des parents sachant accompagner leur enfant en difficulté l’aideront à se maintenir. Si cet élève se trouve dans un contexte scolaire difficile, des parents à l’écoute l’aideront à surnager. Si un enseignant est défaillant, soit qu’il ne parvient pas à tenir sa classe, soit qu’il ne parvient pas à rendre son enseignement intéressant et motivant, l’assistance des parents l’aidera à acquérir le minimum requis.
Dans un système scolaire demandant un fort investissement aux élèves en terme de masse importante de travail personnel dès la classe de sixième, sans transition aucune avec l’école primaire, des parents s’intéressant à ce qu’apprend leur enfant et s’enquérant des devoirs, lui donnent une chance supplémentaire de réussir, même si ceux-ci n’ont pas la capacité à aider aux devoirs. Si les parents ont le temps, la pédagogie, la culture nécessaire pour suivre la progression de leur enfant, si ceux-ci peuvent lui transmettre des méthodes de travail et d’organisation du travail, choses que le collège toujours crispé dans la transmission des savoirs n’apporte pas, ils démultiplient alors les chances de réussite de leur enfant comparées à celles des autres élèves.
A l’extrême, certains parents mettent en œuvre des stratégies d’évitement des populations les plus défavorisées : déménagement dans le bon quartier, choix des bonnes options …
Au contraire, des parents ne disposant pas suffisamment de temps (parent seul, parents à horaires de travail décalés, rentrant tard …) ou ceux vivant une situation conflictuelle voire violente, ne pourront pas favoriser la réussite de leur enfant.
Il serait temps de mesurer l’importance de cette place par une étude scientifique afin de comparer des groupes d’élèves comparables (capacités identiques, méthodes d’enseignement mises en œuvre identiques, contexte scolaire normal) et de faire évoluer le facteur parent. Une telle étude contribuerait à souligner l’importance des parents comme facteur d’inégalité dans les chances de chaque élève à réussir à l’école. Le raccourci communément employé est de considérer l’origine sociale comme facteur d’inégalité. Si la corrélation est exacte, le véritable facteur de causalité masqué par l’origine sociale est bien la capacité d’investissement des parents dans l’éducation de leurs enfants.
A partir du moment où ce facteur d’inégalité aura été mis en évidence de manière indiscutable, le débat pourra alors s’engager sur les moyens à mettre en œuvre afin de le réduire et de faire mériter à l’école l’appellation d' »École de la République ».
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