Ayant pour cheval de bataille la problématique de la violence à l’école, l’association « SOS Éducation », vitrine de l’UMP (141 députés de l’UMP soutiennent cette association) énonce 8 propositions d’un autre temps, énumérées ci-dessous, mais que l’on peut consulter sur son site (voir aussi une présentation de l’association sur Wikipedia).
La lecture de ces propositions est édifiante et permet de comprendre comment après 10 années de pouvoir exercé par la droite, nous en sommes arrivés à une telle rupture entre l’institution et les élèves (une enquête de l’AFEV- Association de la Fondation Étudiante pour la Ville, révèle que sur un panel de 760 enfants interrogés en 2010, 73,3 % n’aiment pas l’école). Encore faut-il comprendre quel est l’idéologie sous-jacente que l’UMP distille au fil des années au travers de ses réformes incrémentales et les débats qu’elle organise dans les médias sur l’autorité, la bonne école d’autrefois, la violence à l’école.
Voici ces 8 propositions commentées :
1- faire respecter l’autorité des professeurs. Entre autre l’association réclame le droit pour eux de donner des « zéro de conduite » et le pouvoir de décider de passer dans la classe supérieure.
Traduction : l’UMP veut protéger les enfants de son électorat et faire en sorte que les mauvais soient écartés.
2- Former les professeurs à l’application de la discipline
Un confusion de plus entre autorité et autoritarisme, pas très étonnant de la part de personnes n’ayant pour référentiel l’entreprise et ne connaissant probablement pas d’autres types de relations humaines que les relations de force et de pouvoir. Ces mêmes personnes ne semblent même pas conscientes des effets délétères qu’un tel type de management peut avoir sur la motivation des salariés dans l’entreprise et celle des enfants à l’école.
3- ré-introduire la fonction pleine et entière du surveillant général. « (…) sa mission exclusive serait de surveiller les élèves, de contrôler les entrées et les sorties, de prendre en charge les élèves punis et de s’assurer que les sanctions sont effectuées ».
L’école devient une véritable prison. Tous les élèves deviennent suspects et lorsqu’ils sont soupçonnés d’avoir contrevenu au règlement de l’établissement, ils sont présumés coupables. Pourquoi ne donnerait-on pas aussi un fouet au surveillant général ?
4- Créer de vrai cours de civisme. Apprendre « les règles de base de la vie en société : saluer et se tenir correctement, surveiller son langage, respecter ses engagements, arriver à l’heure, respecter les adultes ».
Le civisme à la sauce UMP est l’obéissance aveugle, quasi militaire. Le respect est à sens unique (dans le sens enfants –> autorité). Faire « respecter ses engagements » aux enfants signifie amener l’enfant à s’engager sur des choix qui ne sont pas forcément les siens et lui rappeler ensuite ses engagements. Cela nécessite des techniques de manipulation qu’il conviendra d’enseigner à nos professeurs pour leur éviter d’arriver à leurs fins trop brutalement (à coup de trique).
5- exclusion définitive à la troisième infraction grave, 6- supprimer la réintégration automatique après exclusion.
Bien sûr, personne n’explique à l’enfant le sens de la sanction et personne ne l’aide à comprendre le sens et les raisons de son acte pour l’aider à évoluer. Cela coûte trop cher aux finances de l’État. On envoie donc l’enfant dans la rue compléter sa formation. On pourrait tout aussi bien l’envoyer directement en prison puisque statistiquement un enfant sortant du système scolaire en échec à une probabilité non négligeable d’être un présumé futur délinquant.
7- Réinstaurer les internats spécialisés
Et surtout éviter que les bons élèves du socle électoral de l’UMP ne fréquentent ces élèves. Cultivons l’entre soit tant désiré. Au vu des propositions précédentes, on peut se demander qui devrait s’occuper de ces enfants là, des éducateurs et enseignants spécialisés ou des gardes chiourmes ?
8- rétablir prix et récompenses pour les élèves méritants
Ah, je croyais que les élèves devait avant tout travailler pour eux-même et non pour le morceau de sucre. Le plaisir d’apprendre pour l’UMP se trouve dans le goût de l’affirmation de soi et de sa suprématie aux autres.
On voit bien comment au travers d’un débat émotionnel sur la violence à l’école, l’UMP cherche à distiller dans l’opinion publique ses idées sur le rétablissement d’un examen d’entrée en sixième, la facilitation des redoublements, la sélection des élèves, les cours de morale, la dénonciation des syndicats enseignants, la suppression du collège unique …
Ce que vise en fait ce parti politique est d’une part de garantir à la progéniture de son socle électoral de bonnes conditions d’études afin que celle-ci conserve, dans un contexte de compétition exacerbée, ses chances à ne pas être déclassée socialement. Pour cela, il lui faut écarter les éléments perturbateurs à la réussite de ses enfants, afin ensuite de permettre au système élitiste de fonctionner au mieux.
D’autre part, elle cherche à appliquer à l’école son référentiel de management totalitaire qui correspond au monde de l’entreprise. L’objectif est de former des personnes qui soient dociles face à l’autorité et assimilent ses exigences sans critique.
Je doute cependant que c’est d’une telle formation dont ont besoin les citoyens en devenir que sont nos enfants. L’avenir de la France est une démocratie ouverte et non le système totalitaire mis en œuvre dans la plupart des entreprises. L’intérêt de notre économie n’est pas de former des perroquets qui savent répéter, recycler l’information et des exécutants ne réfléchissant pas, mais d’être capable de créer et d’innover.
L’école d’aujourd’hui tue toute envie, tout plaisir et du coup elle détruit la créativité des enfants. Elle les sélectionne et les formate. Ce ne sont pas avec de telles méthodes que notre société fera sa place à des personnes créatives et capables d’innover. Ces méthodes conservatrices permettent juste à une certaine classe sociale d’assurer un avenir à ses propres enfants.
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