Face sombre ou face claire ?

Si un certain nombre de pratiques constatées dans le collège fréquenté par mon enfant me paraissent contestables, il en est d’autres qui sont de nature à remotiver les élèves et méritent d’être saluées. Le paradoxe provient du fait que les mêmes enseignants peuvent à la fois avoir des exigences élevées de nature à conduire certains élèves à l’échec et en même temps faire preuve d’initiatives excellentes. Ainsi, en cette fin d’année scolaire, les élèves sont amenés à faire du théâtre et à jouer devant leurs camarades. Mon enfant y a trouvé un plaisir qui m’a ravi.

Lors de la fête du collège, nous avons pu observer qu’avec leurs faibles moyens, des enseignants arrivaient à mettre en œuvre des petits projets.

Que penser alors ? Sommes nous face à des personnes qui mettent volontairement en œuvre une stratégie d’enseignement sélective et élitiste ? Je ne pense pas. J’ai plutôt l’impression que certaines de ces pratiques ont depuis toujours été mises en œuvre, malgré le questionnement menées par des chercheurs, syndicats, associations … Ces anciennes pratiques sont sans doutes celles reproduites par l’enseignant alors que lui même était élève. Le discours politique sur le retour de l' »Autorité » et sur le « Socle » des connaissances indispensables n’a pas aidé au questionnement.

La manière de gérer une classe, comment se comporter face à des élèves difficiles et perturbateurs, comment motiver et intéresser les élèves ne paraissent pas être enseigné aux élèves enseignants. Leur formation semble être essentiellement axée sur les savoirs au détriment de l’art d’enseigner.

Au final, ces pratiques que j’ai pu contester dans mes précédents articles me semblent être mises en œuvre par des enseignants qui n’ont pas conscience des effets néfastes sur le développement de l’enfant. Ceux-ci, en fin de compte, ne cherche qu’à exercer leur métier du mieux qu’il le peuvent.

Il n’en reste pas moins qu’il est urgent de leurs fournir les outils pédagogiques qui permettront d’amener le plus grand nombre à la réussite et à façonner le citoyen de demain. A l’heure des réduction budgétaires, le gouvernement ne semble malheureusement pas considérer que la formation initiale et la formation continue des enseignants soit une priorité. Malheureusement, tout repose sur des initiatives individuelles et trop isolées.

Projet d’évaluation en fin de 5ième : arrêtons de saturer nos enfants

Quelle est donc cette idée du gouvernement de vouloir instaurer une évaluation nationale en fin de 5ième  (voir Le Monde du 06 mai 2011, « Une évaluation en fin de 5ième ravive les craintes sur le collège unique) ?

On peut légitimement soupçonner le gouvernement de vouloir écarter les élèves les plus en difficulté afin de ne pas gêner les meilleurs élèves dans la course au diplôme le plus prestigieux et de vouloir répondre à la crainte diffuse de déclassement social de certains parents voyant sa progéniture fréquenter dans les mêmes classes des enfants de milieux sociaux professionnels conduisant moins la réussite scolaire.

Au delà de ce débat, l’argument principal justifiant un tel projet est la volonté de disposer « d’informations statistiques comme point d’étape entre les évaluations de CM2 et le diplôme national du brevet ». On y reconnait un discours de type « langue de bois » que l’on entend souvent dans les entreprises et qui s’est semble-t-il diffusé ai sein de l’éducation national. Plutôt que de s’intéresser à la réalité du terrain, les décideurs ou managers réclament des indicateurs pour ne pas être aveugles dans leurs tâches de pilotage et pouvoir mesurer les effets de leurs décisions. C’est beaucoup plus facile pour eux de procéder ainsi en restant dans leur tour d’ivoire plutôt que d’engager de s’intéresser aux études de terrain et d’engager une concertation avec les différents acteurs (syndicats d’enseignants et de parents d’élèves, chercheurs et sociologues). C’est aussi bien plus confortable, car cela évite d’avoir à se remettre trop en cause. Dans la masse des moyennes, les particularités sont gommées.

On peut surtout craindre les effets sur nos enfants : sans cesse évalués, mesurés sous toutes les coutures. Ne va-t-on pas fabriquer une génération d’élèves stressés dés le collège ? Une part croissante de ces élèves risque de sombrer dans la dépression à l’âge adulte, quant en suivant cette logique d’évaluation constante actuellement à l’oeuvre au collège, ils devront fournir toujours plus dans le milieu professionnel ?

Par ailleurs, le brevet des collèges sollicite déjà les enseignants au détriment des enseignements. L’instauration d’une évaluation en fin de 5ième conduira une fois de plus à réduire le nombre d’heures dispensée à l’enseignement. Drôle d’époque où le temps passé aux évaluations ne cesse de croître au détriment des apprentissages.