Une logique d’entreprise dans les établissements scolaires ?

Dans Contre Enquête du journal Le Monde daté du vendredi 11 février, on comprend que par petites réformes successives se dessine l’école de demain :

– institution d’une prime pour les chefs d’établissement méritants

– publication des résultats des établissements (du bac, du brevet des collèges, souhait du gouvernement de publier les résultats des évaluations nationales effectuées dans les écoles primaires)

– possibilité pour chaque établissement de développer son projet et de jouer la carte de la spécialisation

– suppression de la carte scolaire et soi disante possibilité pour les parents de choisir l’établissement de leurs enfants

Il s’agit d’une école qui cherchera à faire valoir ses résultats, ses particularités, ses options, pour attirer à elles les élèves qu’elle souhaite voir dans ses locaux. Une entreprise, de même, fait valoir ses bons résultats dans la presse pour contenter ses actionnaires et attirer à elle de nouveaux actionnaires. Le marché se charge de sanctionner l’entreprise si survient de mauvais résultats ou si la confiance disparait.

Les établissements se retrouveront en concurrence pour attirer les élèves les plus méritants que l’on trouve dans les classes sociales instruites et aisées. La liberté de choix pour tous les autres restera théorique, car faute de résultats à la hauteur des exigences nouvelles de ces établissements, ou faute d’un parent susceptible d’amener l’enfant dans l’établissement en voiture, puisqu’on ne voit pas comment l’établissement désiré puisse se trouver systématiquement dans le même secteur géographique que le logement familiale.

Pour éviter toute critique, le gouvernement a inventé les internat d’excellence pour les élèves méritants des classes populaires. Il faut bien que l’école reste un peu républicaine.

Et tous les autres, ceux dont les parents ne sont pas suffisamment riches ou dont les résultats scolaires ne sont pas suffisamment bons continueront de se rendre dans l’établissement de leur secteur. Et tant pis pour eux si cet établissement est mauvais. Tant pis pour eux si leurs trajectoires les mènera à exercer des petits métiers ou pas de métiers du tout. Quant à eux, les enfants des classes aisées n’auront pas connu de déclassement. Ils continueront de se retrouver ensemble dans les établissements de l’enseignement supérieurs les plus prestigieux. Ils pourront se convaincre qu’ils ont du mérite à avoir pu passer toutes les étapes de la sélection et ils pourront oublier que tous n’avaient pas les mêmes chances.
Nous sommes dans un étonnant pays qui ne parait pas comprendre que pour avoir une chance dans un monde globalisé et trop en concurrence, la formation de nos enfants est capitale, que nous devons leurs donner à tous les chances de réussir. L’innovation émerge du brassage des idées et des personnes et non de la préservation des castes sociales.

Une punition disproportionnée

Un élève pas particulièrement difficile a discuté en classe. 4 heures de colles lui sont infligées !

Il n’y aurait donc plus aucune proportion entre la gravité de l’acte et la sanction ? Pour un acte plus grave, un élève pourrait être sanctionné d’une punition plus légère pour peu que l’enseignant sanctionnant ne soit pas le même.

Que peuvent donc penser les élèves face à un tel arbitraire ?

La sanction perd tout son sens et les élèves doivent avoir une idée de la justice dans le monde des adultes bien peu glorieuse …